‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 62 sur 65 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

Réponse à celui de nos souscripteurs anonyme qui n’est pas content de notre petit article sur la Russie.

Nous vous promettons un article plus substantiel, et celui-là bien complet, et pour lequel un Comité de rédaction, composé spécialement d’ingénieurs et de savants Russes ou habitants de la Russie, s’est formé. Il y aura des planches, des figures et environ 150 pages de texte. Ce sera une étude complète, quoique sobrement résumée, des forces productives de la Russie : industrie, agriculture, production forestière, pelleterie, etc., etc.

Nous espérons qu’alors notre souscripteur anonyme sera satisfait de cet article, qui nous a été offert gracieusement, ce qui nous permettra à notre tour de le donnre au même titre et par surcroît, à nos lecteurs.

(1) Voir Minerais , page 332.

L’Italie (1).

Dans un premier article, nous avons parlé de ce qui nous avait tout d’abord le plus frappé. Nous revenons aujourd’hui sur la description de cette intéressante exhibition.

C’est la première fois, depuis l’unification complète de l’Italie, que cette nation prend part à une de nos grandes Expositions universelles.

A l’Exposition universelle de 1855, le Piémont et la Sardaigne, les Ëtats-Pontificaux et le grand-duché de Toscane exposèrent séparément, la Lombardie et la Vénétie firent admirer leurs produits au milieu de l’Exposition autrichienne ; Parme, Modène et Naples n’exposèrent pas.

En 1867, l’Italie s’était trouvée dans des conditions défavorables, la guerre de 1866 ne lui ayant laissé ni le temps, ni le calme, ni les ressources nécessaires pour se préparer à ce grand concours international.

Depuis dix ans à peine qu’elle est unie, l’Italie jouit de la sécurité et de la paix indispensables au développement de toute nation; il faut donc tenir compte de ces circonstances pour n’être pas trop exigeant vis-à-vis d’elle. Sans doute il y avait bien quelques lacunes dans son exposition, mais l’ensemble en était remarquable. L’Italie a montré non-seulement la vitalité de sa race, mais encore la prodigieuse richesse d’une terre favorisée entre toutes, ainsi que la faculté créatrice qui semble un don particulier à -ses habitants.

Aujourd’hui, comme autrefois, dans aucun pays, si ce n’est en France, le lien entre les arts et l'industrie n’est aussi marqué.

Si l’on voulait comparer l’Italie avec les nations qui sont au premier rang par leur puissance manufacturière, certainement elle n’occuperait qu’un rang secondaire; mais elle peut lutter avantageusement avec toutes celles qui ont l’habitude de triompher dans le domaine du goût et de l’art.

Le temps seul peut compléter l’œuvre de l’unité nationale et transformer définitivement le pays, qui a dû, tout d'abord, se préoccuper de grands travaux publics, tels qu’ouverture de routes, création de lignes de chemins de fer rayonnant en tous sens, et reliant entre elles les parties les plus éloignées à un centre commun, en transmettant la vie et le mouvement d'une extrémité à l’autre de ]a Péninsule. Le jour approche où l’Italie pourra montrer les splendeurs de son industrie, comme déjà elle livre à l’admiration les richesses de son sol, ainsi que les beautés de ses arts.

Le caractère particulier de l’exposition italienne, je l’ai déjà dit, c’est le lien qui existe entre les arts et l’industrie; du reste le gouvernement et l’initiative personnelle ne négligent rien de ce qui peut contribuer à la fusion de ces deux éléments; le visiteur a pu le constater par l’examen du groupe II : Éducation et enseignement, matériel et procédés des arts libéraux.

Enseignement primaire. — L’enseignement primaire est gratuit et obligatoire. Les écoles élémentaires sont à la charge des communes.

(lWoir page 157. t. IX.

Elles sont au nombre de 47,441, dont 38,255 publiques et 9,186 privées ; elles ont été fréquentées en 1876 par 1,931,617 élèves.

L’entretien des écoles élémentaires coûte, tant aux communes qu’à l’État, 26,964,359 lires.

Il existe encore 180 écoles du soir pour les adultes, fréquentées par 21,214 élèves.

Enseignement secondaire. — Cet enseignement comprend les gymnases et les lycées. On compte en Italie, 104 gymnases fréquentés par 10,523 élèves, et 80 lycées fréquentés par 5,684 élèves. Il faut encore ajouter 49,670 élèves, dont 27,542 appartiennent à des établissements privés, et 22,128 à 323 écoles techniques.

Enseignement supérieur. — L'enseignement est donné en Italie par 21 universités dont 17 royales, et 4 libres administrées sous la dépendance de la commune et de la province, c’est-à-dire celles de Camerino, Ferrure, Pérouse et Urbino.

Les universités royales subventionnées par l’État sontsituéesà Bologne, Naples, Padoue, Païenne, Pavie, Pise, Rome, Turin, Cagliari, Gatane, Gênes, Messine, Modène, Parme, Sassari et Sienne.

L’université de Macerata est autonome, et mérite d’être classée à part.

Les universités d’Italie comptent 425 professeurs ordinaires, 159 extraordinaires et 173 agrégés. Elles sont fréquentées, en moyenne, par 9,364 élèves.

11 existe sept écoles d’application pour les ingénieurs à Turin, Milan, Naples, Rome, Bologne, Padoue et Païenne. L’enseignement de la pharmacie est donné dans toutes les universités. Les écoles de médecine vétérinaire sont au nombre de huit : à Naples, Milan, Turin, Bologne, Parme, Ferrare, Pérouse, Urbino. Un institut des études supérieures est établi à Florence; une académie scientifique et littéraire à Milan ; une école normale supérieure à Pise ; et plusieurs écoles de magisters où l’on forme des professeurs de mathématiques, physique, chimie, histoire naturelle, littérature, histoire et philosophie.

11 faut encore noter tout spécialement l’institut technique de Milan où l’on donne un enseignement complet, à l’instar des écoles polytechniques.

L’Italie possède plusieurs stations agricoles entomologiques et œnologiques dignes du plus grand intérêt, parce qu’elles constituent une véritable spécialité du développement scientifique en Italie, ainsi que des stations météorologiques et hydrographiques, qui couvrent d’un réseau complet le territoire du royaume, et dont les nombreuses observations sont réunies, coordonnées et publiées par les trois ministères de l’agriculture, des travaux publics et de la marine.

Il y a en Italie trois académies qui ont acquis un véritable caractère national. La plus ancienne d’entre elles, celle de la Crusca , quoique fondée pour maintenir la prépondérance du dialecte florentin sur tous les autres, est devenue, après bien des luttes, le véritable juge de toutes les questions qui se rapportent à la langue nationale. Elle admet dans son sein les écrivains les plus distingués des différentes provinces de l’Italie ; ainsi M. Achille Mauri, de Milan, le comte Mamiani, de Pésare, et M. André Maffei, de Trente, en font partie.

l/académie est chargée de la réimpression et de la révision du Dictionnaire de la langue italienne, travail considérable dont l’État fait les frais.

V Académie des XI, fondée à Modène par Lorgna, à la fin du siècle dernier,

se recrute, depuis son origine, parmi les mathématiciens et les physiciens d’Italie les plus renommés; cependant, comme elle ne se réunit jamais et ne fonctionne que par correspondance, son importance tend tous les jours à décroître.

V Académie des Lyncées (des savants aux yeux de Lynx) est la plus ancienne association scientifique d’Europe. Fondée en 1603 par le prince Frédéric Cesi, elle a compté le grand Galilée parmi ses fondateurs. Cette académie ne s’est occupée, jusqu’en 1873, que de mathématiques et de sciences naturelles; mais depuis sa réorganisation toute récente, elle s’est partagée en deux classes, dont l’une s’occupe tout spécialement des sciences historiques et morales. On y admet des savants de toutes les parties de l’Italie, et ses ressources, d’abord peu considérables, ont été augmentées dernièrement par une allocation convenable sur le budget de l’État. Par ses deux classes, ses comptes rendus, ses mémoires, ses grands prix annuels, elle aspire à primer, sous la présidence de M. Sella, toutes les autres académies italiennes.

L’académie royale de Turin, les deux instituts de la Lombardie et de Venise, l’académie royale de Naples, celle de Modène, celle de Païenne, qui toutes publient des comptes rendus utiles à consulter, et ouvrent de nombreux concours sur des sujets de science pure et appliquée, sont au moins en partie entretenues par l’État.

L’État entretient, en outre, trois députations historiques à Turin, Bologne et Florence, pour la recherche et la publication des documents concernant l’Italie. D’autre part, YArchivio Storico lombctrdo à Milan, les conférences de VInitulo ligure à Gênes, YArchivio Storico romano à Rome, YArchivio Veneto à Venise, YArchivio [Storico à Florence, dus à l’initiative d’associations libres et fondés et entretenus par des associations privées et indépendantes (recueil périodique célèbre, fondé par Vieusseux en 4 830) , poursuivent avec beaucoup de succès des publications et des recherches historiques relatives à Thistoire des anciens États italiens.

Les académies de Bergame, Brescia, Padoue, Mantoue, Bologne, Parme, Modène, Cagliari et Catane maintiennent les anciennes traditions littéraires locales, quoique la tendance à la centralisation de la vie intellectuelle se soit beaucoup accrue en Italie depuis la reconstitution de l'imité nationale. Le grand nombre d'universités établies dans des villes de second ordre (Pavie, Padoue, Pise, Sienne, Ferrare, Pérouse, Macerata, Camerino, Urbino, Cagliari, Sassari, Messine, Catane) tend à retenir encore les hommes de science dans un isolement très-favorable à l’étude, et à retarder les effets de l’attraction, exercée particulièrement sur les hommes d’intelligence par les anciennes capitales, qui ont conservé leur attrait historique, économique et social.

Pour les sciences naturelles, il existe une société florissante (Società dei naturalisa italiani ), qui s’assemble chaque année en congrès, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre. Elle fait paraître des mémoires qu’on peut considérer comme une continuation des mémoires des congrès scientifiques de Pise, de Florence, de Lucques, de Turin, de Padoue, de Milan, de Gênes, de Naples et de Venise, qui ont contribué si puissamment au réveil intellectuel et politique de l’Italie dont les congrès de Sienne en 1868, de Rome en 1873, de Palerme en 1876 ont essayé de renouer la tradition.

Maintenant, ces congrès, qui ont joué un si grand rôle de 184-2 à. 1848, se

transforment peu à peu en associations spéciales et indépendantes, ayant pour objet l’étude et le développement des différentes branches des connaissances scientifiques. Le prochain congrès général se réunira à Bologne.

Les congrès spéciaux de médecine, de pédagogie, d’agronomie, des ingénieurs, des philologues, des historiens, sont assez fréquents en Italie, pour qu’on puisse les considérer comme des institutions d’enseignement scientifique mutuel.

Parmi les publications que l’on doit à l’initiative privée ou à l’encouragement des communes, le Mémorial du Musée d'histoire naturelle de Gênes , dirigé par le marquis Jacques Doria, tient la première place soit par son importance scientifique, soit par son mérite typographique.

La Société de géographie, dont le siège est à Rome, et qui fut fondée en 1867, compte maintenant près de 2,000 membres actifs; elle est presqu’uniquement occupée de ses nombreuses tentatives d’exploration de l’Afrique. Elle a encouragé Piaggia, Parent, Beccari, Issel, Adamoli, et a dirigé quatre expéditions africaines, à Savodi, celle de Bogos (1868-69), celle de la Finises en 1875 et celle du Maroc en 1878, ainsi que les deux expéditions dans le Schoa et dans le Gaffa, entreprises par Antinori, Cecchi, Martini, Matteucci, Gessi ; expéditions dont on attend encore les résultats. La Société de géographie publie un bulletin mensuel ainsi que des mémoires ou des ouvrages parmi lesquels on remarque le volume qui a obtenu le diplôme d’honneur au congrès internationnal de géographie qui a eu lieu à Paris en 1875, et qui a été exposé comme un excellent spécimen typographique (classe 9, n» 115).

La typographie Elzévirienne de Rome a publié de remarquables essais de statistique et de logismographie.

La Direction de la statistique a publié Y Annuaire statistique d'Italie en deux volumes; on trouve l’exposé sommaire de ce qui se rattache à la topographie de l’Italie. Ce travail, beaucoup plus complet que Yltalie économique rédigée avec une rare activité pendant les années 1865 à 1870 par le docteur Maestri, offre un véritable modèle des résumés officiels qui pourraient faciliter la marche jusqu’ici plus que lente et incertaine de la statistique comparée et internationale.

Les essais logismographiques méritent une spéciale attention. Depuis plus de dix ans, la nouvelle méthode de comptabilité inventée par M. Joseph Cerboni, chef de bureau au ministère de la guerre, a été discutée et combattue, soit par esprit de routine, soit par méfiance. Aujourd’hui, M. Cerboni a pu voir son œuvre couronnée de succès, sa méthode ayant été adoptée par le ministère des finances. Du reste, le Jury de l’Exposition a confirmé ce succès en lui descernant une médaille d’or.

Dans la classe 6, éducation de l'enfance, enseignement primaire , enseignement des adultes, l’exposition du ministère de l’instruction publique était certainement une des plus intéressantes à étudier; c’était une des plus complètes, et les collections étaient illustrées par une monographie spéciale. Ces collections comprenaient le matériel et les illustrations de l’enseignement primaire ; dessins des établissements, mobilier et matériel scolaires des salles d’asile et jardins d’enfants. On y remarquait les travaux des élèves, des plans ou modèles d’établissements, le mobilier et le matériel didactique, les travaux des élèves des écoles primaires, les albums de dessin des élèves des deux sexes des écoles nor-

males. On y trouvait aussi des travaux de femmes, des collections de livres employés dans les écoles primaires et normales.

Ces collections fort remarquables méritent les plus grands éloges.

Dans la même classe on trouvait d’autres expositions dues à l’initiative privée qui méritent d’arrêter l’attention; nous citerons, par exemple, les dessins d'ornement et de figures de la Société centrale ouvrière napolitaine; l’exposition faite par l’abbé Zanetti, directeur du musée verrier et de l’école de dessin appliqué à la verrerie, à Murano (Venise) ; les dessins à l’aquarelle par les élèves de l’école technique de Gualdo Tadino exposés par M. Scaraviglia, ainsi que les dessins des élèves de l’école technique de Todi exposés par M. Zuchetti, professeur à Todi (Pérouse).

La classe 7, organisation et matériel de l’enseignement secondaire, comprenait l’exposition du dit ministère qui était aussi très-remarquable et peut-être plus intéressante.

Citons, entre autres travaux, les dessins exécutés par les élèves des instituts techniques d’Alexandrie, d’Asti, de Bergame, de Brescia, de Casale, de Castelletti, de Catane, de Corne, de Cuneo, de Forli, de Iesi, de Livourne, de Mantoue, de Messine, de Milan, de Modica, de Naples, de Parme, de Pavie, de Pesaro, de Pérouse, de Plaisance, de Ravenne, de Salerne, de Savone, de Turin, d’Udine, de Venise, de Voghera, ainsi qu’un album de dessins exécutés par les élèves des instituts techniques de Florence, de Gênes et de Padoue.

Citons également l’exposition de l’école de sculpture sur bois, à Florence ; les bois sculptés de l’école du professeur Gajani, et les bois sculptés de l’école du professeur Romanelli.

Enfin, pour compléter l’exposition du ministère de l’instruction publique, nous citerons le matériel de l’enseignement secondaire et de gymnastique, les collections de livres employés dans ces écoles, les cartes géographiques et les modèles en cire de M. Marchi, professeur d’histoire naturelle à l’institut technique de Florence.

La classe 8, organisation, méthodes et matériel de l’enseignement supérieur, n’était pas moins largement représentée, et dans la collection présentée par le ministre de l’instruction publique, nous signalerons plus particulièrement la marche des études de l’école royale supérieure d’agriculture de Milan, le règlement intérieur de l’école royale d’agriculture de Portici, ainsi que les projets et dessins de constructions navales de l’école royale supérieure de Gênes.

La classe 9, imprimerie et librairie, occupe une large place dans l’exposition italienne. Les imprimeurs italiens comptent d’illustres devanciers et n’ont point dégénéré : s’ils n’entreprennent plus aussi souvent ces grandes et belles publications qui ont rendu célèbres entre tous les maîtres des xve et xvie siècles, on peut encore citer un grand nombre de belles et bonnes éditions très-correctes, et, de plus, remarquables par la modicité des prix.

Parmi ces ouvrages figurent en première ligne : la Bibliotheca Cassinensis . et la paléographie artistique de Montecassino.

La maison Civelli, qui possède huit établissements, occupe le premier rang parmi les établissements typographiques en Italie, elle peut donc être classée au nombre des premières maisons,

La maison Civelli n’emploie que des matières premières. Ses deux fabriques

de papier, l’une à Chiaravalle (dans les Marches), et l’autre à Sarteano (Sienne), produisent toutes les qualités de papier nécessaires à ses travaux typographiques et à ses publications calcographiques.

Notons en première ligne ses grandes publications cartographiques, et entre autres la Grande Carie Géographique de l’Europe, en seize feuilles gravées sur cuivre, et formant une grande planche de 2 mètres sur 2m,50, à l’échelle de 1 ,2o0,000es, et la Grande Carte d’Italie en 28 feuilles, à l’échelle de 1 ,555,000es.

Viennnent ensuite les Grands Concours de t' Académie des Beaux-Arts de Milan, contenant 391 planches in-folio gravées sur cuivre, Vlllustrazione Artistica delta Certosa di Paria, les Antiquités d’ Athènes, et enfin le Dictionnaire universel de la langue italienne , les belles éditions du Dante, des Évangiles, ainsi que les publications de plusieurs journaux politiques tels que : Il Diritto, Il Corrière Italiano, etc.

M. Odoardo Sonzogno, éditeur très-connu en France, a rendu de très-grands services à la littérature, et ses éditions jouissent d’une très-grande réputation.

C’est à M. Sonzogno que revient l'honneur d’avoir répandu en Italie les livres classiques à bon marché, ainsi que les éditions musicales économiques des grands maîtres.

Les plus belles éditions de M. Sonzogno sont : le Dante , illustré par Gustave Doré, et l’Histoire des Croisades, par Miébaud, également illustrée par Doré.

Il faut encore savoir gré à M. Sonzogno d’avoir répandu en Italie tous les romans français de quelque valeur, ainsi que les éditions populaires à 15 cent.

Citons enfin les ouvrages imprimés par la Congrégation des RR. PP. de Saint-Lazare, à Venise; les livres de la typographie elzêviriana Pateras, de Rome; les éditions de M. Ulrico Hoepli, de Milan, ainsique V Italie monumentale et Y Art romain, édités par la maison Piétro Moretti, de Milan.

La papeterie et la reliure, le matériel des arts, les applications des arts du dessin, les instruments de musique, les instruments de précision, les cartes et appareils de géographie et de cosmographie qui faisaient partie des classes 10 et 16 montrent que partout, dans les lettres et dans les sciences aussi bien que dans les arts proprement dits, il y a en Italie un grand mouvement de renaissance qui s’étend à tout et qui témoigne de son avenir.

Céramique. — La céramique fut autrefois une des gloires industrielles de Ultalie ; là encore s’est produit une renaissance qui mérite d’être signalée, quoiqu’elle ne soit pas aussi bien représentée qu’on serait en droit de l’attendre du peuple qui a le plus directement hérité de la Grèce. Les émaux dominent ainsi que les faïences et les porcelaines décorées.

Citons parmi celles-ci l’importante fabrique de Doccia qui, depuis deux siècles aux mains des marquis Ginori, tient la place la plus considérable.

C’est au marquis Charles Ginori, à Doccia, près de Florence, qu’on doit la renaissance de Part céramique qui, depuis les temps les plus reculés, avait doté l’Italie de modèles admirables. Nulle part, le véritable style décoratif de la céramique n’a été porté aussi haut que chez les maîtres italiens.

Tous les secrets de la vieille céramique italienne ont été retrouvés, grâce à l’élan donné par l’établissement du marquis Ginori; tout, jusqu’à ces beaux effets de reflets irisés de majoliques du Maestro Giorgio ; tout, jusqu’aux anciens moules qu’on a retrouvés et qui gisaient oubliés dans la poussière des greniers.

L'exposition de céramique italienne offrait cette multitude d’objets superbes, charmants ou naïfs, toujours gracieux et remarquables, que Mme Georges Sand détaillait aussi dans un intéressant travail sur les majoliques florentines : « Les » grands plats de noces à sujets érotiques; les grands bassins et les mignonnes » soucoupes à confitures destinées à circuler dans les bals, tout figurés d’amours » chantants, de trophées, de musique et de devises galantes ; les fruitières » enroulées de feuillages éclatants et de fruits en relief combinés, non pour se » confondre avec les véritables, mais pour les faire ressortir par un heureux » contraste; les coupes capricieuses, les buires pansues, enlacées de serpents » ou d’oiseaux, ou flanquées d’armoiries ; les écuelles entrant les unes dans » les autres, offertes en présent aux femmes en gésine, et représentant des » sujets d’heureux augures; les magnifiques plateaux à sujets héroïques, » profanes ou sacrés, réservés pour la table des princes ou des évêques; les » vasques portées par des sirènes aux reins souples, ou bordées de poissons ou » dé grenouilles jouant dans les herbes marines; et les riches encriers illustrés » d’allégories poétiques ou savantes; et les petites fiasques en forme de fruits; » et les grandes fontaines de dessert versant différentes sortes de vins ; et les » vases magiques, disposés pour verser ci plaisir les liquides sur ceux qui » s'en servaient afin de bafouer ceux qui en ignoraient l’artifice. »

La fabrique de Doccia, fondée en 1735, est contemporaine de celle de Sèvres, et, par ordre de temps, c’est la troisième parmi les grandes manufactures de porcelaines établies en Europe, il y a environ cent cinquante ans, en ne tenant pas compte de celle des Médicis qui n’a existé que peu de temps et avec peu d’éclat.

La manufacture Ginori, il y a dix ans, n’était connue à l’étranger que comme une fabrique artistique; dans ce laps de temps, elle s’est transformée, et s’est tout à fait renouvelée.

Quoique le mérite principal revienne au marquis Charles, c’est au marquis Laurent, mort naguère, qu’on doit en grande partie l’organisation et les traditions. C’est sous son petit-fils qu’on s’appliqua surtout à reproduire les majoliques du xvie siècle, et qu’on reprit le genre de Capodimonte, ces porcelaines en relief coloriées qui sont d’une difficulté et d’une beauté admirables. Cette fabrique est dirigée aujourd’hui parM. Lorenzini avec M. Benassai, professeur à l’académie de Florence, en qualité de directeur d’art. La production totale est d’environ un million, dont les neuf dixièmes seulement en majoliques ou porcelaines artistiques. Sur cette somme, les salaires proprement dits absorbent 3 à 400,000 francs.

L’usine de Doccia compte 563 ouvriers de tout ordre, hommes, femmes, aides ou apprentis, ces derniers sont assez nombreux. Les potiers, payés à la tâche et suivant leur habileté, peuvent gagner de 3 à 5 fr. p^r jour; mais sur cette sommeils ont à rétribuer deux jeunes aides, auxquels ils donnent à peu près le cinquième de leur salaire. Quelques ouvriers, d’une habilelé exceptionnelle, obtiennent 7 à 8 francs en travaillant aux grandes pièces.

L’atelier de décoration compte 80 hommes et 10 femmes, payés à l’heure suivant leur habileté et leur ancienneté, depuis 10 centimes jusqu’à 1 franc. 5 seulement, sur 90, atteignent ce dernier taux, et il faut deux ans d’apprentissage pour obtenir 10 centimes l’heure ou 1 fr. 50 par jour.

Les productions actuelles de la fabrique de Doccia sont les suivantes :

1° Porcelaines et faïences artistiques;

2° Porcelaines blanches et décorées, pour servir aux besoins de la vie usuelle.

Parmi les premières se rangent les miniatures sur plaques de porcelaine, les sculptures en biscuit, les faïences irisées; les terres émaillées et coloriées à la façon de Lucca délia Robbia; les coffrets, les amphores, les aiguières, les vases ornés de bas-reliefs sur le style de Capodimonte ou des anciens Ginori; les grands plateaux et les grands vases en faïence, historiés avec beaucoup de goût, éblouissants des teintes les plus fraîches et les plus sympathiques de la palette moderne.

A côté de ces travaux d’art, se développe l’immense et complète série de la vaisselle et de la poterie de toute forme et de toute grandeur, depuis les porcelaines richement ornées jusqu’aux plus simples, mais d’une forme toujours élégante, adaptées aux exigences des classes moins aisées de la société.

La chimie, la pharmacie, la photographie et la télégraphie ont, à Doccia, le même moyen de se procurer tous les objets variés dont chacune d’elles abesoin, et que la céramique leur fournit en abondance.

Cette exposition était trop importante pour ne pas en signaler les pièces principales.

Ce qui méritait surtout d’attirer l’attention par la nouveauté des procédés, c’était un grand plat représentant Galilée en peinture à l’huile, imitant absolument la peinture sur toile. Ce plat a subi quatre cuissons. La peinture faite sur l’émail stannifère a été recouverte d’un autre émail qui la rend inaltérable* Viennent ensuite quatre tableaux en hauts reliefs représentant les quatre saisons; un service Capodimonte, un service imitation Capodimonte, un vase de majolique de lm,70 de haut, placé sur un piédestal au milieu de la grande galerie transversale (transept). Sur la panse, qui avait 2ra,40 de tour, se développait un paysage de l’Amérique du Sud, avec animaux variés, peint par le professeur Benassai; et enfin deux vases de porcelaine au grand feu, ayant 1 mètre de hauteur et qui étaient remarquables. Leur prix permet de croire que la manufacture de Doccia pourrait, dans ce genre, obtenir d’excellents résultats à meilleur marché que les manufactures des autres pays.

M. Ginori a obtenu une médaille d’or et la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Une dizaine d’autres fabriques de majoliques occupaient une assez grande salle placée à l’intérieur de la section italienne, derrière la salle des meubles. La plus remarquable était celle de Benucci Latti de Pesaro; aussi les manufactures de Minghetti et du comte Annibale Ferniani, à Faenza; puis celles de Michel Giustiniani et Battaglia, à Naples; de Torquato Gastellani, à Rome; de Farina, à Faenza, et de lafet Torelli, à Florence.

La grande quantité de majoliques, plats ou vases, reproduit les types du xvie siècle en style rapliaëlesque avec une prédominance de teintes vertes et jaunes, et un choix presque constant de sujets bibliques à peine diversifiés par quelques promenades de satyres ou quelques défilés de muses. Torquato Castellani tranchait seul par ses dessins héraldiques et ses tons gris ou bleus, et Farina par ses reproductions de vases étrusques.

Mosaïques. — Les mosaïques de Rome et de Florence sont deux spécialités

dont personne ne conteste la supériorité. "Nous avons parlé des mosaïques de Venise, mais l’espace nous avait manqué pour vous entretenir des mosaïques de Rome, qui rivalisent avec la peinture à l’huile, et des mosaïques en pierre dure qui, ayant leur siège à Florence, faisaient l’ornement de la section italienne,

Ces deux spécialités d’une valeur incontestable ne peuvent pas être comparées, car entre elles il y a un gouffre.

La mosaïque de Rome est en verre aux différentes couleurs; on peut ainsi obtenir toutes les nuances, tandis que le marbre au coloris pâle soutient mal les grands sujets, et les difficultés à vaincre sont beaucoup plus nombreuses.

Dans la mosaïque de Rome, il faut noter en première ligne les tableaux de M. Gallandt, représentant le Forum et la Madone de la Chaise, ainsi que ceux de M. Roccheggiani, représentant la Basilique de Saint-Pierre , le Colysèe et la Madom de Carlo Dolce. Venait ensuite le tableau de MM. Moglia, Barzotti et Podio.

Fig. 37. — Table en mosaïque de M. Bjdendo Davide, de Venise.

La mosaïque de Florence, quoique plus- nombreuse, avait fort peu de pièces remarquables; aussi ne signalerons-nous que les tables de MM. Torrini et Scappini, et les tableaux â sujets historiques de M. Torrini. Ce sont tout à fait des œuvres de maîtres.

Dans notre premier article sur l’Italie (1), nous avons parlé delà table en mosaïque de M. Bedendo Davide, de Venise. Cette table, qui a été l’objet d’une souscription du parti catholique pour l’offrir au Saint-Père, et qui coûte le chiffre rond de 30,000 francs, est représentée par la figure 37.

Nous aurions manqué à notre tâche en oubliant de reproduire ce véritable chef-d’œuvre.

Orfèvrerie. — Si l’Italie n est pas bien avancée en fait d’orfèvrerie, les deux

(1) Voir page 16o.

écoles artistiques de Rome et de Naples suffisent pour la mettre au premier rang1.

Après les prodiges de ce vigoureux talent, qui fut Benvenuto Cellini, lorfévrerie italienne était tombée en pleine décadence; à tel point, que, depuis la fin du siècle passé jusqu'en 1830, l’Italie importait de l’étranger presque tous les ornements de femme, et, chose incroyable, même les alliances .

Pourtant les paysans qui tiennent surtout aux traditions, ne voulurent pas sacrifier aux faux dieux, et conservèrent l’usage de leurs bijoux caractéristiques. Par ce moyen ils empêchèrent la perte des procédés qui ont si contribué à faire revivre cet art en Italie.

C’est à M. Pie Castellani, de Rome, qu’on doit la renaissance d’un art qui était presque perdu, et qui, grâce à l’intelligence de ses fils, MM. Alexandre et Auguste, a été porté, aujourd’hui, au plus haut degré de perfection.

M. Pie Castellani fonda sa fabrique en 1814; il ne s’occupa d’abord que d’imiter les produits français, anglais et suisses. En 1826, il commença à fréquenter les musées pour y étudier les anciens bijoux, et grâce à son intelligence et k son érudition, il put se livrer à la reproduction de quelques morceaux archéologiques. Mais au fur et à mesure qu’il avançait il trouvait des obstacles insurmontables, surtout n’ayant pas découvert le secret pour souder les tout petits morceaux des bijoux étrusques, secret qui était ignoré de tous. Après une longue tournée dans la province, il put trouver à Sant’Angelo in Vado (petit village de l’Ombrie), de grossiers ouvriers qui conservaient encore la tradition.

Ce fut un trait de lumière. Le moyen était loin d’être parfait, mais la base était trouvée, et un homme de cette intelligence n’eut pas besoin de grand’chose pour perfectionner le système.

Vous avez pu admirer à l’exposition italienne 'les belles reproductions des types les plus saillants des quatre époques : Chrétienne , Tirrena, Etrusque et de la Renaissance, dans la vitrine de M. Auguste Castellani, ainsi que la collection des types en usage chez les paysans, dans les différentes provinces de l’Italie, exposée par M. Alexandre Castellani.

Du reste la joaillerie archéologique des frères Castellani est célèbre dans le monde entier, elle jouit d’une réputation incontestable, et toutes les imitations qu’on a voulu tenter partout ailleurs sont loin de s’approcher de cette école qui touche à la perfection.

La maison de Rome est dirigée par M. Auguste Castellani, et celle de Naples, par M. Giacinto Melillo. Celle-ci a été fondée il y a quelques années par M. Alexandre Castellani.

Signalons encore les filigranes de Gênes, et les coraux de Naples. Les mosaïques de Florence ont une certaine valeur comme pierreries, mais les montures sont trop banales.

Comme pièces rares, nous citerons le casque de Victor-Emmanuel, les collections des quatre époques, la couronne votive donnée aux Sanctuaires par les rois lombards, de M. Auguste Castellani; la reproduction d’un collier trouvé dans le mausolée de Blinitza à Kertch, deux pendants représentant Teti avec les armes d’Achille, la reproduction de fla couronne de Cumadu musée Campana, et le collier de Milo (dont l’original se trouve dans le musée britannique), exposés par M. Melillo; enfin les coraux de M. Melillo avec reliures archéologiques.

MM. Fasoli, Angelo Delle Belle, Triffari, Viclii, Scappini, Novelli, Scarselli, Montelatici, Barganti, Costa, Casalta, Giojuzza, Morabito, Forte et la Chambre de commerce de Rome ont exposé de la bijouterie qui mérite d’être signalée.

Bronzes. — Voilà encore une branche de l’art qui était en pleine décadence. Aujourd’hui, grâce à rintelligence de M. Michieli, de Venise, cet art marque un véritable progrès, et ses reproductions artistiques, d’une teinte tout à fait exceptionnelle, ont été toutes achetées par les connaisseurs et par les principaux musées de l’Europe. Nous citerons encore la reproduction de la litière du Capitole par M. Alfred Castellani, les statues de M. Nelli, de Rome, et les fers battus de M. Franci, de Sienne.

Soie et tissiis de soie. — Nous remarquons avec surprise que parmi les soixante-dix-sept exposants de matières premières ou manufacturées appartenant à l’industrie séricole, il ne se trouve pas un seul producteur ou fabricant de Florence. Que sont donc devenues, en Toscane, ces riches industries auxquelles la cour des Valois empruntait ses brocarts précieux, ehd’où sortaient ces taffetas légers dont les galants seigneurs de la cour des Médieis se faisaient des manteaux voltigeant sur l’épaule? Pourtant il existe encore des fabriques en Toscane!

Néanmoins lYtalie est un des grands marchés où les fabriques de soie s’approvisionnent ; ses fabriques qui avaient disparu renaissent, et Gênes, Milan, Côme et Rome ont exposé des rubans, des velours, des satins, des peluches de qualité excellente.

Dentelles. — Les dentelles sont aussi un article de grand luxe, qui ne saurait avoir le tort d’être trop magnifique. L’école des dentelles de Burano, représentée par la comtesse Marcello, de Venise, a envoyé d’assez belles choses; d’autres fabriques du même genre ont également exposé, mais elles ne peuvent pas rivaliser avec l’école de Burano. Cependant citons tout spécialement l’exposition de la Société de la manufacture de dentelles dirigée par M. Jeserum.

Les ouvrages en paille sont tout à fait remarquables. MM. Ducessois et Durante, de la petite ville de Santa-Croce sur l’Arno, nous ont fait voir la paille depuis le moment où la faucille la sépare de sa racine jusqu’à sa dernière transformation.

L’Italie renferme des trésors souterrains qui n’attendent que des capitaux pour devenir une source de richesses. Elle a du soufre, du cuivre, du fer, du plomb, du pétrole, du lignite. Quelques mines sont déjà exploitées. Nous ne parlons pas des carrières de marbre, si renommées par leur beauté et leur variété ; l’Europe est encore, sur ce point, tributaire de l’Italie.

Le groupe V, industries extractives, produits bruts et ouvrés, était des plus intéressants à étudier, et le bureau géologique royal d’Italie a exposé des cartes géologiques du royaume qui ne peuvent passer inaperçues. Les expositions des grands établissements métallurgiques en exploitation attiraient l’attention; il en était de même des produits des exploitations rprales et forestières compris dans la classe 44; elles présentaient une très-grande variété de produits parfaitement classés méthodiquement et formant d’intéressantes et instructives collections.

Le groupe VI, outillage et procédés des industries mécaniques, était bien représenté. Les machines, les voitures, les locomotives, les modèles de voiture

pour les chemins de fer, wagons-lits, et autres exposés par les ingénieurs, les constructeurs, les compagnies de chemins de fer, ont été très-appréciés parles membres des jurys spéciaux.

Les échelles Porta, inventées par M. Paolo Porta, résidant à Milan, doivent être placées dans les innovations utiles et humanitaires.

Les quatre dessins (pi. G) donnent une idée exacte de la disposition générale de ces échelles, lorsqu’elles sont montées.

Le système Porta, primé aux différentes expositions qui ont eu lieu depuis quelques années, a obtenu une médaille d’or à l’Exposition universelle.

Ces échelles sont en bois avec une double rampe de fer, pareille à celle des escaliers. Elles ont entre 14 et 30 mètres de hauteur, se démontent et se raccourcissent à volonté. Elles sont formées de cinq à sept pièces, rattachées l’une à l’autre par des traverses formant échelons .

Ces échelles reposent sur un chariot à deux ou quatre roues, et lorsqu’on les a dressées au moyen d’une roue à engrenage, elles sont maintenues par deux poids attachés à des coulisses placées à l’arrière de la voiture.

L’échelle de sauvetage (pl. G.,fig. 3), principalement à l’usage des pompiers, offre l’immense avantage de se monter et de se démonter en quatre ou cinq minutes, et que pliée sur son chariot, elle n’occupe pas plus de place qu’une pompe à incendie. Ce qui est indiscutable, c’est qu’en l’élevant parallèlement à lafaced’un mur, on peut lui donner une inclinaison qui, jointe aux deux rampes solides qui l’accompagnent dans toute sa longueur, en fait un véritable escalier, au moyen duquel les travaux les plus périlleux s’exécutent commodément et sans aucun risque. Le dangereux échafaudage du peintre et du sculpteur, et la corde non moins dangereuse du couvreur n’ont plus de raison d’être Avec l’échelle Porta, surtout dans un sinistre, on porte de prompts secours à tous les étages et jusque sur les toits les plus élevés.

Il est facile de comprendre que cet appareil, grâce à sa faculté de se tenir debout dans le vide, dressé à distance, au milieu d’une rue, d’une place, d’une cour, d’un jardin, permet de diriger sans péril les jets des pompes par les croisées sur un foyer d’incendie.

Cette échelle peut porter jusqu’à dix personnes placées en différents points de son élévation, et peut servir de grue, pour l’ascension ou la descente de matériaux, meubles ou autres objets dont le poids peut atteindre de 100 à 200 kilos.

Elle peut être employée pour les illuminations, pour la pose des paratonnerres et des fils télégraphiques, pour inspecter et réparer les gouttières, pour tailler les arbres, etc., etc., mais c’est surtout *en cas d’incendie qu’elle est appelée à rendre d’inappréciables services.

L’échelle n° 2, qui rentre plus spécialement dans le matériel de guerre, peut servir à la fois de pont et à' observatoire. La disposition à bascule la rend trèsutile pour les inondations, et, dans les opérations militaires, pour le passage des cours d’eau. En plaine, elle peut être employée pour observer les mouvements de l’ennemi, relever des points, aider à la construction des ponts militaires, etc. ; en un mot scs applications multiples semblent lui donner place de droit dans tous les arsenaux soigneusement approvisionnés.

Les échelles n°s 1 et 4 sont plus spécialement appropriées à l’élagage des arbres et aux constructions.

Les meubles de sûreté de MM. Prestini et Morosini; de Milan, les serrures à revolver de M. Trévisan, de Padoue, garantiront du moins leurs possesseurs contre les vols domestiques, car leurs combinaisons à huit alphabets sont savantes et leur etFet redoutable.

Le scrutinateur électro-magnétique, pour recueillir et enregistrer soit les votes secrets, soit les votes publics des assemblées délibérantes, exposé par M.Roncalli,de Bergame, est destiné à coup sûr à prévenir les erreurs volontaires des suffrages. Si jamais la volonté de l’homme doit être servie par une machine, c’est en matière de suffrage, les intermédiaires humains étant trop faillibles.

Dans le groupe VU, l’exposition des produits alimentaires, l'Italie était particulièrement remarquable. Les richesses de son sol sont extraordinaires, ses céréales, ses chanvres, ses soies, ses fruits, ses huiles, ses pâtes, ses fromages, ses vins, sont de qualités supérieures et ont obtenu de nombreux succès.

En effet, ces pistaches, ces amandes, ces raisins secs, ces figues, ces tomates savoureuses à pulpe épaisse qui croissent en si grande abondance, qu’elles ressemblent sur terre à des champs de coquelicots ; ces oranges et ces limons que Ja nature a si bien inventés, toutes ces richesses de la terre réunies donnaient aux visiteurs la forte tentation d’y goûter.

Certes il y aurait encore bien des choses à dire sur l’exposition italienne, mais il nous faut rester dans la limite qui nous est tracée ; nous sommes heureux de constater les progrès réalisés par cette jeune nation, et nous faisons des vœux pour la grandeur de ce pays ami avec lequel nous devons marcher la main dans la main. E. L.

République de l’Uruguay (1).

Sans avoir une histoire aussi compliquée que la république Argentine, l'Uruguay a traversé à peu près les mêmes phases. Aussi, en 1776, l’établissement de la vice-royauté de la Plata amena pour Montevideo un mouvement et un progrès se rapprochant des résultats obtenus à Buenos-Ayres.

Cependant Montevideo ne s’associa que le 30 juin 1814 à l’émancipation dont Buenos-Ayres avait donné l’exemple dès 1810.

La tyrannie d’un gaucho , Josué^Artigas, qui s’arrogeait le titre fastueux de Protecteur de V Amérique du Sud, arrêta pendant quelque temps l’essor de la république naissante.

Mais un des partisans d’Artigas, en se révoltant contre ce dernier, le força de se réfugier à Paraguay.

Bien que Ramirez, d’Entre-Rios, eût délivré l’Uruguay, les germes de dissensions intestines n’avaient pas disparu; en 1816, les Portugais en profitèrent pour s’emparer de Montevideo et d’une partie du pays.

Cette occupation se prolongea jusqu’en 1821, époque où les députés de Montevideo, assemblés en Congrès sous l’influence des autorités portugaises, déclarèrent que l’Uruguay dépendrait du Brésil sous le nom de province Cisplatine . Mais bientôt le sentiment national se réveilla sur la rive gauche de la Plata : le pavillon de l’indépendance y fut arboré.

(1) Voir page 508.

Buenos-Ayres, à son tour, réclama la province Cisplatine comme ayant fait partie de la vice-royauté établie en 1776. Ce fut le motif dune guerre entre la république Argentine et l’empire du Brésil (1825).

Un Congrès général, qui tint sa session à Montevideo, décréta, le 10 septembre 1829, une Constitution consacrant la liberté individuelle , Y inviolabilité du domicile et de la propriété, la liberté de la presse, ainsi que les autres garanties inhérentes aux institutions des États régénérés de l’Amérique.

La république de l’Uruguay, ou Bande orientale, s’étend sur une longueur de 800 kilomètres et sur une largeur de 200, soit une superficie de 7,036 lieues carrées géographiques ou 18,692,000 hectares. Son territoire se compose de coteaux découverts et de vallées bien ombragées, dont l’ensemble, dans son contraste, est aussi favorable à l’agriculture qu’à l’éducation des troupeaux.

Toutes les cultures réussissent à merveille dans cet admirable pays : le blé, le maïs, le yuca, le tabac, la canne à sucre, le café, le chanvre, le carayuata (plante textile plus belle que le chanvre^ tout ce que l’homme peut demander à la terr • y vient à souhait. Plus que partout ailleurs le cultivateur y trouve un sol fertile, un climat égal, des récoltes abondantes et certaines. Les fruits des tropiques prospèrent dans les terres basses qui avoisinent le cours des grands fleuves, les fruits des climats tempérés réussissent sur les plateaux plus élevés. D’immenses forêts fournissent des bois admirables pour la construction et l'ébénisterie.

Dans les parties non boisées, les plaines sont couvertes de graminées qui permettent d’élever, sans aucune espèce de travail, de nombreux troupeaux comme dans les pampas du Sud.

On compte treize départements entre lesquels se divise la république de l’Uruguay : Montevideo, Guadeloupe, San-José, Florida, Colonia del Sacramento, Soriano, Paysandu, Tacuarenbé, Cerro Largo, Maldonado, Minas, Durazno.

On peut donc dire quà l’exception du département de la capitale, renfermant aujourd hui plus de 1 10,000 âmes ; celui de Canelones, le plus agricole de tous, et du département de la Colonia, où sont établies des colonies suisses et piémontaises, Je territoire oriental dans son ensemble n’est pas peuplé ; s’il l’était proportionnellement autant que Montevideo, sa capitale, il aurait plus de 31 millions d’habitants.

Cette ville est, au reste, l’une des plus renommées du Nouveau-Monde : elle l’est historiquement par le siège glorieux qu’elle soutint contre le dictateur Juan Manuel Rosas, le tyran de la république Argentine, et qui compte parmi les grands événements contemporains ; elle l’est politiquement par l’influence qu’elle exerce sur les destinées sud-américaines ; elle l’est commercialement par le puissant mouvement maritime de son port où les bâtiments marchands d’uutre-mer trouvent un sûr abri ; ceux de haut bord un excellent mouillage les navires allant à Buenos-Ayres, au llosario, dans le Parana, au Paraguay,, un point de transit ; les vapeurs du Pacifique, une escale avantageuse et qui forme, en définitive, avec le Brésil, du côté de l’Europe, la sentinelle avancée du continent américain.

Dépôt de douane, embarcadères, remorqueurs à vapeur, docks, hôpitaux, refuge de mendiants, asiles d’aliénés, facultés de médecine et de droit, écoles

publiques (l’une des grandes préoccupations de l’État et où s’organise une forte éducation nationale), bibliothèques, musées, hôtel des postes, mettant en circulation chaque année un million de lettres et un million de journaux; églises, théâtres, bourses, chemins de fer, tramways, gaz, égouts, eaux courantes, tous ces éléments de salubrité, de beauté, de richesse, d’activité, font de cette métropole une ville ouverte à tous les progrès, et qui s’en est assimilée déjà un très-grand nombre.

Le sort a de ces surprises : qui eût dit, il y a trois siècles, à Diaz de Solis et son pilote, Martin Garcia, qu’au pied de ce mont évasé (aujourd’hui le Cerro), aperçu à travers les brumes de l’Atlantique, s’étalerait une cité industrieuse, célèbre des deux côtés de l’Océan et peut-être appelée, grâce à l’évolution mystérieuse qui semble déplacer les civilisations modernes, comme elle a déplacé les civilisations du passé, en ne leur conservant qu’une existence historique, à renouveler dans la série des temps, la fortune commerciale des Persepolis et des Carthage ?

A cet avenir l’immigration, intérêt vital et desideratum impérieux, doit prendre nécessairement une part considérable, fructueuse pour le pays, fructueuse pour elle même. Déjà beaucoup d'immigrants européens qui regagnent la mère-patrie y rapportent d'importantes économies réalisées à la Plata, et les étrangers possèdent à Montevideo une g’ande par ie de la propriété foncière.

N’est-il pas maintenant de l’intérêt de la Belgique de concourir à cette grande entreprise de colonisation, d’implanter sur les bords de l’océan Atlantique les mœurs, les habitudes de la terre natale, d’étendre la consommation de nos produits, et de contempler les ressources d'une terre privilégiée qui ne demande qu’à être sollicitée pour combler toutes les espérances des travailleurs?

Eh bien, à çes travailleurs, la république de l’Uruguay ouvre un territoire ami, des ports hospitaliers; elle les convie à des destinées meilleures, à ce repos, à ce bonheur qu’assure la propriété, combinée avec la liberté. C’est- ici le cas de proclamer cet axiome que chaque homme fait sa destinée.

La situation topographique du pays; les conditions variées d'un sol que traversent de toute part et arrosent en toute saison des rivières aux eaux limpides ; propre à tous les genres de produits; couvert de prairies immenses, où se reproduit en liberté un bétail innombrable auquel sont dues les belles laiues de Jackson, des Ordonana, des Herrera, des A. de Guttierez, des La Torre, des Prange et de tant d’autres que le commerçant visiteur admirait dans la section de l’Uruguay, à côté des précieux bois de plusieurs provinces, des marbrés splendides de Vidal et de Volny Labaure et des échantillons métallifères de Tacuamebo: un climat qu’illuminent les clartés d’un ciel plus pur que celui de Naples; des populations hospitalières par tradition et par sentiment ; tous ces avantages sollicitent irrésistiblement l’étranger, quand le pays sera mieux connu, à chercher par le travail, dans ces régions vierges pour ainsi dire, le bien-être matériel que l’Europe ne peut plus qu’imparfaitement fournir à ses populations surabondantes. — Nul doute que la république orientale ne soit donc prochainement pour le travailleur de l’Ancien-Monde, en même temps qu’un centre d’attraction, un terrain fécond d’activité.

u Pays nouveau, écrivait hier un Oriental très-autorisé, l’Uruguay a dû subir la loi commune et traverser cette période d’agitations qui marquent inévitable-

ment les premières étapes d’un peuple sortant sans transition du régime colonial, pour prendre rang parmi les nations indépendantes et libres. Son émancipation date d’un demi-siècle à peine, et déjà il a substitué aux préjugés de l’ancien système les principes d’un libéralisme avancé : tout fait d’ailleurs espérer que la politique inaugurée avec éclat par le colonel de La Torre, et les réformes aussi salutaires qu’opportunes introduites dans la législation et dans l’administration nationales fermeront à jamais la porte aux révolutions armées. »

Il y a dans l’Uruguay treize millions d’hectares de pâturages naturels que la charrue n’a jamais entamés. « Le jour, dit M. Vaillant, où on livrerait à l’agriculture deux millions d’hectares de ces terrains et où l’on pratiquerait l’éducation perfectionnée du bétail, la campagne pourrait utiliser des milliers et successivement des millions de bras. »

L’Uruguay n’a point échappé pendant les deux dernières années au contrecoup des perturbations économiques qui ont affligé le continent américain : la consommation a diminué d’un tiers ; mais ce n’est pas la première fois qu’il a traversé victorieusement de semblables et plus dures épreuves. Après la grande guerre du siège, l’État oriental pouvait sembler anéanti. Presque plus de bétail, plus de capitaux, plus de crédit, un désert. Quelques années après, ces traces de prostration avaient disparu ; car tout ici se reconstitue avec une merveilleuse intensité. La crise récente qui n’a qu’effleuré le bien-être national, aura d’ailleurs ce salutaire enseignement d’apprendre à ces contrées ardentes, jeunes et enclines par inexpérience à toutes les témérités, que la vraie richesse ne s’obtient, même sur les sols auxquels la nature a prodigué ses dons les plus rares, que par des labeurs assidus, une marche administartive sévère, le patriotique accord des sentiments et par la paixj cette source d’où découlent tous les biens durables de l’humanité et d’où sont sortis les prodiges de production, d’industrie, d’art, de goût et de science offerts aux étonnements du monde par l’Exposition universelle de 1878.

Nous devons, en terminant, rendre un juste tribut d’éloges à S. E. le colonel Juan J. Diaz, qui représente si dignement le gouvernement de la république orientale de rUruguay à Paris, et à son honorable consul et commissaire délégué, M. Bcnedict Gallet de Ivulture ; ils ont su mettre en lumière avec autant de goût que d’intelligence les ressources de l’Uruguay et rendre son exposition aussi instructive qu’attrayante.

ArorsTE Meulemans,

consul général.

Société française de secours aux blessés à l’Exposition.

Lorque la guerre éclate, la Société est autorisée à créer sur les derrières des armées des hôpitaux provisoires destinés à recevoir, concurremment avec les hôpitaux militaires et civils, les blessés et les malades des armées, à concourir au service des évacuations et à l’installation des ambulances de gare.

Son matériel, très-varié dans son ensemble, se subdivisait en plusieurs groupes : les divers modèles de voitures, fourgons et wagons d’ambulance, un train sanitaire complet, une ambulance de gare, deux types de baraquements, un modèle d’hôpital sous tenle et de tente à opérations.

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