‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 56 sur 95 · TOME II. — NO IV. TECH · texte numérisé non relu

TOME II. — NO IV. TECH

ENGRAIS

L’engrais E a un peu moins d’acide phosphorique que le guano dissous, mais il a sensiblement plus d’azote.

Si l’on veut un engrais plus concentré que l’engrais E, en voici la composition.

Engrais E concentré.

composition :

Azote ammoniacal . • . 0,000

t assimilable . • . 0.000 i , .

Acide phosphorique j inso)uble . 2,000 { 11,000

Chaux . 12.000

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires. 68,000

Total . 100,000

L’azote correspond à ammoniaque, p. 100 . 10,900

L’acide phosphorique à phosphate tricalcique . 24,000

C’est un engrais moins coûteux que le guano dissous et dont l'azote est en totalité assimilable.

Ainsi, si les gisements du guano viennent manquer, les engrais chimiques peuvent le remplacer et pour les prix et pour les effets.

Engrais E sans potasse n° 2

pour céréales, prairies naturelles, colza, etc.

composition :

Azote ammoniacal . 3,000

i assimilable . 14,000 ) nnn

Acide phosphorique j jnsoIuble . o.OOO ( 16<000

Chaux . 22,000

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires. 39,000

Total . 100,000

L’azote correspond à ammoniaque, p. 100 . 3,650

L’acide phosphorique à phosphate tricalcique . 35,000

Cet engrais a la même composition que le fameux pliospho-guano anglais, qu’il remplace avantageusement dans tous les usages.

D’où vient cette dénomination de phospho-guano'l c’est à M. Bobierre que nous la devons. Ce savant chimiste de Nantes a appelé ainsi certains guanos pauvres en azote et riches en acide phosphorique, par opposition à d’autres guanos, aussi du Pérou, riches en azote et pauvres en phosphates, et qu'il a appelés nitro-guanos.

Au début, les Anglais ont fabriqué leurs superphosphates avec les guanos venant du Pérou; puis ils leur ont substitué des matières azotées et des phosphates fossiles, et n’en ont pas moins continué à appeler ce produit pliospho-guano, sans que pour cela il entre un atome de guano du Pérou dans sa composition.

Livrer aux agriculteurs qui se laissent séduire par le mot guano des produits où l'azote ammoniacal est remplacé par de l’azote organique, et l’acide phosphorique assimilable par des phosphates insolubles, est chose commune contre laquelle les agriculteurs ne sauraient trop se mettre en garde et prendre leurs précautions.

LKS FORMULES.

Engrais F sans potasse

pour betteraves, carottes, choux, jardinage, etc.

composition :

Azote nitrique . . .

Acide phosphorique

assimilable . b. 000

insoluble . 1.500

Soude .

Chaux .

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires .

Total . 100.000

L'azote correspond à ammoniaque . 0/0 8.000

L’acide phosphorique à phosphate tri-calcique . . . . 14.200

Il convient aux plantes à racines pivotantes, et plus encore que l’engrais E l’emporte sur le guano par la forme nitrique de son azote, plus favorable à ces plantes que les sels ammoniacaux et les matières azotées.

Engrais F sans potasse n° 2

pour betteraves, carottes, navels, céréales de printemps, prairies naturelles, etc.

COMPOSITION

Azote nitrique . . .

Acide phosphorique

assimilable, insoluble. .

Soude .

Chaux .

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires.

Total,

L’azote correspond à ammoniaque, p. 100. . . L’acide phosphorique à phosphate tricalcique

Ce type a été réclamé par un certain nombre de cultivateurs, qui en ont compris l’utilité. 11 correspond à l’engrais F, de la même manière que l’engrais E n° 2 correspond à l’engrais E. C’est en quelque sorte un phospho-guano nitrique.

11 convient surtout à la betterave et aux plantes racines sur les terres riches en azote et en potasse, et notamment sur les défrichés de luzerne et de prairies artificielles. On peut aussi l’employer pour les céréales de printemps et poulies prairies naturelles sur les terres fortes et azotées.

Engrais G sans azote.

pour légumineuses et prairies artificielles. composition :

. . , , , l asssimilable . 5.000 )

Acide phosphorique j insoluWo . 4.500 J

Potasse .

Chaux .

Soude . - • •

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires .

Total .

L’acide phosphorique correspond à phosphate tri-calcique .

ENGRAIS

La potasse est fournie par le chlorure de potassium, recommandé dans une formule analogue par M. G. Ville, en février 1872. A l'aide de cet engrais, répandu sur les prairies artificielles (luzerne, sainfoin, trèfle), la culture s'empare de l’azote de l'air dont elle enrichit le domaine, soit par les fourrages consommés et transformés à l'étable, soit par les engrais enfouis en vert.

Engrais G sans azote n° 2

pour légumineuses, céréales, etc.

COMPOSITION

. , , . . t assimilable . 12,000 ) ,, ...

Ac.de phosphorique j insoluble . 2,0»0 ) 14’000

Potasse . 5,000

Chaux . 20,000

Soude . 1,500

Eau, acide sulfurique, silice et autres éléments accessoires. 59,500

Total . 100,000

L’acide phosphorique correspond à phosphate tricalcique, p. 100 . 50,500

11 convient aux sols riches en azote et en potasse et médiocrement pourvus d'acide phosphorique.

Telles sont les 10 formules types de la Société anonyme des produits chimiques agricoles.

Prix des engrais. — Pour des motifs de convenance que les lecteurs apprécieront, j’aurais voulu me borner, pour les questions de prix, aux renseignements que j’ai donnés sur les éléments essentiels des engrais. D’un autre côté, que signifient les chiffres relatifs aux quantités à employer des différents engrais, si le cultivateur ne peut se rendre compte de la dépense qu’il devra effectuer?

Puisque j’ai pris pour type de la composition et de l’emploi des engrais, les pratiques de la Société anonyme des produits chimiques agricoles, je suis dans la nécessité de donner les prix de cette Société. C’est un jalon, un point de repère que je dresse, mais qui n’engage en rien mon appréciation sur des questions d’ordre commercial qui ne seraient pas à leur place dans cette publication.

Du reste, je reviendrai, sans tarder, dans le domaine des généralités, en exposant les conditions de vente sur analyse et en donnant une cote des engrais, telle que la publie, toutes les semaines, la Revue commerciale du Journal d'agriculture pratique.

Les engrais du tableau suivant satisfont aux conditions ordinaires de la culture. 11 existe toutefois des circonstances spéciales dans lesquelles il peut être nécessaire de modifier plus ou moins ces formules. Dans le cas où des changements sont reconnus nécessaires, la Société anonyme, comme d’ailleurs la plupart des autres maisons, fait sur commande des engrais spéciaux, dont le prix s’établit toujours proportionnellement à leur richesse en éléments essentiels (azote, acide phosphorique, potasse et chaux).

La Société ne reprend pas les sacs qui sont toujours plus ou moins altérés par les engrais qu’ils ont emballés; si on veut rendre ces sacs utilisables à un service quelconque, il faut avoir soin de les vider aussitôt qu'ils arrivent et de les laver dans de l’eau additionnée d’un peu de lait de chaux ou de cristaux de soude.

Pour emballage en barriques, elle ajoute aux prix indiqués 0 fr. 75 par 100 kil. pour petites barriques de 150 kil. environ, ou O fr. 50 par barriques à vin.

Tableau synoptique et prix courant des engrais chimiques de la Société anonyme des produits chimiques agricoles. (1)

LES FORMULES

•siB.i.8ng

lans le .citrate d’ammoniaque alcalin et à froid. (Méthode H. Joulie.)

ENGRAIS

L’emballage en barriques doit être préféré pour les transports lointains et toutes les fois que la marchandise doit rester longtemps emballée, car elle détruit assez rapidement les sacs.

Superphosphates. — La richesse des superphosphates qui peuvent être fabriqués industriellement varie de 9 à 22 % d'acide phosphorique assimilable, et comme les difficultés et les frais de fabrication croissent avec le titre, le prix de l’unité d’acide phosphorique assimilable subit la même progression. De là, la nécessité de classer les superphosphates en trois catégories cotées à des prix différents.

Superphosphate bus litre (9 à 13 p. % exclusivement d'acide phosphorique assimilable ( 1), correspondant à 21,8, à 30, 50 p. % de phosphate soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin et à froid) : 1 fr. le degré, soit les 100 kil., suivant litre, 9 fr. à 12 fr. 95.

Superphosphate moyen titre (13 à 17 p. % exclusivement d’acide phosphorique assimilable correspondant à 30,50, à 37 p. % de phosphate soluble dans le citrate) : 1 fr. 05 le degré, soit les 100 kil., suivant litre, 13 fr. 65 à 17 fr. 85.

Superphosphate haut litre (17 à 20 p. 0/° d'acide phosphorique assimilable correspondant à 37 à 43,50 d'acide phosphorique soluble dans le citrate) : I fr. 10 le degré, soit les 100 kil., suivant titre, 18 fr. 70 à 22 fr.

Phosphates précipités. — En présence des variations nombreuses auxquelles donne lieu la fabrication, ces produits ne peuvent être cotés qu’au degré et non au kilogramme. La Société anonyme les livre à raison de 0fr,80c par

unité diacide phosphorique total.

Phosphates minéraux. — Les phosphates que livre la Société proviennent des carrières d’exploitation qu'elle possède dans le Midi et dans le Centre, régions où elle a installé de grandes usines pour le broyage et la pulvérisation de ces produits.

1° Les phosphates du Midi,, de couleur jaune plus ou moins rougeâtre, qui conviennent à toute la région du Midi pour laquelle les frais de transports ne sont pas très-élevés. Ils sont livrés en poudre très-fine et en sacs, en gare de Cahors ou de Saint-Anlonin, aux prix suivants :

idc phosphorique

Phosphate de chaux

Prix des 100 kilos

Correspondant

Sacs compris

4 fr. 50

Ces phosphates sont très-tendres et se dissolvent facilement dans la plupart des sols. Ils conviennent particulièrement aux terres de défrichement, aux prairies arides et pour le mélange avec les fumiers.

2° Les phosphates du Centre, de couleur grise ou jaune très-clair, qui conviennent à toute la région du Centre à cause de leur proximité. Ils sont livrés en poudre très-fine et en sacs, en gare de Cosne (Nièvre), aux prix suivants :

AciJo phosphorique 0/1 1

Phosphate do chaux Correspondant 30 à 35 35 40

Prix des 100 kilos Sacs compris 6fr. »

(1) On appelle assimilable, l'acide phosphorique provenant de phosphates attaqués par les acides et entièrement soluble dans le citrate d’ammoniaque alcalin et a froid, suivant le procédé publié par M. II. Joulie en 1873 et adopté par la Société ries agriculteurs de France.

LES FORMULES

Ces phosphates sont beaucoup plus assimilables cpie ceux des Ardennes. Employés aux memes usages, ils agissent plus rapidement. Ils peuvent, en outre, remplacer avec économie les noirs et les poudres d’os partout où ces produits d’un prix beaucoup plus élevé donnent de bons résultats.

Falsification des phosphates fossiles. — Malgré le prix peu élevé des phosphates fossiles, ils sont l’objet de nombreuses fraudes énergiquement signalées par M Bobierre, dans son rapport adressé au préfet sur les opérations du laboratoire public de chimie agricole de Nantes, pendant l’exercice 1877-1878.

« Si les cultivateurs de notre département, dit ce chimiste, sont désormais en « garde contre la fraude qui s'exerce sur les phosphates fossiles, leur défiance « n’est pas encore telle que, dans certains cas, on ne leur vende des mélanges « de faible valeur pour un engrais véritablement actif. C’est ainsi que le maire « de Guémené a pu envoyer au laboratoire des types de prétendus phosphates « dans lesquels les schistes des environs de Redon entraient pour la plus grande » part.

« Au reste, le mélange des phosphates se fait sur une grande échelle à Nan- <( tes, à Rennes et h Redon, et il suffit de se promener sur les quais de ces " villes pour y voir recueillir, sécher et pulvériser des matières inertes, telles - ([lie sable de délestage, résidus d’épuration de gaz, marcs de soude des savon- •i nerics, schistes verdâtres, etc., qui, bientôt associés à des phosphates du Bou- ■< lonnais et de l’Est et mis en sacs souvent étiquetés ( Phosphates fossiles), sont “ dirigés sur divers points de la Bretagne. Il n’y a évidemment que deux remè- >< des à ce déplorable état de choses :

« 1° L’instruction progressive des cultivateurs;

« 2° Une surveillance sérieuse des parquets en vue de réprimer la vente qui « s’effectue sous de fausses dénominations.

« C’est aux acheteurs, en effet, à n’acheter que sur garantie de richesse et « d’origine, et, d’autre part, c’est aux parquets à sévir toutes les fois qu’un « engrais étant vendu sous une qualification mensongère, il y a tromperie ou « tentative de tromperie sur la nature de la marchandise, cas prévu par la loi «< de 1867. »

M. Bobierre cite un prétendu phosphaste fossile vendu à C.uémené-Penfao renfermant 73,2% d’argile et de sable insolubles dans les acides, et 9,70 % de matières précipitables par l’ammoniaque dans lesquelles il n’y avait que des traces d’acide phospliorique.

Vente sur analyse. — Quelle que soit la commande effectuée, la garantie la plus certaine d'une bonne livraison sera donnée par la vente sur analyse. Voici les conditions auxquelles traite la Société anonyme des produits chimiques agricoles, et généralement adoptées dans le commerce des engrais.

1° Un échantillon est pris sur la marchandise dans les ateliers ou en gare de départ, en présence de l’acheteur ou d'une personne déléguée par lui à cet effet, au moment de l'expédition;

2" L’analyse est faite par un chimiste désigné d’un commun accord, et auquel est remis l'échantillon revêtu du cachet de la société et de celui de l'acheteur ou de son représentant;

3° Les éléments essentiels trouvés ù l’analyse sont facturés aux prix ci-aprcs indiqués, comprenant la valeur de la chaux et dos éléments accessoires non tarifiés :

ENGRAIS

Azote ammoniacal . le kil. 2fr. 80

Azote nitrique . d° 2 80

Potasse à l'état de nitrate . d° 0 8a

Potasse à l’état de chlorure ou de sulfate . d° 0 6a

Acide phosphorique assimilable suivant titre . d° lfr. àl 10

Acide phosphorique insoluble . d° 0 40

4° Ou ajoute au prix ainsi établi 2 francs par 100 kilogrammes pour frais de mélange, de pulvérisation, d’emballage et camionnage en gare d’expédition;

5° Pour toute quantité de 5,000 kilogrammes et au-dessus, les frais d’analyse sont partagés entre la société et l'acheteur,

6° Pour les quantités inférieures à 5,000 kilogrammes, les frais d'analyse sont supportés par l’acheteur seul.

Journal d’agriculture pratique, du 22 août 1878.

H r:\Ti: commercial*:.

Prix courant des engrais.

Guano du Pérou . 32 à 25

Engrais de Lamotte . 30. 00

PoudretteGoux concentrée (l’hect.) 3. 50

Engrais humain frais, le mètre

cube . 15. 00

Engrais Coignet . 30. 00

Poudr. nitr. de Bondy . 8. Oft

Engrais riche de Bondy . 30. 00

Phospbo-guano . 30. 00

Superphosphate ornithos . 18. 00

Guano azote fixé . - 33. 75

Engrais chimiques de Il.Joulie. . 14 à 33

Cours commercial des diverses matières premières pour engrais sur la place de Paris (par 100 kilogr.).

Ces cours s’appliquent à des ventes en moinsl.

gros de (20,000 à 30,000 kilogr. au Azolo

Sang desséché non moulu. .

Viande desséchée .

Cornes broyées .

Cuir désagrégé .

Matières animales torréfiées,

Laine engrais .

Nitrate de soude .

Nitrate de potasse .

Muriate de potasse .

Sulfate de potasse .

Sulfate d’ammoniaque, 20 à 21 azote. . . . • .

Muriate d'ammoniaque. 24 .

Cornes, comailles pour brûler .

Déchets fins de cornes, frisures .

Engrais alcalins, potasse, soude et magnésie (compagnie

des salins du Midi à Rerre) .

Engrais alcalins, sulfatés (compagnie des salins du Midi à

Berre) .

Phosphates des Ardennes, en gare des Ardennes ou de la Meuse, en sacs les 1,000 kVogr., pulvr'sès .

LES FORMULES

Phosphates du Cher en gare de Cosnc.

Pulvérisés 30/35 Phosphate de chaux assimilable . 60 »

Phosphates de l'Atixois, pulvérisés, 60/70 °/0 base de 65 0/° . 105 »

Avec augmentation ou diminution de lf,50 par unité et par tonne en plus ou en moins de 65 °/0

Phosphates du Midi, en gare de Cahors, Saint-Antonin et Ville franche .

Phosphates pulvérisés . 35/40 p. °/n 40 «

Phosphates précipités, 35 à 40 p. °/0 acide phosphorique . 26 29

Marne phosphatée, 25 p. °/0 phosphate . . 2.50 »

Superphosphates fossiles, 10 p. °/0 acide phosphorique soluble et

assimilable . 10 »

Superphosphates fossiles, 16 à 18 p. °/0 id . 16 18

Superphosphates d’os, 16 à 18 p. °/0 acide phosphorique . 18 20

Poudre d’os de tabletterie . 16 »

Poudre d’os bruts . 16 17

Poudre d’os dégélatinés . 17.00 10.00

Noir impalpable, 80 p. °/0 . 18 19

Noir de raffinerie (l’hectol.) . 11.00 11.50

Chrysalides 8 1/2 à 9 1/2 . 18 »

Conservation, épandage et mode d’emploi des engrais chimiques. Con servalion. — Entassés dans un lieu sec, les engrais peuvent se conserver indéfiniment sans rien perdre de leur valeur. Quand la poudre se reprend en masse, comme il arrive aux engrais contenant du sulfate d’ammoniaque, on la brise facilement en la battant avec le dos d’une pelle. — Au bout d'un temps plus ou moins long les emballages, toiles ou barils sont brûlés et perdus.

Épandage. — Les engrais chimiques doivent être répandus d’une manière parfaitement régulière à la surface du champ; aussi un bon semoir d’engrais estil indispensable pour opérer rapidement un épandage parfait. S'il ne s’agit que d'un emploi restreint d’engrais chimiques, il suffit de les mélanger à 3 ou 4 fois leur volume de terre et de les répandre à la volée, à main d’homme, sur la surface préalablement mesurée pour la dose déterminée.

Mais cette opéx-ation devient fort longue et se fait très-mal sur de grandes surfaces.

Au contraii'e, avec un appareil mené par un cheval et que l'on peut régler de manière à faire répandre par la marche la dose voulue par hectare, les engrais bien pulvérulents et parfaitement mélangés n’exigent pas d’être associés à leur volume de terre, et leur distribution uniforme s’opère avec une précision mathématique. Je me servais du semoir anglais Chambers qui réalise la perfection dans ce travail, fig. 5. Laboite d’où s’échappe l’engrais est suivie d’un appendice descendant à environ 20 centimètres de terre, et l’on peut semer même par les plus grands vents. 11 se gradue facilement de manière à répandre depuis 200 kil. jusqu’à 3000 kil. et plus à l’hectare. Avec un surcroît de 7o francs, on peut le rendre, applicable même sur les terres qui présentent des accidents de niveau importants. 11 peut servir à toutes sortes d’engrais, car sous le cylindre distributeur se trouvent des grattoirs à ressort, dont la pression peut être réglée avec la plus grande facilité selon la nature plus ou moins collante de l’engrais. Le prix de cet appareil est de 600 fr.

On ne peut obtenir des engrais de bons résultats qu'à deux conditions, c’est que la pulvérisation et le mélange des matières soient parfaitement exécutés. La pulvérisation exige un outillage spécial commandé par des moteurs puissants. Quant au mélange, si l’on n'opère que sur de petites quantités, on comprend qu’il puisse être effectué à la ferme. Les embarras commencent quand il s’agit d’opérer sur des quantités d’une certaine importance. On fait mal et surtout plus chèrement qu’en laissant les fabricants effectuer les mélanges. Aussi les agriculteurs qui ont voulu entrer dans cette voie se sont vus forcés d’y renoncer.

Quant à la fabrication des superphosphates dont la description est si simple, les matières sur lesquelles il faut opérer sont si variables dans leur composition, avant et après leur traitement par l’acide sulfurique dont l’emploi doit varier

Fig. 5. — Semoir anglais Chambers.

en conséquence, qu’il faut ne rien connaître à cette industrie pour penser à l’acclimater dans les exploitations rurales. J’ai dirigé assez longtemps une fabrication de superphosphates pour me croire autorisé à parler dans ce sens. Que certains agriculteurs, placés dans des conditions spéciales, trouvent avantage à organiser sur leur domaine cette fabrication, on le conçoit : mais avant de généraliser, comme s’il s’agissait, par exemple, de répandre des phosphates sur les fumiers, il faut compter avec des difficultés pratiques dont bien peu viendront à bout.

Dans l’épandage des engrais chimiques, au moment des semailles, il faut tenir compte de deux points importants : 1° l’engrais ne doit jamais être mis en contact avec la semence dont il gêne la germination ; 2° il doit être placé dans le sol, aussi haut que possible, afin que les jeunes racines le trouvent immédiatement. Il descend ensuite sous l’influence des eaux.

D’où il résulte qu’il faut répandre l’engrais sur le labour qui se fait au moment de la semaille, le mélanger par un coup de herse et semer ensuite au semoir mécanique ou à la volée. Si l’on craint, dans le cas delà volée, de ne pas opérer un bon mélange, on répand l’engrais avant le dernier labour qu’on fait peu pro-

LES FORMULES

fond, on sème et on passe la herse. Le système qui consiste à répandre en même temps la semence et l'engrais dans la même ligne, au moyen d’un semoir spécial, même en les faisant séparer par une couche de terre, doit être rejeté. Pour les plantes à racines pivotantes, on peut répandre l’engrais en deux fois, moitié avant et moitié après le dernier lahour, pour qu’il soit uniformément placé dans toute la couche arable.

Pour la vigne et les arbustes, on verra plus loin comment il convient d’opérer.

Moment favorable. — Pour les céréales, quand on emploie du sulfate d’ammoniaque seul, il vaut mieux le répandre en couverture au printemps, par un temps calme et sec, pour éviter de faire adhérer l’engrais aux feuilles. Quand la pluie ne tarde pas à arriver après l’épandage, c’est une heureuse circonstance qui fait produire à l’engrais son maximum d’effet utile.

La pomme de terre, le colza, la betterave peuvent aussi recevoir des fumures additionnelles, lorsque la saison est déjà avancée, en ayant soin de donner un binage, immédiatement après l'épandage de l’engrais.

Aux prairies irriguées ne jamais répandre les engrais qu’après l’irrigation et non immédiatement avant, afin d’éviter l’entraînement, parles eaux, des matières fertilisantes.

Pour les prairies naturelles ou artificielles non irriguées, il faut répandre les engrais à l’automne. Si on emploie ensemble fumier et engrais chimiques, ce n’est qu’après avoir enfoui le fumier qu’on répand l’engrais comme il a été dit.

4° La culture à l’aide des engrais chimiques. — Bonnes préparations du sol arable, bonnes fumures, telles sont les deux conditions essentielles du succès agricole. Pour l’emploi judicieux des engrais, nous allons d’abord considérer deux cas extrêmes, entre lesquels viendront se placer les différents degrés de fertilité : 1er cas. Terres fertiles n’ayant besoin que d’êtres entretenues ; 2e cas. Terres stériles qu’il faut améliorer. D’où résultent deux systèmes d’emploi des engrais chimiques.

for Cas. Terres fertiles — Ici les phosphates fossiles mélangés au fumier pour en faciliter la désagrégation, suffiront souvent pour entretenir le sol d’acide phosphorique. La potasse fera rarement défaut; on n’en donnera qu’aux récoltes qui en exigent le plus.

Le plâtre sera employé à raison de 400 à 500 kilog. à l’hectare sur les prairies artificielles.

Dans la plupart des cas, la marne est employée pour modifier l’état physique du sol, mais elle apporte un contingent de calcaire qui n’est pas sans effet. Si la chaux manque au sol, il sera utile d’en répandre 1000 à 1500 kilog. à l’hectare, tous les 2 ou 3 ans.

Quant à l’azote, l'aspect des récoltes, et le champ d’expériences permanent indiqueront dans quelle mesure et comment il faudra l’employer.

Lorsqu’un blé semé à l’automne, sur fumure ancienne, se montrera chétif et jaune au printemps, il faudra sans hésiter lui administrer en couverture, 50 à <30 kilog. de sulfate d’ammoniaque, par hectare, suivant la gravité du mal.

2e Cas. Terres stériles. — Chaux et phosphates, tels sont les engrais indispensables dans les débuts de toute entreprise de défrichement. La chaux dégagera l’azote des composés humiques et le rendra assimilable. La potasse provenant des feuilles et des brindilles accumulées sur le sol et décomposées, ne manquera pas. L’acidité de ces terres rend facilement assimilable l'acide phosphorique des phosphates fossiles qui suffiront au début. En peu d’années la transformation sera opérée et on retombera dans les cas d’une terre fertile,

ENGRAIS

Examen rapide des principales cultures au point de vue de l’emploi des engrais chimiques. — Nous allons exposer très-brièvement ce qui concerne, à ce point de vue : 1° les plantes de grande culture et d’assolement; 2° les cultures permanentes et spéciales.

Les assolements. — On appelle assolement, l’ordre spécial, dans les cultures, suivi dans chaque contrée pour une exploitation agricole. Maintenir la terre dans un état satisfaisant de propreté est une condition indispensable, si l’on ne veut pas voir les céréales étoufl’ées par les mauvaises herbes. De là, une plante sarclée, ou la jachère d’autrefois, ouvrant les assolements.

Avant l’apparition de la doctrine des engrais chimiques, dans le but de produire du fumier suivant les données de l’ancienne école, je faisais des luzernes sur des terres spéciales hors assolement, et je soumettais les terres labourables à l'assolement de six ans qui suit :

t,e année. Plante sarclée fumée.

2e — Vesces pour fourrage.

3e — Blé.

4e — Trèfle.

oe — Avoine.

G" — Blé.

Pour la succession du blé à l’avoine, je suivais le conseil de Mathieu de Dombasles qui, sur un rompu de trèfle, recommande ce procédé. L’exagération fourragère m’avait même conduit à mettre, à la première année, du maïs pour fourrage comme plante sarclée.

J’entretenais, après constructions coûteuses, en animaux de travail ou d'élevage tout ce que je pouvais. Quant au blé, après avoir prélevé pour les semences, les gages des maîtres-valets et des solatiers loués pour les trois mois d’été, ce qui leur revenait, il m’en restait très-peu à porter au marché. Je n’avais pas toujours assez d’avoine pour mes attelages. Au point de vue de l’ancienne théorie, je touchais à la perfection, mais très-peu aux écus.

Il y a loin, n’est-ce pas, lecteur, de ce système à celui que j'ai expose avec le

B Lé-plante- sarclée ?

Un assolement assez répandu est le suivant :

lre année. Plante sarclée.

2e — Blé.

3° — Trèfle.

4° — Blé.

L’assolement triennal, premier progrès effectué sur le système pastoral , était ainsi :

lre année. Jachère.

2e — Blé.

3° — Petite céréale.

Le fourrage était cultivé à part pour le peLit nombre d'animaux qu’on entretenait. Le colza étant intervenu on le mit à la place de la jachère, du moins en partie. On fumait ce qu'on pouvait, mais toujours fort peu. Dans le midi, les propriétaires des terrains argileux ont cultivé de tout temps le maïs ; il en est de même pour les alluvions très-riches, tels que ceux de la Garonne. Suivant le degré de fertilité, le blé succède au maïs, après une année de jachère, ou immédiatement sans jachère. Dans ce dernier cas, on se trouve en présence de la fameuse culture appelée dans le sud-ouest blé et millet , uue des plus intensives.

LES FORMULES

sans contredit, au point de vue de l'épuisement du sol. Mais il est bon d’ajouter qu'on ne livre à cette culture que quelques champs d'une rare fertilité. Dans le midi, la luzerne n’entre jamais dans les assolements, comme cela a lieu dans le nord ; elle est faite sur des terres qu’on sait lui convenir et on l'y laisse le plus longtemps possible, 7 à 8 ans ordinairement. Après défrichement, le terrain est soumis à diverses cultures sans ordre bien arrêté.

Avec l’usage des engrais chimiques, le fumier s’emploie toujours au commencement de la rotation, en fournissant ensuite, chaque année, à la plante (pie l’on cultive, un engrais chimique approprié.

Dans tous les cas, le champ d’expériences permanent et la balance des cultures, faite à l’aide des tables de Wolfî, permettront de calculer assez approxitimavement les restitutions à opérer pour un bon entretien du sol.

Plantes sarclées. — On appelle plantes sarclées, en agriculture, celles dont le sarclage est facile, c’est-à-dire qui sont habituellement cultivées avec un assez large espacement.

La betterave. — Betterave à sucre. Elle fait la prospérité de l’agriculteur du nord et tend à gagner jusqu’au-delà du centre de la France.

Elle prospère dans tous les sols profondément ameublis. A 40,000 kilog. de produit à l’hectare, elle couvre les frais nombreux que sa culture réclame. On peut concilier l’intérêt du cultivateur qui veut la quantité avec celle du fabricant de sucre qui veut la richesse saccharine en portant ses soins : 1° sur le choix de la graine; 2° sur le mode de culture et surtout sur l’espacemeat de la betterave sur le champ ; 3° sur le choix judicieux des engrais. On peut se procurer de la graine produisant des racines dont la richesse varie de 12 à 16 °/o de sucre. L'espacement qui paraît le plus convenable tant pour la qualité que pour la quantité est de 30 à 35 centimètres entre les lignes et de 25 centimètres sur les lignes. On obtient, en serrant ainsi, des betteraves peu développées qui passent pour donner le plus de sucre. Le rendement moyen oscille entre 50,000 et 60,000 kilog. à l'hectare.

Composition d'une récolte de betteraves. — Dans 50,000 kilog. de betteraves, il y aurait, d’après les tables de Woltf :

Acide pliosphorique . 55 kilog.

Potasse . 200

Soude . 40

Chaux . 25

Azote . 80

De sou côté, M. G. Ville soutient qu’on peut produire, par des moyens qu’il est sur le point de publier, de grosses betteraves très-riches en sucre. 11 y a donc encore désaccord sur ce point.

Quant aux engrais, le plus convenable est l’engrais B, à la dose de 1000 kilog. à l’hectare. — Une dose de fumier de 50 à 60,000 kilog. à l’hectare donne des betteraves salines peu sucrées. Il vaut mieux fumer avec 30,000 kilog. seulement de fumier et ajouter 1000 kilog. d'engrais E sans potasse. Le sulfate d’ammoniaque et le nitrate de potasse employés seuls donnent de mauvais résultats. — Le guano du Pérou n’apportant que des quantités très-faibles de potasse amène forcément l’épuisement de cet alcali; alors le sol est frappé de stérilité et a pris, comme on dit, la maladie du guano. On y remédie par des engrais riches en potasse. — Les tourteaux de graines oléagineuses n’apportent que de l’azote organique.

Betterave fourragère. — Il faut obtenir de celte betterave des récoltes maxima

ENGRAIS

par des engrais abondants et azotés sans se préoccuper de sa richesse en sucre.

Carotte. — Elle a les mêmes exigences que la betterave fourragère.

Pomme de terre. — La pomme de terre veut un sol meuble, d’humidité

moyenne, de là le bon effet du fumier employé frais. — Elle a une préférence très-marqué pour la potasse et l’acide pliosphorique. Les rendements oscillent entre 20 et 30,000 kilog. à l’hectare. Dans une récolte de 25,000 kilog., il y a, d'après les tables de Wolff :

Azote . 80k00

Potasse . 1 40.00

Soude . 2.60

Chaux . 5.00

Acide phosphorique . 42.50

Tandis qu’on a pu, dans la betterave, remplacer la potasse par la soude, on ne le peut pas dans la pomme de terre. — La dose de 40 kilog. d’azote par hectare suffit à ce tubercule qui, par ses fanes, prend à l’air une grande partie de cet élément.

On choisira, suivant les terrains, entre les engrais C, D, E, G, avec doses variant de 300 à 1000 kilog. à l’hectare.

En fournissant à la pomme de terre beaucoup de potasse et peu d’azote, on la place dans les conditions les plus favorables pour lui éviter la maladie.

Topinambour. — Racine fourragère peu répandue, malgré sa propriété de pouvoir rester en terre pendant les gelées, parce qu’elle salit le sol en se ressemant d’elle-même. — Avec l’engrais G, on peut lui faire produire 50,000 kilog. à l’hectare.

Maïs. — Dans le sud-ouest, une récolte de maïs donnant 30 hectolitres de grain par hectare, vendu 10 à 12 francs l'hectolitre, est considérée comme satisfaisante. Quand on veut, comme on dit, châtier une terre où le blé est sujet à la verse, on y fait du maïs, ce qui prouve que le maïs épuise la terre d’azote.

Si l’on prend 45 hectolitres de grain à l’hectare comme récolte obtenue, les tables de Wolff donnent pour un tel produit :

4,000 kilogr.

grain.

4,000 kilogr.

paille.

Total.

Azote .

Acide phosphorique .

Potasse .

Soude .

Magnésie .

11 faut au maïs des terrains argileux, dits terrains forts ou des alluvions frais; les terrains argilo-siliceux appelés boillbcnes, dans le sud-ouest, lui conviennent aussi, mais moins bien que les précédents, à moins de pluies fréquentes, ce qui est l’exception dans le midi. Azote et acide phosphorique, voilà, d’après ma propre expérience, les éléments qu’il faut au maïs, en supposant la terre suffisamment pourvue de potasse et de chaux.

Le maïs pour fourrage donne aussi de très-bons rendements, du moins celui qu'on sème en avril, mais il est fait à part, sans entrer dans les assolements.

Le maïs Caragua, précieux pour l’ensilage, réussira bien avec 30,000 kilog. de fumier et 400 kilog. d’engrais E sur les terrains calcaires ou marnés et riches en potasse. Si on ne met pas de fumier, on doublera la dose de l’engrais E.

LES FORMULES

Colza. — Le colza donne dans le nord des rendements plus élevés et plus réguliers que dans le midi où il ne m’a jamais donné que de chétifs produits. C’est Valtise, puce de terre, qui dévore la fleur et réduit presque rien les plus belles apparences. C’est grand dommage, car cette récolte laissant la terre libre dès le mois de juin, on pouvait, avant l’arrivée de la grande sécheresse, donner un labour et former un excellent guéret pour le blé à semer en octobre.

Le colza ne passe pas, dans le midi, peut-être à cause des petits rendements qu’il y donne, pour épuisant ; on a toujours de beaux blés sur le colza assez peu fumé. Si l’on suppose une récolte de 40 hectolitres de grain à l'hectare (résultat inconnu dans le midi), ce qui fait 2,720 kilog. de grain, plus environ 4,000 kil. de tiges, feuilles et crêtes, il y a d’après Wolfï :

2,720 kilogr.

grain.

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