PAYS ÉTRANGERS. (CONFÉDÉRATION ARGENTINE
Cependant des colonies agricoles ont été fondées depuis quelques années avec un plein succès; leur population réunie, due à l’immigration, atteint maintenant 25,000 âmes. Les terres sont vendues aux colons au prix moyen de 45 fr. l’hectare et toujours moins cher dans les cantons éloignés. Le gouvernement concède, même gratuitement, des terrains aux émigrants qui s’engagent à coloniser; il leur fait l’avance de la nourriture, du bétail et des instruments aratoires. Mais, jusqu’à présent, la culture n’a été avantageuse qu’à l’homme travaillant de ses propres bras. Les propriétaires ayant des capitaux préfèrent l’industrie pastorale, qui prime et primera longtemps encore toutes les autres. Bien conduite, cette industrie rend en moyenne 20 p. 0/0 l’an pour la race bovine et 40 p. 0/0 pour la race ovine. La production chevaline, ovine et bovine est énorme. La nature salée des terrains de la Pampa et de la plaine Argentine a puissamment contribué à une prodigieuse multiplication.
L’élevage du mouton commence à se substituer à celui du bœuf, parce qu’il est plus lucratif, par suite de la grande valeur des laines et de l’accueil qui leur est fait sur les marchés d’outre-mer. On évalue à 4 5 millions le nombre de têtes de gros bétail dont sont peuplées les provinces argentines, celui des chevaux à 4 millions et celui des bêtes à cornes à 80 millions. Dès le principe, cette énorme production n’avait pour but que l’alimentation; dans la campagne, on ne vivait que de viandes; le pain y était inconnu. Venait ensuite le commerce du cuir; beaucoup d’animaux n’étaient abattus que pour leur peau. Plus tard on prépara de la viande salée et séchée, dite tasajo etchcirque, qu’on expédiait au Mexique et à Cuba. Récemment on a essayé de faire des préparations et des conserves destinées aux marchés d’Europe ; si ces tentatives réussissaient, elles amèneraient une véritable révolution dans l’industrie de la Plata. On abat les bœufs pendant l’été, de décembre à mai, dans des établissements spéciaux ; dans quelques-uns, il en est abattu jusqu’à 60,000, et le nombre total dépasse un million. Les cuirs sont salés ou séchés et dirigés vers le littoral, d’où ils sont expédiés en Europe. Les laines sont préparées dans les fermes, d’où elles arrivent, avec les peaux et les cuirs secs. U en est de même des dépouilles delarace caprine.
Les Argentins ont hérité de la prédilection des Espagnols pour les exploitations minières, mais elles se font assez irrégulièrement par de petites compagnies. La République possède cependant un assez grand nombre de mines d’or, d’argent, de cuivre et de fer, dont l’exploitation suivie est empêchée par le manque de bras.
Le commerce intérieur se borne à l’échange des produits des provinces entre elles. [Celui d’outre-mer est bien plus considérable. La républiqne Argentine envoie aux autres pays des cuirs secs et salés, des viandes salées, des graisses, des os et ongles de bœufs et de chevaux, des laines, des suifs de mouton, des maroquins, des pelleteries, des plumes d’autruche, des guanos, des cendres d’os, du cuivre, de l’or, de l’argent en barres et des bois de diverses espèces. Elle reçoit les produits européens d’Angleterre, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et de Suisse.
De 4870 à 1876, le commerce d’importation et d’exportation réunies s’est élevé à la somme de 3,359,835,440 francs, savoir : 4,839,993,470 fr. pour l’importation et 1,434,790,070 francs pour l’exportation.
Les principaux produits de l’exportation consistent en laines et peaux de mouton, cuirs de bœufs secs et salés, viande salée, suif et graisse. Les quantités do ces produits exportées de 1867 à 1876 ont été, savoir :
Laines . kilogrammes. 794,607,000
Peaux de mouton . kilogrammes. 257,197,090
Cuirs de bœuf secs . unité. 17,746,000
Cuirs de bœuf salés . unité. 7,085,000
Viande salée, t . kilogrammes. 312,462,000
Suifs et graisses . kilogrammes. 390.719.000
La valeur réelle annuelle des exportations excède 300 millions.
République de Bolivie.
La Bolivie (ancien Haut-Pérou’) a pour limites :
Au nord, le Brésil et le Pérou ; à l’ouest, le Pérou et le Grand-Océan ; au sud, le Chili, la Confédération Argentine, le Paraguay ; à l’est, le Brésil.
Sa population est de 2,325,000 habitants environ; sa superficie est de 1,315,000 kilomètres carrés, ce qui suppose un peu moins de 2 habitants par kilomètre carré.
La position topographique de la Bolivie et la parfaite salubrité de son climat, dans les trois zones, tempérée, froide et tropicale, rendent le sol d’une fertilité prodigieuse.
Le pays possède des richesses minérales sans comparaison dans le monde entier.
])n y trouve en abondance l’argent, le cuivre, l’étain et l’or, mais ce dernier en moindre quantité.
Le pays produit aussi du café, du sucre, du riz, du quinquina, de la salsepareille, du coton blanc et jaune, du tabac, des bois tinctoriaux d’une grande richesse et très-variés; des laines de brebis, de vigogne et d’alpaga, des fruits d’Europe et tropicaux, enfin des vins et diverses sortes de maïs qui sont la base de l’alimentation des indigènes, et du guano.
L’industrie s’y développe lentement. C’est sans doute à l’abondance des produits minéraux et métallurgiques, dont l’exploitation absorbe presque toutes les forces vives du pays, qu’il faut attribuer le peu de tendance des habitants vers la fabrication et les manufactures.
Toutefois on fabrique des tissus de toile de coton écru ( tocuyos ), des chapeaux de laine et de vigogne, des tissus de lainepour vêtements des naturels, et une étolfe dite poncho , pour surtout de laine, couvertures et chaussures.
La Bolivie importe de 20 à 22 millions de francs par an d’articles manufacturés et exporte environ pour la même somme des produits naturels divers : minerai et barres d'argent, étain, cuivre, salpêtre, laines, fourrures, etc.
L’Angleterre, la France et l’Amérique du Nord sont les pays qui fournissent la grande généralité des objets manufacturés à la Bolivie, qui les paye presque exclusivement en métaux précieux.
L’instruction publique est, en Bolivie, libre et gratuite.
On y compte 332 établissements pour l’instruction primaire et secondaire, 3 universités avec facultés de médecine, de droit et de théologie.
Tous ces centres scolaires sont assidûment fréquentés par un nombre d’élèves des deux sexes toujours croissant.
République d’Haïti.
La république d’Haïti occupe plus du tiers occidental, soit presque la moitié de la grande île d’Haïti ou Saint-Domingue, dans les Antilles. L’île d’Haïti est située entre le 17e degré 55’ et le 20e degré de latitude nord, et entre le 71e et le 77e degré de longitude ouest du méridien de Paris.
Elle est bornée au nord, à l’ouest et au sud par la mer des Antilles. Une ligne ondulée, qui va de l’embouchure de la rivière du Massacre au nord jusqu’à la rivière de l’Anse-à-Pitre au sud, sépare la république d’Haïti de la république dominicaine, toutes deux respectivement indépendantes.
Les côtes de la république d’Haïti sont profondément découpées et forment de tous côtés des abris sûrs pour les vaisseaux. La baie de Mancenillo, le môle Saint- Nicolas, le golfe de Gonave, les baies du Port-au-Prince, de Léogane, des Cayes, de l’anse d’Heinault, d’Aquin et de Jacmel correspondent aux principales échancrures de cette ligne côtière.
Ses principaux ports sont : Port-au-Prince, les Cayes, Jérémie, les Gonaïves, le Cap Haïtien, Saint-Marc, Jacmel.
La superficie totale de l’ile est de 753 myriamètres carrés; elle a environ 160 lieues de longueur de l’est à l’ouest, et la largeur du nord au sud varie de 7 à 60 lieues. Sa circonférence est de 360 lieues.
L’île est arrosée par des fleuves de moyenne grandeur et par un grand nombre de rivières; des sources d’eaux minérales et thermales jaillissent des diverses montagnes ; quelques lacs, parmi lesquels le plus important est celui d’Assuay, contribuent aussi à donner à la terre une fraîcheur salutaire et à y développer une magnifique végétation.
Le sol est montagneux et présente alternativement des hauteurs boisées où l’altitude et le voisinage de la mer entretiennent une brise salutaire, tantôt des vallées profondes où la température chaude des tropiques provoque le développement d’une végétation exubérante.
Quelques îles voisines de la côte appartiennent à la république haïtienne.
Les eaux minérales ferrugineuses, salées ou sulfureuses, les marbres, le jaspe, les agates, V opale, le soufre, le bitume, le charbon de terre, les anthracites se trouvent abondamment dans l’île. Le fer, l’étain, le cuivre, l’antimoine, le manganèse, le mercure à l’état natif, l’argent, l’or et le platine s’y rencontrent, et tous ces produits du règne minéral pourraient donner lieu à des exploitations très-avantageuses .
Quant au règne végétal, l’acajou, le chêne, le pin, le fustic, le bois de satin et une foule d’autres bois propres aux constructions civiles, navales et à l’ébénisterie, forment sur les montagnes des forêts immenses qui peuvent donner à l’exportation des produits fructueux.
Il faut y ajouter la cire du palmier, le dividi et beaucoup d’autres produits du
pays, tels que l’orange, avec toutes ses variétés, l’ananas, la banane, la sapotille, le mango, les cliérimolles, etc., qui fournissent à la table d’excellents fruits.
Les cafés sont les produits les plus remarquables du sol; ils sont appréciés avec juste raison sur tous les marchés du monde et y tiennent une place de premier ordre par leur quantité et par leur qualité.
Viennent ensuite les cacaos et les cotons, les bois de teinture, le tabac, l’écaille, le rhum et le tafia ; le roucou, le curcuma, la pite, la cochenille, l’aloès, etc.
Le territoire de la République est divisé en cinq départements, subdivisés euxmêmes en arrondissements et communes.
Les villes principales sont : Port-au-Prince, premier port de la République, situé à l’extrémité de la baie de la Gonave; le cap Haïtien, Jacmel, les Cayes, Gonaïves, Môle Saint-Nicolas, Jérémie, Saint-Marc. O11 trouve dans les villes ou dans les environs un certain nombre d’établissements industriels, tels que : fonderies, distilleries, brasseries, tanneries, cordonneries; et dix ports, ouverts aux navires étrangers, font un commerce très-important d’importation et d’exportation.
Les pays avec lesquels se fait le commerce d’Haïti sont, par ordre d’importance : les États-Unis, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, et enfin les autres pays du monde.
Le climat est sain et tempéré. La législation politique et civile est la législation française plus ou moins modifiée.
L’instruction est en honneur dans l’État. Les habitants se servent de la langue française et professent la religion catholique, sans exclure aucun autre culte.
Cette île a donc été magnifiquement dotée par la nature, et c’est aux popu-» lations libres qui la possèdent aujourd’hui à développer de plus en plus tant de dons de la Providence.
République de Nicaragua.
La république de Nicaragua est située entre H et 16 degrés de latitude nord, et entre 85 et 90 degrés de longitude ouest du méridien de Paris. Elle est bornée au nord par le Honduras, à l’est par la mer des Antilles, au sud par la république de Costa-Rica, et à l’ouest par l’océan Pacifique.
L’étendue territoriale de Nicaragua est d’environ 5,000 lieues carrées; les deux lacs de Nicaragua et de Managua, très-singulièrement placés au centre du relief montagneux, occupent un peu plus du dixième de cette superficie.
Le climat est chaud et humide ; la moyenne delà température est de 28 degrés centigrades; les jours et les nuits ont pendant toute l’année une durée à peu près égale. La saison pluvieuse est de six mois; pendant trois mois d’hiver les vents soufflent du nord-est; les vents du nord et de l’ouest sont fort rares.
La chaîne des Cordillères, en entrant au nord sur le territoire de Nicaragua, se partage en deux branches distinctes : l’une s'avançant vers le sud-est, parallèlement à la côte du Pacifique, est parsemée de volcans nombreux; l’autre, qu’on désigne sous le nom de chaîne des Chontalès, s’étend au nord-est en nombreuses ramifications et est forl riche en métaux précieux.
PAYS ÉTRANGERS. (LE PÉROU). 50o
Ces lignes montagneuses délimitent les deux régions basses du Pacifique et de l’Atlantique, et le plateau des lacs, formé de riches plaines d’alluvions plantées de cacaoyers, de cannes à sucre, d’indigo, etc. Les coteaux volcaniques produisent le meilleur café et sont en partie couverts de forêts vierges de la plus luxuriante végétation et renfermant les bois les plus précieux, Je caoutchouc, la gutta-perclia, etc.
La population totale de la République est d’environ 250,000 habitants, dont 125,000 Indiens purs, 100,000 individus de races blanches, indiennes et noires mélangées, et 25,000 blancs seulement.
Le bétail paît librement à l’état presque sauvage dans les îlanos de Chontalès. On trouve une grande quantité de poissons dans les lacs et les rivières, et d’énormes crocodiles sur leurs rives; l’écaille de tortue, la nacre et les perles se pêchent dans les deux océans. De tous côtés jon rencontre les oiseaux aux plumages les plus variés, parmi lesquels le quézal , les guana'ès blancs, roses et bleus, qui pêchent dans les lacs ; les perroquets, les perruches et les aras aux cris étourdissants ; le zopilote noir, ce vautour précieux, actif agent de la salubrité, qui fait la police de la voirie.
Dans le règne végétal, il faut citer en première ligne, parmi les productions du pays, le cacao et le café, puis la canne à sucre, l’indigo, le bananier, le maïs, etc.
Des compagnies anglaises exploitent, dans les Chontalès, de riches mines d’or et d’argent ; on rencontre aussi dans ces régions tourmentées des mines de mercure, de cuivre, de plomb et de fer qui n’ont encore été l’objet d’aucune exploitation.
Le mouvement commercial annuel peut être estimé à 20 millions de francs, dont moitié pour l’importation et moitié pour l’exportation. Ce mouvement s’opère :
Dans l’Atlantique, par les grands paquebots-poste de la malle royale anglaise qui mouillent tous les mois àFrey-Town, et par quelques voiliers des États-Unis ;
Et dans le Pacifique, par les bateaux à vapeur de la Compagnie du chemin de fer de Panama, qui mettent les ports de Corinto et San-Juan-del-Sur six fois par mois en communication avec toute la côte de l’océan Pacifique, et quelques navires à voiles qui chargent des bois pour le Pérou et la Californie.
République du Pérou (1).
Le Pérou est situé dans la partie occidentale de l’Amérique méridionale entre le 3e degré 21’ et le 22e, 23e degré de latitude sud et le 65e degré et le 83e degré 40’ de longitude. Sa superficie est de plus de 67,700 lieues carrées, et sa population de 2,700,000 habitants.
Il est traversé par la cordillière des Andes qui, courant parallèlement tout le long de son territoire, forme différentes zones ou régions appelées : Côte, Sierra, Puna, Cordillière et Montagne.
La Côte, région sablonneuse et chaude, produit la canne à sucre, le coton, le riz, la vigne, le maïs.
(1) Voir pl. F du tome IX, fig. 8, indiquée par erreur, pour le pavillon qui avait été élevé par le Pérou au Champ- te-Mars, comme étant le pavillon du Mexique.
La Sierra, ou région montagneuse, dont les altitudes varient de 8,000 à 10,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, produit les fruits des zones tempérées et ceux des pays .tropicaux.
La Puna, est la contrée des pâturages. Le climat en est froid, surtout la nuit. La partie la plus caractéristique de cette région est le bassin du grand lac de Titicaca.
La Cordillière , dont les sommets couronnés de neiges éternelles atteignent 6,000 mètres et plus, n’est susceptible d’aucune culture.
La Montagne est la région des forêts vierges et des grands cours d’eau tributaires du fleuve des Amazones. C’est le pays de l’avenir destiné à entrer en communication avec l’Europe par la navigation de ses nombreuses rivières.
Le Pérou est riche en productions de toutes sortes :
Dans le règne animal, on peut citer le lama, le huanaco qui servent de bêtes de somme, l’alpaca et la vigogne.
Dans le règne végétal, outre le maïs, le yuca, le camote et le trèfle, on cultive la canne à sucre, la vigne, le cacao, le café, la coca, etc. Les forêts contiennent des plantes médicinales en abondance, telles que le quinquina, des arbres qui produisent le baume du Pérou et le copahu, et des bois précieux pour l’ébénisterie, tels que l’acajou et le cèdre.
Le règne minéral y est encore plus riche. Les mines d’or, d’argent et de cuivre du Pérou ont une grande renommée. Le mercure, le plomb, le fer, la houille et le nitrate de soude y sont exploités avec succès.
Le guano, si recherché pour l’agriculture, vient également du Pérou.
L'exportation du port de Callao pendant l’année 1876 a été de 5,976,286 soles (29,881,430 francs), et l’importation de 12,091,197 soles (60,455,983 francs).
La question des voies de communication a pris, dans toute l’étendue de la République, un développement considérable.
Le Pérou compte aujourd’hui 2,223 kilomètres de chemins de fer construits ou en voie de construction, qui ont coûté 132,052,353 soles (660,262,765 francs).
La décoration générale de l’exposition péruvienne est composée d’éléments archéologiques autochthones de l’antique empire des Incas, rapportés par M. Charles Wiener de son exploration scientifique de 1875 à 1877.
Les portes sont la reproduction au 75e des portiques du sanctuaire de Huanuco Viéjo ; les niches, la reproduction de celles du Colcampta à Cuzco. Les bas-reliefs sont imités de ceux de la porte monolithe de Tiahuanuco. Les tentures rappellent une étoile de Chancay ornée de champs imités d'une étoffe d’Ancon. La corniche intérieure porte le fac-similé des fresques de Paramonga, et la rosace au centre du vélum est la reproduction agrandie quatre fois du dieu Soleil, adoré avant la conquête dans les sanctuaires de Cabana.
République d’Andorre (1).
L’Andorre forme une république qui depuis dix siècles conserve avec son indépendance les mêmes institutions. Située entre la France et l’Espagne, la vallée d’Andorre a une superficie de 495 kilomètres carrés et une population qui dépasse 18,000 habitants. C’est un pays montagneux. Il est bien boisé et possède
(l) Voir page 95.
PAYS ÉTRANGERS. (LE SALVADOR)
de bons pâturages qui nourrissent un nombreux bétail, principale richesse des habitants. Entouré de tous côtés par de hautes montagnes et des pics trèsélevés, ce territoire renferme de beaux marbres et des mines de fer qui alimentent les forges d’Eucamp, des Scaldes, d’Ordino et de Saint-Julia. Ses forêts sont peuplées de toutes les essences propres aux pays de montagnes; les bois sont fort beaux et sont l’objet d’un commerce d’exportation assez important. Les terres produisent d’excellent tabac qui, après avoir subi des préparations complètes, est consommé sur place ou introduit en Espagne. Les toisons des moutons andorrans sont fort belles et servent à la fabrication d’un gros drap d’une extrême solidité, analogue aux draps français de Lavelanet.
Le commerce tant intérieur qu’extérieur est entièrement libre ; les douanes n’existent pas. Le principal article du commerce d’exportation est le bétail, qu’on vend en Espagne; le commerce d’importation est très-restreint.
L’instruction publique, donnée dans les écoles paroissiales tenues par les desservants, ne s’élève pas au-dessus du niveau de l’instruction primaire.
Les travaux publics se bornent à l’entretien du palais national de la Vallée et à celui des routes.
République du Salvador.
La république du Salvador est située entre le 13e degré 12' et le 14e degré 28' de latitude nord, le 87e degré 37' et le 90e degré 6' de longitude ouest. Sa superficie est de 1,300 lieues carrées, sa population de 800,000 habitants. Elle est bornée au sud parle Pacifique, au nord parles républiques de Honduras et de Guatélama, à l’est par la baie de Fonseca, à l’ouest par le Rio Paz.
Une chaîne de volcans éteints la traverse ; de grands fleuves et de nombreux lacs contribuent à la prodigieuse fertilité du sol.
On trouve au Salvador des bois précieux pour l’industrie, tels que le cedro, le robinier, le copinol, le mangle, le salamo, etc. ; parmi les plantes à propriétés tinctoriales, l’anil, l’achiote, l’amarille, etc., et dans l’ordre médicinal, la escoba, l’ipécacuana, le guaco, etc.
Le commerce jouit au Salvador d’une liberté entière. Le café, l’indigo, le sucre, le caoutchouc, le tabac, le riz, le baume forment la base de l’exportation ainsi que les produits ouvrés, tels que chapeaux, ouvrages de peausserie, vannerie et tissus divers.
L’importation en 1864 était de . 1,233,711,32°*
— en 1875 de . 2,689,967,61
L’exportation en 1864 de . 1,675,496,36
— en 1875 de . . . 3,179,513,62
Les revenus de l’État lui permettent de faire honneur à ses affaires. Le Salvador présente même cette particularité qu’il n’a point de dette extérieure et que sa dette intérieure est peu considérable.
L’indépendance de ce pays a été proclamée en 1821 et la constitution républicaine définitivement adoptée en 1841.
Le Président actuel est M. le Docteur R. Zaldivar.
République de l’Uruguay.
La république de l’Uruguay est bornée au sud par le Rio de la Plata, au sud-est par l'océan Atlantique, au nord par les rivières Yaguarao et Cuarcim et par le Brésil, à l’ouest par le Rio -Uruguay. Elle est située entre le 30e degré 5' de latitude et le 56e degré 5' et le 60e degré 45' de longitude. Cette région a été découverte en 1515, par l’Espagnol Diaz de Solis, mais sa colonisation date seulement de 1582.
La constitution de l’Uruguay est à peu près la même que celle des États-Unis. Sa population, qui s’accroît rapidement, peut être évaluée à 7 millions d’habitants; d’après les derniers recensements, cette population doublerait tous les dix ans; l’immigration, il est vrai, ligure pour une bonne part dans ces accroissements.
Le climat de l’Uruguay est tempéré et très-sain. Son sol est arrosé par de nombreux cours d’eau, parmi lesquels le Rio de la Plata, l’un des plus grands fleuves du continent américain. De grands lacs offrent aux bateaux à vapeur une navigation de plus de 1,000 milles. Les cours d’eau de l’Uruguay contiennent plusieurs espèces particulières de poissons, tels que la Usa , la curbina negra , le pese-rey, la dorade , etc. Ces poissons ont été d’un grand secours pour l’alimentation de Montevideo à plusieurs reprises, notamment pendant le long siège de cette ville, de 1843 à 1851.
Les troupeaux constituent la principale richesse de l’Uruguay. Les bœufs, chevaux, mules, chèvres, et surtout les moutons mérinos, sont la base de l’exportation. Ils ont acquis une très-grande valeur, qui a augmenté, en seize ans, de 1860 à 1876, de 216 millions.
Le pays est peu boisé. On trouve cependant, au bord des fleuves, le cèdre blanc, le mûrier et le laurier noir. Les essences indigènes, telles que le guava , le lapacho , le lignum vitæ, le virarô, etc., sont très-estimées en Europe. On y envoie aussi en immenses quantités la salsepareille et la gentiane, ainsi que beaucoup d’autres plantes médicinales ou tinctoriales.
Les principaux objets d’exportation fabriqués sont la colle forte, le cuir, l’extrait, de viande, les meubles et les chapeaux.
Le sol de l'Uruguay est d’une grande richesse minéralogique. On y trouve des mines de plomb argentifère, de cuivre, d’antimoine, d’argent et d’or. Plusieurs cours d’eau charrient de l’or en poudre en quantités considérables. Le charbon de terre et le fer sont encore peu exploités, mais leur qualité est excellente. On trouve aussi en Uruguay les plus beaux marbres, le jaune antique, qui devient rare partout ailleurs, l’albâtre, les améthystes et les agates.
D’après les statistiques officielles, l’importation et l’exportation réunies ont été, en 1872, de 34,966,183 piastres (près de 175 millions); en 1873, de 37,377,218 piastres.
La dette de l’Uruguay, avant la guerre avec le Paraguay, n’atteignait pas 7,500,000 francs. Elle a été portée depuis à 300 millions. Mais presque un tiers a été remboursé par le gouvernement. Cette dette parait donc relativement peu élevée, quand on songe qu’elle est le passif total de la République.
L’Uruguay est couvert de voies de communication, chemins de fer, tramways, etc., et Je service par eau est très-important. Le mouvement de la navigation, très-grand dans tous les ports, a pris à Montevideo un accroissement extraordinaire.
La république de l’Uruguay est donc essentiellement favorisée par Ja nature; la misère y est inconnue, aussi ce beau pays offre-t-il une ressource inépuisable aux colons honnêtes et laborieux.
La Suisse.
La façade suisse est vraiment charmante. Des chalets, des montagnes, de vieilles maisons, les beffrois de Berne et de Bâle, les vitraux gothiques. Les armes des douze cantons forment un groupe, qui s’épanouit sous une coupole
l'ig. 3G. — Le pavillou suisse.
bleu céleste, constellée d’étoiles et surmontée d'un clocher, ou enrichie d’une horloge monumentale, symbole de la force industrielle de ce pays.
A la sommité de la façade on lit le mot de l’Union :
Un pour tous. — Tous pour un.1
Beaux-Arts. — La Suisse a eu et a encore beaucoup de peintres, mais elle n’a pas une École; ses peintres étaient ou Allemands ou Français, comme à EXPOSITION DE 1878. — TOME IX. 34
présent encore ceux qui méritent d’être remarqués peuvent être revendiqués par nos ateliers parisiens, ou par l’École de Diisseldorlf.
Le premier des peintres suisses aujourd’hui est à coup sûr M. Durand, qui obtient chaque année au Salon, de véritables succès. C’est un parisien aimable et spirituel, qui dessine et peint avec une grande facilité et beaucoup d’adresse. Les tableaux qu’il a exposés au Champ-de-Mars sont : Le Mariage à la mairie , Y Époux se fait attendre , le Bout de conduite , le Marché; ces toiles n’ont point besoin d’èlre décrites, elles sont populaires en France et n’ont peut-être jamais été exposées en Suisse; le succès qu’elles ont obtenu était mérité; mais ce ne sont point là des œuvres qui puissent caractériser une École et dont un pays puisse se glorifier.
M. Castres, encore un favori de nos expositions, est un peintre parisien. Une Noce Villageoise , une Caravane , sont des pages amusantes, mais d’un ordre secondaire. Bocion et Stackelberg sont à peu près de la même force et traitent tout à fait le même genre.
Burnaud et Vautier sont deux peintres de genre assez remarquables et peuvent lutter avec M. Durand. Pourtant Burnaud est moins coloriste, mais doué ♦l’un talent plus vigoureux et plus original. Son tableau la Fournée au village a assez de mérite dans son genre ; néanmoins on y sent le souffle de Knaus qui influence beaucoup les peintres de genre de nationalité prussienne, comme le prouve suffisamment le Dîner de circonstance de Vautier.
Les tableaux d’histoire dans cette section sont peu remarquables et ne soutirent pas de comparaison avec ceux des maîtres en ce genre, mais la plupart sont sans mérite. Quelques rares portraits ont une valeur réelle.
Dans le paysage, on remarque quelques morceaux dignes d’intérêt, mais ils manquent peut-être d’originalité. Cette exposition au lieu de nous présenter les sites champêtres de la Suisse, nous montre, au contraire, des vues d’Italie, des scènes africaines et asiatiques : les déserts, les chameaux, etc. Les tableaux : Bords de la mer en Normandie, une Chaumière en Normandie , Marine près du Havre, Tonnellerie du père Heisse au Havre , sont un peu froids et manquent de couleur locale. Ua Suisse aurait peut-être mieux inspiré l’artiste.
Nous préférons les vues des Landes de M. Baudil et les tableaux de M. Bodmer.
Quelques tableaux assez consciencieux de MM. Farjon, Jacottet, Koller, Loppé, Stengelin et Zimmermann suivent plus ou moins de près les traditions de Calame, celui dont le talent fut le plus original de tous les paysagistes. En résumé, et quel que soit le talent acquis des artistes, l’exposition de peinture suisse ne constitue point une École qui puisse entrer en ligne et être comparée avec les envois de nations mieux douées au point de vue des arts du dessin.
Enseignement. — Il nous est impossible de donner un aperçu du système d’instruction publique adopté dans les 12 cantons qui font partie de la fédération suisse. Nous prendrons donc comme type le canton de Vaud, qui nous semble le plus avancé en cette question.
La constitution du canton de Vaud, du la décembre 1861, contient les dispositions suivantes relatives à l’instruction publique et privée :
« Art. 13. — Chacun est libre d’enseigner, en se conformant aux lois sur la » matière.
» Art. 14. — L’État et les communes ont l’obligation de donner aux établisse- » ments d’instruction publique le degré de perfection dont ils sont susceptibles, » eu égard aux besoins et aux ressources du pays.
» Art. 15. — L’instruction primaire est obligatoire.
» Tout citoyen est tenu de veiller à ce que ses enfants ou pupilles fréquentent » les écoles publiques primaires, ou de pourvoir à ce qu’ils reçoivent une » instruction au moins égale à celle qui est donnée dans ces établissements.»
Le canton de Vaud, subdivisé en 288 communes, compte 805 écoles primaires. Chaque commune est tenue d’entretenir au moins une école primaire.
Dans la plupart des écoles du canton, on réunit les enfants des deux sexes. Toutefois, dans un certain nombre de communes où il y a plusieurs écoles, on a préféré établir des écoles séparées pour les garçons et les filles. Liberté complète leur est laissée à cet égard ; seulement l’autorité supérieure, que l’expérience a rendue favorable au système des écoles mixtes pour les communes rurales, cherche à agir dans ce sens par la voie de la persuasion, et sa manière de voir gagne d’année en année du terrain.
Les écoles mixtes, ainsi que les classes de garçons, sont confiées à des régents.
Les écoles de filles sont confiées à des régentes. Lorsqu’une commune a plusieurs écoles, les classes composées d’enfants de sept à douze ans sont généralement placées sous la surveillance de régentes.
L’enseignement prévu par la loi comprend : la religion, la langue française, l’écriture, l’arithmétique, la géographie, le dessin linéaire, l’histoire (tout particulièrement l’histoire nationale et l’instruction civique: droits et devoirs des citoyens) (1). Les notions élémentaires des sciences naturelles, la gymnastique (facultative). Pour les filles : les ouvrages du sexe et l’économie domestique.
L’État et les communes dépensent annuellement pour l’instruction primaire une somme approximative de 4,1 00, 000 francs, dans ce chiffre ne sont pas compris les frais occasionnés par le matériel, les constructions et les réparations de bâtiments, etc.
Ecoles secondaires. — Prévues par la loi, ces écoles sont facultatives pour les communes. Le nombre relativement considérable de collèges communaux explique le fait que le canton ne possède encore que trois écoles secondaires.
Le programme des études comprend :
La religion, la langue française, la langue allemande, l’écriture, le dessin, l’arithmétique, éléments d’algèbre et de géométrie, l’histoire nationale (aperçu d’histoire générale), l’instruction civique, la géographie et la sphère, les sciences physiques et naturelles appliquées à l’agriculture et â l’industrie, la tenue des livres, la musique. -- Pour les filles : les ouvrages du sexe, l’économie domestique, la gymnastique.
(I) Ce chapitre de l’instruction est inconnu en France.
( Note de V éditeur. )•
L’admission à l’école secondaire a lieu aux conditions suivantes :
1° Avoir atteint l’âge de treize ans.
2° Avoir subi un examen satisfaisant sur toutes les branches enseignées dans les écoles primaires.
Collèges communaux et écoles supérieures. — La création de ces établissements est facultative. Le canton en possède 19, auxquels sont annexées dans la plupart des cas des écoles supérieures pour jeunes filles, le personnel chargé de les desservir compte 130 instituteurs, maîtres et institutrices.
Quelques collèges comprennent deux divisions, l’une classique, l’autre industrielle; les autres n’ont qu’une section industrielle.
Les collèges communaux, destinés à préparer les jeunes gens qui désirent parcourir un champ d’études plus étendu, suivent le programme du collège cantonal pour la section classique et celui de l’école industrielle cantonale pour la section rurale.
L’entretien de ces collèges est à la charge des communes; l'État y participe pour une part, à titre de subside. De plus, ces écoles étant facultatives, les élèves paient une patente d’études de 40 à 50 francs en moyenne.
Frais de construction et de matériel scolaire à part, la dépense totale atteint la somme de 260,000 fr. La patente d’études environ 70,000 fr., le chiffre de la subvention de l’État s’élève à la somme de 100,000 fr., à laquelle il faut ajouter le service d’inspection et les bourses aux élèves pauvres représentant un chiffre approximatif de 6.000 francs.
Collège cantonal. — Le collège cantonal ou collège classique est à la charge de l’État. L’instruction y est donnée en vue d’amener les élèves à pouvoir suivre plus tard les études académiques. Ce collège compte 10 instituteurs dont le traitement varie entre 2,800 et 3,400 francs.
La Commission d’examen accorde des prix aux élèves qui, présentés aux concours des travaux, en sont jugés dignes.
Une école préparatoire est annexée à cet établissement.
Le collège cantonal et l’école préparatoire coûtent à l’État 53,000 francs par an, desquels il faut déduire la patente d’études qui produit une somme de 12,000 francs.
Avec cette école, il compte environ 260 élèves.
École industrielle cantonale. — Le nombre croissant des élèves, qui est actuellement d’environ 600, dont un tiers de Suisses non Vaudois et un sixième d’étrangers à la Suisse, prouve en faveur de l’organisation de cette école.
Enfin, il y a deux écoles normales, qui comptent ordinairement 160 élèves. De ce chef, les dépenses de l’État s’élèvent à 91,500 fr.
Horlogerie (1). — Vers le milieu du xve siècle, un inventeur, dont le nom
(1) Voir le rapport sur l’horlogerie, publié dans le 7« volume, par notre collaborateur, M. Berlioz.
est resté inconnu, imagina de remplacer le poids moteur des horloges par un ressort contourné en spirale. Cette disposition nouvelle permit de construire des horloges portatives, dont les artistes s’efforcèrent de diminuer de plus en plus le volume total. Telle fut l’origine des montres, dont la construction primitive ne différait pas de celle des horloges à ressort. A cette époque, le pendule n’avait point encore été appliqué aux horloges, dont le mouvement était réglé par une sorte de balancier sans spiral, joint à un échappement à roue de rencontre.
On vit les premières montres à la fin du xve siècle. En 1500, en Allemagne, Peters Hele fabriquait ces montres de poche de forme arrondie, qui furent longtemps connues sous le nom d’œufs de Nuremberg.
Déjà vers cette époque contemporaine des origines de l’art nouveau, à Genève des artistes isolés essayaient de construire des montres; lorsque le prince-évêque Pierre de la Baune quitta Genève, en 1533, il oublia d’emporter l’une de ces pièces, qui a été conservée. Mais c’est un peu après, en 1587, que la fabrication des montres fut définitivement établie à Genève. Un siècle plus tard, en 1680, l’horlogerie est établie, dans le Jura neuchâtelois, d’où elle s’est répandue dans les districts limitrophes du canton de Berne. Un quart de siècle après, au commencement du xvme siècle, le canton de Yaud devint à son tour le berceau d’une fabrication horlogère naissante.
De nos jours encore, l’horlogerie suisse est presque entièrement localisée dans le pays roman, particulièrement dans les cantons de Genève, Neuchâtel, Yaud et dans le Jura bernois. Voici quels furent les commencements de l’industrie horlogère dans ces cantons.
En 1587, un artiste nommé Charles Cusin, originaire d’Autun, en Bourgogne, alla se fixer à Genève et y introduisit d’une manière définitive la fabrication de la montre. Bientôt les arts d’ornement, la bijouterie, la joaillerie prirent de nouveaux développements. Les éléments qui existaient déjà se groupèrent; en 1589, deux ans seulement après l’arrivée de Cusin, les horlogers réunis en corps de métier arrêtèrent leur premier règlement.
Pour être reçu maître, il fallait présenter une montre portative à réveil et une petite horloge de table.
Un siècle plus tard, en 1685, 100 maîtres horlogers occupaient à Genève, 300 ouvriers qui faisait annuellement 5000 montres; déjà il se fabriquait un grand nombre de montres à répétition, nouveauté du temps. Plus tard, 80 maîtres bijoutiers-joailliers, aidés de 200 ouvriers, travaillèrent de concert avec les horlogers ; ils fondèrent cette union intime de l’industrie mécanique et de l’art qui est restée le caractère distinctif de l’horlogerie genevoise.
Pendant le xvme siècle, l’industrie horlogère prit un développement considérable et ses produits se répandirent au loin. Des relations actives de commerce s’établirent avec le Levant; de façon qu’on trouvait, en 1725, 88 Genevois commerçants établis à Constantinople. Au milieu du siècle, vers 1760, l’horlogerie occupait plus de 4000 personnes, il y avait 800 maîtres horlogers et on consommait annuellement plus de 40,000 onces d’or.
Peu après, à la suite de troubles politiques, des émigrations d’horlogers eurent lieu. Voltaire en profita pour établir, sous la direction du célèbre Lépine, une petite fabrique d’horlogerie à Ferney.
Dans la seconde moitié du xvme siècle, l’horlogerie fut pratiquée par de savants artistes qui travaillèrent utilement à ses progrès. Jodin de Genève, fixé à Saint-Germain-en-Laye, étudia les échappements à repos. Romilly (1714- 1794) fit des expériences sur le frottement dans les montres et rédigea pour l'Encyclopédie plusieurs articles importants sur son art. Moïse Pouzait inventa l’échappement libre à ancre, en 1786, trois ans avant Thomas Mudge, qui passe ordinairement pour être l’inventeur de cet échappement, si apprécié aujourd’hui.
Vers la fin du xvm® siècle, un peu avant la Révolution française, en 1787, l’industrie horlogère à Genève était en pleine prospérité.
La Révolution française, la domination étrangère et les guerres interrompirent brusquement la prospérité industrielle et commerciale de Genève jusqu'en 1814, époque ou, après seize années d’attente, Genève retrouva son indépendance. Dès lors, l’industrie se releva et se développa avec énergie, mais aussi avec des périodes de ralentissement momentané, dépendant de circonstances extérieures et d’autant plus dommageables que le travail se développait auparavant sur de plus larges bases.
Le caractère dominant de l’industrie horlogère à Genève et en Suisse pendant le xixe siècle est la variété des produits, la perfection extraordinaire qu’atteint l’horlogerie soignée, l’abondance et le bas prix de l’horlogerie commune. Des relations incessantes s’établissent entre les centres de fabrication du même pays, il en résulte des échanges habituels qui portent sur tous les éléments de fabrication. De nombreuses ressources existent pour le perfectionnement constant de l’industrie horlogère, et tous en profitent directement ou indirectement. Enfin une liberté d’établissement et de fabrication en quelque sorte illimitée laisse, avec quelques abus, le champ libre à toutes les nouveautés et à tous les progrès.
Aujourd’hui Genève est le centre principal de la fabrication de l’horlogerie de luxe, dont le caractère spécial est l’union de la richesse et de l’exactitude.
En 1869, époque de la dernière statistique générale, le nombre des personnes qui s’occupaient d’horlogerie à Genève était de 7000, dont 800 ouvriers.
83 ateliers principaux fabriquent et exploitent les montres.
63 ateliers travaillent aux accessoires de la montre.
Le nombre total des montres qui se fabriquent annuellement s’élève au moins à 100,000, àontn/12 en or.
Beaucoup de mouvements étaient à la même époque exportés sans boîtes. On en évalue le nombre à 11,500,000.
Il n’y a pas de fabriques de pendules, ni d’horloges dans le canton.
Neuchâtel. — Les longs hivers de la montagne laissent aux bûcherons et aux pâtres bien des jours de loisir pour confectionner les objets dont ils peuvent avoir besoin. C’est ainsi que les travaux de boisselerie, puis la fabrication des outils de fer, des haches, des faulx, des boucles, des serrures et des armes, et celle très-importante des dentelles, ont précédé et préparé l’introduction de l’horlogerie dans les hautes vallées du Jura. Ce furent, dans ces contrées, des forgerons ou des serruriers qui construisirent les premières horloges. La plus ancienne horloge du Locle fut établie, en 1630, par un habitant de cette localité, nommé Perret, de Renan. On vit la première montre dans les mon-
tagnes de Neuchâtel en 1679. Un maquignon originaire du hameau de la Sagne, l’avait apportée d’Angleterre en revenant au pays. Cette pièce' s’étant dérangée, un jeune ouvrier forgeron, nommé Daniel Jean Richard, connu dans la contrée par son aptitude aux travaux de mécanique, fut chargé de la réparer; après s’être bien acquitté de cette tâche, il voulut construire lui-même une montre semblable et il y parvint en 1681, après avoir employé une année à préparer les divers outils qui lui étaient nécessaires et six mois à faire seul toutes les parties de la montre. Bientôt il reçut de nombreuses demandes et il se mit en mesure d’y répondre.
Telle fut l’origine de la fabrication des montres dans le Jura neuchâtelois. En 1705, Richard quitta sa vallée natale et alla se fixer à Locle. Les fils se vouèrent tous à l’horlogerie, chacun s’occupant d’une partie spéciale, en sorte que la division du travail, si développée maintenant, a eu pour berceau ces contrées, à l’occasion de la fabrication des montres. L’industrie nouvelle grandit rapidement. Dans l’année 1752, onze ans seulement après la mort de Richard, (1665-1741) on comptait déjà 466 horlogers dans les montagnes de Neuchâtel; en 1781 , un siècle après l’apparition de la première montre neuchâteloise, il y en avait 2,177; en 1802, 4,000; en 1866, dans tout le canton, 13,706 horlogers fabriquaient dans l’année 700,000 montres. Actuellement on en fabrique annuellement près d’un million pour une valeur de 50 millions de francs.
Jacob Braudt, le premier ouvrier de Jean Richard, a fait fleurir cette industrie à la Chaux- de-Fonds, et Daniel-Jean-Jacques-Henri Vaucher, élève aussi de Richard, introduisit en 1730 l’horlogerie dans le Val-de-Travers.
Le caractère distinctif de l’industrie neuchâteloise est l’universalité, au Valde-Travers, il y a des fabriques d’outils qui occupent 300 à 400 ouvriers et répandent leurs produits dans le reste de la Suisse et à l’étranger.
Elle embrasse tous les genres à l’exception des grandes horloges.
On fabrique des pendules au Val-de-Travers, ce sont des pièces à ressort, à sonnerie et à réveil.
Des chronomètres de marine, très-estimés, sont établis au Locle et à Fleurier.
Les chronomètres de poche à échappement, à ancre ou à ressort, d’une marche très-précise, contrôlée à l’observatoire de Neuchâtel, sont fabriqués au Locle, à ia Chaux-de-Fonds, à Neuchâtel, aux Brenets, à Fleurier, aux Ponts.
A côté de cette bçlle horlogerie de haut prix, on fabrique dans le canton un grand nombre de montres en or et en argent d’un prix moins élevé, et la montre courante à la portée de toutes les bourses.
Les hommes qui contribuèrent beaucoup au progrès de l’horlogerie dans ce canton furent les suivants :
Ferdinand Berthond, né à Plancemont en 1727 et mort en 1807 à Montmorency. Il fut membre de l’Académie des sciences à Paris. Son Essai sur V horlogerie a répandu le goût de l’horlogerie raisonnée.
Adam-Louis Breguet, né à Neuchâtel en 1747, mort à Paris en 1823, inventa la montre à turbillon, les ressorts-timbres, le chronomètre pointeur, le thermomètre métallique à ruban hélicoïdal. Il devint horloger de la marine, membre du bureau des longitudes et membre de l’Institut.
Jacques-Frédéric Houriet, du Locle, (1743-1830) a inventé le spiral sphérique isolé et le levier élastique pour les spiraux.
Canton de Vaiul. — L’industrie horlogère a eu, en Suisse, trois centres d’origine indépendants : Genève, la Sagne ou Locle, aux montagnes de Neuchâtel, Le Cheniit ou le Brassus, dans le Jura vaudois.
Nous avons dit qu’elle fut l’origine de l’horlogerie à Genève et à Neuchâtel. Vaud est entré le dernier en lice, à peu près un quart de siècle après Neuchâtel.
La tradition rapporte que dans la première moitié du xvme siècle, un horloger français alla s’établir à Nyon : il fit quelques élèves, et la profession d’horloger auparavant inconnue se répandit dans les villes de la contrée, particulièrement à Rolle, Vevey et Moudon, où, dès 1723, il se forma des maîtrises.
La vallée de Joux est célèbre pour la préparation d 'ébauches ou blancs. Depuis longtemps les belles montres compliquées qui se vendent à Genève, à Neuchâtel, ën Angleterre, à Paris et à New-York, sont pour la plupart travaillées sur des ébauches de la vallée.
En 1864, Lucien Raymond, du Solliat, estimait à un million le produit annuel moyen de l’industrie horlogère de la vallée durant les trente dernières années. Une seule maison, qui occupe 250 ouvriers, a livré, en 1866, près de 14,000 blancs de montres à remontoirs.
Enfin Sainte-Croix compte aujourd’hui 23 fabriques d’horlogerie, avec plus de 1000 ouvriers. Il se fabrique annuellement 20,000 montres d’or et 3000 d’argent, pour une valeur de 4 millions.
Canton de Berne. — L’industrie horlogère du canton de Berne, comme ses aînées de Yaud et de Neuchâtel, est en majeure partie confinée dans les montagnes avec un centre de commerce et de fabrication à Bienne.
La fabrication des montres est disséminée dans tout le Jura bernois, cependant elle compte dans ces montagnes plusieurs centres distincts, tels que : Bienne, Yal-de-Saint-Imier, Franches-Montagnes, Tramelan, Moutier et Porrentruy.
Le nombre des personnes qui s’occupent d'horlogerie dans le canton de Berne est actuellement de près de 13,000, et la production totale s’élève à 30 millions de francs.
Dans le canton de Berne, on cherche principalement à fabriquer la bonne montre de poche, or, argent et alliage, à des prix accessibles à toutes les bourses.
L’industrie horlogère se répand de plus en plus dans tout le Jura. Il y a aujourd’hui dans les cantons de Fribourg, de Soleure et de Bâle-Campagne, plusieurs fabriques d’ébauches ou de montres complètes.
Le canton de Schaffhouse possède une fabrique de montres, organisée selon le mode américain.
La supériorité généralement reconnue de l’horlogerie suisse est en partie le résultat d’une longue expérience, la fabrication des montres se pratiquant avec activité depuis deux siècles. Tous les moyens d’études se sont peu à peu accumulés, l’intelligence des ouvriers s’est développée au milieu d’un ordre spécial de préoccupations. Les institutions destinées à favoriser le développement de l’art national se sont graduellement améliorées et complétées, et comme il reste toujours quelque chose du passé, l’horloger de nos jours est un peu comme un homme qui aurait deux siècles d’expérience.
Les institutions qui ont le plus favorisé en Suisse le développement de l’industrie horlogère, sont les écoles spéciales, les sociétés et les observatoires.
11 existe en Suisse quatre observatoires publics : l’observatoire fédéral de Zurich et les observatoires cantonaux de Berne, Neuchâtel et Genève.
La plus ancienne des institutions est Y École d'horlogerie de la ville de Genève , fondée en 1824 par la Société des arts, et devenue en 1843 une institution municipale, dirigée par une commission d’horlogers. Le but de l’école est de favoriser de bons apprentissages. 11 y a des classes de blanc, de finissage, de cadrature, d’échappements et de repassage, puis un enseignement théorique spécial, dont la durée totale est de quatre ans. La rétribution scolaire est de 5 francs par mois, pour les élèves suisses.
Le canton de Neuchâtel possède quatre écoles d’horlogerie : celle de la Gliaux-de-Fonds, fondée en 1868 ; celle de la ville de Neuchâtel, en 1868, et celle de Fleurier, en 1874.
Le canton de Berne possède une école d’horlogerie à Saint-Imier et une autre à Bienne, fondée en 1873.
Il nous serait impossible de citer les noms des exposants qui se distinguent dans cette branche ; nous nous bornerons à citer les noms de ceux qui ont une exposition tout à fait exceptionnelle : Louis Audemars, J. Badollet, Hipp, H. Ekegrén, et Philippe Patek, de Genève; Borel et Courvoisier, Grandjean de Neuchâtel; Ernest Francillon, à Berne.
La céramique est très-remarquable et se recommande pour son excessif bon marché ; ainsi, la maison Perrot et Mayor de Genève a des faïences émaillées au grand feu parmi lesquelles j’ai remarqué un plateau portant trois cruches vert pâle, à cols élancés d’un très-joli dessin. Il y a encore un vase qui porte la mention « vendu 51 fois», cela tient à ! ’étrangeté et à la nouveauté des produits, qui sont d’un prix très-abordable.
L’orfèvrerie n’est représentée que par M. Marc Dufaux, de Genève, qui a des objets bien médiocres.
La salle des mousselines est tout à fait ravissante et on peut l’appeler le grand succès de l’Exposition. Tout cela quant aux décors, car les dentelles, les tulles et les broderies ne peuvent pas lutter avec Jes mêmes articles belges et français ; pourtant la modicité de leur prix nous fait une redoutable concurrence.
La place d’honneur revient au Directoire commercial de Saint-Gall, qui a des rideaux brodés et toute une collection de dessins d’une élégance hors ligne. Viennent ensuite Aylé-Idoux, Adolphe Nœff, Jacques Breitenmoser et la fabrique de broderies à la mécanique de Wülflingen.
La carrosserie est aussi très-intéressante. M. Hauck de Genève expose une voiture d’ambulance qui semble une véritable voiture de promenade. Cette voiture qui peut contenir. 4 blessés, est adoptée par l’hôpital militaire de Genève.
Le Comité international de la Croix-Rouge n’a exposé que des publications, avec des planches qui font voir tous les progrès accomplis.
Dans ces publications, on peut voir les noms et la résidence des membres du Comité, ainsi que les principaux ouvrages qui ont été faits depuis sa fondation (1863) jusqu’au mois de juillet 1878.
Cette admirable institution qui rend tant de services sur le champ de bataille vient d’obtenir un grand prix. On ne saurait trop louer cette décision.
Nous avons en cet article parlé beaucoup de l’horlogerie, mais peut-on parler de la Suisse sans qu’il en soit autrement? cependant notre collaborateur, M. Berlioz, pourrait se fâcher tout rouge, car nous avons empiété sur le terrain qui lui était consacré ; mais comme il est de bonne composition et que nous nous sommes bien gardé et pour cause de toucher à la partie technique, nous renverrons les véritables amateurs d’horlogerie et les praticiens aux Études publiées dans notre revue de l’Exposition universelle de 1878, dont nous allons donner la suite dans un de nos prochains fascicules.
La Belgique (Suite (1).
Façade de ta Section belge, fig. 23. — Le monument typique que la Belgique avait dans la rue des Nations était, sans contredit, le plus remarquable de tous ceux du Champ-de-Mars. Ce chef-d’œuvre, élevé par enchantement, avait été construit comme s’il devait défier les siècles : colonnes de marbre précieux, pierres à granits taillés, statues finement sculptées ; enfin une œuvre réelle. Le style adopté est celui des vieux monuments d’Anvers, de Bruxelles et de Liège au xvic siècle.
La puissance de ses formes, le soin des détails, la richesse des matériaux en faisait certainement une des merveilles de l’Exposition.
Cette façade nationale a été érigée avec le concours de 28 exposants qui ont; tenu à la réussite de cette grande et belle entreprise. Le plan a été conçu par l’architecte M. Émile Jaulet, qui a dirigé et fait exécuter les travaux avec un ensemble digne d’éloges.
Beaux-Arts. — Cette nation possède une tradition artistique, elle compte parmi ses enfants toute une légion de maîtres. Depuis les Van Eych, Quintin, Matsys, Jean de Maubeuge, jusqu’à P. -P. Rubens; cette succession d’artistes de talents plus illustres les uns que les autres, avaient conservé dans leurs œuvres un caractère original et profondément national. Cependant des influences étrangères firent que certains artistes se rapprochèrent des maîtres de la renaissance italienne, mais un groupe, toujours fidèle aux traditions, resta flamand.
Pendant un siècle, oubliant les procédés des maîtres de Bruges, d’Anvers, etc., fis empruntèrent aux Italiens le secret de leur génie ; enfin Rubens, intelligence supérieure, exerça sur son pays uue merveilleuse influence. Il imprima un mouvement irrésistible, il sut rajeunir l’art national flamand de goût, de caractère et de mœurs qui, depuis, a pu se ralentir mais jamais s’oublier.
Si l’on considère le peu d’étendue territoriale de la Belgique, le chiffre restreint de sa population, on peut dire qu’il n’y a pas de peuple possédant plus d’artistes que la Belgique. Cette nation a pris une part considérable à l’Expo-
(1) Voir page 333.
sition des beaux-arts : elle occupait six grandes salles disposées avec beaucoup de goût.
Un choix assez sévère mais éclectique a été apporté dans l’admission des tableaux, par la commission organisatrice. Malgré l’absence d’œuvres importantes de maîtres modernes, l’ensemble permet de se rendre compte de l'étal actuel de l’art belge. Ses artistes viennent certainement après la France dans cet art.
Son exposition a prouvé d’une façon incontestable qu’elle était digne d’un passé glorieux; les bonnes traditions se sont conservées; un grand nombre d’œuvres brillent par d’inappréciables qualités et gardent un cachet distinctif particulier; les peintres de race flamande n’ont point disparu, et leur nombre même tend à devenir plus considérable.
Depuis dix ans la Belgique a fait, comme la France, de grandes pertes : les Wappers, Leys, Wiertz, Madou, ne sont plus. Ces artistes avaient su maintenir l’École dans les voies nationales, et nous sommes heureux de constater que leur exemple et leurs enseignements ont été suivis par leurs dignes élèves.
Un grand nombre d’artistes belges sont au moins aussi populaires en France qu’en Belgique, et nous avons remarqué beaucoup de toiles qui ont figuré à nos Salons annuels. Les noms de MM. Florent, Willems, A. Stevens, de Knitf, Yan Beers, Coomans, de Jonghe sont bien connus des Français, et ils sont d’autant plus appréciés qu’ils ont conservé les qualités de leur nationalité.
D’après le catalogue, nous aurions dû rencontrer trois toiles de Leys, mort il y a quelques années. Mais la direction des Beaux-Arts de Belgique s’est abstenue de les exposer, ne les trouvant pas assez importantes, surtout après le triomphe que ce peintre avait remporté à l’Exposition de 1 867. Nous regrettons très-vivement cette décision de la dernière heure, car il n’y a rien d’indifférent dans l’œuvre d’un maître si original et si personnel que l'était Leys.
Madou, mort il y a un an, à l’âge de quatre-vingt-un ans, est tombé foudroyé par l’apoplexie, quelques instants après la visite du roi Léopold II, venu pour le complimenter, le jour même de l’ouverture de l’Exposition. Cet artiste était un observateur humoristique, possédant à un très-haut degré le talent de la composition et de l’arrangement; le drame ne convenait nullement à sa nature, il était bien Flamand dans son goût, et remarquable pour ses scènes d’intérieur et de cabaret.
Le Soutien mutuel , la Peinture démodée, la Sortie d'une séance électorale , Une expulsion , Y Aristocrate, le Mènestrier au corps-de-garde, donnent une idée très-juste et très-complète du talent de Madou. Les tableaux sont spirituellement composés, les personnages ont de la vivacité, et sont en tout point appropriés au sexe, à l’âge et au caractère de chacun d’eux.
De Wappers, mort aussi quelque temps avant Madou, avait exposé seulement son portrait peint par lui-même. Si le baron Wappers n’avait pas été, pendant sa vie, presque aussi populaire en France qu’il l’était dans son pays, son portrait serait insuffisant pour faire apprécier son talent remarquable, du reste, par le dessin et le coloris. C’est trop peu pour un artiste qui a contribué puissamment à ramenerJ’École belge dans la voie traditionnelle.
Florent Wilhems occupe un rang très-important dans l’exposition belge ; il tiendrait à coup sûr la première place, s’il n’avait pas le tort de se consacrer
tout entier à Terberg, seulement avec plus de dureté et moins de vivacité. Il a réussi à saisir son savoir-faire, en un mot, à le posséder. Il sait rendre avec une adresse merveilleuse, les miroitements chatoyants des soies et satins, les fines arabesques, des dentelles de Malines et de Bruges. Nul mieux que lui, ne dispose aussi agréablement les plis d’une robe, les crevés d’un pourpoint ; c’est duresteun grand amateur de vieux meubles, étoffes, porcelaines anciennes et modernes, émaux cloisonnés, armures, etc., attachant plus d’importance aux accessoires qu’aux personnages mêmes ; on pourrait lui repocher parfois le manque d’expression et de vie, mais ils sont si correctement vêtus, les détails si vigoureux, les étoffes si bien rendues, qu’au milieu de ces petits défauts nous le saluons avec sympathie.
Quelle agréable impression n’éprouvait-on pas devant les tableaux de M. Alf. Stevèns, dont l’exposition particulière, qui comprenait seize tableaux, était une des attractions de la section belge ! M. Stevens a peint la Comédie féminine du xix® siècle. Tous ses tableaux sont des scènes charmantes où l’on peut étudier, sous ses transformations si variées, la femme dans l’expression la plus vivante et la plus vraie de son essence : la Parisienne. Tout ce qui entoure la femme, étoffes, chiffons, bibelots, meubles, partie intégrante de sa personnalité intime, a son langage particulier, qui se fond avec elle et la complète tout en la caractérisant.
Pas un détail qui n’intéresse et qui soit superflu ; chacun concourt à l’action de la comédie, et le spectateur ravi ne sait ce qu’il doit le plus admirer de cette entente merveilleuse, de cette habileté extraordinaire, de la composition ou de la facture étonnante qui a fixé cette scène sur la toile.
L’exposition belge contenait plusieurs compositions historiques de grandes dimensions : Marie de Bourgogne , implorant des êchevins de Gand, la grâce de ses conseillers Hugonnet et Humbercourt ; Marie de Bourgogne jurant 'de respecter les privilèges communaux de Bruxelles (1477) ; la Folie d'Hugues Van der Goes , de M. Wauters ; le Pape Grégoire VII et l'Empereur Henri IV, à Canossa (1077), de M. Cluysenaar; la Justice de Baudoin à la Hache ; Sainte Élisabeth de Hongrie , chassée de la Wartbourg ; Sainte Élisabeth chassée d'Eysenach, de M. J. Yriendt ; Charles-Quint à Juste; Jacqueline de Bavière implorant de Philippe le Bon , la grâce de son mari ; V Excommunication de Bouchard d'Anvers, de M. A. Yriendt; Nous voulons Barrabas, de M. G. Verlat; la Mort de Bidon; le Dernier combat du gladiateur, de M. Stallaert ; Messaline sortant de Rome et insultée par la populace, de M. Hennebicq; Baudoin V appelant le peuple aux armes pour la défense de la ville, de M. Gerslier.
Les tableaux de M. Wauters sont aussi connus à Paris qu’à Bruxelles, ayant paru aux Salons de 1875 et 1876, où ils ont été fort remarqués et ont valu à eet artiste, une médaille de lre classe et un rappel. M. Wauters tient aujourd’hui le premier rang parmi les peintres d’histoire de la Belgique.
11 est coloriste, et apporte dans l’exécution de ses toiles un soin scrupuleux dans la rectitude de ses lignes, une grande simplicité de composition qui donne une vérité saisissante à toutes ses œuvres. Les cinq portraits du même artiste sont également très-remarquables.
Le talent de M. Cluysenaar se rapproche beaucoup de celui de M. Wauters, sa couleur est moins fine; la composition de son tableau est bien ordonnée la
peinture est forte : c’est une œuvre sincère, sérieuse, solide et a toutes les qualités traditionnelles du peuple belge et de son École nationale.
Le Barrabas , de M. G. Verlat, est une véritable hardiesse d’un artiste qui a, comme peintre d’animaux, conquis une très-grande et légitime réputation. 11 y a dans ce tableau beaucoup de qualités, qui ne sont cependant pas sans défauts. Quelques-unes des têtes qui acclament Barrabas sont très-originales. Elles reproduisent fidèlement les types qu’il a pris en Judée, au moment même où il composait son tableau. M. Verlat, d’un tempéramment fougueux, chercheur impressionnable, est un chercheur profond de la nature, ce qui l’écarte peut-être de l’École belge.
Ce peintre possède un grand sentiment de la couleur, sa facture est large, simple et facile. Il a de la vigueur, du mouvement et de la science ; c’est une personnalité qui jouit en Belgique et en Allemagne d’une très-grande réputation. Nous citerons le Combat de lion et de bufles ; le Lion et le serpent; mon Portrait; la Mère du Messie ; etc., qui sont des œuvres d’un mérite réel et que personne, même en France, n’ose lui contester.
Les œuvres précitées de M. Stallaert appartiennent à un genre essentiellement classique, elles sont traitées avec assez de liberté et d’indépendance ; celles de MM. A. et J. de Vriendt manquent d’originalité ; la Messaline de M. Hennebicq est une excellente page de peinture dont la composition et le coloris plaisent beaucoup.
Parmi les peintures de genre plusieurs se distinguent par des qualités trèssérieuses. Nous mentionnerons entre autres les Bohémiens , de M. Lagye, un artiste de l’école de Leys ; les quatre petites compositions de M. Verhaet : Y Esprit vaincu , la Soubrette intriguée , la Convalescente , la Bibliothèque , d’une excellente facture et d’un coloris très -vigoureux ; le Bénédicité et le Départ du Conscrit , de M. de Groux ; les Chiens , remarquablement peints par M. Joseph Stevens ; Y Oiseleur , de M. Van Beers ; la Triste rencontre , de M. Robbe ; les Petites toiles, de M. Impens; Y Inondation et la fête de Papa, de M. J. Verhas ; un Vieillard et sa fille, de M. Coins, et enfin les Chevaux , de M.A. Verwe, qui sont dignes d’attention.
L’école belge compte aussi des paysagistes et des peintres de marine de premier ordre. Les meilleurs sont : Coosemans, Arselberg, Knyff, Van Leypen, de Champeleint, Boulanger, Weber, MUe Marie Collart, Lamorinière, Claye, Robert Mois, Artau, Van Moor, Strambant, Bossuet, qui ont des qualités sérieuses dans la composition, originales dans la forme.
Quelques bons portraits de M. de Winne, ainsi que celui de M. Déroulède de M. Portaels complètent cette Exposition.
La sculpture, à notre point de vue, était moins brillante ; pourtant notons en première ligne les œuvres de M. Paul de Vigne; le Combat de taureaux romains , de M. Léon Mignon. Viennent ensuite le Daphtiis , de M. Armand Cattier, et la Petite mère, de M. Polydore Comène; enfin le Calista, de M. Gérard Vander Linden, et les Médailles , de M. Charles Wiener sont très-estimés.
Aux précédentes Expositions universelles la Belgique brillait par l’importance de ses produits manufacturiers et agricoles, et par la quantité de ses machines. Cette année, par son exposition générale, elle peut s’enorgueillir des progrès réalisés dans les Beaux-Arts et dans l’Industrie.
Les Flandres ont un passé glorieux dans le domaine des arts : pendant la période assez longue de la domination autrichienne au xvmc siècle, les arts semblaient avoir déserté la Belgique. Cette nation s’est réveillée depuis 50 ans environ et compte aujourd’hui une majorité d’artistes originaux qui constituent la nouvelle École belge.
Le gouvernement belge n’épargne, rien, pour développer et encourager l’étude du dessin dans toutes les classes de la Société. Déjà en 1867 la question des arts dominait toutes les autres. En 1868, le gouvernement prenait l’initiative d’un congrès international pour discuter sur l’enseignement des arts du dessin et chercher les meilleures méthodes à introduire dans les écoles.
L’année suivante, un congrès des Beaux-Arts eut lieu à Paris, et la Belgique s'y fit représenter.
Les études faites dans ces deux réunions ont été recueillies par le Ministre de l’intérieur de Belgique et publiées dans un volume officiel, contenant en même temps le rapport des délégués chargés par le gouvernement de l’inspection des académies des Beaux-Arts et des écoles de dessin du royaume de Belgique.
Nous détachons de ce volume les lignes suivantes :
« L’art est un , et c’est évidemment l’art qu’il faut enseigner, si l’on veut qu’on en fasse des applications utiles .
« Comme l’étude du dessin est d’une utilité générale, son enseignement doit devenir obligatoire dans un système bien compris d’instruction publique, au même titre que l’écriture et la grammaire .
« Quand l’étude élémentaire sera partout organisée, que l’enseignement du dessin pourra être généralisé dans les écoles primaires, alors l’éducation première de l’artiste et de l’ouvrier se faisant sur une base commune, grâce aux autres améliorations à introduire dans l’enseignement artistique par des programmes d’études bien coordonnées par un choix judicieux de modèles empruntes aux grandes époques de l’art, une révolution s’accomplira dans le goût public, et par suite aussi dans la production des industries ayant des rapports avec l’art .
« C’est là le but à atteindre . Le seul moyen de remédier à l’état actuel
des choses. »
Nous lisons encore dans le corps du volume officiel :
« L’art, par sa nature, tend toujours à faire prédominer le beau, si dans les applications, il subit les exigences de la matière employée, il n’éprouve cependant par lui-même aucune altération, puisqu’il vise toujours à ennoblir les objets auxquels il touche ; mais il faut pour cela que ses productions soient dues à une libre force créatrice, qu’elles ne procèdent pas d’une simple fabrication mécanique ou industrielle, et qu’elles ne soient pas non plus le résultat de combinaisons abstraites reposant sur le calcul ou les besoins purement matériels des métiers. L’art ne peut pas être asservi. »
Si le gouvernement belge poursuivait avec tant de persistance l’organisation de l’enseignement, c’est qu’il considérait l’étude des arts du dessin comme un des plus précieux éléments pour parvenir à lutter à armes égales sur les marchés étrangers, comme un des éléments les plus précieux pour l’accroissement
de la prospérité industrielle; aussi disait-il encore dans le document officiel que nous avons cité :
« En effet, de 1847 à 1856, l’accroissement des exportations françaises atteignait le chiffre de 1 milliard 174 millions de francs; les produits dans lesquels l’art intervient entraient dans cette somme pour 418 millions, soit 35 pour cent.
« De 1857 à 1868, au contraire, sur un accroissement d’exportation de 2 milliards 700 millions, les produits français, dans lesquels intervient l’art, n’entrent plus que pour 350 millions de francs, soit à peine 16 pour cent. En douze ans la proportion a baissé de plus de moitié.
« En Angleterre, de 1857 à 1868 sur un accroissement d’exportation de 3 milliards, les produits anglais, dans lesquels Part intervient, entrent pour 858 millions, soit 28 pour cent (12 pour cent de plus qu’en France).
« Aussi, pendant qu’en France, de la première période (1847 à 1856), la part des produits de l’art baisse dans l’accroissement total des exportations de 35 pour cent à 16 pourcent ou de 418 millions à 350, en Angleterre elle se maintient toujours à 28 pour cent, soit 415 à 855 millions.
« Pour maintenir eette proportion en présence du développement des affaires, la somme des produits exportés, dans lesquels l’art intervient, a dû s’accroître de 445 millions en Angleterre, tandis qu’elle baissait en France de 68 millions. »
Ce document n’était pas absolument nécessaire pour nous convaincre que le gouvernement de la Belgique ne considère pas l’art comme une fantaisie sans conséquence. Une simple promenade dans la section consacrée au deuxième groupe : Éducation et enseignement, matériel et procédés des arts libéraux , suffisait pour se rendre compte de la vérité de cet exposé.
Il n’y avait pas au Champ- de-Mars d’ensemble plus intéressant à examiner et à étudier que l’exposition des classes 6 et 9 dans la section belge, c’est-à-dire de tout ce qui a trait à l’éducation de l’enfant, à l’enseignement primaire, à l’enseignement secondaire, à l’enseignement supérieur et professionnel.
Notons qu’en Belgique il y a liberté entière d’enseignement et que les établissements d'instruction ne sont pas, comme en France, sous la main immédiate de TÉtat. Le gouvernement n’a donc rien à imposer comme méthode ; ce n’est qu’indirecte ment qu’il a pu faire prévaloir un ensemble de doctrines et d’encouragements incessants. Par un arrêté royal en date du 10 juillet 1869, il a été décrété que l’octroi des subsides accordés par le Trésor public aux académies et aux écoles de dessin serait subordonné à l’acceptation par elles des réformes préconisées par le congrès de Bruxelles.
Une circulaire du Ministre de l’intérieur, M. Kewyn de Lettenhorc, adressée aux inspecteurs provinciaux à la date du 31 août 1871, insiste sur l’importance de l’étude du dessin comme moyen d’éducation et de développement intellectuel, sur la nécessité de l'introduire dans toutes les écoles primaires communales. D’après cette circulaire, c’est l’instituteur même qui doit être chargé de cet enseignement pour lequel il recevra une rétribution spéciale et calculée d’après le nombre de ses élèves. 11 faut donc avoir des instituteurs capables, car chaque professeur conserve la liberté de choisir sa méthode.
Dans chacune des trois classes 6,7 et 8, embrassant l’ensemble complet de
l’enseignement public à tous les degrés, le gouvernement belge était exposant lui-même.
Il serait trop long d’analyser tout ce qui compose cette exposition, mais les hautes récompenses obtenues par la Belgique, prouvent à quel degré de supériorité est parvenu ce petit pays pour tout ce qui concerne l’enseignement public, car ce qui fait la grandeur d’une nation c’est son génie, son activité, son travail, ses institutions. La Belgique en est un exemple et une preuve.
La Belgique, dans les précédentes expositions, occupait une première place au point de vue de ses grandes industries manufacturières, témoignant surtout de son audace au travail et de la puissance de ses ressources naturelles; mais l’Exposition actuelle résumait tous les efforts qu’elle a faits depuis dix ans, pour rivaliser dans toutes les industries où le goût est indispensable. Aujourd’hui les produits belges se distinguent par une supériorité de fabrication jointe à l’extrême bon marché.
Parmi les relieurs, les maisons Emile Bosquet et Yan Campenliont marchent en tête. Viennent ensuite Charles Nias, Josse Schavye et les frères Gonweloos.
Dans la classe 10 on remarquait les belles expositions de MM. Daveluy, Henri Kiss, Yander Velden, Félix Mommen, Alfred Meur et Léonard Biermans.
Les progrès de la photographie (l)sont encore incontestables, et grâce aux ateliers fondés à Bruxelles pour la reproduction d’œuvres d’art sous la direction de M. Blouchouse, nous avons pu admirer les beaux spécimens de MM. Beernaert, frères, les agrandissements au charbon de MM. Géruzet frères, et les reproductions des tableaux Verlat par M. J. Dupont.
Citons les beaux dessins Renaissance de M. Fortuné Timmermans, qui sont d’une finesse extraordinaire et d’un goût irréprochable, ainsi que les chromolithographies de M. Jules Paquin et la collection de lithographies deM. Daveluyd’Elhoungne.
Les progrès réalisés par cette nation dans les instruments de musique méritent, à juste titre, d’être signalés.
La maison Maliillon a exposé des instruments à vent au-dessus de l^toute critique et a été justement récompensée par une médaille d’or.
Les violons de M. Georges Mongenot, et les pianos de MM. Oor, François Berdcn et J. Günther constatent suffisamment les progrès dont nous venons de parler.
Meubles { 2). — Le luxe est aussi développé à Bruxelles qu’à Paris, les habitants de ces deux pays sont quelque peu éclectiques dans leurs goûts. Dans ces villes on n’a guère de préférence pour un genre ou un style en matière d’ameublement somptuaire ; on aime indifféremment tous les styles que l’on mêle suivant le caprice et la fantaisie.
Pas plus en Belgique qu'en France, il n’y a ce qu’on appelle un style du dix-neuvième siècle ; on trouve chez les exposants belges, comme chez les exposants français, des restitutions nombreuses et intéressantes du style de la Renaissance, du moyen âge, des époques Louis XIV ou Louis XVI.
Les Flandres et la Hollande ont eu aux époques précédentes un style national
(1) Voir page 336.
(2) Voir page 336.
très-caractérisé qui revient de mode ; en Belgique, comme en France, on retourne vers les époques de Henri II ou de Louis XIII.
Les fabricants belges qui se sont inspirés des belles Écoles flamandes et ont reproduit de beaux intérieurs des xvic et xviic siècles méritent des éloges; des œuvres remarquables attiraient l’attention et on admirait la beauté de perfection du travail. Des ameublements complets, genre Renaissance flamande, pouvaient rivaliser avec ce que nos grands ébénistes parisiens ont fait de mieux. Les boiseries, les solives du plafond, la grande cheminée sculptée, les belles tentures en tapisserie ou en cuir doré et repoussé, le dressoir, les bahuts, les fauteuils, tout, en un mot, est parfait.
Les beaux objets de MM. Manny, de Bruxelles, Snyers-Rang et O, Tainsy, Tasson et Waslier; les ouvrages du décorateur et du tapissier de MM. lïoutstont, Polilmann-Dalk et fils, Bonnefoy et Cie, méritent d’être mentionnés.
Ces produits d’un usage courant sont aussi remarquables par leur solidité et le bon marché. Les meubles de MM. Teugels-Schippers et Louis-Jean Wynen en sont une preuve incontestable.
La verrerie belge (1) est encore intéressante sous le double rapport de la matière et du goût ; elle n’a certainement pas les caractères particuliers, originaux des verreries d’Autriche, d’Angleterre ou de Venise, mais comme production industrielle on ne saurait la taxer d’infériorité.
Tout le monde a pu observer les belles cristalleries et verreries namuroises, les belles glaces du Hainaut et de Sainte-Marie d’Oignies, et enfin les feuilles de verre à vitre de grandes dimensions, fabriquées au moyen du gaz , de M. H. J. Bivort. La verrerie belge a obtenu les plus hautes récompenses.
En céramique (2), notons un progrès sensible au point de vue du goût et des recherches artistiques. La céramique courante, la grande fabrication, est connue, estimée ; les terres réfractaires d’Andennes, les faïences et les porcelaines de la Louvière, de Tournai, Mons et Bruxelles, rivalisent avec les produits similaires de France et d’Angleterre. La fabrication des carreaux unis, coloriés, carreaux mosaïques ou autres pour revêtement, a pris une extension considérable, mais ce qui arrête l’amateur, c’est la céramique d’art. Certains fabricants reproduisent avec une grande perfection les anciens modèles de Delft, de façon à s’y méprendre, comme délicatesse de décor ou qualité des émaux ; en même temps d’autres fabricants cherchent des motifs nouveaux de décoration, un autre style, des genres différents.
La fabrique de MM. Boch frères s’est vouée aux imitations de Chine et du Japon, d’un prix très-modéré. Les grands plats et les dessus de table sont bien réussis. Cette fabrique occupait le premier rang dans l’exposition belge.
Adolphe de Mol, François Dauge et Mme Noémie Davignon s’occupent de peintures chromo-lithographiques qui méritent d’être signalées, sans pouvoir être comparées à celles de la maison Boch.
Un plat représentant la toilette de Vénus, de M. Édouard Tourteau, a été acheté par le musée de Vienne.
(1) Voir page 334.
(2) Voir page 334.
Exposition de 1878. — tome ix.
La. grande machine belge ( 1). — Lorsque l’on arrive dans la galerie de la section belge, on est de suite frappé des dimensions colossales d’un moteur, dont le large et puissant balancier s’incline et se relève avec lenteur. La majesté de ce mouvement attire tout d’abord les regards, et l’on se sent bientôt intéressé, si étranger que l'on soit à l'art de l’exploitation des mines, par les détails de la construction de ce puissant engin.
On se demande à quel besoin peut répondre une machine d’aussi fortes proportions, et pourquoi, abandonnant les nouvelles formes si simples et si commodes des machines motrices, on est revenu à l’emploi du balancier que l’on pouvait croire totalement tombé en désuétude.
Nous allons essayer de vous eu rendre compte.
Les trois principales opérations mécaniques de l’exploitation des mines sont : l'extraction, c’est-à-dire l'opération par laquelle on amène à la surface du sol les produits du travail des mineurs; la ventilation des galeries de travail, et l'épuisement de l’eau qui s'écoule des parois des galeries ou des puits.
Cette dernière opération se fait généralement au moyen de pompes et est appelée Yexhaare.
La grande machine de 300 chevaux de force est une machine d’exhaure.
La quantité d'eau qu’il est nécessaire d’extraire des mines est quelquefois considérable.
Dans certaines industries minières, la machine d’exhaure est l’outil, l’engin principal du travail. Dans les mines de charbon de terre, on travaille à des profondeurs plus considérables, qui augmentent énormément les difficultés et la force qu'il est nécessaire de mettre en jeu. Nous pourrions citer, par exemple, la machine d'épuisement des charbonnages d’Hornu, qui prend actuellement les eaux à une profondeur de 572 mètres, en déployant une force de 400 chevaux.
Il y a des machines qui peuvent fournir jusqu'à 4 mètres cubes par minute, en allant la chercher à des profondeurs de 4, 5 et 600 mètres.
Les machines d’exhaure, et même la grande généralité des autres moteurs étaient autrefois des machines à balancier. Pour l’épuisement des mines en particulier, cette grande pièce de fer ou de fonte, oscillant autour d’un axe et portant à l’une de ses extrémités la tige du piston de la pompe, à l’autre, la tige du piston du cylindre à vapeur, semblait avec raison d'un usage tout à fait rationnel.
Mais bientôt on eut l'idée d'atteler la tige du piston directement à la tige de la pompe, en installant le cylindre à vapeur à cheval sur le puits. L’extrême simplicité de ces machines et leur prix d’achat, relativement peu élevé, ne tardèrent pas à leur créer une vogue méritée, et les machines à balancier disparurent partout où le service de l’exhaure exigea l’emploi de moteurs plus puissants.
Mais peu à peu la profondeur des puits et le volume d’eau à amener à la surface augmentèrent, et l'on dut demander aux ingénieurs et aux constructeurs des appareils de plus en plus puissants. Les diamètres des cylindres dépassant *2m,50 devinrent d'un emploi très-fréquent.
(i) Voir Machines . page 332.
La consommation de vapeur devint dès lors une charge extrêmement lourde. On commença à se dire que l’emploi de la détente, c’est-à-dire de l'expansion de la vapeur qui se dilate dans le cylindre après qu’elle y a été introduite, était une bonne chose ; on condensa les vapeurs sortant du cylindre; enfin et surtout on subordonna l’amplitude du mouvement alternatif du piston au cercle décrit par une manivelle montée sur le même arbre qu’un puissant volant.
Dans la machine de l’exposition belge, nous avons la détente, la condensation, le volant, nous avons en plus le balancier.
Nous avons dit, en effet, que l’on avait mis le cylindre à vapeur à cheval sur le puits pour faire agir directement le piston à eau. Or, dans le cas où le diamètre des puits est petit, le cylindre obstrue considérablement l’orifice. En outre, par la liaison immédiate de la tige du piston à la tige de la pompe, on est contraint à donner même course et même vitesse à ces deux organes, et il en résulte que la vitesse du piston devient trop faible, comparée à celle des pompes.
On a donc repris le grand balancier moteur construit à bras inégaux, de façon à pouvoir obtenir les vitesses les plus avantageuses tant du côté de la puissance que du côté des appareils d’exhaure.
Nous ne pouvons pas décrire le détail de cette machine et toutes les ingénieuses dispositions qui ont été adoptées, sans entrer dans de trop longues explications, trop heureux si nous avons pu faire saisir les considérations qui ont présidé à sa construction. Nous dirons seulement que, comme dans la grande généralité des machines qui étaient exposées au Champ-de -Mars, le tiroir est supprimé, et la distribution de la. vapeur se fait au moyen de quatre soupapes : deux d'admission de la vapeur, deux d'émission de la vapeur d’étendue.
11 faudrait pour être complet décrire aussi le système des pompes employées. Cela nous entraînerait trop loin. Nous nous en tiendrons donc là, satisfait si nous avons pu fixer quelques idées sur la lutte que l’homme soutient contre l’ennemi le plus terrible qu’il puisse rencontrer dans les profondeurs du sol • l’eau.
Mines . — Eu égard à son peu d’étendue, la Belgique est, en ce qui concerne les minéraux, l'une des contrées les plus favorisées de la terre. A l’exception de quelques métaux, de pierres précieuses et d’autres substances de peu d’utilité positive, on peut dire que l’on rencontre dans ce pays tous les matériaux dont l’homme a besoin pour les usages de la vie.
Au premier rang des richesses minérales de la Belgique se place la houille, ïj précieuse, en général, pour une foule de fabrications et pour le chauffage domestique. Puis viennent les minerais de fer, de plomb et de zinc qui alimentent la métallurgie.
Les commencements de l’exploitation de la houille en Belgique datent d’une époque très-reculée, qui se perd dans la nuit du moyen âge; mais ce n’est qu’à partir du siècle dernier que cette industrie a commencé à prendre une certaine importance qui a été constamment en croissant, facilitée qu'elle fut par l’emploi de la vapeur, d’abord à l’épuisement des eaux et plus tard à l’extraction.
Les renseignements statistiques que nous possédons sur l’industrie houillère en Belgique ne remontent pas au delà de l’année 1836. A cette époque, la production annuelle de ce paysdépassait déjà trois millions de tonnes. Depuis lors, elle s’est quintuplée. En effet, tandis qu’en 1836 le Hainaut produisait 2,349,374
tonnes de houille, Namur 97,174 et Liège 627,916, la statistique de l’année 1876 donnait les résultats suivants :
Hainaut . 10,486,660 tonnes.
Namur . 474,975
Liège . 3,367,943
En 1876, le terrain liouiller de la Belgique était exploité par 180 compagnies occupant ensemble, dans les travaux souterrains et dans ceux de la surface, 108,543 ouvriers aidés par 4,668 chevaux et par 1625 machines à vapeur se répartissant comme suit :
335 machines d’extraction de la force de 39,222 chevaux-vapeur
d’aérage »
d’épuisement »
d’usages divers »
Les minerais de fer(l) exploités en Belgique sont l’oligiste, la limoniteetlefer carbonaté lithoide, et leur production totale s’élève à plus de 350,000 tonnes.
Le principal minerai de plomb est la galène ou plomb sulfuré , et sa production n’est pas bien considérable
Les minerais de zinc, au contraire, abondent en Belgiqne, et leur production est de 75,000 tonnes.
Nous n’avons pas la prétention de vous donner un compte rendu exact de toutes les beautés que renferme cette intéressante exhibition, aussi avons-nous signalé à votre attention, par un coup d’œil rapide, tout ce qui nous a semblé plus digne d’intérêt.
Terminons en disant que la Belgique est un petit pays qui produit de grandes choses.