IL — DESCRIPTION DE L’ALGÉRIE
Salluste partageait l’Afrique septentrionale en quatre grandes régions : 1° la Cyrénaïque et le pays des Syrtes, comprenant le Tripoli et le Fizzan ; 2° le territoire de Carthage ou Tunis; 3° la Numidie ou l’Algérie française; 4° le pays des Maures ou le Maroc.
L’Algérie française est contenue entre la mer, depuis l’embouchure de la Zaïne jusqu’à l’embouchure de l’Oued-Kiss, et le Sahara, cet immense et mystérieux pays où Vivien de Saint-Martin place Y Agisymba regio des expéditions de Septimius Flaccus et de Julius Matimus.
La superficie est de 470,000 kil. carrés, les côtes ont une étendue de 980 kil., la température varie de 32° à 40°. Elle peut monter à 65° et descendre à 11°. Les géographes modernes ont tracé trois zones successives parallèles à la mer : 1® le Tell au Nord exposé aux vents de la mer et aux pluies, c’est la terre féconde chantée autrefois par Corripus, c’est le grenier de l’empire romain. Cette zone montagneuse se compose non de chaînes distinctes, mais de groupes trèstortueux, coupés par des brèches à travers lesquelles s’échappent des torrents. Ses limites vont de Tebessa à Bikra en suivant la crête de l’Atlas depuis le Tjebel-Taled jusqu’au Djiebel-Kebourieh. Le Tell est arrosé par le Chélif, le fleuve le plus important de l’Algérie qui descend du Djiebel-Amour, passe à Médéah, Milianah, Orléansville et finit à 10 kil. au nord de Mostaganem après un parcours de 695 kil. 2° Le pays des Chotts ou lacs salés, terres de pâtures faites • pour la vie pastorale. On l’appelle encore le pays des dattes. Il contient deux grands lacs salés, le Chott il garbi et le Chott il ghergui ; et les plateaux de Serson, de Zarès, de Hodna. 3° Au delà des monts qui bordent au midi les hauts plateaux des steppes, s’ouvre le Sahara algérien avec son archipel
L’ALGÉRIE
d’oasis, le Sahara inondé de lumière, le pays du bleu où un ciel sans nuage sert de voûte à une terre sans ombre.
Le Sahara est arrosé par deux rivières l’Oued-Djcadi qui coule de l’O. auS.-E. et passe à El-Aghouah, poste avancé sur le désert, et au S.-O. l’Oued-Seggor ou Briznia qui termine son cours dans le Maroc.
Les côtes de l’Algérie présentent les golfes de Bône, de Bougie et d'Alger et les caps Rosa, de Zer, Matifou, Ferrât. Les principaux ports sont, laCalle, Bône, Djigelli, Bougie, Alger, Sidi-Ferruch, Mostaganem, Mazagran, Oran et Mers-el- Kebir, rade qui pourrait devenir un autre Gibraltar ; enfin Nemours à 30 kil. de la frontière du Maroc.
L’Algérie se divise en trois provinces :
La province d’Alger qui contient environ 103,000 Européens et 860,000 indigènes. Les tribus occidentales étaient soumises à l’influence théocratique et les tribus septentrionales à l’influence démocratique. Tels étaient les Kabyles.
La province d’Oran qui renferme 74,000 Européens et 530,000 indigènes. L’influence et le pouvoir héréditaire appartiennent à des familles religieuses.
Enfin, la province de Constantine qui contient 53,000 Européens et 1,330,000 indigènes. Cette division, qui existait déjà au temps de la domination romaine, repose sur l’état politique et social des tribus arabes. On divise encore chaque province en territoires civils où l’élément européen a pris le plus de développement, l’administration en a été confiée à des fonctionnaires civils; et en territoires militaires où l’élément européen est noyé dans l’élément indigène; là, l’administration est toute militaire et s’opère au moyen de bureaux arabes. Créés en 1833, par le général Avizard, ils sont chargés de l’administration sous le contrôle des commandants de divisions, subdivisions, cercles du gouvernement. Il y a trois bureaux divisionnaires auprès des commandants de chaque province, 12 bureaux de première classe et 18 bureaux de 2e classe composés d’environ 150 officiers.
Le 19e corps d’armée, composé de 50,000 hommes, est réparti entre les trois provinces. L’administration judiciaire est représentée par une Cour d’appel siégeant à Alger et embrassant dans son ressort les trois départements; des Cours d’assises et des tribunaux ordinaires.
L’Algérie possède 517 écoles publiques de garçons et de filles, 1 lycée, 19 collèges communaux et 4 institutions libres. Au point de vue des cultes, il y a 1 archevêque, 2 évêques, 225 paroisses catholiques et 14 protestantes.
Les routes nationales sont :
1° D’Alger à Laghouat;
2° D’Alger à Oran ;
3° D’Alger à Constantine ;
4° De Constantine à Biskra;
5° De Mers-el-Kebir à Tlemcen.
La longueur des routes nationales et départementales est de 6,500 kilom.
Les chemins de fer sont :
1° D’Alger à Oran (parcours 421 kil.) par la plaine de la Mitidja et la vallée du Chéliff ;
2° De Philippeville à Oran (87 kil. ) ;
3° De Bône à Aïn-Mokra (32 kil.).
Les lignes concédées ou en constructions vont :
1° D’Arzen à Saïda (216 kil.);
2° De Bône à Guelma qui se reliera à la lqfne de Tunis ;
3° De Constantine à Sétif (150 kil.).
Le décret du 12 février 1878 assimile l’Algérie à la mère-patrie.
Trois Compagnies de paquebots, dont le siège est à Marseille, desservent régulièrement le littoral algérien.
11 y a aussi 21 5 bureaux de poste et 116 stations de télégraphie.
Le mouvement commercial de l’Algérie pendant l’année 1876 a atteint le chiffre de :
Importations . 213,352,396 f.
Exportations . 166,530,581
Total . 379,882,977
C’est-à-dire que de 1865 à 1875 le total des opérations a quadruplé.
Administration. — Le gouvernement et la haute administration sont centralisés à Alger, entre les mains d’un gouverneur général assisté d’un Conseil de gouvernement et d’une direction générale des affaires civiles et financières. Trois sénateurs et trois députés représentent le pays aux deux Chambres.
Chaque département est administré par un préfet, assisté d’un conseil de préfecture. L’administration départementale est tout à fait assimilée à celle de la mère-patrie. Le budget préparé par le Conseil supérieur de l’Algérie doit être voté par les deux Chambres de Versailles. En 1876, les dépenses se sont élevées à 31,845,774 fr., et les recettes à 38,970,400 fr.
Le recensement de 1876 donnait 2,816,575 habitants européens et indigènes. La population française était de 155,727 habitants et la population composée d’étrangers européens de 155,735.
La race Juive se développe et prospère : de 1867 à 1873, il y a eu 12,14 Omariages européens; de 1873 à 1875, il y en a eu 7,603, ou 2,534 par an. Depuis 1867 on compte 53,371 naissances européennes, soit 7,623 par an, et 9,040 naissances israélites, soit 1,291 par an. En 1873, 75.78 décès européens pour 100 naissances; en 1874, il y en a eu 79.99.
Divers essais de colonisation ont été tentés. On a voulu imiter des méthodes usitées aux États-Unis, sans tenir compte de la différence de populations, de pays et d’intérêts.
Population. — Races. — Les Arabes forment la niasse principale de la population algérienne ; dans la campagne, on les nomme Bédouins. Ils appartiennent à la race de Sem et leur teint est olivâtre. Leurs yeux sont grands, bruns et fendus horizontalement. Les femmes les agrandissent encore à l’aide d’un poinçon roulé dans du sulfate d’antimoine : leur ambition étant d’avoir des yeux de gazelle. Pasteur et nomade, l’Arabe a une dignité qui rappelle le temps des patriarches. 11 y a de l’idéal, de la dignité, de l’ampleur dans ses mouvements. Les Maures ou Mauritaniens descendent des Libyens autochtones du littoral. Ils sont méprisés des Arabes, et du reste par des croisements multipliés avec les conquérants qui se sont succédés sur le sol d’Afrique, ils en sont arrivés à former une race des plus hétérogènes.
Les Turcs sont en petit nombre. Ils datent de Barberousse (1520) et sont de toutes provenances.
Les Koulouhlis (fils de soldats) sont des métis de turcs et de mauresques.
Les nègres sont disséminés partout ; on les rencontre surtout dans le désert.
Les Européens vivent sur les côtes et s’acclimatent différemment. Les Espagnols, les Maltais, les Italiens réussissent bien, les Français ne tarderaient pas à s’éteindre s’ils étaient abandonnés à eux-mêmes et les Allemands ne peuvent s’acclimater.
La grande Kabylie forme un quadrilatère dont les sommets reposent sur Aumale, Dellys, Bougie et Sétif. Le pays occupe une superficie d’environ 500 lieues carrées, et sa population est évaluée à 240,000 âmes.
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Les Kabyles n’ont de commun avec les Arabes que la religion. Ils ont une langue qui leur est propre. L’Arabe est paresseux et nomade. Le Kabyle est sédentaire, actif et industrieux. Son respect de la parole donnée (anaya) est proverbial. Il fabrique de la poudre, des balles en plomb, des armes; il fait de l’huile d’olive ; les femmes tissent de la laine. La fabrication de la fausse mon* naie est héréditaire dans certaines tribus.
La fédération qui relie les tribus kabyles n’a pas de caractère permanent, c’est un accident qui n’oblige ceux qui s’y soumettent que pour le temps de la lutte. Mais tandis que le communisme et le despotisme à l’état patriarcal sont encore tout le ressort de la tribu arabe, la commune (Kabyla) existe et fonctionne chez les Kabyles, elle est administrée par un maire (amin) et un conseil (djeman) élus par le vote universel; elle possède un budget et des biens communaux.
La condition de la femme kabyle est meilleure que celle de la femme arabe. La langue kabyle diffère de l’arabe : on y trouve quatre dialectes, le Chilahh ou shulah au Maroc, le shewiali ou chaouia en Algérie et le touareg dans le Nord. Un caractère remarquable des Berbères, c’est l’emploi de la numération quinaire.
En Algérie, où l’antiquité est pour ainsi dire contemporaine, le Kabyle est toujours ce qu’il était du temps de Jugurtha.
Sahara. — On évalue à 18 millions d’hectares la superficie du Sahara algérien. Le mot Sahara est pour beaucoup de gens une expression sinistre, il désigne une contrée maudite, sans végétation, sans eau — le pays de la soif.
Cette contrée mystérieuse a été explorée. « Habité sur certains points, le Sahara s’appelle Fiafi ; habitable sur certains autres, il prend le nom de Ivifar ou Khela (abandonné) ; inhabité sur d’autres points, on le nomme Falat.
« Fiafi, c’est l’oasis; Kifar, c’est la plaine sablonneuse et vide, qui se couvre d’herbes au printemps; Falat, l’immensité stérile et nue, la mer de sables, dont les dunes soulevées par le simoun ont parfois enseveli des caravanes. »
G. Flaubert, l'érudit auteur de Salammbô, nous décrit la tourmente africaine avec une vérité saisissante.
« Souvent au milieu du jour, le soleil perdait ses rayons tout à coup. Alors le golfe et la pleine mer semblaient immobiles comme du plomb fondu. Un nuage de poussière brune, perpendiculairement étalé, accourait en tourbillonnant, les palmiers se courbaient, le ciel disparaissait, on entendait rebondir des pierres sur la croupe des animaux, et le Gaulois, les lèvres collées contre les trous de la tente, râlait d’épuisement et de mélancolie. » N’est-ce pas tout un tableau de Fromentin?
Pendant la durée du sirocco, dit M. H. Duveyrier, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses quelle tient en suspens. Sous son influence la respiration de l’homme est haletante; la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration. Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes; quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent. Les plantes herbacées au lendemain d’un sirocco sont flétries comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis 48 heures.
Tel est le Notus dont parle Hérodote et qui ensevelit les Psylles.
La flore du Sahara est peu variée. L’alfa y pousse en touffes serrées ; le sfar, fournit aux chameaux une nourriture abondante; l’alinda, l’artaya, le zimeran, ’azela, le had, le henné, arbustes au feuillage sombre, s’y rencontrent. Le Sahara renferme près de 400 oasis plantés de dattiers.
Le jour où disposant d’un moteur à bon marché, on pourra faire monter à la surface des sables les nappes d’eau souterraines du Sahara, on reculera de plus en plus les Foum-es-Sahara ou bouches du désert.
Les oasis s’agrandiront et la conquête du désert ne sera plus qu’une question de temps. Le générateur solaire de M. Mouchot est appelé à rendre d’immenses services dans cette nouvelle lutte — pacifique celle-là — de la civilisation contre la barbarie. Le combustible est inépuisable et il appartient à tous, c’est le soleil qui, réfléchi par un miroir conique sur une chaudière noircie, mettra en mouvement des perforateurs, des pompes. L’eau sera largement dispensée dans le désert; sous cette influence bienfaisante la végétation remplacera la stérilité, les sables seront fixés et les régions désolées du Sahara seront acquises à la civilisation.
Villes principales. — « Supposez qu’un nouveau Dédale ait été chargé de bâtir une ville sur le modèle fameux du labyrinthe, le résultat de son travail aurait précisément quelque chose d’analogue à l’ancien Alger » (I). La partie haute de la ville a conservé son aspect oriental, mais la partie basse est française et tout à fait européenne. Le port a 90 hectares de superficie; il est formé par deux jetées d’un développement de 2,000 mètres.
La vieille enceinte n’existe plus que nominativement; la nouvelle, achevée en 1854, a doublé la superficie de la cité. La ville basse contient des boulevards remarquables, des places ornées de squares, de statues (duc d’Orléans, maréchal Bugeaud). La mosquée Djama-el-Kebir et quelques zaouïa ou tombeaux, sont de remarquables spécimens de l’art arabe. A la place de la Ivasbali arabe, qui, comme l’Acropole des Grecs, commandait la ville et le port, est une immense caserne.
Le jardin du Hamma, à 5 kil. d’Alger sur la route de Koubba, est un délicieux Eden où. nos plus beaux arbres d’Europe se rencontrent à côté des essences les plus rares des Indes et de la Chine.
Sur la route de Birkhadem, à 4 kil. d’Alger, est le palais de Mustapha, résidence d’été du gouverneur et d’un aspect vraiment féerique.
Sur la route de Zeralda est le couvent des trappistes de Staouéli, établissement agricole modèle, non loin de Sidi-Ferruch, presqu’île célèbre parle débarquement des troupes françaises le 14 juin 1830.
Entre Berard et Tipasa se voit le tombeau de la chrétienne (Kbour-er-Roumia) qui n’est autre que le tombeau de la famille de Juba.
— Blidah, sous-préfecture située à l’extrémité de la Mitidja, est reliée à Alger par un chemin de fer.
Un poète arabe a composé le distique suivant sur Blidah. « On t’appelle petite ville et moi je t’appelle petite rose. » C’est bien l’objet des regrets de Mignon — le pays où fleurit l’oranger. — Au nord et à l’est de la ville, des orangeries s’étendent sur une superficie de plus de 300 hectares. Ausone de Chancel, ce parisien égaré en Afrique, a chanté en vers charmants la mile des roses> qu’il a longtemps administrée comme sous-préfet.
La petite ville de Médéah, à 70 kil. d’Alger, possède des vignobles estimés.
Ses productions rappellent celles du bon Languedoc. Près de Cherchell, à 115 kil. d’Alger, se trouvent les ruines de Cœsarea, l’ancienne capitale de la Maurétanie Césarienne.
— Constantine, la Cirta des Numides, chef-lieu du département de ce nom, est reliée à Alger par la route nationale et à Philippeville par le chemin de fer.
(1) Berbrugger.
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Elle possède des débris archéologiques remarquables et la statue du maréchal Valée s’élève sur la plac e principale.
Sur les premiers contreforts du versant nord de l’Auris, on rencontre Lambèse, aujourd’hui simple village, jadis cité importante, riche en souvenirs de la domination romaine.
— Bône, l’Aphrodisium des Romains ou la Beled-el’-Aneb (la ville aux jujubiers) des arabes, à 2 kil. de l’antique H ppone est dans une situation admirable. Son port est le plus sûr de l’Algérie. Elle est le chef-lieu du troisième département algérien.
Son boulevard des Caroubiers, son cours national sont dignes des plus belles capitales de l’Europe.
— Tlemcen, possession toujours enviée, constamment disputée par les chefs des tribus berbères, et jadis la clef de l’Afrique centrale, est un chef-lieu d’arrondissement de 19,780 habitants, point de ravitaillement pour les caravanes du sud.
Eaux minérales. — Il existe en Algérie des salines naturelles peu exploitées. Il existe des eaux alcalines semblables aux eaux de Saint-Galmier, Vichy, Vais, etc., des eaux arsenicales comme les eaux de la Bourboule, du Mont- Dore; des eaux bromo-iodurées, ferrugineuses, gazeuses, sulfureuses, thermales.
Avec le générateur solaire de M. Mouchot, sans autre dépense que les frais d’installation, nous pourrons évaporer ces eaux et en retirer fort économiquement les sels minéraux, utiles dans la thérapeutique et l’agriculture.
L’Algérie attire chaque hiver beaucoup d’Européens qui viennent demander à son soleil un soulagement à des maladies de poitrine. Quand des voies de communication seront ouvertes, que des centres de population seront placés dans le voisinage des sources minérales, on créera une industrie nouvelle qui améliorera la santé publique, et les sources minérales de l’Algérie deviendront le complément du traitement climatérique.
Instruction publique. — Les soldats français ont conquis l’Algérie par le fer les professeurs et les instituteurs l’ont déjà conquise par l’instruction. En 1873, M. Levasseur, dans son rapport sur l’instruction publique à l’Exposition de Vienne, constatait que l’Algérie avait le premier rang parmi les États civilisés. Toutes les communes de l’Algérie possèdent aujourd’hui au moins une école publique. Le nombre total des élèves inscrits dans les écoles publiques et libres est de 49,674 : 23,964 garçons et 23,700 filles. L’enseignement secondaire représenté par 11 établissements compte 3,347 élèves. L’enseignement supérieur comprend l’école préparatoire de médecine et de pharmacie d’Alger, les cours publics d’arabe établis à Alger, Oran et Constantine. Il existe un certain nombre de sociétés et d’établissements scientifiques.
Il y a actuellement 122 bibliothèques scolaires et toutes les localités impor tantes possèdent une bibliothèque et un musée. Il se publie en Algérie un assez grand nombre de journaux. Dans la province d’Alger : la Correspondance Algérienne; le Mobacher , en arabe et en français; VAbkhar , le plus ancien de tous les journaux de la colonie, fondé par Bourget en 1838; le Moniteur de V Algérie; la Vigie Algérienne ; le Tell , de Blidah; le Petit Colon.
Dans la province d’Oran : L’Echo d’Oran, qui compte 34 ans d’existence ;
V Atlas, le Courrier de Mostaganem , le Courrier de Tlemcen.
Enfin parmi les journaux qui se publient dans la province de Constantine nous citerons : le Républicain , la Vie algérienne , Y Indépendant de Constantine la Seybouse de Bône , le Zeramna de Philippeville.
En 1851, le dépôtde la guerre songea à faire exécuter une triangulation régu
lière de l’Algérie. Le projet d’ensemble du réseau primordial fût arrêté ainsi :
1° Deux grandes chaînes parallèles courant de l’est à l’ouest, l’une dans la région du Tell, l’autre sur les Hauts-Plateaux;
2° Trois chaînes méridiennes formant avec les premières deux grands quadrilatères et dirigées suivant les méridiens d'Alger, de Constantine et d’Oran;
3° Quatres chaînes diagonales dans l’intérieur des deux grands quadrilatères ;
4° Une hase centrale dans la plaine de la Métidja et quatres hases de vérifieation aux extrémités des grandes chaînes parallèles ;
5° Des observations astronomiques de latitude, longitude et azimut à Alger et à tous les nœuds principaux du réseau.
On doit citer également les belles cartes hydrographiques de la côte, levées par le capitaine de vaisseau Mouchez.
Hydrographie. — De l’eau! de l’eau! tel est le cri de l’Afrique. De tout temps d’immenses travaux d’irrigations ont été faits en Afrique. Phili ppeville utilise encore les travaux de Rusicade ; ça et là se dressent à travers les vallées des restes grandioses d’aqueducs, auprès de Gherchell et de Constantine. Le grand aqueduc de Lambèse fut réparé par Dioclétien et ses légions. Aujourd’hui on est avare de ses eaux comme d’un trésor. On creuse des canaux qui dispensent les eaux avec ménagement. L’Habra est emprisonné par un barrage qui retient 30.000.000 de mètres cubes d’eau; dans le désert le général Desvaux a creusé des puits artésiens. « L’eau ne manque pas dans l’oasis, disait Pline, mais elle ne s’y gaspille point. Chaque habitant n’en jouit que pendant un nombre d’heures déterminé. A l’ombre du palmier superbe s’élève l’olivier, sous l’olivier le figuier, puis le grenadier et la vigne; la vigne à son tour abrite le blé et les légumes et tout cela s’abreuve de la même eau et pousse dans la même ombre. »
L’Algérie a soif. On sait le projet du capitaine d’état-major Roudaire, de réta- . blir du golfe de Gabis au Chott Mel righ à travers le Chott-el-Djérid (Tritonis palus) cette mer intérieure qui semble avoir autrefois existé. L’Algérie redeviendrait une île, l’île du Couchant. Mais pourquoi, en attendant la réalisation sans doute encore bien lointaine de ce beau rêve, ne pas faire monter à la surface des sables les nappes d’eau qui dorment à une profondeur relativement peu considérable?
De 1867 à 1877 on a exécuté plusieurs sondages artésiens dans le Tell. A Feodis, à Botroa on a foré des puits artésiens. Dans l’Oued-g’hir des puits donnent de 3.000 à 4.000 litres par minute. Le bassin d’alimentation est immense; c’est l’ensemble des plateaux qui entourent le Sahara. Pour faire monter l’eau et fertiliser le Sahara il faudrait des pompes, des moteurs à bon marché et le combustible est cher, puisque l’Arabe nomade est obligé de brûler la fiente de ses chameaux pour cuire ses aliments. Heureusement qu’un soleil éternel dispense à tous sa chaleur inépuisable ; cette chaleur est une force latente qui ne demande qu’a être utilisée. Le générateur solaire de M. Mouchot sera d’un secours immense et transformera en bienfait cette chaleur considérée jusqu’ici comme un fléau.
Beaux-Arts. — Ainsi que la brillante population libyco-romaine de l’Afrique ancienne, elle s'annonce aimable et gracieuse, cette race franco-algérienne qui n’a poussé encore que ses premiers rejetons; elle garde je ne sais quoi d’alerte, d’aventureux dans le sang de ses veines, elle est bien la fille des soldats de la bataille d’Isly et des vainqueurs de Constantine. Ce climat heureux, ce ciel limpide et caressant, les horizons gracieux de ces poétiques montagnes si propices aux fruits charmants du goût, de l’imagination et des arts ont tempéré cette force
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native sans l’amollir. Ils ont ajouté à cette virilité originelle un peu de cette morbidezza souriante qui est le charme des pays dorés par le soleil. L’art ne se développe et ne grandit qu’au milieu du repos et du calme : jusqu’ici l’Algérie n’a été qu’agitations et combats. Horace Vernet,ce peintre de l’armée française, notre plus grand peintre d’histoire militaire, a immortalisé nos luttes contre les Arabes en nous montrant notre jeune armée à l'œuvre dans sa physionomie toute moderne et expressive. Il nous a rendu aussi dans toute sa vérité le théâtre des nouveaux exploits de cette brillante et heureuse croisade, et le cadre Algérien, et toute cette nature africaine !
Wylde, Lessore, Morel-Fatio, Granet, Raffet, Dauzats sont venus chercher un reflet de cette région qui fait naître l’idée de toutes les merveilles unies à tous les prodiges. Dans le cadre immense qui l’enserre, notre France d’Afrique est une, elle a une originalité profonde ; des montagnes à elles, des steppes qu’on ne trouve pas ailleurs, et ses osasis, les îles de cette merde sables — le Sahara — ont un caractère d’étrangeté particulier.
Ce pays-ci n’a pas d’époque, disait Horace Vernet en 1840. Cette immobilité, cette invariabilité de l’Orient au point de vue pittoresque du spectacle existe aussi au point de vue moral. Ainsi le fatalisme qui domine les populations orientales agissait autrefois tout comme aujourd’hui, au temps de Moïse ou des prophètes comme au temps de Bonaparte et de Méhémet-AIi. Avons-nous besoin de rappeler le talent si personnel de Fromentin, le chef de l’école algérienne, cet esprit charmant, dont Sainte-Beuve disait qu’il avait deux muses et qu’il était peintre en deux langues.
Avant lui, Decamps avait ravi aux cieux d’Orient le secret de leur lumière. On ne peut omettre parmi les peintres qui ont trouvé en Afrique des inspirations nouvelles et originales, le jeune Henri Régnault, mort au moment où l’âge mûr allait tenir toutes les promesses de la jeunesse. On avait blâmé d’abord son parti pris manifeste de démentir les traditions, ce cliquetis d’or et de couleurs qui s’agitent, s’entrechoquent ou sautillent, enfin cette ostentation d’originalité qui étourdissait par son indépendance de toute école; mais on finit par reconnaître un fond de puissance véritable sous ces paillettes ; les témérités de touche où les aventures de pinceau révélèrent les calculs d’un art délicat, d’un goût raffiné, d’un caprice réfléchi qui étaient d’un grand maître.
A la bataille de Buzenval, une balle l’emporta. Il mourait jeune comme tous ceux qui sont aimés des dieux.
L’architecture arabe, dont les échantillons les plus brillants se trouvent à Séville, reflète les mœurs, les usages et la civilisation d’une nation oisive, galante et ingénieuse ! La Djéma-el-Kebir d’Alger et les maisons algériennes avec leur atrium, leur patio offrant une fontaine jaillissante entourée d’orangers ; leurs galeries à colonnettes et leurs fenêtres fermées de moucharabys sont les derniers représentants de cette période brillante qui commence sous le règne d’Abdérame, calife à Cordoue, et dote Séville de la Giralda et Grenade de l’Alhambra.
Les architectes français d’Algérie ne laisseront pas se perdre les traditions de cette architecture capricieuse, qui s’harmonise si bien avec les horizons d’azur et le ciel ensoleillé de la terre d'Afrique.
Parfumerie. — De touttemps les peuples méridionaux ont aimé et recherché les parfums — cette âme des fleurs comme les ont appelés les poètes. — Ils leur attribuent des vertus particulières et une influence au moins discutable sur l’économie. L Algérie est une de ces terres privilégiées où les plantes qui renferment ces essences précieuses croissent sans peine sur un sol riche et sous un ciel de feu.
Les centres de fabrication sont à Blidah, Boufarik, Cheragas, Mostaganem et Philippeville. De tous les végétaux propres à la préparation des essences, les orangers se placent en première ligne et donnent le néroli, les essences de cédrat, de bigarade, de portugal, de citron et l’eau de fleurs d’oianger.
Le jasmin, la cassie, la tubéreuse, la verveine, le rosier, la menthe poivrée sont aussi fort cultivés. Le géranium ou pélargonium odorant des botanistes est très-employé pour produire l’essence de rose. La véritable essence de rose exige 250 à 300 kilogrammes de feuilles pour obtenir 25 à 30 grammes d'huile essentielle, ce qui la met à 1200 et 1800 fr. le kil. , tandis que lOOkilosde feuilles de géranium donnent 120 grammes d’essence qui se vend 250 fr. le kilo. A la Trappe de Staouëli, à quelques kilomètres de la baie de Sidi-Ferruch, la culture du géranium s’étend sur 16 hectares qui rapporte 1400 fr. par hectare.
Le département d’Alger a exporté, en 1866, 1 6,066 kilogr. d'essences. L’Algérie peut tenir une grande place dans la production des parfums. Le temps est loin où l'on se servait du récipient Florentin pour extraire les essences des fleurs. La distillation est un des moyens les plus usités. Le prix de fabrication deviendra presque nul, quand on aura remplacé le combustible fort coûteux dans certaines régions par les alambics solaires orientés de façon à produire une distillation lente. N’est-ce pas une pensée gracieuse que de se servir du même soleil qui élabore les parfums dans les organes secrets des fleurs, pour les en extraire?
A coté des parfums, les cosmétiques, usités sontle henné cultivé, surtout aux environs de Tlemcen et de Blidah. Ses feuilles réduites en poudre, puis délayées dans l’eau, donnent une] couleur orange que les femmes arabes emploient pour se teindre les ongles des doigts, la paume et les revers des mains.
Le koheul est un mélange de sulfure d’antimoine avec de l’alun et du noir de fumée. Les femmes donnent de la blancheur à leurs dents et une nuance rosée à leurs lèvres au moyen du soahak ou écorce de noyer.
Agriculture. — L’Algérie occupe une surface de 60 millions d’hectares; elle se divise en trois zones bien marquées et bien distinctes pour la température et les productions, parallèles à la côte méditerranéenne. Nous les avons énoncées plus haut : le Tell, les Plateaux, le Sahara. Tandis que dans le Sahara règne un climat excessif ; qu’à Laghouat à 750 m. d’altitude, M. le capitaine Dupin a signalé en juin une température de 45° et le lendemain de 4° ; le Tell, grâce au voisinage de la mer, aune température moyenne de 16° 7. Aussi est-ce la terre par excellence, le Tellus, qui fût le grenier de Rome. On y rencontre l’olivier, le figuier, la vigne auprès de l’oranger, le cactus et jusqu’à l’Atlas les produits du bassin méditerranéen. Au moment de la conquête musulmane, un auteur arabe écrivait que de Tanger à Tripoli, ce vaste espace n’était qu’une ombre, continue et on le nommait El-Kadra la verdoyante; mais l’incurie des indigènes, habitués à incendier les forêts et les broussailles vers la fin de l’été, pour obtenir au printemps une herbe verte et des jeunes pousses d’arbres, a non-seulement détruit les forêts mais sur certains points profondément dégradé le sol. La charrue arabe est une araire grossière formée de morceaux de bois à peine écorcés ; aujourd’hui les indigènes en contact immédiat avec les Européens commencent à se servir de nos charrues. Les Arabes ont cultivé en tout temps le blé, le maïs, le sorgho, le tabac. Ils exportaient vers le milieu du siècle dernier de 7 à 8,000 tonnes de grains.
Les exportations diminuaient d’année en année sous un gouvernement qui semblait prendre à tâche d’étendre les limites du désert jusqu’aux rivages de la Méditerranée. En 1822, elles tombaient à 1400,000 fr., mais sous l’influence française elles se relevèrent, et en 1870 les exportations atteignaient 166,538,580 fr.
L'ALGÉRIE
Les bœufs représentent la force agricole chez les Arabes; le nombre des animaux de bât est considérable, car tous les transports se font à dos de mulets dans le Tell et à dos de chameaux dans les Hauts-Plateaux.
Les colons cherchent à introduire dans leurs travaux l’action plus rapide des locomobiles, et avant peu de temps les charrues, les batteuses, les faucheuses à vapeur auront centuplé les productions agricoles, surtout quand nos colons auront remplacé le combustible coûteux par le générateur solaire de M. Mouchot.
La culture du tabac s’étend aujourd’hui sur 7000 hectares et le bénéfice réalisé par l’Etat en 1874 est de 35,500,000 fr.
Le Krachena, le Cheli, le Tombekki, sont les tabacs les plus estimés.
Le lin et le chanvre croissent facilement ; mais l’alfa est appelé à devenir une source d’incalculables richesses pour la région des Hauts-Plateaux.
L’alfa (esparto des Espagnols), entre comme matière première dans la fabrication du papier, puis se transforme en tresses, cordages, filets, objets de vannerie.
Le palmier nous fournit le crin végétal ; la ramie, le china grass des anglais, exige peu de soins et donne d’abondants produits qui servent à fabriquer du papier, des tissus très-fins. Les cotons cultivés sous la domination arabe peuvent difficilement soutenir la concurrence des États-Unis : leur rendement est faible. Le lin croit spontanément, mais les usines manquent.
Mahomet interdit à ses sectateurs l’usage du vin, mais il ne leur défend pas la culture de la vigne. En 1874, l’Algérie produisait 230,000 hectolitres de vin. Les environs de Bône fournissent des vins remarquables au point de vue du corps et du bouquet. Le phylloxéra est inconnu en Algérie, grâce aux décrets du 8 janvier 1873 et du 30 novembre 1874 qui prohibent l'importation de France en Algérie de ceps de vigne et meme de sarments de vigne. La richesse alcoolique des vins Algériens est un gage sérieux pour l’avenir de la distillerie. Par ce temps de phylloxéra les vins d’Algérie sont appelés à se présenter sous peu sur nos tables, après avoir subi une légère caléfaction. A l’aide des générateurs solaires, il sera facile d’appliquer au transport des vins le procédé de M. Pasteur. Le soieil qui a fait naître le vin sera chargé de le conserver.
L’Algérie a certaines liqueurs locales, indépendamment des vins de dessert secs et doux que fournissent les vignobles de Médiat et de Pélissier.
L’eucalypsinthe est appelée à jouer dans la thérapeutique le rôle des goudrons, des essences, des bitumes. Le kirsch de nèfles , l’amer africain, fébrifuge et tonique, remplaçant l’absinthe comme apéritif, se fabrique à Philippeville.
Les magnaneries visitées par la flacherie perdent chaque année de leur importance première.
Le commerce des fruits est considérable : oranges, citrons, goyaves, grenades croissent à côté des fruits d’Europe.
Les olives sont une des richesses de l’Algérie, et la Kabylie produit à elle seule 150,000 hectolitres d’huile par année.
Les dattes sont le pain des nomades. Elles s’échangent clans le Tell, dans la proportion de deux mesures de dattes pour une de blé.
Forêts. — Pendant les premières années qui suivirent la conquête, les bois qui environnaient les villes étaient successivement livrés à la hache des troupes, et l’on craignit une pénurie prochaine; cependant d’après des relevés topographiques, qui ne sont que des approximations, on comptait encore en 1877 2.052.276 hectares boisés.
Les richesses forestières de l’Algérie sont considérables. Parmi les bois propres aux constructions navales, il y a le chêne zéen, au bois dur, compact, d’un grain
serré et homogène; le chêne vert et le chêne liège, très-abondants dans l’Algérie orientale.
Le cèdre, le pin d’alep, le thuya, que les Romains nommaient citrus ; l’eucalyptus globulus, qui est originaire d’Australie et qui s’acclimate parfaitement ; l’olivier, mal cultivé par les arabes mais qui donnera d’excellents résultats, quand on aura amélioré la méthode de trituration de l’olive; le dattier, qui donne d’abord les dattes et le lagmi ou vin de palmier et qui a besoin de beaucoup d’eau, sont les principales essences de l’Algérie.
Parmi les bois de teinture on remarque le Sumac-Thezera, dont on se sert pour rougir les cuirs du Maroc, le grenadier, le caroubier, le frêne, le noisetier, le sureau. Les bois résineux qui constituent l’une des plus grandes sources de richesses de toute la région du sud-ouest de la France pourraient s’acclimater facilement en Algérie et augmenter rapidement ses ressources forestières.
Zoologie. — « Quand Dieu voulut créer la jument, dit un poète arabe, il dit au vent : « Je ferai naître de toi un être qui portera mes adorateurs, qui sera chéri par tous mes esclaves et qui fera le désespoir de tous ceux qui ne suivent pas mes lois. » Le cheval barbe, qui semble descendre des fameux chevaux numides, rapides comme l’éclair, est sobre, tenace, alerte, mais moins brillant que les chevaux de l’Yemen, ces chevaux du Prophète dont la généalogie est connue et qui furent engendrés par les vents du désert, toujours d’après les poètes arabes.
L’amour du cheval, du buveur d’air, le chareber’ehh, est passé dans le sang arabe. Un savant musulman, Abou-Obéïda, contemporain d’Haroun-al-Raschild a composé à lui seul 50 volumes sur les chevaux. « Le paradis de la terre se trouve sur le dos des chevaux, dans la lecture des livres : ou beine guerabens Enneça, dit le voluptueux thaleb.
Le bétail constitue avec les céréales les bases essentielles de l’agriculture, cette mamelle de la France d’outre-mer. Quand nos chemins de fer auront pénétré de tous les côtés dans l’intérieur du pays, nos éleveurs pourront s’installer sur les Hauts-Plateaux et l’élève du bétail enlevé aux mains indolentes des indigènes prendra une grande extension. En 1869 on comptait en Algérie 7.800.000 têtes de bétail, mais depuis le nombre a doublé.
Le chameau (djemel) appelé par les arabes le vaisseau du désert est pour eux un présent du ciel. Le chameau à une bosse ou dromadaire se distingue du chameau de course ou méhari.
Le dromadaire est le chameau porteur, il peut faire par jour sans s’arrêter douze ou quinze lieues avec une charge de 200 kilogr. A 25 ans on l'engraisse et on le vend pour la boucherie. Le méhari pu chameau coureur parcourt 30 à 40 lieues par jour.
La race bovine de l’Algérie est petite mais vigoureuse. La race bretonne résiste très-bien au climat, donne de bons croisements avec la race indigène et la rend meilleure laitière.
Les moutons sont la richesse du nomade. Ils ont la taille forte, les jambes longues.
On compte plus de trois millions de chèvres en Algérie. La chèvre d’Angora y réussit très-bien et donne des produits estimés pour son poil long et soyeux.
Parmi les animaux sauvages il faut citer le lion — le seigneur — qui se retire de plus en plus dans les régions inaccessibles de l’Atlas. La réputation de Jules Rérard et de Chassaing n’est plus à faire : leurs aventures ont bercé notre jeunesse sur les bancs du collège.
La panthère est assez commune, mais s’attaque aux animaux des bois de
L’ALGÉRIE
férence à l’homme. Bombonnel s’est créé une spécialité dans la chasse à la panthère.
L’hyène, le chacal, le renard sont les fauves les plus communs.
L’antilope, le mouflon (fechtal), la gazelle, le cerf, l’autruche (nama), procurent aux Arabes les plaisirs de lâchasse.
Parmi les reptiles nous citerons : la tortue commune et la tortue aquatique, le caméléon, le gecko, le lézard vert, l’aspic et la vipère cornue, dont la piqûre est très-dangereuse,
L’entomologie nous offre des insectes aux vives couleurs; l’abeille, le moustique, la sauterelle (djerad), si redoutée du cultivateur algérien. M. le docteur Morvan a eu l’ingénieuse idée de substituer la sauterelle desséchée à la rogue de Norwége, comme appât pour la pèche de la morue. Pour les Sahariens, la sauterelle est la manne du désert; séchée, elle constitue un excellent engrais.
Produits maritimes. — Il fut difficile de créer tout d’abord une marine de cabotage; la navigation le long des côtes était pleine de dangers, et pendant longtemps les bâtiments de l’État furent les seuls qui firent un service régulier de transport de dépêches et de passagers entre Toulon et Alger. Aujourd’hui le mouvement du cabotage est d’environ 380,000,000 de francs. Les côtes algériennes fournissent des poissons semblables à ceux qu’on rencontre aux Canaries : le thon, le maquereau, la sardine, qu’on prend avec des sauterelles pour appât, la bonite, le rouget, la sole, la raie, les langoustes. Les huîtres sontrares, mais il y a d’autres coquillages (moules, clovisses).
La pêche procure aux populations du littoral un rendement d’environ 2,550,000 francs.
Le corail, formé d’une agrégation d’êtres unis par un tissu commun se trouve à des profondeurs qui varient entre 25 et 200 mètres ; on l’exploite depuis le xvie siècle. L’établissement de la Calle, le Bastion de France, fut fondé sous Charles IX pour sauvegarder les intérêts de nos pêcheurs de corail. Les quantités de corail brut exporté des divers ports de la Colonie étaient en 1876 de 33.028 kilogr. Le rendement de la pêche sur les côtes de l’Algérie peut être évalué à 2,500,000 francs.
Mines. -— L’Algérie recèle dans toute l’étendue de son territoire des richesses minéralogiques de plusieurs natures : le fer, le plomb, le cuivre, le mercure le marbre, l’onyx, les pierres de construction, le sel gemme, se trouvent surtout en abondance. Du reste dans le cours des temps historiques, l’Algérie a toujours été un pays producteur de minerais métalliques.
Dans le département d’Oran, le cuivre a été signalé à Sidna-Oucha à Abla et au Djebel- Mzaïta. Le plomb argentifère à l’état isolé ou mélangé de quelques traces de cuivre pyriteux est connu à Gar-Roubon, et exploité depuis 1876 à El-Ary, Tleta, Condiat-Repas, Karouba. Le zinc associé au plomb constitue les gîtes de Mazis, Aïn-Tolba et Fillaoucen, qui sont fort riches.
Dans le département d’Alger le cuivre se trouve à Oued-AIlelah, Oued-Taffitès, Cah, Ténès, Mouzaïa; mais son exploitation a été longtemps entravée par cette circonstance que presque tous les minerais sont du cuivre gris, qu’on ne peut économiquement traiter qu’en Angleterre, et l’exportation en était interdite. Le plomb est assez rare dans le département d’Alger et fort accessoire. Le zinc associé au plomb est connu à l’Ouarencenis et dans un groupe de gîtes situés à l’entrée de la Kabylie ; le minerai est de la calamine. On a signalé des gîtes à Dra-Matmora entre Guerrouma et Palestro, et à Haouch-Mez-Yon, dans la vallée d un affluent de la rive gauche de l’Oued- Arbatach ; mais ils sont inexplorés. Cependant on peut croire qu’il existe dans la zone en question un district zincifère important.
Le fer et le manganèse se trouvent généralement associés, mais le fer est le métal principal. Beni-Saf, Camerata, Tenikrent, sont les gîtes connus dans le département d’Oran ; Beni-Aquil, Timoulga, dans le département d’Alger. Le charbon manque en Algérie à la métallurgie du fer. Les minerais trop pauvres pour être expédiés seraient excellents à traiter sur place.
Dans la catégorie des combustibles minéraux, on a signalé trois sources de pétrole dans le Dahra, sur larive droite du Chéliff, qui sont peu exploitées. Le département d’Oran possède un marbre unique, c'est l’onyx translucide dont on connaît deux gîtes, l’un à Pont-de-l’Isser, l’autre à 12kil. de Nemours. A l’Oued- Madagre on a découvert de la serpentine.
Les pierres à bâtir ne sont exploitées que pour les besoins locaux. On peut citer les belles carrières de Roz-el-Aïn, près d’Oran, deTlemcen, de fOued-Bou- Kourdan, dans le département d'Oran; et de Tenès, Milianah, Aumale dans le département d’Alger.
Le gypse foisonne, soit en gîtes nettement éruptifs, soit en couches stratifiées. Les plâtrières de la Tafna et de Fleurus sont à signaler pour le département d’Oran; celles de l’Oued-Ouzra et de l’Arba pour Alger. Le sel est aussi fort abondant. Le sel d’Arzen (Oran) est fort estimé.
Dans le département de Constantine les fers magnétiques se présentent aux environs de Bône ; les bitumes du Jerdjiouah sont associés à du carbonate de chaux; le phosphate de chaux se rencontre en petite quantité, le salpêtre; jadis exploité par les indigènes, se trouve aux environs de Biskara et de Mi-silah. Les marbres et les serpentines manquent de débouchés. Le plâtre qui fait défaut sur le littoral se trouve dans les pays boisés. Les gîtes de sel gemme d’El-Outaia et du Mettili ne sont pas l’objet d’exploitations suivies.
En résumé, sous le rapport des mines et de la métallurgie, l’Algérie est fort riche. Les gîtes ferrifères connus forment une chaîne presque continue dans la zone littorale et une série d’amas abondants dans la vallée de ChélilF. Les moyens d’exploitation font défaut, les débouchés sont insuffisants et les mines sont en souffrance. La création de chemins de fer algériens, de routes, de hauts-fourneaux et de moteurs à bon marché donnerait une grande extension à l’industrie et permettrait à l’Algérie de réaliser les promesses de son sol.