‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 14 sur 95 · TRIPLE EFFET · texte numérisé non relu

TRIPLE EFFET

ne coûte d’abord rien, puisque ces vapeurs eussent été perdues.Elle ne coûte que la vapeur nécessaire au fonctionnement d’une pompe à faire le vide. Voici comment est construit le triple Fig. 14.

effet. Il se compose de trois chaudières de même dimension et de même forme alignées côte à côte. Ces chaudières se divisent en quatre parties principales. D’abord en une partie cylindrique verticale D, fig. 2, reposant par un rebord sur le plancher solidement établi d’ailleurs, haute delm,50, et de diamètre variable avec la force du triple effet. Cette calandre est fermée à ses deux extrémités par deux plaques de bronze percées de trous et reliées entre elles par plusieurs boulons entreloises.

Ces trous qui sont en nombre égal sur chaque plaque et placés parfaitement vis à vis l’un de l’autre, ont 46 mill. de diamètre sur la plaque inférieure , et 50 surlaplaquesupérieure. Dansces trous s'adaptent des tuyaux de laiton étamé E. On les entre par la plaque du haut, les frappe avec un maillet en bois pour les adapter solidement dans la plaque inférieure et les sertit dans la plaque supérieure. Cette calandre porte latéralement audessus du plancher une forte tubulure à bride, sur laquelle se boulonne, pour la première chaudière, un robinet valve B, donnant accès à la vapeur de chauffage qui circule , d’après la forme même de l’appareil, autour des tuyaux. Les eaux de condensation s’échappent par une petite tubulure inférieure.

La seconde pièce de la chaudière est un large couvercle qui ferme la partie inférieure de la première contre laquelle il est boulonné. Il est en fonte, a la forme d’une calotte sphérique de grand rayon, et muni d’un trou d’homme M, et d’une tubulure centrale sur laquelle se boulonne un jeu de robinets.

L'INDUSTRIE SUCRIÈRE

Sur la première calandre s’en boulonne une autre P de même dimension, mais qui est fermée en forme de cloche à sa partie supérieure. Elle possède en avant, sur toute la hauteur d’une génératrice, une lumière verticale garnie d'une monture en cuivre encastrant en un seul mot une forte glace qui permet de voir le jeu du liquide et sa hauteur. En arrière une autre glace ronde de petit diamètre devant laquelle brûle un bec de gaz donne la lumière dans la chaudière. Sur le devant se trouvent encore une cprouvelle, système en bronze à robinet permettant de prendre un échantillon du liquide ; un robinet à beurre, pour abattre les mousses au moyen d'un corps gras ; un manomètre placé tout en haut, et bien en vue ; enfin, derrière, un trou d’homme. Le jus d’une chaudière peut entrer dans la suivante au moyen d’un tuyau pris sur le fond de la première et venant se boulonner sur la seconde au-dessus de la plaque tubulaire supérieure.

Les vapeurs produites dans la chaudière s’échappent par en haut et vont se condenser dans la calandre inférieure de la chaudière suivante. Elles y sont conduites au moyen d'un gros tuyau en tôle ou en fonteT; sur leur trajet on installe un vase de sûreté qui consiste en un système de chicanes H, I, J, permettant à la vapeur de se débarrasser de vésicules liquides sucrées qu’elle entraîne, et aussi empêchant la mousse qui se forme parfois dans les chaudières de s’échapper avec la vapeur. Les liquides recueillis dans ce vase de sûreté, appelé aussi brisemousse, sont évacués dans la chaudière suivante, en ouvrant simplement un robinet. Ces brise-mousses sont tantôt des vases placés latéralement aux chaudières, tantôt ils sont boulonnés en couronnement sur la calandre supérieure.

Au sortir du vase de sûreté de la 3' chaudière, la vapeur se trouve condensée par un jet d’eau froide, et les eaux de condensation et d'injection sont recueillies par une pompe puissante.

Comment fonctionne le triple effet?

La première chaudière est chauffée par la vapeur de retour des machines et des serpentins divers de l’usine, vapeur à 110° environ. Dans cette chaudière on fait un vide partiel montant à 230 millim. en moyenne. Le liquide y bout et dégage de la vapeur d'eau à 90° approximativement.

La seconde chaudière est chauffée avec cette vapeur de la fr0 chaudière à 90u; pour que le liquide qu’elle contient puisse bouillir, il faut que la tension de la vapeur qui se produit dans cette 2e chaudière soit moindre que celle de la D*. On fait donc le vide dans cette 2e chaudière à 526 mill. et la vapeur qui s’en dégage est à la température de 70°.

La 3° chaudière est chauffée par la vapeur sortant de la 2° et pour que cette vapeur à 70° produise l'ébullition dans la chaudière, on y fait le vide à 670 mill. et la vapeur produite est à 50°.

Ainsi l’on ne chauffe que la I” chaudière et cette chaudière chauffe les deux suivantes, donc on n'a besoin pour évaporer 3 volumes d’eau que de la chaleur nécessaire pour évaporer un seul volume. Comment maintenant fait-on le vide dans les trois chaudières?

La vapeur condensée par le jet d’eau et l'action de la pompe font le vide le plus parfait possible dans la 38 chaudière qui entre en ébullition. Il en résulte un grand refroidissement des parois tubulaires qu’entoure le liquide; or, c’est autour de ces tubes que se condense la vapeur de la 2e chaudière, laquelle, si elle contient du liquide chaud, verra se condenser rapidement ses vapeurs. Mais cette condensation rapide produira le vide naturellement au-dessus du liquide qui entrera dès lors en ébullition comme dans la précédente. Le même phénomène se reproduira dans la lre chaudière qui fournit à la 2« son calorique, et les trois chaudières bouilliront par l'intermédiaire du vide produit seulement dans

CUITE EN GRAINS

la 3° chaudière et du calorique fourni à la fr°, de là le nom d'appareil à triple effet.

Pour emplir l’appareil, le vide seul y pourvoit. Pour vider la 3e chaudière où le jus se trouve à l’état de sirop, on met en communication la partie inférieure de la chaudière avec un vase ou ballon, placé au-dessous dans lequel existe la même basse pression que dans cette 3° chaudière. Le sirop y tombe de lui-même. On ferme alors les tuyaux de communication, rétablit dans le ballon la pression atmosphérique, et vide ce vase dans des bacs d’attente. La première chaudière s’alimente du jus filtré, la 2e du jus déjà concentré de la 1” et le sirop sort de la 3* chaudière avec une densité de 18 à 20° Baumé.

Au sortir du triple effet le sirop est réchauffé, refiltré de nouveau sur le noir et cuit on grains.

Cuite en grains. — La cuisson s’opère dans des chaudières closes, fig. 15 et 16, qui sontcom posées d’une calandre en fonte ou fer, fermée à sa partie supérieure par une calotte sphérique d’où s’échappe le tuyau de dégagement des vapeurs, ou

rig. 13. Fig. 16.

bien supportant le vase de sûreté exactement comme pour le triple effet, et à la partie inférieure par une calotte dans laquelle est ménagée une vaste ouverture /i, munie d’une garniture de bronze travaillée au tour. Un clapet en bronze parfaitement dressé s’applique sur le rebord de la garniture de bronze avec lequel il forme fermeture hermétique. Le clapet se sépare de son siège par glissement horizontal, au moyen d’un bras de levier qui le soutient. C’est par cette large ouverture que l’on évacue la cuite. A l’intérieur trois serpentins de vapeur provoquent l’évaporation des sirops. L’un est contenu dans la calotte inférieure dont il épouse la forme, le second est tout à fait plan, horizontal, et placé immédiatement au-dessus du premier; le troisième est encore au-dessus et s’enroule autour de la calandre jusqu’au tiers de sa hauteur. Ces trois serpentins sont pourvus de vapeur directe, et munis de robinets valves b,c,d, dont les volants sont sous la main du cuiseur. Ces trois robinets sont portés sur une culotte commune munie d’un manomètre et d’un robinet pour l’entrée de la vapeur, ce qui permet de graduer la pression de la vapeur dans les serpentins. Ces serpentins, munis à leur autre extrémité de soupapes automatiques pour arrêter les retours d’eau qui s’effectueraient par les refroidissements, se réunissent dans un seul tuyau qui déverse leur eau de condensation dans un récipient spécial, dans

L’INDUSTRIE SUCRIÈRE

lequel une sorte de soupape hydraulique empêche la sortie trop rapide de la vapeur, et la règle suivant la quantité d’eau condensée.

Outre les robinets de vapeur, le cuiseur a encore sous la main le volant d’un robinet d’entrée du jus qui se fait sur le côté de la chaudière g, un peu au-dessus du deuxième serpentin, une sonde f ou longue tige cylindrique en bronze munie d’une encoche à son extrémité et que l’on peut tirer à soi de manière à faire sortir en dehors de la chaudière l’encoche et examiner l’échantillon de masse cuite qui s’y trouve emprisonné; un robinet à beurre e; une prise d’air assez forte fermée par un tampon à vis k, permettant de casser le vide promptement. De plus la calandre porte comme dans le triple effet un manomètre indicateur du vide; une lumière sur presque toute sa hauteur, j, garnie d’une glace; un petit regard sur l’autre face pour laisser passer la lumière d’unbec degaz ; enfin, sur le côté, un robinet deva peur directe, i, pour purger la chaudière quand elle est vide.

En sortant du vase de sûreté, la vapeur rencontre le jet d’eau qui doit la condenser. Ici le jet d'eau a une bien plus grande importance que dans le triple effet, car pour bien cuire on doit savoir à volonté modérer le degré du vide, et c’est en réglant le jet d’eau qu’on y arrive. La pompe est identique à celle du triple effet.

Avec cet appareil on pourrait se contenter d’évaporer le sirop au point de cuite, point que l’on reconnaît à la preuve, c’est-à-dire à la longueur, la forme et la rupture du filet de sucre que l’on forme en prenant une petite quantité de masse entre le pouce et l’index et les écartant brusquement. Ce sirop, au point de cuite, abandonné à lui-même, cristallise rapidement. Mais on a découvert un mode de cuisson, dit cuite en grains, dans lequel la cristallisation s’opère à la volonté du cuiseur dans l’appareil, en grains fins, moyens ou gros.

Voici d’ailleurs le nom des diverses preuves avec les températures de l’ébullition auxquelles elles se produisent.

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