L’ALGÉRIE CONTEMPORAINE
Vie arabe. — Pénétrons sous la tente arabe. La beit-el-chor ou maison de poil, qu’on appelle plus communément caïman, a la forme d’un navire renversé et est partagée en deux parties égales par un rideau de laine et par une cloison de pieux.
Le compartiment à droite de l’entrée est affecté aux hommes* c’est lebeit-clradjel* à gauche est le gynécée ou beit-en-m’sa, souvent divisé en deux pièces, l’une servant de chambre* l’autre de cuisine.
Les tentes d’un douar sont groupées en rond; les chevaux entravés sont au centre ; les chiens rodent à l’extérieur.
A l’entrée de la tente sont suspendues des outres pleines d’eau et de lait aigre.
Ce sont'les femmes qui ont fabriqué les longs felidj tissés en laine, poil de chèvre* poil de chameau* et bourre de palmier, qui cousus ensemble composent la tente,
Les piquets qui la soutiennent sont en olivier ou en chêne vert et ont été
L’ALGÉRIE
coupés dans la foret voisine. Sur le sol des peaux ou des tapis de laine : soit le zerbia ou tapis moquette qui a la grâce et la variété des tapis d’Orient, soit le guetif aux longs poils ou bien le hambel et le metrali, simples tissus qui peuvent servir également de couvertures. Si nous sommes chez des Arabes de classe inférieure, le sol sera couvert de nattes (hacera, sedadja) en palmier nain ou en alfa. Au milieu de la tente, le long de la cloison, se placent les provisions de la famille, des tables basses (téfou), des coiffes (sendouck) en bois de thuya, de pin ou de noyer, ouvragés, incrustés ou peints de couleurs voyantes. Le sendouck est rectangulaire, avec un couvercle fermé d’une serrure au sommet. 11 est supporté par quatre ou six pieds et peut avoir un mètre cube de capacité. Dans le sendouck il y a des toiles grossières en chanvre de Kabylie, des burnous, haïks, tellis (sac de provisions) en laine peignée et cardée. Les haïks de prix ont des bandes de soie aux teintes vives. Puis des flacons allongés en cristal doré, contenant les parfums chers à la sensualité arabe : l’essence de rose véritable qui vient de Smyrne, ou sa contrefaçon fabriquée à Staouéli avec les feuilles du géranium rosa, enfin du musc, du néroli. Ça et là, sur les tapis, des coussins (ouçadas), des paniers en alfa (midouna), des poteries aux formes antiques. La lampe à huile oumosbah, la gargoulette ou chekkalat en terre glaise, rendue poreuse par l’addition d’une certaine quantité de sel. Quelques peaux de bouc contiennent les provisions d’huile, de petit lait et de beurre de chameau. Puis, épars sur les coussins ou sur les coffres traînent des objets de tabletterie : étagères ou merafa, crémaillères ou fchouatan qui reçoivent les armes et les pipes ; des appliques (rchakat) supportant des bougies; des coffrets (roubaj, des mekalas ou porte-parfums et des cassettes à tiroirs (fnik) qui contiennent les bijoux. Enfin, des armes : le long fusil à long canon, dont les Koutadjia ont fabriqué la crosse ornée d'incrustations, dont lesZnaïada ont forgé les platines, des flissas ou longues épées qui viennent de Kabylie et des Yatagans. Dans un coin de la tente est un métier à tisser. Tout l’outillage consiste dans deux traverses en bois de 3 à 4 mètres de longueur, que l’on fixe sur des piquets fichés en terre et sur l’une desquelles est enroulée la chaîne des tissus à fabriquer. Des roseaux remplacent les deux parties du métier du tisserand, dont le mouvement vertical divise la chaîne et livre passage à la navette.
Ici, pas de navette, les doigts de la tisseuse conduisent le fil de la trame et, selon le genre du tissu, le battant du métier du tisserand est remplacé par une espèce de peigne en fer ou en bois, au moyen duquel les fils de trame sont rapprochés les uns des autres. C’est avec ce métier grossier que les femmes produisent des étoffes souples et encore assez régulières.
Le chef s’est assis sur les coussins (ouçadas) de la tente. Il est vêtu d*une chemise en calicot (kamidjà) et parfois d’un large pantalon à plis (seroual). Pardessus il porte le haïk qui l’enveloppe depuis le haut de la tête jusqu’à la ceinture. Indépendamment du haïk] l’Arabe a encore deux ou trois burnous.
Sa coiffure se compose de cabouz en laine blanche par-dessus lesquels se place une chéchia rouge, recouverte elle-même par le haïk, autour duquel s’enroule, en guise de turban, une même corde en poil de chameau. Les pieds sont chaussés soitde babouches (sabbat), soit de bottes en maroquin (mests).
Le chef caresse ses slougui qui couchent à ses pieds et jusque sur son lit, il les nourrit de dattes écrasées dans du lait, d’orge, des restes de couscoussou, à l’égal de ses femmes. Si un étranger arrive, l’Arabe le salue : Sléma, et l’invite à prendre place auprès de lui. L’étranger répond : Salemalic. Aussitôt les serviteurs apportent le café et du tabac. Les pipes sont composées d’un long tuyau en bois de mérisier, d’un foyer en terre parfois très-petit et d’un bouquin d’ambre. Les tabacs les plus estimés sont ceux appelés « chebli ». L’Arabe fume parfois le kif, produit résineux qui se développe sur les bractées du chanvre et
qui sert à la préparation des confitures enivrantes de haschich appelées madjours.
Sous l'influence enivrante du haschich l’Arabe s’endort et se croit sans doute transporté au paradis de Mahomet, au milieu des soixante houris qui accompagnent toujours le prophète.
« La illah ellalah ou Mohammed reçoul Allah! »
Pendant que l’étranger boit le café, servi brûlant avec le marc dans des cafetières aux formes exquises, un mouvement inusité s’est produit dans le douar. Les uns ont pris soin du cheval de l’étranger; d’autres dressent une tente; un cavalier est parti dans la direction de la bergerie et amène un beau mouton, qui est égorgé et embroché, séance tenante, devant un feu très-vif qui le saisit. Un tapage infernal s’élève. Ce sont les femmes qui débarrassent le blé du gros son à l’aide d’un moulin à bras (rahah), instrument barbare et défectueux. On prépare le mets national, le couscoussou. Avec la paume de la main les femmes roulent une certaine quantité de la farine obtenue qu’elles humectent légèrement. La manipulation se prolonge suivant la grosseur de la semoule qu’on désire.
On obtient une pâte granulée qu’on expose dans une sorte de tamis (rorbab) à la vapeur qui s’échappe d’une marmite en cuivre ou guedra où cuit un quartier de moutonon; l’accompagne d’une sauce pimentée (margah), dans laquelle on fait entrer du lait de brebis ou de chamelle, des œufs durs, des amandes et des raisins secs suivant qu’on mange le couscoussou salé ou sucré.
Le tout est aocompagné d’un quartier de mouton. L’étranger a bu du café, pour tromper sa faim, il a mangé des dattes, des galettes rondes (missamel).
Aussitôt le mouton cuit, la diffa commence. D’abord le couscoussou servi sur de grands plats en bois (guesaa oumetsered, quand ils ont un pied). Il y a bien des cuillers en bois (morref,) des couteaux à lame pointue connus sous le nom de bousaadis ou de porte-bonheur, mais l’Arabe préfère manger avec ses doigts. Chacun fait son trou dans le plat de couscoussou et mange sa part sans empiéter sur la part de son voisin. Pour se désaltérer et calmer l’irritation provoquée parles épices, des outres en peau de chèvre circulent, pleines d’eau ou de lait aigre.
Il faut bien se garder de manger du couscoussou froid, car alors suivant un proverbe arabe, c’est une balle de plomb sur V estomac. Ace plat succèdent un tadjin de poulet et un hamis beaucoup trop chargés de poivre rouge, auquel l’arabe attribue l’éclatante blancheur de ses dents.
En guise de pain on fait circuler quelques galettes chaudes, cuites sans levain, etàla fin delà diffa des crêpes au beurre recouvertes de miel et de confitures.
On vous offre aussi des-cure-dents d’arak taillés en forme de pinceau qui, outre leur action bienfaisante sur les dents et sur la bouche, ont encore le mystérieux pouvoir « d’éclaircir le teint et la vue, d’assainir le corps et de faire pousser les cheveux (1). »
Puis le mouton rôti arrive. Pendant que l’étranger mange, les Arabes s’abstiennent. Il est de bon ton de ne pas manger en entier le morceau de viande découpé en losange qu’on a arraché du mouton; du reste, il yen a souvent un kilogramme. On jette le superflu à la porte de la tente, où se presse une troupe famélique d’enfants et de serviteurs de première catégorie, qui s’en repaissent et jettent dédaigneusement le reste à une seconde rangée d’affamés, composée de femmes et d’esclaves. Les chiens rongent ce qui peut rester. Les épouses du chef, femmes de luxe, sont servies à part. Le chef leur envoie directement les plats qu’il leur destine. Peut-être nous sera-t-il donné d’apercevoir des femmes
(1) Docteur Duplessy.
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nonchalament étendues dans la beit-en-m’sa, s’éventant avec des écrans de feuilles de palmier et de plumes d’autruche ou fumant le tombekki dans le narguilen. Dans les tribus leur costume est très-simple ; mais dans les villes, elles portent par-dessus la kamidja ou chemise un caftan, large vêtement de drap avec manches ouvert sur le devant, qui est brodé ou garni de passementeries en or, argent ou soie : le tout serré à la taille par une ceinture de laine ou de soie.
Quand les femmes sortent, elles posent sur leur visage un voile en mousseline ou adjar qui ne laisse à découvert que les yeux et la naissance du nez, et par-dessus un haïk qui partant du front enveloppe la tête et le reste du corps. Les femmes riches portent beaucoup de bijoux, des bracelets de poignets ou mekias, de pieds ou khalkal; des colliers garnis de plaques diverses, des bagues, des anneaux d’oreilles fort grands et garnis de perles et de corail.
Presque toutes ont au cou un ruban vert qui vu à travers le haïk est d’un délicieux effet. Les femmes arabes aiment beaucoup les parfums; elles abusent du musc et de l’essence de rose. Les yeux sont agrandis par le kolieul qui leur donne la douceur des yeux de gazelle ; les ongles et les paumes des mains sont rougis par le henné.
Le mahométan ne se livre jamais à la danse; les aimés sont chargées d’exciter ses sens par une danse qui est une sorte de mezzo-termine, entre la hardiesse et la provocante lascivité du boléro espagnol et la mystique pantomine de la devadesi hindoue. Trois ou quatre musiciens répètent toujours la même phrase mélodique.
Leurs instruments sont, sousla tente, une grosse flûte en roseau ou guesbaetle bandir ou gros tambour de basque. Les dillettanti y joignent dans les villes la kouïtra, mandoline à huit cordes; le kanoun, violon à quatre cordes ; le rébec, violoncelle à deux cordes ; le kamendja, qui n’est autre que l’antique psaltérion, sorte de harpe horizontale; le thor, tambour de basque; le derbouka, tambour formé d’une poterie recouverte d’un parchemin ; le djouak, flûte en roseau. La musique militaire, qui autrefois marchait à la tête des cavaliers immédiatement après les étendards, se compose : de la kaïtra ou hautbois, du teboul ou grosse caisse, des nogliats, petits tambours qu’on frappe avec une baguette et des nararats ou cymbales. L’Arabe n’est pas toujours plongé dans les douceurs du majestueux farniente de la tente : vienne l’heure de monter à cheval, de faire parler la poudre, et cet homme si indolent se montrera infatigable : il vivra de quelques dattes, passera des journées entières à cheval et excitera avec les paroles les plus violentes les populations arabes au djehad et à la haine de ces chiens de roumis.
Une des mille curiosités de la vie arabe est le bain maure. Plusieurs romanciers, entre autres Théophile Gautier et Ernest-Feydeau, ont vanté les douceurs du Hammam. La description d’un bain maure n’est pas inutile dans une monographie de l’Algérie.
« Après vous être déshabillé dans une pièce ad hoc, vous entrez dans une étuve dallée de marbre et chauffée à 40 ou 50°; bientôt une sueur abondante vous inonde. Vous vous étendez alors sur des linges' mouillés et vous vous livrez au frotteur (dellaq) qui vous malaxe avec le plus grand soin, ploie toutes vos jointures avec une adresse sans égale, en les faisant craquer l’une après l’autre, vous masse les chairs, vous frotte avec un gant en poil de chameau, vous savonne et vous lave enfin à l’eau froide. Après ces diverses manœuvres vous êtes recouvert de haïks bien chauds et conduit dans une pièce voisine où vous vous étendez sur un lit de repos. Là on vous apporte du café ou des chorbets (limonade), une pipe, (sibsi) et vous fumez et buvez jusqu’à-ce qu’un sommeil Exposition de 1878. — tome ix 32
bienfaisant s’empare de vous; quand vous vous réveillez vous êtes transformé (1). »
L/Algérie à l’Exposition Universelle de 1878. — L’Exposition universelle a fourni à l’Algérie une occasion exceptionnelle de se faire connaître sous son véritable jour et de plaider elle-même victorieusement sa cause en montrant ses richesses.
Parmi les élégants spécimens de l’architecture orientale qui s'étageaient sur les pentes du Trocadéro, le palais algérien attirait surtout les visiteurs par son extérieur gracieux et par les curiosités qu’il renfermait.
Construit sur les plans de M. Ch. Wable, architecte, le palais algérien empruntait ses dispositions architecturales et son ornementation aux monuments les plus remarquables de l’art arabe.
Dans son ensemble il affectait la disposition d’un caravansérail rectangulaire de 35 mètres de façade sur 50 mètres de profondeur. Quatre tours percées de fenêtres mauresques, décorées d’arcatures et couronnées de merlons dentelés, occupaient les quatre angles. L*a tour orientale a 50 mètres de hauteur et figure le minaret d’où le muezzin appelle les fidèles à la prière. Ses ornements ont été imités de ceux qui décorent le minaret en ruines de l’ancienne ville d’El- Mansoura. La porte principale est une reproduction fidèle du portail de la célèbre mosquée de Sidi-bou-Médine à Tlemcen avec son riche encadrement de faïences et d’arabesques.
La coupole sculptée à jour et d’un si gracieux effet est imitée de celle que l’on admire dans la grande mosquée de cette ville. Le vaisseau intérieur se divise en quatre galeries de 7 mètres de largeur sur 6 mètres de hauteur, qui s’ouvrent sur un péri stylé à arcades mauresques entourant un jardin au milieu duquel s’élève une fontaine orientale : c’est le patio. Dans les galeries du palais étaient rangées toutes les productions de l’Algérie : matières premières et produits manufacturés.
Malgré une occupation qui datera bientôt d’un demi-siècle, l’Algérie, est encore peu connue, même en France. Longtemps on ne l’a aperçue qu’à travers la fumée des combats et on ne connaissait d’elle que les épreuves, les maladies, les misères inséparables d’une première colonisation.
L'Exposition en dévoilant les ressources jusqu’alors peu connues de la France africaine, encouragera les populatious disposées à quitter la mère-patrie à demander au sol hospitalier de l’Algérie les moyens de conquérir une situation plus heureuse.
D'un autre côté, en stimulant l'industrie indigène et en attirant à Paris des propriétaires et des chefs arabes, elle a travaillé à l’assimilation de cette terre d’Afrique, sur laquelle les invasions avaient passé sans pouvoir la faire sortir de son immobilité et de son inertie fataliste.
Il a été curieux de voir quelques cheiks arabes, ces grands seigneurs de la tente, passer avec leurs pittoresques costumes au milieu des splendeurs de notre Paris moderne : nous avons vu le bacb-agha Bou-Alem, superbement drapé dans son burnous blanc, sous lequel se détachait la plaque de grand officier de la Légion d’honneur, et Sid-serir-ben-Ganah, commandeur. Le premier commande le haut de la fertile vallée de Chétif ; le second est un de ces grand> chefs Sahariens, dont la mission est de garderies marches du Sud delaprovince de Constantine. Puis l’agha des Larbaas et l’agha de Flittas, le caïd Bou-
(1) Docteur Duplessv.
L ALGÉRIE
Lakhrerass-ben-Gonah et les caïds des Oulad-Ciied et des Ouled-Naïl, cavaliers intrépides, friands de la poudre.
De retour dans leurs douars, les cheiks arabes, après avoir assisté aux fêtes de l’Exposition et admiré notre prospérité miraculeusement restaurée, engageront leurs compatriotes à se pénétrer des bienfaits de la civilisation.
363 récompenses ont été accordées par le jury aux exposants algériens et parmi elles, 17 diplômes et 33 médailles d’or. Nous avons remarqué les noms de : Dom Augustin, abbé de la Trappe de Staouëli ; M. Dastide, à Sidi-bel- Abbés ; Ben Briss, aggalick de Tuggurt.
Il y avait des spécimens remarquables de l’industrie indigène : tissus de laine, de soie, d’alfa, et des étoffes qui peuvent rivaliser par la qualité des matières premières et le fini du travail avec les produits des manufactures européennes; mais, ce ne sont que des essais. Un temps viendra où l’exportation l’emportera sur l’importation, 1 industrie de l’Algérie, prendra toute l’exension qu'elle mérite.
Le générateur solaire. — De toutes les inventions qui font honneur au progrès des sciences et sont une conséquence de l'avancement des idées modernes, il en est une qui a attiré dans ces derniers temps l’attention des savants et la curiosité des étrangers.
C’est le générateur solaire de M. Mouehot, professeur de l’Université, qui a fonctionné au Trocadéro dans une annexe de l’Exposition algérienne.
L’inlluence, que cette récente invention aura sur l’industrie et l’agriculture de T Algérie, nous engage à donner quelques détails.
Tous les visiteurs de l’Exposition se sont arrêtés sur les pentes du Trocadéro entre l'Aquarium d’eau douce et la porte d’Iéna intrigués par une machine aux formes bizarres, inconnues jusqu’à ce jour. C’était un grand abat-jour argenté, renversé, portant à son centre un immense verre de lampe.
Au fond c'est tout l’appareil Moucliot.
On s’approchait et on voyait fonctionner des pompes; on entendait le siflemeut de la vapeur et le bruit des pistons. Point de combustible! M. Mouehot a résolu le problème de l’utilisation industrielle de la chaleur solaire : aussi a-t-il reçu la croix de la Légion d’honneur et la médaille d’or.
De tout temps les esprits chercheurs se sont préoccupés d’utiliser directement les rayons solaires ; Archimède, Héron, d’Alexandrie, Authémius de Traites et Kircher pour les anciens ; Bubon, de Saussure, Ducarla,les Herschell, Pouillet, Franeliot, à une époque plus rapprochée, ont tenté de résoudre cette question curieuse.
Après des améliorations successives, M. Mouehot est arrivé à construire l’appareil que tout le monde a pu voir fonctionner au Trocadéro.
L’appareil solaire, ou mieux le générateur solaire, ainsi que le nomme M. Mouehot, se compose essentiellement d’un miroir conique en plaqué d’argent à foyer rectiligne. C’est l'abat-jour signalé plus haut. Les rayons du soleil sont réfléchis par le miroir sur une chaudière noircie extérieurement et placée selon l’axe du miroir.
Cette chaudière est entourée d'un manchon [de verre (le verre de lampe dont nous avons parlé), qui laisse passer les rayons lumineux, mais retient la chaleur devenue obscure. Il y a donc emmagasinement de chaleur et accumulation continuelle. L’appareil a fonctionné dès le 2 septembre ; pendant que les petits générateurs solaires, dont le miroir varie de 0,o0 à 0,80, étaient employés aux usages domestiques (pot-au-feu, cuisson du pain, de la viande, préparation du café), le grand appareil, dont le miroir offre une surface réfléchissante de
24 mètres carrés, mettait en activité avec 7 atmosphères de pression, deux pompes Tangye d’un débit de 6000 litres à l’heure.
Le 29 septembre, un bloc de glace était obtenu à l’aide d’un jet de vapeur lancé dans un appareil a ammoniaque : cet appareil, dont l’application est d’un intérêt secondaire dans nos climats est destiné à rendre d’immenses services dans les pays chauds et particulièrement en Algérie. Dans les régions sahariennes, le soleil considéré comme un fléau, deviendra un bienfait et un précieux auxiliaire de l’industrie.
M. Moucbot, chargé d’une mission en Algérie par le ministère de l’Instruction publique, a fait pendant un an des expériences curieuses qui lui ont permis de constater que le nombre de calories recueillies à Alger était sensiblement égal à celui qu’on peut -utiliser à Paris par une belle journée d’été, c’est-à-dire 9 calories par mètre carré et par minute. Avec un réflecteur de 4/5 de mètre carré un litre d’eau est porté à l’ébullition en 25 minutes. Sur le sommet du Cliélia, M. Mouchot a pu faire bouillir de l’eau à l’aide de ses appareils solaires, alors que le thermomètre marquait zéro.
Élever l’eau à vil prix, c’est repeupler les oasis, agrandir peu à peu et reculer les bornes du désert. La production de la vapeur à bon marché, c’est le développement assuré des industries agricoles.
L’agriculture a besoin d’eau et de soleil, l’industrie a besoin de combustible. Certes le soleil ne nous manque pas ; l’eau se trouve à une faible profondeur, les moteurs de M. Mouchot sont appelés à remplacer rapidement les antiques norias dont se servent encore les agriculteurs algériens. La caléfaction des vins, procédé de M. Pasteur, permettra le transport des crus algériens. La distillation sans frais de combustible permettra de traiter sur place les produits de nos vignobles et sera d’une grande importance dans la parfumerie.
L’évaporation des eaux salées par les appareils solaires augmentera la production du sel qu’on importe dans le Soudan.
Enfin dans l’industrie locale : teillage des lins, rouissage des alfas, des chanvres, préparation des laines et des soies, dans toute fabrication nécessitant des réservoirs d’eau chaude, une évaporation rapide, une force motrice, l’emploi du générateur solaire deM. Mouchot réalisera une notable économie.
Ses applications s’étendent indéfiniment. De petits appareils pour les usages domestiques, d’un transport facile, seront fort utiles aux armées en campagne et aux caravanes en voyage.
Enfin nous croyons qu’au point de vue particulier de l’Algérie, le générateur solaire est appelé à être une source de richesses et un puissant auxiliaire de colonisation.
L’Algérie agricole. — Les produits de l’agriculture algérienne sont à la veille de se montrer sous une phase nouvelle, par suite de la création de voies ferrées et l’introduction de moteurs à vapeur. L’Algérie réduite jusqu’ici à consommer ses productions pourra dès lors les exporter.
Nous ne saurions trop nous appesantir sur l’avenir de l’agriculture « cette mamelle » de l’Algérie, au point de vue de la colonisation et de l’assimilation rapide des populations indigènes. Déjà les instruments perfectionnés ont remplacé les procédés primitifs des Arabes. Les outillages se complètent de grands travaux ont été accomplis par le dessèchement des lacs et marais et l’irrigation des grandes glômes. Les villes de Bouffarick et de Sidi-bel-Abbès, élevées jadis sur des terrains marécageux et insalubres sont devenues aujourd’hui deux villes populeuses et riantes, et les marais ont été transformés en jardins et en riches exploitations agricoles.
Les barrages et les irrigations du Sig, de la Mima, de l’Habra ont singulière-
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ment amélioré la production agricole dans le département d’Oran. Enfin depuis la conquête 12,360 mètres de sondages, fournissant en tout 2,200 litres d’eau à la seconde, ont été creusés sous la direction d’ingénieurs français, et en particulier dans ces derniers temps par les soins de M. Jus, ingénieur civil. Ces travaux ramènent la fécondité et la vie dans les oasis de la région saharienne et sont d’un secours puissant pour maintenir notre domination sur les tribus du désert.
11 ne suffit pas d’implanter des colons sur le sol, il faut aussi taire pénétrer l’instruction agricole dans les populations rurales.
Pour arriver à ce résultat, la création d’écoles d’agriculture est nécessaire, et on comprend peu la suppression des concours agricoles destinés à entretenir l’émulation entre les cultivateurs.
La science agricole est la première des sciences usuelles ; c’est elle qui ouvre la marche du progrès réel. C’est elle qui en Algérie peut achever l’œuvre de la conquête. En 1848, le gouvernement républicain avait inauguré un vrai système d’enseignement agricole. Cet enseignement manque en Algérie ; « la création d’une école régionale, dit M. Hardy, le savant directeur du Jardin d’acclimatation d’Alger, dans la région des oliviers, serait un des plus grands bienfaits qu’on pourrait accorder à l’Algérie. »
Ainsi que nous l’avons indiqué précédemment, l’Algérie se divise naturellement en quatre régions de cultures distinctes, déterminées par des limites météorologiques et géologiques, caractérisées par une végétation spontanée différente.
La destination de la région des oliviers est de produire beaucoup d’huile, des vins, de l’alcool, des liqueurs, des grains, des fruits, etc. La région des céréales comporte les grandes exploitations, les grands labours, les assolements, les prairies artificielles. Les principales productions seront le blé dur et les bestiaux gras. La région de l’alfa a l’exploitation du textile dont elle porte le nom : elle peut entretenir d’immenses troupeaux de moutons, la richesse de l’Arabe. Enfin, la région des palmiers s’enrichit des produits du dattier et du henné.
Il n’entre pas dans le plan de notre ouvrage de nous étendre sur les cultures particulières à l’Algérie ; cependant au point de vue de l’avenir colonial, nous mentionnerons un produit éminemment algérien, qui, par son abondance et les usages multiples auxquels il s’adapte, est destiné à faire naître en Algérie une industrie vraiment indigène. Nous avons nommé l’alfa.
Le texile Algérien. — L’alfa, que les naturalistes nomment macrochloa tencicissima ou lygœum spcirtum, est une graminée de la tribu des Phalaridées. Les Espagnols lui donnent le nom d 'esparto et les Arabes celui d 'h alfa : c'est ce dernier mot qui a prévalu. Cette graminée junciforme, dont les chaumes sont simples et gazonnants, croît dans les bas-fonds un peu frais, les terres noires et argileuses. On rencontre l’alfa sur les Hauts-Plateaux sahariens en Tunisie et en Maroc. Ses touffes comprennent trois éléments distincts : la racine (el djedeur), l’épi (el bous), la feuille.
La racine, toujours enfouie dans le sol, donne naissance à des tiges mères, «\ cinq ou six graines, s’élevant de 0,15 à 0,20 au-dessus du sol et, portant environ cinq ou six feuilles ; il faut que l’alfa soit parfaitement sec avant d’être mis en balles, afin d’éviter la fermentation qui lui fait perdre de ses qualités et cause parfois l’incendie de toute une récolte.
La récolte s’opère ordinairement parle glanage au moyen d’un bâton, autour duquel s’enroulent les feuilles qu’on arrache ensuite violemment : ce procédé brutal doit être modifié, car il appauvrit nécessairement la plante. Après le glanage a lieu le triage, puis le .rouissage. Un bon ouvrier peut cueillir 20 kilos
par heure de feuilles choisies. Ou évalue à cinq millions d’hectares la région des Hauts-Plateaux couverte par l’alfa. Les principaux marchés sont : Sidi-bel-Abbès, Tlemcen, Batna. L’Angleterre et l’Espagne consomment la presque totalité de la récolte. L’alfa sec se vend de 6 à 12 fr. le quintal. Pendant les dix dernières années, l’Algérie a emporté 400,000 tonnes d’alfa représentant plus de 50 millions. L’extension des voies ferrées est le plus sûr moyen de développer l'exploitation de ce textile.
Les épis u niflores s’épanouissent en élevant leurs fleurs au-dessus de l’extrémité des feuilles. La graine a l’apparence de celle de l’avoine sauvage, quoique plus petite. Enfin la feuille, partie essentielle de la plante à notre point de vue, est d’un limbe étroit, allongé, s’enroulant à l’époque de la maturité.
On remarque dans la feuille trois parties distinctes :
1° Une couche lisse et coriace enveloppant la feuille de toutes parts;
2° Des faisceaux fibreux se prolongeant dans toute sa longueur ;
3° Un tissu parenchymateux ou résinoïde formant un feutrage rigide.
La végétation de l’alfa commence du 1er au 15 mars pour finir vers la fin du mois de juin. A cette époque la feuille atteint un diamètre de 0,001 à 0,001 5 et une hauteur de 0,00 à 0,70. La récolte commence en juillet et se termine parfois en novembre.
Les usages de l’alfa sont très- nombreux, et tous ceux qui s’intéressent à l’industrie textile ont remarqué à l’Exposition universelle Y Histoire d'une botte d’alfa, décrite en quatre tableaux par M. l’ingénieur Jus, depuis le moment où la feuille a été cueillie sur le sommet du Djebel-bou-Arif jusqu’à sa dernière transformation en pâte blanche compressée, 50 minutes après. Le champ de la transformation de l’alfa est immense. Jadis, quand il croissait en Espagne, les Phéniciens venaient l’y chercher pour faire des cordages d’une grande solidité. Les Espagnols ont conservé pendant longtemps le monopole de la Sparterie; mais ils sont nos tributaires pour la matière première.
Avant peu, nous l’espérons, la France saura s’approprier cette importante branche de commerce.
En Algérie, l’alfa est utilisé généralement en guise de liens.
L’indigène s’en sert dans toutes les circonstances de la vie : comme filets, paniers, cabas, harnais primitifs, tamis, etc. Dans la nourriture du bétail, l’alfa remplace la paille. On en fabrique des nattes de toutes grosseurs et pour tous les usages. Roui, soit grossièrement à l’aide de l’humidité, soit rapidement au moyen de la vapeur ou des produits chimiques, l’alfa est transformé en filasse qui sert à fabriquer les cordages, les espadrilles, les vêtements grossiers, entinle papier.
11 paraîtrait que les Américains en ont fait une sorte de porcelaine, des statues, des wagons de chemin de fer; mais l’application, qui ouvre des perspectives immenses à l’industrie algérienne, est la fabrication du papier.
La rareté du chiffon et la consommation toujours croissante du papier menacent de mettre l’industrie des papiers dans une position difficile. Que nos fabriques d’Ângoulême y. prennent garde! Les étrangers sans préjugés remplacent déjà le chiffon par des textiles à bon marché, pourront-elles soutenir la concurrence?
Avec une installation de 500,000 fr. environ, une fabrique de papiers d’alfa peut faire 2,000 kilogr. de papiers par jour; et, en défalquant les frais généraux et l’intérêt du capital, elle réaliserait vraisemblablement 15 fr. parl00kilogr.de bénéfice net, soit une trentaine de mille francs par an ! Avec certaines modifications, facilités de transport et de vente, avec l’économie que nous avons indiquée plus haut, réalisée par la substitution d’appareils solaires au combustible dont le prix est élevé dans l’intérieur du pays, il y a une source considérable de bénéfices. La pâte de chiffon toute fabriquée vaut 100 fr. les 100 kilogr. ; les
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pâtes d’alfa se vendent de 60 à 80 fr., mais elles offrent l’avantage d’augmenter la production d’une machine sans addition sensible de forcé motrice.
Il ne suffit pas à l’industrie de produire, il faut être assuré de débouchés sérieux. La consommation locale de l'Algérie n’existe pas encore; la concurrence de la métropole tue la production de l’industrie algérienne : aussi nous sommesnous préoccupés, dans cette étude de l’alfa, d’un produit demandé, personnel à l’Algérie, et dont les débouchés sont certains.
La vigne et le vin. — La vigne trouve dans le Sahel un sol et un climat merveilleux.
Par son sol complètement calcaire, il se trouve dans des conditions qui ne se rencontrent que dans les plus riches vignobles de l’Europe; par son climat, il touche presque à la limite du midi de la zone vinicole pour la production de ses vins de table : placé sous le 37e degré de latitude, le Sahel a une altitude d’environ 150 m : cette altitude, jointe à l’exposition du sol et aux cultures profondes qui absorbent et conservent une grande quantité d’eau, permet de modifier à l’infini l’influence du climat.
En France, les terres riches et profondes ne sont pas recherchées ; certains bons vignobles sont situés dans des terrains à peu près impropres à toute autre culture. Les terres du Sahel sont, en général % plus chaudes que froides, plus légères que fortes; au point de vue chimique on les dit aluminio-siliceuses et aluminio-calcaires. Les terres rouges renfermant des petits graviers ressemblent aux terres de Bourgogne et produisent des vins de haute qualité. En Algérie, on ne redoute pas comme en France les points élevés et les hauts sommets qui empêcheraient le principe sucré du raisin de se développer, il est bon au contraire de soustraire les cépages â la chaleur brûlante des plaines. L’exposition nord et nord-est est recherchée dans le Sahel, parce qu’elle offre une température moins brûlante.
Dans les premiers temps, on a planté tout ce qu’on avait sous la main; il en est résulté que les plants qui devaient être mis en terre forte ont été placés en terre légère; que ceux qui demandaient les bas-fonds se .sont trouvés sur les hauteurs. Les cépages changent la qualité de leurs produits avec les différents éléments d’altitude, de nature du sol, de situation et d’exposition.
Le cépage fait le vin; c’est parle mélange des cépages, par leur variété que l’on remédiera au défaut d’un vin.
Les cépages, qui forment aujourd’hui la base des cultures vinicoles du Sahel sont connus; ce sont :
1° Les plants arabes ordinairement blancs;
2° Les terrets-bourrets;
3° Les pinots noirs et blancs;
4° La blanquette ;
5° Les panses.
Les vins qui en provenaient étaient peu abondants, faibles en couleur, et impossibles à conserver.
Aussi dans les plantations suivantes on a recherché des cépages plus riches :
1° L’arramont, peu alcoolique, mais d'une saveur agréable;
2° Le carignane, qui donne un vin d’une belle couleur, pourvu d’un léger bouquet ;
3° L’alicante, riche en sucre et en alcool ;
4° Le morastel, qui produit un vin très-coloré, d’une forte saveur ;
5°. Le pic-poule d’Uzès, léger en couleur, mais très-alcoolique;
6° Enfin, le malvoisie, riche en couleur et en alcool et d’une forte saveur.
Le carignane a un rendement de 90 hectolitres par hectare.
Pour la plantation de la vigne on défonce le terrain à une profondeur de 0,60; ce serait énorme enTrance, mais en Algérie ça conserve à la plantation une fraîcheur relative. On plante 5,000 boutures à l’hectare; l’écartement ordinaire est de lm50 en tous sens.
La taille de la vigne a lieu le plus tard possible afin d’épargner aux jeunes pousses la chance d’être atteintes par les gelées printanières, occasionnées par le rayonnement nocturne, qui se font sentir jusqu’en mai. Aussi, on la taille fort tard et en pleine sève.
Les maladies de la vigne sont rares en Algérie ; Y oïdium est facilement combattu par le soufre ; les invasions de Yaltisc peuvent être prévenues en détruisant les jeunes mouches dans leur refuge d’hiver avant qu’elles aient pris leur vol; enfin le phylloxéra est encore inconnu. Un décret du 30 novembre 1874, complétant le décret du 8 janvier 1873, a interdit l’entrée en Algérie nonseulement des ceps de vigne, quelle que soit leur provenance, mais encore de « tous fruits frais, végétaux ou colis, dans lesquels les sarments de vigne seraient employés comme enveloppe, couverture ou emballage. »
La plantation d’un hectare de vigne qui aura coûté 2,265 fr. la première année, dit M. F. Rivière, bien connu en Algérie pour ^es études agricoles, produira la 4e année au delà de l’intérêt du capital déboursé. Dans une plantation, où les cépages sont habilement combinés le rendement peut être de 65 hectolitres et demi par hectare. Le vin sera de bonne qualité, susceptible de se conserver plusieurs années et d’acquérir une valeur moyenne de 35 fr. l’hectolitre environ, ce qui porte le rendement de l’hectare à la somme de 2,292 fr.
La province d’Oran est fort avancée dans la culture de la vigne. On y remarque les exploitations de MM. Benoît frères, à Aïn-Nouissy; Bouscarain, à la Sénia; Martel, à Pélissier. Déjà la fabrication se perfectionne ; les cuves en maçonnerie disparaissent devant les cuves en bois. Parfois même on se sert de foudres de grandes capacités. On a dû renoncer, dans la plupart des vignobles, à l’établissement de caves, par suite de la difficulté de les aérer. Les celliers semblent être plus avantageux. On se sert de foudres d’une capacité moyenne, 50 à 70 hectolitres par exemple, plus favorables à la conservation du vin.
Les vins marquent ordinairement de 11 à 13 degrés, mais leur conservation est difficile et le transport considéré comme impossible, à moins d'employer le procédé de M. Pasteur, la caléfaction, qui en augmenterait le prix.
Nous avons remarqué à l’Exposition des vins rouge et blanc de 1870 et années suivantes, exposés par M. Allemand, de Milianah, M. Darru, de Crescia^ a envoyé des vins de 1874; M. Guyard, de Philippeville, des vins de 1864; enfin, M. Martel, de Pélissier, des vins blancs secs et doux qui peuvent rivaliser avec les plus célèbres vins de dessert.
D’après la statistique de 1876, il y avait en Algérie 12,868 hectares de vignes produisant 221,435 hectolitres.
La richesse des vins algériens en alcool est un gage sérieux pour l’avenir de la distillation.
Déjà, de grands établissements se sont fondés; il est bon de les citer : MM. Fournier et Cic, à Philippeville, dontla distillerie dispose d’une force vapeur de 120 chevaux et qui produit annuellement 5,000 hectolitres d’alcool à 96 degrés; M. Kanoui, à Alger, produit environ 12,000 hectolitres d’eau-de-vie pour la consommation indigène; la maison Picon, de Philippeville, célèbre pour ses amers indigènes.
D’autres alcools proviennent des fruits : des figues, qui donnent un vin de figues estimé; des caroubes; des oranges, etc. On a réussi encore à tirer de Falcool des tiges du sorgho, des racines de patates, enfin des racines spontanées comme l’asphodèle.
L’ALGÉRIE
L’avenir de l’Algérie. — Colonisation. — D’après le dénombrement de 1876, la population européenne de l’Algérie est de 320,352 habitants et la population indigène atteint le chiffre de 2,462,936 individus. C’est à l’immigration de combler cet écart considérable; aussi, la colonisation est-elle la question la plus importante à résoudre.
Dès les premiers temps, tous les systèmes ont été tour à tour préconisés, essayés, puis condamnés. Pendant longtemps on a voulu imiter le système américain. Mais quelte différence! « En arrivant en Amérique, disait en 1870 M. le maréchal de Mac-Mahon, alors gouverneur de l’Algérie, les Européens y ont trouvé un territoire d’une étendue immense habité par une population pour
ainsi dire insignifiante . En Algérie, nous avons trouvé un territoire limité,
habité par une population nombreuse, d’une race fière, énergique... »
La population coloniale s’est accrue lentement. « Pour faire de la colonisation agricole sérieuse, dit M. le colonel Chansy, il faut assurer à ceux que l’on attire, non-seulement les moyens de vivre, mais encore des moyens assez réels pour justifier leur résolution et prévenir leurs regrets. » La colonisation par le procédé de la tache d’huile, c’est-à-dire en se resserrant sans lacunes et en circonférence autour d’un premier établissement, nous paraît propre à annihiler les facultés productives que les colons ont acquis dans leur pays d’origine. Il faudrait des petits groupes disséminés dans les localités les plus favorisées sous les rapports de la qualité du sol, de l’exposition, de l’abondance des eaux. Les intervalles se rempliraient de proche en proche. Le chemin de fer, pénétrant partout, est la meilleure stratégie défensive à opposer aux insurrections indigènes. Il améliorerait en même temps le peuplement agricole, faciliterait l’exploitation des richesses du sol et donnerait de l’activité à l’industrie minière, restée jusqu’ici dans l’enfance, faute de voies de communication. Déjà, 685 kilomètres de voies ferrées sont livrées à la circulation et la ligne la plus importante, du Maroc à la Tunisie, est terminée. Espérons qu’un jour viendra où le projet d’un chemin de fer trans-saharien ne sera plus qualifié d’utopie.
Depuis 1871, il a été créé 126 villages, hameaux et fermes allotis en 6,135 lots qui embrassent une superficie de 266,674 hectares. Le programme du peuplement pour 1878 porte sur la création de 26 nouveaux centres, ce qui permettra l'installation de 700 nouvelles familles. L’Etat est en mesure de disposer de ressources suffisantes pour pourvoir à l’installation d’environ 10,000 familles et à la création de 300 nouveaux centres. L’administration veille avec sollicitude sur le sort des émigrants, leur délivre libéralement des passages gratuits et parfois des secours de route. Une fois installé, l’émigrant trouve en Algérie pour sa personne, pour ses biens et sa liberté toutes les garanties dont il jouissait en France ; il n’a pas quitté son pays, il n’a fait que changer de département.
La terre est relativement très-peu chère en Algérie ; la main-d’œuvre est à un prix modéré ; ce qui est coûteux c’est le capital, dont l’intérêt est de 8 °/o dans les villes et de 10 °/o dans les campagnes. Avec 100,000 francs on trouve facilement une propriété foncière donnant une rente assurée de 10,000 fr. L’exploitation directe du sol, à titre de fermage, assure au capital une rémunération encore plus avantageuse, car la rente à payer au propriétaire ne dépasse jamais le cinquième du produit. Un fermier habile pourrait dans la plaine de la Mitidja, avec un capital de 100,000 fr., s’assurer aisément un profit annuel de 30,000 fr.
La colonisation ! tel est le mot magique qui fera de l’Algérie une France habitée et forte. Alors la conquête de l’Algérie, conquête pacifique celle-là, sera terminée; car, nous aurons à jamais remplacé la barbarie par la civilisation le désert nu et aride par des exploitations agricoles.
L’Afrique romaine et l’Afrique française. — L’èi'e des prospérités a commencé pour l’Algérie: Si cette vieille population berbère n'a rien oublié de ses traditions, du moins a-t-elle appris à apprécier les bienfaits delà civilisation. En 27 ans la France a accompli l’œuvre que Rome n’avait fait qu’ébaucher en trois siècles. 11 ne sera pas inutile d’établir un parallèle entre la conquête romaine et la domination française, les moyens employés par l’une et l’autre civilisation et les résultats obtenus.
A Rome, le soldat et le citoyenne faisait qu’un, le commandement en temps de guerre et l’autorité en temps de paix se trouvaient réunis dans les mêmes mains. Le même homme était en même temps administrateur civil, général, juge ; plus encore, prêtre.
Le magistrat chargé d’administrer les provinces était l’agent unique du gouvernement central, Tunique représentant delà souveraineté romaine. Ceux qui étaient à la tête des affaires n’avaient qu’à se conduire d’après les règles tracées d’avance et à suivre une politique traditionelle ; point n’était besoin d’hommes providentiels.
L’administration coloniale était autonome. Point de tutelle tracassière du gouvernement central, point d’ingérence quand même et à tout propos. A Rome, on avait confiance dans le pouvoir, parce que chacun des futurs maîtres du monde commençait par faire chez lui l’apprentissage de la vie politique et son éducation gouvernementale. Revêtu de l’imperium qu’il déposera au retour, te proconsul part pour sa province avec le commandement suprême : cle là des abus qui nécessitaient ce mot de Tibère : « Un bon berger tond ses brebis, mais il ne les écorche pas. » Sous l’empire les provinces respirèrent et pendant les deux premiers siècles qui suivirent la bataille d’Actium « Tordre matériel, dit M. Waddington, régnait partout et la qualité de citoyen romain fut étendue à tous les hommes libres de l’Empire. » L’Afrique pressurée par ses gouverneurs éleva plusieurs fois la voix contre leurs exactions. Tacite fit condamner Marius Piscus à l’exil.
Dioclétien introduisit partout l’action du pouvoir central et l’Afrique finit par devenir une province sénatoriale. Mais pour s’assimiler cette vieille race indigène vaillante dans le combat, laborieuse dans la paix, qui détenait de toute antiquité cette Rerbérie féconde, charmante, réchauffée et parée de soleil, Rome sut savamment profiter de ses divisions et c’est ainsi qu’elle régna. Avec Syphax elle combattit Massinissa; avec Massinissa elle vainquit Carthage. Avec quel art elle prolonge cette douloureuse agonie ! C’est l’insensible et sûr travail des années; la conquête latente et pacifique que feront- de proche en proche et pas à pas, scs marchands, ses banquiers, ses agriculteurs ; et le jour vient où l’Afrique devenue latine ne s’étonne pas de porter le nom romain. Carthage était devenue une Rome africaine. Ce grand centre administratif s’était fait un brillant foyer littéraire. Son forum était un cénacle de beaux esprits. « Dans les écoles africaines était née une nouvelle langue latine dans la forme, mais où le goût punique dominait. Fleur éclatante, mais un peu sauvage qui se ressentait du voisinage du désert.
Mais, quelles sont’ donc les causes qui ont ruiné ce grand édifice? Le Berbère d’autrefois, le Kabyle d’aujourd’hui avait une constitution essentiellement républicaine ou plutôt municipale et fédérative. Chaque ville, chaque village était un petit centre, ayant ses coutumes particulières et sa djémâa ou conseil présidé par un chef élu. La tribu n’a ni force, ni homogénéité ; chaque quartier était toujours en rivalité avec ses voisins. Cet esprit de coteries et de partis, ces associations hostiles, c’est le factio des latins, le çof, la ligue de quelques intérêts étroits et particuliers, eu vue de toutes les éventualités delà vie ; sans doute les
romains usèrent de précautions et de ménagements. Leurs procuratores ad curam sont les précurseurs de nos buraux arabes.
Mais Rome n’eût jamais cette générosité, cette chaleur de cœur, cette cordialité qui est la force de la France. Dompter n’est pas coloniser , exterminer les uns pour gouverner le‘s autres, c’est asservir la terre sans civiliser l'homme ; coloniser, c’est faire la conquête des âmes après la conquête du sol.
Rome ne voulut pas civiliser le monde elle entendit d’abord le romaniser, elle emportait partout avec elle l’orgueilleux souvenir du Capitole et cette gravitas romana que les Grecs railleurs n’étaient point éloignés de traduire par la pesanteur romaine. A la place de cet esprit attique, léger et aérien comme l’abeille, le.Romain avait de bonne heurele sérieux de l'âge mûr, et au lieu dépasser son temps dans de subtiles discussions artistiques il aimait mieux placer ses écns à de bonnes et solides hypothèques.
Telles furent les causes de la perte de ce beau et vaste domaine d’Afrique que Rome s’était si laborieusement assimilé. Au début de l’occupation française il était d’absolue nécessité que l’autorité militaire fut souveraine maîtresse du pays. C’était l’ère de la conquête, c’était une question d’existence. Sans doute l’ins-' titution des bureaux arabes a favorisé les concussions, les exactions, que le procès Doineau à mis à nu par ses révélations accablantes : sans doute, le chef de bureau arabe avait comme le proconsul romain, une sorte de pouvoir discrétionnaire. Centralisant dans ses mains la justice, l’état civil, la perception desimpôts, la nomination des employés indigènes, recevant les hommages des chefs de tribus, il pouvait disposer de la force armée qu’il avait sous ses ordres pour opérer des razzias, c’est-à-dire dépouiller les tribus récalcitrantes, faire vendre ses troupeaux, couper ses oliviers. Chaque razzia lui permettait de se faire des créatures en distribuant une partie du butin aux Arabes fidèles ; le contrôle était impossible. Ce sont les tristes nécessités de la guerre. « Aussi, dit M. Leblanc de Prébois, sur huit gouverneurs, deux seulement ont imprimé de la vieàla colonie, Clausel et Rovigo; l’épreuve est donc contre le gouvernement militaire. » L’institution des buraux arabes était essentiellement temporaire et n’a plus raison d’être dans un pays pacifié.
La menace et la crainte n’ont jamais été la base d’un gouvernement durable.
L’Algérie a été longtemps tenue en suspicion dans touterEurope, faute d’être connue.
Le voyage que vient de faire en Algérie l’honorable M. Savary sera le point de départ de réformes depuis longtemps demandées.
D’après nous, l’instruction publique aidera à la transformation de la génération nouvelle, elle sera le véritable élément civilisateur.
L’Arabe s’approche avec moins de crainte de l’instituteur que du prêtre ; car rendu défiant par l’habitude de la spoliation, il ne peut concevoir qu’on veuille faire le/ bien pour le bien. Mais le premier pas une fois fait , il accorde à son bienfaiteur toute sa confiance, c’est souvent tout ce qu’il peut donner et tout, ce qu’on lui demande.
L’Algérie est, nous l’avons dit, la meilleure école du soldat; il ne serait pas inutile d’y faire passer les volontaires d’un an. Ce serait un moyen d’attirer en Algérie une population jeune, active, intelligente et en quelque sorte de vulgariser l’Algérie. Les jeunes condamnés, qui s’étiolent dans les prisons de France se rendraient fort utiles en Algérie et trouveraient dans le sain et moralisateur travail de la terre leur régénération sociale.
La création de succursales de la banque de France est une question d’une haute importance pour le commerce et l’industrie. Multiplier les bras, encourager les capitaux, donner de l’extension aux explo tâtions agricoles, seconder
l’élan à imprimer à l’industrie et à l’agriculture, tel est le rôle de la France en Algérie.
Ce rôle n’est pas seulement dicté par l’ambition d’accomplir une grande œuvre humanitaire, il est imposé par l’avenir même de la France. Il est nécessaire que la Méditerranée soit toujours un lac français. Entre la Tunisie vassale et le Maroc travaillé par des parties où se montre l’influence étrangère, l’Algérie doit être libre et forte. En fortifiant l’Algérie, nous fortifions la France et par cela même nous consolidons la paix du monde. L’Algérie doit être arrachée au régime qui en stérilise les richesses; et, grandissant de jour en jour par l’industrie et l’agriculture, il faut qu’elle puisse arborer la fière devise de sa voisine: Far a da se!
La rue des Nations.
Fig. 33. — Amérique du nord.
Fig. 34. — Chine.
Royaume de Perse.
La Perse est une contrée favorisée des dons de la nature; l’agriculture y a toujours été en grand honneur, ei tous les auteurs parlent avec admiration de la beauté des cultures anciennes; de nos jours elle compte encore une population d'un million d'artisans restée sans égale par son aptitude à tous les travaux des champs, de l'industrie et des arts.
Les étoffes et les tapis de Perse sont restés inimitables par leur souplesse, le velouté et l'harmonie des couleurs. Ces perfections sont dues aux laines exceptionnelles et aux soies que produit ce vaste empire.
Les Persans excellent à fouiller les métaux, à sculpter les bois odorants, à damasquiner l’acier, à appliquer l’or, l’argent, la nacre et l’ivoire sur la laque; ils saventanimer leur faïence de vifs reflets et apportent à toutes choses un cachet artistique.
Les manufactures et teintureries de soies unies, de broderies, de damas, de brocarts d'or et d'argent, de châles cachemires, d’étoiles de coton, de velours, de draps, de tapis, de feùtres, de couvertures, de toiles, de tissus en poil de chameau et de chèvre, sont nombreuses en Perse. Les plus iniportan tes sont celles de Téhéran, Ispahan, Karchan, Kasbin, Arterabad, Keclit, Chiraz, Herman, etc., etc.
Les maroquins, les cuirs et les fourrures préparés viennent d’Ispahan. Hamadan et Meched. Les verreries, les fabriques de faïence, les poteries qui simulent l’émail, les carreaux vernissés destinés à orner les habitations, etc., etc., se répartissent enrre lTrak-Adjémi et le Korassan.
Les manufactures d’armes et les fonderies sont à Téhéran, Ispahan, Kirmanseliah et Kasbin, célèbre par ses vins qui valent ceux de Chiraz.
Les essences, entre autres celle de rose si renommée, sont distillées à kirinan et à Firouzabad.
La garance, qui est un produit important de la Perse, est récoltée et préparée à Balfroush.
Les perles sont recueillies dans le golfe Persique.
Les imprimeries sont nombreuses; les ouvrages qui sortent de l'imprimerie lithographique de Karchan et de Téhéran sont d’un fini remarquable.
L'industrie minière se développe lentement faute de moyens de transport. Cependant il existe des gisements très-riches de charbon de terre, des minerais très-abondants de fer, de cuivre, de plomb argentifère, etc. etc. Le gouvernement s'en préoccupe très-sérieusement, et il a confié l’étude des chemins de fer qui doivent relier la Perse à l'Europe et aux Indes, des routes et de la mise en exploitation et en rapport des mines de toute nature à des ingénieurs français et anglais et à des indigènes élevés en Angleterre et en France, afin d’amener ces diverses industries dans auc voix féconde.
Les Persans ne sont pas moins aptes au commerce qu’à l’agriculture et à l'industrie; ils aiment les voyages ; ils ont des relations commerciales avec la Russie, l’Angleterre, la France, la Turquie, l’Égypte, etc., etc, et surtout avec la Chine et les Indes. La ligne de caravanes laplus importante est celle d’Abouscher sur le golfe Persique, à Balfroush, sur la Caspienne, par Chiraz, Ispahan