‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 46 sur 65 · I. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

I. — AGRICULTURE

Histoire agricole et industrielle des Égyptiens.

Les hiéroglyphes qui figurent sur les anciens monuments de l’époque pharaonique, font remonter la civilisation égyptienne à une antiquité prodigieuse. Il y a soixante siècles, V agriculture, Yindustrie et les arts étaient déjà florissants sur les bords du Nil, et cet état de choses continua de subsister jusqu’en l’an 381 de l’ère chrétienne, lorsque l’empereur Théodose promulgua par un édit la religion chrétienne officielle en Égypte.

M. Mariette-Bey, savant égyptologue, a exposé dans l’art rétrospectif du Trocadéro plusieurs tableaux destinés à faire connaître d’après les monuments contemporains l’état de la civilisation égyptienne, il y a six mille ans, et les sujets EXPOSITION DE 1878. — TOME IX. 23

qui y sont reproduits proviennent des nécropoles de Sakkarah et des Pyramides, puisque de Memphis comme ville il ne reste rien de son antique splendeur.

Sur l’un de ces tableaux représentant l’entrée d’une ferme, on voit l’engraissement des volailles, oies , canards, tourterelles , demoiselles de Numidie , etc. Des serviteurs roulant dans leurs mains des boulettes d’une pâtée qu’ils introduisent dans le bec de ces volatiles que l’on fait ensuite promener après avoir été gavés.

Un autre tableau représente des scènes de chasse et de pêche. Les chasseurs sont armés d’arcs et de ilècbes, aidés par de grands chiens lévriers. Des j jazellcs , antilopes, voire même le lion et le léopard, sont chassés sur d’immenses terrains pris sur le désert. La chasse aux oiseaux y est représentée avec des fdcts tendus à terre, mais le plus original est un arbre qui a été entièrement recouvert d’un filet, probablement pendant la nuit, afin de retenir prisonniers les oiseaux qui s’y étaient réfugiés, que l’on prend le matin pour les mettre dans des cages.

La pêche avait lieu avec des nasses préparées à l’avance et où le poisson venait se faire prendre. La chasse au crocodile et à l 'hippopotame est fort curieuse. Deux de ces animaux se rencontrent et un combat s’ensuit immédiatement et l’hippopotame l’emporte. Un peu plus loin, celui-ci est pris par un appât déposé dans l’eau attaché à un crochet. Sur les roseaux voltigent des oiseaux troublés par l’apparition de mangoustes qui grimpent sur les tiges des papyrus pour aller manger les œufs dans leurs nids. Le martin-pêcheur cherche à défendre sa couvée. Les ibis, les cigognes et les flamants , moins résolus, s’enfuient.

Dans le tableau d’agriculture, on voit le labourage , le dépiquage du blé dont on charge les gerbes sur des ânes que l’on accable de coups pour les forcer à se laisser charger; des vaches traversant à gué un cours d’eau; des bœufs vulgaires attelés à une charrue pour labourer la terre. Le bœuf destiné aux cérémonies sacrées n’est jamais employé aux travaux des champs. On reconnaît son origine sacrée quand il naît pourvu de vingt-huit marques. Alors Os iris, le bon dieu par excellence, se fait chair et descend sur la terre sous la forme de bœuf Apis, pour en moraliser les habitants. Psannnétichus avait fait construire en face du péristyle du temple de Phtah à Memphis une habitation et un promenoir au bœuf Apis .

Sur d’autres tableaux, ce sont des veaux broutant l’herbe et une vache, auprès de laquelle jouent deux veaux, est attachée avec une courroie par les jambes de derrière ; des vaches sans cornes , un troupeau de bœufs et un veau trop jeune pour suivre sa mère et qu’un homme porte sur les épaules; des serviteurs conduisant un troupeau de chèvres, etc.

Sur les tableaux de Yindvstrie , des arts et métiers , etc., ce sont des menuisiers confectionnant des lits , sciant des planches dans lesquelles ils perforent des mortaises et percent des trous au moyen de vilebrequins en archet. Les charpentiers sont occupés à abattre des arbres , à les équarrir et à construire des barques. Les petites barques se construisent en roseaux, et les plus grandes, destinées au transport des matières pesantes, étaient en bois et mises en mouvement par un ou deux rameurs debout à l’avant. Au centre étaient amoncelés les produits et à l’arrière la cabine couverte au-dessus de laquelle se tenait l’homme chargé de diriger le gouvernail. Ils employaient aussi la voile carrée pour voyager avec le vent. Les grands bateaux étaient conduits par dix ou douze paires de rameurs. Les outils consistaient en haches de forme arrondie, ciseaux type ordinaire, herminette adhérant au manche par un enchevêtrement de courroies. On ignore si ces outils qui sont peints sur les monuments sont en silex, en diorite ou autre matière.

Un marteau en bois de tailleur de pierres a été trouvé dans le Mastabat-el-Fa-

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raoûn de la cinquième dynastie; un niveau de maçon semblable à ceux d’aujourd’hui provenant d’une tombe de la dix-neuvième dynastie, contemporaine à Moïse; trois houes à piocher la terre; des hachettes , ciseaux et couteaux en bronze; des sandales , des éventails confectionnés par des tapissiers; la fabrication du verve ; des forgerons entretenant leur feu au moyen d’outres qu’ils abaissent comme des soufflets en appuyant dessus et qu’ils relèvent ensuite à l’aide d’une courroie; des modèles de panneaux en bois et en ivoire et un modèle de coffret trouvés dans une tombe de la onzième dynastie.

En fait de bijouterie , on voit le malaxage de Yor et une belle collection de bijoux , parmi lesquels une chaîne provenant d’une momie de la sixième dynastie ; un bracelet en or massif de la reine Aah Hotep et toute une collection de bijoux trouvés dans le cercueil de cette reine; des scarabées montés en bagues, en lapis-lazuli, serpentine et feldspath, — les Égyptiens plaçaient un scarabée, symbole de l’immortalité, à la place du cœur de leurs momies , parce que, d’après eux, celui-ci, au moment de la résurrection, recevait le premier le souffle vital; — - des bracelets en forme de serpents surmontés d’émeraudes; des diadèmes , des disques ciselés à jour et reliés par quatre chaînes d’or; des fragments de colliers or et argent ornés de cornalines , lapis-lazuli et turquoises délicatement travaillés, etc. ;

Des livres égyptiens écrits sur papyrus ayant l’apparence d’un rouleau qu’on déroulait devant soi quand on voulait le lire;

La fabrication du vin blanc et du vin rouge, au nord et au midi de l’Égypte; divers systèmes de pressage et de foulage du raisin pour l’écraser et en extraire le jus;

La boulangerie et la fabrication du pain avec de la levûre; les cuisiniers découpant une cuisse de bœuf, rôtissant des oies et faisant leur bouillon dans une grande marmite placée sur un feu ardent.

Sur le tableau du commerce, ce sont des personnes qui viennent acheter des produits à des marchands assis par terre et qu’ils paient en échange d’autres produits. Ici c’est une femme qui achète des concombres et les paie avec du poisson. Là, ce sont des oignons que l’on échange contre du blé. Plus loin, c’est un singe qui se jette sur le marchand pour lui voler sa marchandise; des boutiques où l’on vend la volaille, le poisson, la viande de boucherie, les onguents, les huiles, etc.

Environ dix-huit siècles avant Jésus-Christ, Joseph joua un rôle important dans l’administration de l’Égypte. Cet éminent agronome, en voyant les paysans abandonnant leurs villages, les canaux s’obstruant de boue et la famine approchant par suite à grand pas , dit alors au Pharaon Apappus, de la dix-septième dynastie : « Votre Majesté a rêvé sept vaches grasses, c’est à peu près le nombre d’années qu’il faut pour que le mal soit à son comble. Des contrées fertiles vont devenir des déserts et la famine anéantira vos sujets. Nous devons employer ces sept années à emmagasiner dans les villes les denrées qui peuvent se conserver longtemps pour les fatales années , et, quand viendra la disette, nous ouvrirons nos magasins aux populations affamées, etc. ». Tous les Égyptiens vinrent à Joseph (1) et lui dirent : Donne-nous du pain en échange de notre bétail et de nos terres et ainsi il acquit au Pharaon toutes les terres de l’Égypte , car chacun vendait son bien au fur et à mesure que la famine augmentait et la terre ensuite fut toute au Pharaon. L’esclavage fut alors pour lui un moyen de gouvernement, et il fit passer le peuple dans les champs et les villages depuis un bout des confins de l’Égypte jusqu’à l’autre bout. On comprend que Joseph après un pareil exposé fut chargé du gouver-

(1) Voyez la Bible, chap. xlvii, v. 5 et suiv.

ment de l’Égypte, ce qu’il fit pendant quarante ans. Mais les courtisans, jaloux de la confiance dont Joseph était investi et des hautes fonctions dont il était chargé et qu’il remplissait au gré de tous, cherchèrent à lui nuire dans l’esprit de Pharaon : « Grand roi, lui dirent-ils, Joseph commence à se faire vieux, il n’a plus sa prudence et son activité d’autrefois. » Pharaon, se laissant persuader, retira la charge à Joseph qui se retira au Fayoum, alors désert ingrat et entièrement inculte. En l’espace d’une année, il transforma ce désert en une campagne fertile en y introduisant les eaux du Nil par le Bahr-Youssef , canal qui porte encore aujourd’hui son nom. De nombreux ouvriers furent occupés aux plantations et à la culture et Joseph, en agronome consommé, transforma bientôt le Fayoum en une riche province. Pharaon, voyant ce prodige accompli si rapidement par son ministre disgracié, dit : « Par ma barbe, se dit-il à part lui, cet homme a vraiment donné la vie à un mort », et il le rappela près de lui, le réintégra dans ses fonctions et comprit que l’âge n’avait rien ôté à son activité et à sa prudence.

L’année agricole des Égyptiens commençait dans l’antiquité, comme aujourd’hui encore, aussitôt après l’écoulement des eaux de l’inondation. « Chacun, dit Hérodote, vient alors jeter les semences dans ses parties et y lâche ensuite des animaux. La semence est ainsi enterrée et il n’y a plus qu’à attendre la moisson. Les Égyptiens, particulièrement ceux qui habitent au-dessous de Memphis, sont ceux qui récoltent avec le moins de travail les fruits les plus abondants. Ils n’ont ni la fatigue de retourner la terre ni celle de la bêcher.

Champollion donne aussi l’énumération d’un grand nombre de sujets agricoles représentés sur les parois des grottes sépulcrales de Beni-Hassan et qui sont : Dessins représentant le labourage avec des bœufs ou à bras d’homme; le semage , le foulage des terres , cinq sortes de charrues, le piochage, la moisson du blé et du lin, la mise en gerbes, en meules, le battage, mesurage et le dépôt au grenier; la récolte du lotus; la culture du jardin, de l’oignon, l’arrosage , la cueillette des fruits , etc. , avec légendes hiéroglyphiques explicatives , etc.

L’an C38 de notre ère, Amrou, après sa conquête deTÉgypte, écrivait au khalife Omar la lettre suivante restée célèbre et qui contient une admirable description de l’Égypte, confirmant bien l’antiquité du régime agricole des Égyptiens :

« Sache donc, Seigneur, commandeur des fidèles, que le pays d’Égypte n’est qu’un mélange de terre noire et de plantes vertes, entre des montagnes blanches et des sables rougeâtres.

« Ce pays est formé d’une large vallée qui fournit à sa subsistance et dont l’étendue de Syène à la mer est d’un mois de chemin pour un homme à cheval. A travers cette vallée et dans toute sa longueur descend un fleuve, béni le matin et béni le soir, qui coule en croissant et décroissant tour à tour suivant le cours du soleil et de la lune. A l’époque de l’année fixée par le Créateur, — grâces lui soient rendues, — et en vertu de l’ordre établi par lui, les fontaines et les sources de la terre sont ouvertes au fleuve nourricier de la province afin que, s’épanchant sur toute sa surface, il la fertilise pour subvenir aux besoins des animaux et des hommes. Roulant alors avec fracas et ses ondes débordées, selon qu’il lui est prescrit, ayant atteint leur plus grande élévation, les habitants ne peuvent plus circuler d’un village à l’autre qu’à la faveur de nacelles qui de loin en loin apparaissent sur la vaste étendue des eaux, comme les chameaux au sein du désert.

« Parvenu à ce point, le fleuve commence à retourner en arrière et il reste dans son lit comme il en était sorti. Alors les habitants se préparent au travail ; les plus tardifs comme les plus prompfs se répandent dans la campagne, pareils à

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des fourmis et les plus forts comme les plus faibles exécutent à force de bras la tâche qui leur a été confiée, car il s’en faut qu’on obtienne cela de bonne volonté. Ils ne cèdent au contraire qu’à la crainte des châtiments. Les uns fendent le sol abreuvé d’eau; les autres sèment dans ses entrailles toutes les espèces de graines qu’ils espèrent pouvoir y fructifier avec l’aide de Dieu. Le noir limon qui couvrait la terre ne tarde pas à se revêtir d’une riche verdure et répand dans l’air de suaves parfums. Rafraîchies d’en haut par la rosée du ciel et nourries en bas par l’humidité de l’inondation, ses productions diverses éclatent par degré et se produisent au soleil. D’abord les tiges , puis les feuilles , puis les épis qui réjouissent la vue et éveillent l’espérance au cœur des hommes. De loin en loin il se forme des nuées d’où descendent des pluies médiocres ou seulement quelques gouttes, parfois pas du tout.

« L’heure de la récolte approche, la terre étale ses beautés, ses richesses et les habitants sont pleins d’allégresse, car ils vont recueillir ses fruits en abondance, tant pour eux que pour leurs montures, chevaux et chameaux. Ils vont voir engraisser leur bétail et ils augmentent leur aisance en envoyant au dehors leur superflu.

« Ainsi, commandeur des fidèles, l’Égypte apparaît successivement comme une terre poudreuse, puis comme une mer bleuâtre, puis comme une perle blanche, puis comme une boue noire, puis comme un taffetas vert, puis comme une broderie de diverses couleurs, puis comme de l’or en fusion et cet or est le blé que l’on moissonne enfin , qu’on bat ensuite pour en tirer le grain et ce grain circule dans la contrée. Il se divise entre tous, plus aux uns, moins aux autres, chacun suivant sa condition, et cette vicissitude revient tous les ans, chaque chose en son temps suivant l’ordre et la providence du Tout-Puissant : Qu’il soit béni le meilleur des créateurs !

« Quant à ce qui est nécessaire pour l’entretien des ouvrages du pays et de ses monuments, pour la bonne culture des terres, pour l’accroissement de la population, pour que toutes choses en un mot se maintiennent en bon état et aillent constamment de bien en mieux, suivant ce qu’en ont dit les personnes qui le savent pour en avoir eu le gouvernement entre les mains, j’y ai remarqué principalement trois choses : la première est de ne point prêter l’oreille aux mauvais propos du même peuple contre les principaux du pays parce qu’il est envieux, ingrat et oublieux du bien qu’on lui fait; la seconde est d’appliquer le tiers du tribut levé sur la province à l’entretien des ponts et canaux; la troisième enfin, de ne tirer de ce tribut que des objets parvenus à leur état de perfection, afin que la production n’en soit point entravée, et cela sans confusion d’espèces et sans excès. »

Horticulture. — L’horticulture aussi ancienne que le monde était déjà florissante sur les rives du Nil au temps de l’époque pharaonique. Des jardins sacrés entouraient alors les temples, vastes bâtiments qui servaient non-seulement de sanctuaires à la célébration des rites et des mystères religieux, mais aussi de logement aux prêtres et aux animaux-dieux. C’étaient des enclos plantés de sycomores et de palmiers, contenant de grands bassins de granit et de porphyre où croissaient le lotus , le papyrus et où nageaient les crocodiles sacrés. On y trouvait errant Vibis, Yichneumon et le naïa, serpent redoutable que les prêtres apprivoisaient, et le monitor, grand lézard qui, selon la croyance égyptienne, avertissait l’homme par un sifflement de l’approche des animaux dangereux et particulièrement du crocodile, son collègue en divinité.

Les Égyptiens témoignèrent une grande admiration pour les nymphéacées. On voit fréquemment les lotus blancs et bleus dessinés et sculptés sur les monuments et qu’ils cultivaient dans les bassins de leurs jardins. £

Les melons, les pastèques , les concombres, etc., sont figurés parmi d’autres fruits et légumes et les hypogées en donnent des figures assez exactes pour reconnaître ces productions placées sur les tables domestiques ou dans les offrandes religieuses.

Les jardins particuliers des riches égyptiens occupaient des espaces fort étendus, toujours situés sur la rive du Nil ou d’un canal recevant les eaux du lleuve et alimentant les bassins très-vastes sur lesquels le maître pouvait se promener sur un bateau de plaisance, conduit par ses esclaves pour se livrer au plaisir de la pêche et de la chasse. Ces jardins étaient entretenus avec soin.

Le dessin à lignes et à angles droits en était fort simple. Les plates-bandes étaient en contre-bas des allées et des sentiers pour que les eaux provenant des irrigations ne puissent les détremper. Les chemins servant à la promenade du jour étaient bien ombragés. On cultivait tout le long dans des vases des plantes rares et arbustes alignés et taillés. Athénée dit que les jardins égyptiens étaient cultivés avec tant de soins , qu’on y voyait durant toute l’année des fleurs rares et qu’on en ornait les demeures.

L’un des plus beaux jardins égyptiens du moyen âge fut celui de Matarieh où l’on cultivait autrefois la plante du baume. En 1546, on l’y cultivait encore et la fête du Baume s’y célébrait à Y Ascension, jour où l’on exprimait l’huile des graines de cet arbre à baume, dont la légende fait remonter l’introduction dans les jardins de Matarieh au passage de la sainte famille par cette station. Les khalifes en distribuaient le baume aux souverains de l’Orient et de l’Occident et cette précieuse huile était employée dans les grandes cérémonies ou au sacre des rois.

Le jardin de Matarieh est resté célèbre par le sycomore appelé « arbre de la Vierge » sous lequel la sainte famille , suivant la tradition , se réfugia pour se soustraire aux satellites d’Hérode qui la poursuivaient; il a le tronc court, très-gros; plusieurs de ses parties sont sans vie et complètement sèches. Il semble s’être changé de place et la partie vivante qui reste de ce curieux tronc est perforée de cavités dans lesquelles les chrétiens pieux venaient déposer des bougies allumées au risque de brûler l’arbre en l’honneur de la Vierge, ce qui nous détermina à faire construire tout autour une palissade en forme de grille pour le protéger. Le père Vansleb, curé de Fontainebleau, qui visita l’Égypte en 4 672, s’exprime ainsi à propos de ce jardin historique : « Le 12 juillet, je fus en compagnie de quelques marchands français au village de Matarea, situé du côté d’est du Caire en distance de chemin d’environ deux heures à cheval, pour voir les lieux que Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte mère ont sanctifiés de leur présence, et en même temps le jardin où l’on plantait autrefois la plante du baume.

« En entrant dans la cour, on voit à main droite un petit oratoire des Turcs bâti sur les ruines d’une petite église copte où Ton révérait quelques vestiges de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de sa très-sainte mère. On l’appelle El-Mai'kad, lieu de repos. Il y a dans ce markad un petit réservoir.... Les Coptes ont pour tradition que la sainte Vierge avait coutume d’y laver les langes de son cher enfant et mesme que pendant qu’elle était occupée â son travail , elle le faisait reposer dans une niche qui est dans la muraille du markad, lieu où les religieux disaient autrefois la messe par dévotion. Tout près de ce markad est le puits miraculeux. La tradition des Coptes et mesme quelques historiens mahométans en tombent aussi d’accord... que Notre-Seigneur s’est lavé dans ce puits et qu’il communiqua par un miracle â ses eaux leur douceur et leur bonté extraordinaires.

« Après avoir fait collation dane le reposoir et bu de cette bonne eau par dévotion, nous entrâmes dans le jardin. On voyait autrefois dans ce jardin le syco-

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more qui, suivant la tradition des Coptes, s’était fendu en deux par un miracle pour mettre à couvert Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte mère lorsqu’ils étaient poursuivis par les soldats d’Hérode. On dit aussi que s’étant cachés dans cette ouverture, ils se sauvèrent par ce moyen de leurs mains à la faveur d’une toile d’araignée qui les couvrait et qui paraissait fort vieille, quoiqu’elle ait été faite en un instant et par un miracle divin... »

Agriculture. — L’Égypte située au centre de l’ancien continent est arrosée par un des plus grands fleuves connus, qui mérite encore le culte divin qui lui fut décerné il y a plus de six mille ans. Il est toujours le père nourricier de l’Égypte et la vallée qu’il arrose de ses eaux fécondes , de plus de 600 lieues de longueur, en comprenant la Nubie, est l’une des plus fertiles du monde.

Sur presque toute son étendue, deux chaînes de montagnes resserrent cette vallée qui s’élargit subitement à partir du Caire pour former une grande plaine triangulaire appelée Delta , qui est traversée dans toutes les directions par de grands canaux navigables, divisés en plusieurs branches alimentant une infinité de petits canaux.

Territoire et population agricole. — D’après Clott-Bey, la superficie de l’Égypte est de 1 ,600 lieues carrées dont :

245 pour la haute Égypte,

225 pour la moyenne Égypte et 1,150 pour la basse Égypte; ou encore :

Terres cultivables . 1,000 lieues carrées.

Fleuves et canaux . 367 — —

Iles du fleuve . 11 — —

Terres incultes . 200 — —

Sables . . . .’ . 68 — —

Cette même surface étant de 7 millions de feddans, les chiffres qui vont suivre indiquent les terres cultivées sur la surface cultivable et leur développement progressif depuis le commencement du siècle :

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