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LES ŒUVRES D’ARTS A L’EXPOSITION

Peinture à l’huile.

Quand s’ouvrit l’Exposition universelle de 1867, [l'École française venait de perdre ses deux chefs dans la peinture d’histoire, Eugène Delacroix et Ingres. Depuis dix ans, la plupart des vaillants artistes qui avaient pris part, avec eux, au grand mouvement de l’art depuis 1830, les ont suivis dans la tombe. Il n’est point d’année qui n’en ait emporté quelques-uns, tantôt des maîtres savant et respectés, tels que Picot, Rouget, Auguste Hesse, Schmetz, Couder, tantôt des interprètes brillants ou profonds de la figure humaine, tels que Louis Boulanger, Célestin Nanteuil, Gustave Richard, Pils, etc. Notre école de paysage a été aussi cruellement éprouvée; presque tous ceux qui l’avaient formée ont disparu à la fois: Théodore Rousseau, Paul Huet, Corot, J. -Fr. Millet, Diaz et tout récemment Daubigny ne sont que les plus illustres victimes d#e ces derniers temps où nous avons vu s’en aller Dauzats, Fiers, Chintreuil, Gourlier, de Tournemine, Eugène Fromentin, Belly, etc., sans parler des jeunes gens tombés en pleine fleur sur les champs de bataille, comme Henri Régnault.

Malgré toutes ces pertes, dont beaucoup sont prématurées et plusieurs irréparables, l’activité des peintres ne s’est point ralentie. Lés expositions officielles qui ont eu lieu chaque année (sauf en 4 871), à Paris, n’ont cessé de montrer les artistes plus nombreux et le public plus empressé. Le nombre des peintures présentées au Palais des Champs-Elysées (chaque artistes ne pouvant en apporter plus de deux) s’est élevé, en moyenne, chaque année à quatre mille ; celui des peintures admises n’est jamais descendu au-dessous de deux mille et a même atteint le chiffre de deux mille neuf cents. Le nombre des visiteurs a suivi aussi une progression rapide qui permet de constater, dans toutes les classes de la société, un développement régulier du goût pour les œuvres d’art. Malgré l’établissement de la gratuité le dimanche et le jeudi, le nombre des entrées payantes, en six semaines, qui n’avait été que de 58,102 en 1867, s’est élevé à 119,086 en 1868, à 165,344 en 1869, et enfin à 185,000 en 1876. Les entrées gratuites, qui n’avaient pas dépassé 208,961 en 1870, ont été de 333,892 en 1876, ce qui porte, pour cette dernière année, le nombre des personnes qui ont visité le Salon, sans compter les exposants et les titulaires d’entrées de faveur, à 518,892.

Le progrès qui s’est accompli dans la production des œuvres peintes n’a pas été seulement un progrès numérique. Depuis quelques années, nous assistons à un retour marqué vers les études sérieuses, vers la peinture historique et monu-

(1) Nous empruntons ce qui va suivre au Catalogue officiel de FExposition. Ce catalogue ne renferme que les noms des exposants avec la signature des objets exposés, cependant quelques chapitres sont précédés de courtes notices sommaires, que nous nous empresserons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Celles qui suivent sont du tome I. Groupes 1, œuvres d’art. 1 vol. gr. in-8 de 310 pages, 10 fr.

mentale, dont le jury international, en 1867, avait dû constater l’abaissement en France aussi bien que dans les autres pays d’Europe.

Jusqu’en 1870, il est vrai, la peinture de genre continua à jouir presque exclusivement de la faveur publique. Le salon de 1868, dans son ensemble, parut même médiocre, comme si, à la suite du grand effort de 1867, l’École entière demeurait fatiguée et incertaine. Celui de 1869 permit de constater quelques tentatives d’un ordre plus élevé. Celui de 1870 mit décidément en lumière quelques personnalités éclatantes, et le prix d’honneur y put être accordé à une grande composition historique. Toutefois ce n’est qu’après les événements de 1870-1871 que le mouvement se généralisa peu à peu et pris un cours plus visible. Les salons de 1872 et de 1873 témoignèrent déjà d’une activité nouvelle dans ce sens. A la distribution des récompenses, en 1874 et en 1875, le Ministre de l’instruction publique et des beau-arts constata officiellement un retour général vers les fortes études, en enfin, et 1 876, il put affirmer l’éclat exceptionnel d’une exposition où l’on assistait « à l’excellent mouvement d’une renaissance. »

Cependant, plus le retour des études vers la peinture historique s’accentue et se généralise, moins le salon annuel donne une idée complète de l’activité des ateliers. 'En effet, c’est dans les monuments civils et religieux de Paris et de la province qu’il faudrait pouvoir étudier, sur place, tous les ouvrages qui n’en peuvent être détachés à cause de leur importaiïce et de leur destination, et dont les esquisses même n’ont pas toujours paru à l’Exposition. Il suffira de citer, à Paris, les décorations murales du nouvel Opéra, du Palais de la Légion d’honneur, du Palais de justice, des églises Sainte-Geneviève, delà Trinité, etc.;* en province, celles des musées de Marseille et d’Amiens, de l’hôtel de ville de Poitiers, des théâtres de Bordeaux et de Reims, etc. Tous ces travaux ont été accomplis depuis l’Exposition universelle de 1867.

En dehors de ces grandes décorations commandées par l’État ou par les villes et des tableaux inscrits chaque année au Catalogue du Salon, beaucoup d’autres travaux sont exécutés par les peintres français dont le nombre actuel (peintres ayant exposé) s’élève au moins à 5,000. On a pu, jusqu’à présent, établir la liste complète ni des travaux décoratifs exécutés dans des édifices privés, ni des ouvrages qui figurent aux expositions départementales, de plus en plus fréquentes, sans avoir passé par celle de Paris, ni enfin de* tableaux, plus nombreux encore, qui sont livrés directement aux amateurs et au commerce. Si l’on parvenait à établir cette statistique compliquée, on arriverait sans nul doute à constater, dans notre pays, un chiffre de production très-supérieur à celui des périodes intérieures les plus florissantes.

Peintures diverses et dessins.

La plupart des artistes dont les noms figurent dans cette section exposent déjà leurs œuvres les plus importantes dans la section des peintures, à l’huile. Le dessin, l’aquarelle, le pastel, sont pour eux des façons diverses de s’exprimer, qu’ils emploient presque tous, suivant l’occasion, tour à tour. Depuis quelques années un grand nombre de peintres d’histoire et de genre se sont remis à

pratiquer l’aquarelle, à l’exemple des artistes anglais dont le succès furent si grands aux Expositions de 1855 et de 1867. Grâce àleurs efforts, ce genre délicat, dans lequel excellèrent les promoteurs du mouvement de 1830, Eugène Delacroix, Bonnington, Decamps, Paul Huet, et qui avait été un peu abandonné a repris auprès du public une faveur légitime. Des aquarelles modernes ont atteint, dans les ventes publiques, des prix qu’on n’eût pas guère osé espérer pour les chefs-d’œuvre Us plus incontestés de l’art ancien. L’ouverture d’un salon spécial, à l’Exposition de 1877, consacré aux dessins, aux pastels et à l’aquarelle, a été accueillie par les artistes et par les amateurs avec une satisfaction marquée.

Les peintres verriers, émailleurs, miniaturistes sont d’ordinaire des artistes spéciaux et qui n’acquièrent que par une pratique assidue l’habileté particulière qui leur est nécessaire. La peinture sur porcelaine est, en général, exercée par des femmes, qui y apportent un goût délicat et un soin précieux. Le nombre des ouvrages dus à ces artistes, et, en général, de tous ceux qui confinent aux arts décoratifs, augmente chaque année dans des proportions considérables, grâce à l’impulsion donnée de tous côtés, dans les écoles professionnelles, à l’enseignement des beaux-arts appliqués à la décoration.

Le Palais des Champs-Élysées accueille chaque année environ 1 ,500 dessins, cartons, aquarelles, pastels, porcelaines ou miniatures qui ne sont que les spécimens choisis d’une production considérable qui s’adresse directement soit aux amateurs, soit au commerce.

Sculptures et gravures sur médailles.

L’Exposition universelle de 1867 avait montré la sculpture française en pleine prospérité, moins accessible que la peinture à certains compromis avec les entraînements du jour et plus sérieusement fidèle, dans son ensemble, aux traditions fortes et saines de l’art national. On lui reprochait seulement une certaine timidité dans la conception imaginative qui ne faisaient pas toujours oublier la correction du style et la perfection du travail.

Toutes les expositions soit nationales, soit internationales où ont figuré, depuis 1867, les sculpteurs français, ont été pour eux des occasions répétées de faire constater leur valeur. A l’Exposition universelle de Vienne, en 1873, sur 139 médailles décernées aux sculpteurs de tous les pays, les sculpteurs français en obtenaient 34. Chaque Salon annuel a mis en lumière des noms nouveaux, et les prix d’honneur ont pu y être donnés, en ces derniers temps, à des œuvres remarquables qu’une popularité rapide saluait en même temps que le suffrage des connaisseurs. Le Gloria Victis , par M. Mercié (1874); la Jeunesse, par M. Chapu (1875); le Courage militaire et la Charité , par M. Paul Dubois (1876); la Pensée et le Berry er, de M. Chapu (1877), affirmaient précisément avec éclat le retour résolu de toute l'école vers la virilité claire dans la pensée, la simplicité émue dans l’expression, la largeur vivante dans l’exécution, vers toutes les nobles qualités qui se retrouvent toujours aux grandes heures de l’art français, mais dont les traditions avaient paru s’altérer, sinon se perdre, pendant une courte période.

En 1875, la sculpture française a fait deux grandes pertes, delle de Barye,

celle de Carpeaux. Le premier, chargé d’années, avait accompli, non sans difficultés et sans tristesses, son œuvre multiple, vivante, variée, avec la résolution convaincue et la modestie sereine d’un homme des temps antiques. Le second, au contraire, tombait tout à coup presque au sortir de la jeunesse, emportant avec lui tous les rêves vivants et hardis qui s’agitaient dans Son ardente imagination. Tous deux, le vieux maître si respecté, le jeune maître si admiré, emportaient à la fois les regrets de ceux qui voyaient en eux; dans deux générations successives, avec toutes les différences de leurs natures particulières, les représentants constants et sympathiques d'une tradition chère à l’esprit français, celle de la vie et du mouvement, de la vérité et de la force, dans les conceptions sculpturales.

L’année 1876 fut mauvaise comme l’année 4875. Deux artistes éminents, Perraud et Gabet, y disparaissaient encore avant l’heure sans avoir complété leur œuvre savante; tous deux, pendant leur rie laborieuse, avaient soutenu avec une égale dignité les graves convictions qu’ils avaient puisées à deux écoles différentes dont l’émulation séculaire a toujours servi à préserver la sculpture française de deux excès contraires, la licence et le pédantisme.

Le nombre des ouvrages de statuaire exposés, chaque année, au Salon s’élève, en moyenne, au chiffre de 600. La quantité de ceux qui sont exécutés sur place, dans les édifices publics et privés, est bien plus considérable, puisqu’on peut évaluer actuellement le nombre des sculpteurs (artistes ayant exposé) à Paris et dans les départements à 4 ,200 au minimum.

Les graveurs en médailles et en pierres fines qui se consacrent spécialement à ces deux genres de travaux difficiles et délicats ne sont pas très-nombreux. La plupart exposent aussi dans la section de sculpture. Ils envoient chaque année au Salon une cinquantaine d'ouvrages environ.

Dessins et modèles d’architecture.

Les ouvrages que les architectes exposent sont de deux sortes: 1° les dessins et modèles faits pour la construction d’édifices nouveaux ; 2® les dessins faits au sujets d’édifices anciens, soit pour constater leur état actuel, soit en vue de préparer leur restauration.

Les travaux de cette dernière catégorie, ayant pour objet soit les monuments de l'antiquité classique, soit les monuments français depuis l’origine de noire histoire, occupent toujours une place considérable dans la section. D’une part, en effet, c'est en établissant ces projets de restauration que les jeunes architectes complètent leurs études spéciales, suivant les règlements de l’Académie de France à Rome, qui exigent des lauréats pensionnaires, comme dernier envoi, la restauration d’un monument antique. D’autre part, les grands services publics des bâtiments civils, des monuments historiques, des édifices diocésains exercent encore, dans cette ordre d’idées, l’activité des artistes les plus distingués, qui sont chargés, sous le contrôle de Commissions spéciales, de l’entretien et de la restauration des monuments civils et religieux qui ont été élevés sur tous les points du territoire national dans les siècles précédents.

Le double courant d’études, qui naît à la fois de l’éducation et des nécessités professionnelles, et qui pousse, suivant leurs goûts, les architectes à demander plus volontiers conseil soit aux chefs-d’œuvre antiques, soit aux maîtres du moyen âge et de la renaissance, détermine aussi un double courant de recherche et de style dans les constructions originales. Néanmoins, on peut constater, dans les grands ouvrages achevés depuis une dizaine d’années, la manifestation de convictions moins absolues et de théories moins exclusives peut-être que dans les périodes précédentes. Le caractère général de l’architecture devient de plus en plus celui d’un ingénieux éclectisme qui accepte tour à tour les éléments les plus divers fournis par toutes les civilisations antiques et modernes. A Paris, le Palais de Justice, les parties reconstruites de la galerie du Louvre et des Tuileries, le grand Opéra, les églises de la Trinité, de Saint-Ambroise, de Montrouge, etc., pour ne citer que les monuments publics, représentent l’architecture contemporaine dans l’étendue de sa science et la variété de ses recherches.

Cette section a fait des pertes nombreuses depuis l’Exposition universelle de 1867: Hittorf, le constructeur de l’église de Saint-Vincent-de-Paul et le rénovérateur de l’architecture polychrome; Hippolyte Lebas, le savant professeur auquel l’École nationale des Beaux-Arts doit de si longs succès; Paccard, dont le nom reste attaché au projet de restauration du Panthéon; Duban, dont la gloire durable est inscrite sur les murs de l’École des Beaux-Arts, de la galerie du Louvre, du château de Blois; Baltard, qui laisse son nom aux Halles centrales ; Henri Labrouste, à qui Paris doit ses deux grandes bibliothèques ; Vaudoyer, l’architecte savant et hardi de la cathédrale de Marseille; Espérandieu, qui n’eut point le temps d’achever l’œuvre interrompue de Vaudoyer, se sont succédé dans la tombe à de courts intervalles, laissant après eux, dans leurs constructions comme dans leurs dessins, la marque d’esprit actifs et d’intelligences curieuses que soutenait la science des traditions classiques et nationales et qu’échauffait le désir d’en concilier les solides principes avec les nécessités de la vie moderne.

Malgré tant de deuils, l’architecture française a toujours tenu un rang élevé dans tous les concours internationaux auxquels elle a pris part. A l’Exposition universelle de Vienne, où 81 médailles ont été décernées à l’architecture, les architectes français en ont obtenu 26, tandis que les architectes allemands en recevaient 9, les architectes russes 12 et les architectes autrichiens, les plus favorisés après eux, 17 seulement.

Gravure et lithographie.

La lutte engagée, depuis un certain nombre d’années, entre les divers procédés de reproduction dérivés de la photographie et l’art de la gravure, sous toutes ses formes, semblait devoir aboutir à la disparition presque complète de cette dernière. Les rapports officiels, à la suite dé l’Exposition de 1867, aussi bien que la presse, constataient avec tristesse l’abattement qui semblait gagner peu à peu les derniers représentants d’un art difficile, autrefois si florissant, dont semblait de plus en plus se détourner la faveur publique.

Depuis 1867, des efforts considérables, dus à l’initiative privée aussi bien qu'à l'initiative de l’État, ont été faits pour relever un art qui a été longtemps l’une des gloires les moins contestées de la France. Les commandes faites par la Calcographie du Louvre et par la ville de Paris, la décision prise par le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts de faire exécuter chaque année des planches d’après les prix d’honneur de l’Exposition et les grands travaux d’art monumental, la fondation de la Société française de gravure, la publication de nombreux recueils d’art et d’archéologie, illustrés d’estampes détermineront sans doute un retour sérieux vers un art nécessaire, que les procédés scientifiques de reproduction ne sauraient remplacer.

Les graveurs à l’eau forte et le, s graveurs sur bois, favorisés par le développement de la librairie illustrée, n’ont pas seulement regagné le temps perdu ; ils forment aujourd’hui une corporation nombreuse et active, où abondent les talents les plus variés, et qui est en mesure de fournir à la curiosité et à la science les documents de toute espèce dont notre temps est si avide: reproduction d’objets d’art de tout genre, vues pittoresques, études architecturales, compositions originales, etc.

La gravure en taille-douce, qui exige des études plus complètes, un travail plus long, une vocation plus déterminée, un plus grand désintéressement, a vu aussi un certain nombre des jeunos artistes entrer résolûment dans une carrière difficile, où ils trouveront, pour les soutenir, l'exemple et les conseils de quelques artistes restés obstinément fidèles aux sérieuses traditions de notre école.

La lithographie, autrefois exercée par un si grand nombre de peintres éminents, semble rencontrer plus de difficultés à retrouver la faveur publique; mais le talent des quelques artistes qui ne l’ont point abandonnée doit faire • espérer que ce procédé, si libre et si délicat, d’interprétation ou d’expression, reprendra le rang qu’il mérite.

La France compte environ 1,000 ou 1,200 artistes graveurs en taille-douce, à l’eau forte, sur bois ou sur pierres, ayant exposé au Salon où figurent chaque année 300 à 400 ouvrages de gravure et de lithographie. *.'■

A l’Exposition universelle de Vienne, sur 101 médailles décernées par le jury international, 45 médailles, presque la moitié, ont été décernées à des graveurs français.

L’art au Danemark (1).

Bien que l’architecture du moyen âge et de la Renaissance ait. élevé en Danemark des monuments qui font encore l’admiration des contemporains, les beaux-arts ne furent véritablement en honneur qu’à partir de la fondation par Frédéric V de l’Académie des beaux-arts de Copenhague en 1754.

La peinture et la sculpture s’inspirèrent d’abord des œuvres étrangères et des modèles de l’antiquité ; mais, dès la génération suivante, quelques artistes vaillants, délaissant les sentiers battus et s’élevant au-dessus du rôle de simples

(\) Pal iis duChamps-de-Mars (galerie des Beaux-Arts).

imitateurs, conçurent des œuvres originales et cherchèrent à créer un art national.

Parmi leurs successeurs, le plus illustre est incontestablement le célèbre sculpteur Thorwaldsen ; fier à juste titre de son brillant génie, le Danemark a pieusement rassemblé les chefs-d’œuvre qu’il a laissés dans le musée de Copenhague, où ils servent de modèles aux scupteurs de notre époque, qui tous appartiennent à son école.

La peinture n’a pas eu, à beaucoup près, de représentant aussi renommé; on peut cependant citer Eckersberg, élève de David, comme un de ceux qui donnèrent à cet art la plus vive impulsion.

La grande peinture, la peinture d’histoire, n’est pas dans le tempérament des artistes danois. La nature si pittoresque des pays du nord, les magnifiques horizons des bords de la mer, la simplicité et la naïveté des mœurs leur ont inspiré des paysages et des tableaux de genre d’une charmante originalité.

L’architecture, enfin, a suivi le mouvement artistique général de l’Europe; mais, de même que l’art industriel, elle a conservé un cachet purement national.

Contrairement à se qui se pratique en France, les maîtres de la sculpture et de la peinture ne font point de leur atelier une école ; l’Académie de Copenhague est l’unique école d’art et l’on y enseigne à la fois le dessin et la peinture, le modelage d’après l’antique et d’après nature, la sculpture, le dessin architectonique et la composition, la décoration pittoresque et plastique et toutes les sciences se rattachant aux beaux-arts.

Cette Académie est subventionnée par l’État et délivre des diplômes d’études.

Après l’obtention du certificat, les jeunes artistes vont le plus souvent à l’étranger, et surtout à Rome, étudier les chefs-d’œuvre des maîtres et compléter leur éducation artistique. Des subsides leur sont accordés par l’Académie; des bourses entières sont même données aux jeunes gens qui, après avoir suivi régulièrement les cours de l’école, ont obtenu la petite et la grande médaille dans les concours académiques. En outre, et pour stimuler les efforts des artistes, l’Académie ouvre chaque année des concours spéciaux à la suite desquels elle décerne des prix en argent.

Grand-Duché du Luxembourg.

Le dessin et les premières notions de la peinture sont enseignées aux écoles de dessin annexées à l’Athénée de Luxembourg et aux deux progymnases de Diekirch et d’Echternach. Le grand-duché de Luxembourg ne possédant pas d’établissement spécial pour l’enseignement des beaux-arts, les Luxembourgeois qui désirent se livrer à l’étude de la peinture, de la sculpture et de l’architecture fréquentent les cours des Académies et des Écoles des beaux-arts de la France, de la Belgique et de l’Allemagne.

Un atelier de peinture sur porcelaine, quoique récemment établi, a déjà su s&çrqcurer une clientèle importante tant à l’intérieur qu’à l’étranger.

Qp sont les deux seules notes que nous ayons trouvée sur les pays étrangers dans le Catalogue officiel , pour tous les autres il n’existe que la liste pure et simple du M* et la désignation de l’objet exposé.

Les soldats étrangers à l'Exposition

Cet échantillon des soldats américains donne une haute idée de leur armée, ils ont la tournure martiale sans raideur.

Plusieurs commissaires étrangers ont eu l’idée de confier la garde et la police de leur exposition a des soldats de leur nation.

Les États-Unis ont envoyé une vingtaine d’hommes de leur infanterie; ce sont de beaux soldats, portant bien leur uniforme d’une grande simplicité ; pantalon gris de fer, tunique courte bleu marin a liséré rouge et képi de même nuance.

Les matelots de la Norwège avec leur veste de toile bise et leur grand collet ont trés-bon air.

L’Espagne est représentée par de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie ; le fantassin espagnol est revêtu d’une longue capote gris de fer avec un bourrelet de laine verte en guise d’épaulettes, pantalon garance et béret gris de fer avec bande de couleur.

Le dragon espagnol a un casque d’acier et de cuir brillants comme argent et or, l’épaulette de métal blanc, la tunique noire courte et plate, lej)antalon noir à bande rouge et une longue latte suspendue au côté.

L’artilleur a un uniforme noir, tunique et pantalon, avec un béret rouge et bande blanche.

Nous avons aussi eu des gendarmes portant le tricorne brassé carré.

Le gouvernement autrichien a envoyé des gardiens dont les fonctions se rapprochent de celles des gardiens de nos musées ; ils sont costumés de pantalon et tunique noirs et boutons dorés ; et ces hommes, choisis parmi les soldats d’élite, ont tous de nombreuses décorations.

Les agents de laSuisse sont habillés d’une tunique foncé a liséré blanc, et portent sur leurs képis la croix suisse. On les appelle à l’Exposition les Ambulanciers .

Les Républiques latines ont pour gardiens des soldats d’infanterie à uniforme de roi presque noir, collet rouge, portant sur leurs képis les mots « Hépubli • ques latines . «

Enfin la Hollande a envoyé des soldats de marine dont la tunique noire a liséré rouge, le pantalon noir, avec les armes et le nom des Pays-Bas brodés en or, sont d’un bel effet.

Tous ces détachements vivent en commun et logent dans un corps de bâtiment de l’École militaire, qui a été mis à leur disposition.

A six heures précises, ils se rassemblent dans la rue des Nations, s’alignent et marchent vers la cantine du 6e bataillon de chasseurs où ils prennent leur repas. C’est alors un défilé d’uniforme de tous les pays où sont représentées les armées de terre et de mer.

A la cantine, les soldats prennent leur popote à'ia bonne flanquette; les Américains mangent à côté de nos chasseurs. Les marins norvégiens partagent la gamelle des soldats espagnols, les Autrichiens trinquent avec nos fantassins et les Italiens fraternisent avec les Suédois.

Le coup d’œil est pittoresque et jusqu’alors l’union la plus complète .n’a cessé de régner devant le rata quotidien.

L’Exposition terminée, il serait à. désirer qu’il fut offert un festin à tous ces braves, festin ou serait représenté tous les corps d’armée de terre et armée de mer de la Nation française.

Sous la serviette de chacun d’eux une médaille serait glissée, souvenir qui par la suite leur rappellerait leur court séjour dans Paris, l’hospitalité et la bonne humeur de nos troupiers leurs camarades.

Chronique de l’Exposition.

Le président de la République, accompagné de la duchesse de Magenta, a longuement visité, hier, la section italienne. Le comte de Lambrus, député au Parlement, commissaire général, faisait les honneurs de la section.

Le maréchal s’est beaucoup arrêté devant les marbres et surtout devant les armes et appareils de sauvetage.

Une collation avait été servie dans le wagon-salon qui fait partie de l’Exposition. A la sortie, les principaux membres de la colonie italienne sont venus offrir des bouquets à la maréchal.

Une réunion des présidents, et vice-présidents et secrétaires de chaque groupe a eu lieu hier.

Dans cette réunion, on a établi un résumé des opérations des jurys pour chaque classe ; les présidents de groupe ont signé ces mémoires qui vont être soumis au ministère de l’agriculture.

Dans trois groupes, toutes les opérations sont sur le point d’être terminées.

Deux envoyés extraordinaires du ministre de l'Instruction publique du Japon à l’Exposition universelle: M. Hajime Nakagara, du ministère de l’Instruction publique, et M. S. Tegima, secrétaire du commissaire spécial, délégué par le même ministère, sous-directeur du musée de l’Instruction publique de Tokio, ont visité l’exposition ouvrière, 15 avenue de La Bourdonnaye, en apportant une grande attention aux objets exposés et en annonçant qu’ils viendraient le 12 juillèt et jours suivants étudier dans leurs détails les nombreux produits qui se font remarquer et en faire un rapport au gouvernement du Japon.

L’Algérie (1).

L’importance des produits algériens provenant des industries extractives s’est considérablement accrue depuis l’Exposition universelle de 1867. L’exploitation des minerais de fer, l’industrie des lièges, les bois d’ébénisterie, les plantations d’eucalyptus et autres arbres australiens, la pêche du coraii, la production des matières textiles et des laines, la culture du tabac progressent chaque année

(1) Parc du Trocadéro

sous les efforts patients des colons. Quant aux industries indigènes concernant les tissus de laine, les tapis, la préparation des peaux d’animaux, la fabrication des maroquins pour la sellerie et la chaussure arabes, elles se maintiennent dans de bonnes conditions tout en se transformant peu à peu par le contact et l’exemple des Européens. Aussi les sept classes qui forment le groupe 5 sontelles largement représentées dans le palais algérien.

Mines et carrières. — Les nombreux gîtes métallifères de l’Algérie ont été signalés depuis longtemps à l’attention publique, mais ce n’est que depuis une quinzaine d’années que les capitaux français et anglais se sont sérieusement fixés dans les grandes entreprises minières algériennes dont l’importance et le succès ne font actuellement plus de doute pour les hommes compétents qui les ont visitées et étudiées avec l’intérêt qu’elles méritent.

Les minerais les plus répandus en Algérie sont les Oxydes magnétiques, les hématites rouges et brunes, les carbonates de fer, les pyrites de cuivre contenant du plomp ou de l’argent, les galères argentifères, les oxydes et les sulfures d’antimoine, les oxydes de mercure, les calamines et les blendes. Le manganèse, le nickel, le cobalt, la baryte, l’arsenic s’y rencontrent aussi, mais assez irrégulièrement et toujours associés avec d’autres minerais.

Une collection complète d’échantillons des minerais et minéraux de l’Algérie, accompagnée d’une carte géologique et de notices très-détaillées sur l’industrie minière figure au palais algérien, où elle a été préparée par M. Tissot, ingénieur de la province de Constantine, par M. Pouyanne, ingénieur des provinces d’Alger et d’Oran, et par M. Pomel, sénateur d’Oran, président de la commission algérienne.

On compte en Algérie 306 gîtes minéraux reconnus, dont 23 mines métaltiques concédées, 121 non concédées, 37 minières de fer, 64 carrières et 39 gîtes de sel ou de salpêtre.

Parmi les mines en exploitation les plus importantes, nous devons mentionner les suivantes.

Mines de fer. — 1° Dans le département de Constantine, la Compagnie de Mockta el-Haddid exploite la mine de Kharézas, celle de Bou-Hamra et la grande minière d’Aïn-Moklira relié au port de Bônepar une voie ferrée de 32 kilomètres. La teneur moyenne du minerai est de 62 p. 0/0, l’extraction annuelle qui en 1867 était de 169,000 tonnes, a atteint 428,000 tonnes en 1864; elle était en 1876 de 366,000 tonnes et en 1877 de 384,000. De 1867 à 1877, cette Compagnie a vendu 3,176,300 tonnes de minerai représentant une valeur totale d’environ 33 millions de francs. 1,200 ouvriers sont employés à l’extraction et à l’embarquement du minerai. Le village minier d’Aïn-Mokhra fondé en 1868 compte actuellement une population de 1,641 habitants.

2° Dans la province d’Alger, les mines du Zaccar-Rharbi (hématites de fer), occupent 190 ouvriers et ont donné 40,000 tonnes en 1876. La mine de Gouraya concédée à la Société des forges de Châtillon et Commentry, emploie 82 ouvriers; celle de l'Oued-Messelmoun dont l’exploitation va commencer, occupe déjà 222 ouvriers qui en ont extrait 12,000 tonnes de fer en 1876.

3° Dans le département d’Oran, l'attention est attirée depuis trois ans sur les mines de fer de la côte occidentale qui comprennent les amas du Djebel Aoua-

ria où travaillent 120 ouvriers appartenant à la compagnie de Camérata et les gîtes si importants d’hématite du groupe de Beni-Saf, concédés à la Société de la Tafna, dont l’exploitation est en bonne voie. La teneur du groupe de Beni-Saf varie entre 58 et 62 p. 0/0; ils possèdent de remarquables qualités et valent à l’embarquement de 14 à 19 francs la tonne. La Compagnie a créé sur ce point en 1875 un village minier qui compte 1,114 habitants, elle fait construire à Beni- Saf un port d’embarquement qui doit lui permettre d’élever le chiffre de son exploitation annuelle à 300,000 tonnes.

Cuivre. — Dans la province de Constantine se trouvent : la mine d’AIn-Barbar (cuivre pyriteux) à 20 kilomètres au nord-ouest de Bône concédée à une société anglaise qui l’exploite depuis 1873 avec beaucoup d’activité et y emploie environ 300 ouvriers.

Dans la province d’Alger, on peut citer les mines de Mouzaïa, de l’Oued- Merdja, de l’Oued-Kébir, des Beni-Aquil, dont les exploitations sont supendues par suite de difficultés financières, mais dont la mise en valeur ne tardera pas à être reprise après la création des voies ferrées et l’achèvement du port de Ténès.

Plomb. — Province de Constantine : les belles mines de Kef-Oum-Theboul, près de la Calle, où l’exploitation est très-active, occupent 390 ouvriers; on en a extrait 12,000 tonnes de galènes en 1876.

La mine de plomb argentifère du cap Cavallo emploie 35 ouvriers.

Province d’Oran : la mine de plomb et cuivrede Gar-Rouban, à 52 kilomètres sud de Nemours, dont l’exploitation est ralentie depuis 1864 emploie 65 ouvriers.

Antimoine. — La mine d’El-Hammimat, au sud de Guelma, dont l’exploitation suspendue pendant quelques années vient d’être reprise.

Mercure. — Les gîtes reconnus occupent les régions de Guelma et de Jemmapes, dans le département de Constantine. La seule mine actuellement en exploitation est celle de Ras-el-Ma, à 24 kilomètres au sud-est de Philippeville.

Zinc. — On peut citer dans le département de Constantine (région de Guelma), la mine de Hammam-N’Bail qui appartient à la Société de la Vieille- Montagne et qui occupe près de 40 ouvriers; celle d’Aïn-Arko qui emploie 50 travailleurs; la mine de zinc et plomb des Ouled Maziz au nord-ouest de Lalla- Maghrnia dans le département d’Oran où travaillent 30 ouvriers.

En résumé, à la fin de 1877, il existait dans les trois provinces 181 gîtes minéraux reconnus, parmi lesquels on compte 14 minières de fer exploitées par les propriétaires du sol et 25 mines de fer, cuivre, plomb, zinc, antimoine et mercure, concédées régulièrement, qui attendent, pour être mises en exploitation, les facillités que vont leur offrir très-prochainement l’achèvement du réseau des voies ferrées, l’amélioration des moyens d’embarquement et la révision actuellement à l’étude de la législation minière en Algérie. Le nombre des ouvriers mineurs employés en Algérie, qui n’était que de 1,200 en 1867, s’élève maintenant à 4,000. On trouvera au catalogue spécial de l’Algérie l’énumération des principaux gîtes métallifères et des carrières, dont les emplacements sont marqués par des indications spéciales sur la grande carte murale de l’Algérie.

Si l’on se reporte aux tableaux de la production minière qui figurent à la section de la statistique de l’Algérie, on constatera que, depuis le commencement de l’année 1867 jusqu’à la fin du mois de juin 1877, les mines ont fourni à l’exportation les valeurs totales suivantes :

Minerai de fer . 3,410,000 tonnes représentant 36,000,000 de francs.

Minerai de cuivre. . . 14,300 — — 1,400,000 —

Minerai de plomb. . . 35,700 — — 11,000,000 —

Total . 3,460,000 tonnes valant. . . . 48,400,000 de francs.

Enfin, on doit également remarquer que, depuis 1874, les moyennes d’exportation se maintiennent chaque année au-dessus des chiffres suivants :

Pour le fer . 460,000 tonnes valant environ 5,000,000 de francs.

Pour le cuivre . 5,000 — — 000,000 —

Pour le plomb . 2,500 — — 500,000 —

Total . 467,000 — — 6,000,000 de francs.

C’est-à-dire qu’il sort annuellement d’Algérie pour une valeur de plus de 6 millions de francs en minerais.

Produits des exploitations et des industries forestières. — La reconnaissance et l’exploitation du territoire forestier en Algérie ont dû suivre les progrès de la conquête du sol et de la colonisation. Il en résulte qu’à l’heure présente, l’inventaire de nos richesses forestières n’est point encore terminé, mais il se poursuit très-activement. La dernière statistique, établie par les soins du conservateur des forêts (en 1877), donne, pour l’étendue et la nature du territoire forestier domanial, les chiffres suivants dans les trois provinces.

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