FILTRES-PRESSES
ces boues dans des appareils spéciaux, et les repasser de nouveau au filtrepresse. On récupère ainsi une grande partie du sucre qu’elles contiennent sans grand surcroît de frais généraux.
La chaux et l'acide cai'bonique dont on fait usage dans le travail, se fabriquent généralement à l’usine. A cet effet on construit près des ateliers un grand four à chaux continu A, pl. II, fig. 6. Les gaz qui s’échappent de la calcination de la pierre à chaux contiennent de 25 à 30 °/0 de gaz carbonique. Dès lors on recueille ce gaz au sortir du four, de la même manière que dans les hauts-fourneaux, en les aspirant au moyen d’une vaste pompe. La vitesse que l’on donne à la pompe est réglée d’après la marche du four.
Cette pompe chasse le gaz carbonique dans la conduite générale qui dessert toutes les chaudières à carbonater, conduite qui porte à son extrémité un lourd clapet destiné à l’évacuation de l’excès de gaz fourni par la pompe. Entre le four à chaux et la pompe, le gaz traverse un laveur , espèce de cylindre vertical muni de séparations percées de trous a, et dans lequel il entre par la base en n, pour ressortir par le sommet par le tuyau en f, tandis qu’un courant d’eau amené par le tuyau p, suivant le sens inverse, fait cascade sur les séparations où il se rencontre avec le gaz. L’idée d’employer les fours à chaux continus pour la fabrication simultanée de la chaux et du gaz carbonique appartient à M. Linard qui installa le premier four dans son usine d’Auffay (Seine-Inférieure) en 1860.
C’est d’après la richesse du gaz que l’on règle la marche du four. Cette richesse doit donc être contrôlée souvent. L’un des instruments les plus commodes pour faire rapidement cette analyse est dû à M. Possoz, fig. 13. A est un tube de verre gradué, H un vase rempli d’eau, B et F des tubes en caoutchouc fermés par des pinces E et D. On emplit A de gaz carbonique avec les précautions de la chimie usuelle; on y fait ensuite tomber quelques centimètres cubes de potasse caustique par B, que l’on referme. On prend A à la main, agite fortement pour faire absorber tout l’acide carbonique à la potasse, puis on ouvre D. L’eau de HO précipite en A.
On soulève H à la main pour que le niveau soit le même dans les deux vases, et la lecture sur A donne immédiatement la richesse pour cent du gaz.
La chaux, pour les besoins du travail, est éteinte d’avance dans des bacs spéciaux qui sont parfois munis d’agitateurs. Elle est ensuite délayée dans une quantité d’eau déterminée, tamisée pour séparer les incuits, et constitue ainsi le lait de chaux que l’on amène à peser de 20 à 25 degrés Baumé. 13.
Filtres. — Le jus en sortant de la 2e carbonatation est reçu dans des bacs d’où il s’écoule sur les filtres à noir : Le noir animal ou charbon d’os, a la propriété d’absorber les matières colorantes, ainsi qu’une certaine quantité de
L’INDUSTRIE SUCRIERE.
matières organiques et salines. Dès lors si l’on fait passer le jus sur le noir, ce noir agira comme la carbonatation pour purifier les jus des substances que cette carbonatation a été impuissante à enlever. Les filtres que l’on emploie pour faire usage du noir animal sont de deux sortes. Ceux qui ont été employés les premiers sous le nom de filtres Dumont se composent de cylindres en tôle, de 2 à 4 mètres de hauteur sur I mètre et plus de large, ouverts au sommet, munis en bas d’un faux fond couvert d’une toile, ainsi que d’un trou d’homme bien clos au ras du faux fond. On emplit ce cylindre de noir, et fait couler dessus le jus avec une vitesse telle que le noir soit toujours recouvert d’une couche liquide. Un tuyau partant du bas se recourbe en col de cygne dans une nochère, à mi-hauteur du cylindre.
Les autres filtres, dits filtres clos, pl. III, fig. I,ont0m,80 de diamètre, 4 mètres ou 4m,500 de hauteur; le jus y arrive par un tuyau LS, fig. 13, venant d’un réservoir placé à un étage supérieur, et le jus s’écoule par un tube partant du fond r, coudé en col de cygne h, à la hauteur du sommet du filtre. Cette modification a l’avantage de faire la filtration à l’abri de l’air, et des refroidissements, et de permettre de faire communiquer deux filtres ensemble pour doubler la hauteur de noir sur laquelle circule le liquide. On peut donc aussi la tripler et quadrupler au besoin.
Lorsqu’un filtre est jugé ne plus être actif, être vieux, à cause du louche que prennent alors les jus, on arrête l’arrivée du jus que l'on remplace par de l’eau bouillante, et quand l’eau a chassé tout le liquide sucré, on ouvre au fond un robinet, évacue le liquide, enlève le noir épuisé par le trou d’homme, lave le filtre et le recharge de noir neuf sur lequel on fait passer un courant d’eau bouillante. Le filtre est alors bon à mettre de nouveau en service.
Le noir animal se fait rarement dans la fabrique de sucre qui l’emploie, et c’est un tort, car en faisant usage d’appareils perfectionnés on recueille, outre le noir, une quantité considérable de gaz d’éclairage, et des liqueurs ammoniacales. Le noir se prépare dans ce cas dans des cornues analogues à celles du gaz. Ce mode d’opérer donne donc l’éclairage à l’usine et les matières ammoniacales en déduction du prix du noir qui ne coûte pas plus alors que les oseux-mêmes.
Lorsque le noir a servi, on peut lui rendre ses propriétés premières, ce qui s’appelle rèvivificalion du noir. A cet effet le noir est mis à fermenter pour enlever les matières sucrées et autres que cette opération détruit, est lavé à l’acide, à l’eau chaude, à l’eau fraîche, à la vapeur, séché et enfin calciné dans des fours da formes fort variables. Ces fours dits fours coulants, pl. II, fig. 7, se composent presque tous d’une série de tuyaux de fonte ou de terre D, portés au rouge sombre dans un foyer. On fait passer le noir au travers de ces tuyaux qui se prolongent en plein air par un tuyau de tôle D, dit rafraîchissoir, et fermé à la partie inférieure par un système E, permettant d'extraire le noir par portions constantes sans laisser rentrer d’air, attendu que l’air en passant sur le noir porté au rouge en brûlerait le carbone et le transformerait en blanc d’os. C’est lien effet un écueil dans la construction des fours, chaque constructeur a d’ailleurs un système différent. Nous ne décrirons que ceux qui se trouvent à l’Exposition.
Triple effet. — Le jus filtré est évaporé dans l’appareil dit à triple effet, pl. IV, fig. I, l’une des plus élégantes machines de l’industrie tant à cause de son mode de fonctionnement que de l’économie quelle réalise dans la fabrication du sucre.
Disons d’abord qu’au moyen de ce triple effet les jus sont évaporés en utilisant les vapeurs d’échappement de toutes les machines, vapeurs qui sont encore sous une pression de */* d’atmosphère et que l’on recueille soigneusement à cet usage dans un ballon collecteur placé à côté du triple effet. Donc l’évaporation