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LE CONTROLE DES ENGRAIS

Nous croirions être très-incomplet dans notre travail, si nous passions sous silence deux institutions cpii rendent tous les jours des services de premier ordre à l’agriculture ; ce sont la Société des agriculteurs de France, et les Stations agronomiques ou agricoles.

En ce qui concerne spécialement le commerce des engrais et surtout la répression de la fraude, les rapports qui se sont établis entre ces deux institutions ont eu pour résultat une série de règles formant un code pratique que les agriculteurs doivent connaître, s’ils veulent voir réalisée par la loi la protection dont elle entend les couvrir (1). De leur côté, les fabricants de bonne foi y trouvent leurs intérêts légitimes efücacement sauvegardés.

Nous croyons donc rester dans le vif de notre sujet, en exposant dans cette étude les efforts qui sont faits pour moraliser le commerce des engrais et les résultats acquis dans ce sens.

l°Les stations agricoles. — A la séance du 14 février 1873 de la session générale annuelle de la Société des agriculteurs de France, l’ordre du jour ayant appelé la question des stations agronomiques, M. Barrai, secrétaire perpétuel de la Société centrale d'agriculture disait : « Il s’agit des moyens de multiplier « les stations agronomiques, en indiquant ce qu’elles doivent être pour le plus « grand progrès de l'agriculture. Je rappellerai que M. Boussingault, en créant « son laboratoire de Bécbelbronn, qui est maintenant malheureusement en ter- « ritoire allemand, a donné le premier exemple d'un laboratoire d’essais expé- « rimentaux, ayant en vue les recherches chimiques et physiologiques agricoles. « Cela a été imité en Allemagne, où ces institutions sont aujourd’hui très- « répandues, et rendent les plus grands services (2). »

La fondation de la première station allemande par Crusius de Saillis, à Mœckern, près Leipzig, date de 1854; en 1868, l'Allemagne comptait déjà vingt-huit établissements.

En 1868, abstraction faite du célèbre laboratoire de Bécbelbronn d’où sont sorties les plus belles études agronomiques de M. Boussingault, le gouvernement, après s’être renseigné sur l’organisation des stations allemandes, fit établir à Nancy la première station agricole fiançaise.

Il faut reconuaître que cette excellente réimportation arrivait en France dans les conditions les plus favorables à sa rapide extension. M. G. Ville et son savant collaborateur, M. Joulie, étaient au fort de la tourmente qui s’était déchaînée sur la doctrine des engrais chimiques. Le champ d’expériences de Vincennes et les conférences qu’on venait y suivre, avec un intérêt passionné, de tous les points de la France et de l’étranger, entraient dans leur période de célébrité. En limitant à quatre, (azote, acide phosphorique, potasse et chaux), les éléments essentiels dont l’homme doit se préoccuper pour la production végétale, et surtout en prouvant l’absorption directe de l’azote de l’air par les plantes, M. G. Ville posait un théorème précis qui dégageait l'économie agricole des obscurités et des incertitudes que ni le génie de Liebig ni les efforts de ses prédécesseurs n’avaient pu dissiper. La dénomina-

(1) Loi de 1867, parfaitement commentée par M. Joulie dans son Guide.

(2) Comptes rendus des travaux de la Société des agriculteurs de France, t. IV, page 236.

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tion d 'Engrais complet qui soulevait l’indignation des partisans de la vieille formule prairie, bétail, céréales, résumait une doctrine qui, après avoir fait établir des milliers de champs d'expériences conformément aux instructions du maître, passait du domaine des essais à celui de la pratique. De son côté, l'industrie des engrais parfaitement éclairée sur la portée de la réforme qui partait du muséum, sur le nombre, les proportions et la nature des éléments quelle devait livrer à l’agriculture, commençait à voir le capital lui venir en aide, et fondait des établissements dont l’importance et la prospérité toujours croissantes n’ont rien à envier aujourd'hui à ceux que l'on remarque en Angleterre et en Allemagne. La découverte! des riches phosphates du Lot, de l’Aveyron et de Tarnet-Garonnc, tout en posant aux géologues des problèmes qu’ils sont loin de résoudre encore, venait de donner A la fabrication des superphosphates un vigoureux essor. Les Anglais qui nous enlevaient ces précieuses matières, en venant les exploiter chez nous, voyaient des compagnies puissantes s’établir à leur côté pour la même exploitation et retenir sur le sol français ce qui sortait de ses entrailles et devait conserver et accroître sa fertilité. De nombreux laboratoires privés, dont plusieurs officiellement patronnés par les autorités compétentes, se mettaient à la disposition des fabricants et des agriculteurs, pour asseoir le commerce des engrais sur des bases scientifiques et honnêtes. Les sociétés d’agriculture, les comices, les congrès scientifiques portaient leur attention sur la révolution agronomique qui s’accomplissait autour d’eux. Jamais les questions agricoles n'avaient provoqué cette animation, cette fièvre qui caractérise l’esprit français dans ses manifestations.

Il était facile de prévoir que la semence qui nous était rapportée d'Allemagne, et dont le premier germe s'était manifesté dans le laboratoire privé de Béchelbronn, trouvant en France un terrain si bien préparé, ne pourrait que donner les meilleurs résultats. Aujourd’hui la France possède environ vingtcinq stations agronomiques, nombre qui ne peut que s'accroître rapidement et dans les meilleures conditions de vitalité et de progrès, sous le régime d’ordre et de liberté issu de la volonté de la nation.

Le fonctionnement de ces établissements et la nature des travaux qui les concernent sont parfaitement définis parM. Barrai, dans la séance que j’ai citée.

« Que doit être une station agronomique ? C’est un établissement où l’on <. entreprendra tout d'abord des expériences utiles A l’agriculture, en vue de « rendre service aux agriculteurs, chaque jour, par l'analyse de leurs engrais, de a leurs terres et des produits de leurs cultures; en second lieu et surtout, dirai-je, a 0(1 l’on s’occupera de résoudre toutes les questions qui seront de nature à u faire faire des progrès à l'agriculture, tant sous le rapport de la mécanique que a de la physiologie; en troisième lieu, enfin, où on fera des recherches scientia tiques utiles.

Le savant sociétaire nous apprend « qu’en Allemagne, les stations reçoivent a successivement des élèves qui, après être restés quelque temps dans l'une a d’elles, s'en vont dans une autre. Les stations se spécialisent ; les unes s’oea cupent d'analyses chimiques, les autres de physiologie animale ou végétale ; a celle-là de viticulture, etc. »

Dans une sphère plus modeste, les laboratoires agricoles ont surtout en vue l’examen de sujets intéressant directement l’agriculture et la région où ils sont établis, et se chargent de toutes les analyses d’engrais, de plantes, de terres et d'eaux qui leur sont soumises.

11 n’y a pas lieu d’insister davantage sur une institution dont le public agricole intelligent reconnaît aujourd’hui la haute utilité, et dout le personnel, partout honnête et capable, compte dans son sein des sommités scientifiques.

LES FORMULES

Tous 1rs chimistes sont d’accord sur ce point que ce qu’il importe à tout agriculteur de connaître, c’est le taux pour cent de substances utilisables par les plantes (acide phosphorique, azote, potasse et chaux), que contient l’engrais qu’il achète, et que l'analyse chimique peut seule le renseigner à ce sujet.

En restant sur ce terrain, les stations agricoles, comme les autres bons laboratoires privés, rendront de très-grands services à la fabrication, au commerce et à l’emploi des engrais. Mais on a voulu étendre leurs attributions en les investissant d’une espèce de contrôle officiel et permanent des fabriques. Suivant ce système, un fabricant traite par abonnement à l'année avec une station pour le contrôle de toute sa fabrication; le chimiste a le droit de se rendre à l’improviste, et quand il le veut, dans l’usine, de prendre échantillon, d'analyser, de publier la composition des engrais préparés, et de mettre au ban de l’opinion tout fabricant pris en fraude.

Ce pouvoir d’inquisition et de dénonciation établissant en quelque sorte Y exercice des fabriques, remis à de simples particuliers non assermentés et échappant, par conséquent, en cas de forfaiture, à une pénalité spéciale, pouvait engendrer, en l’absence de sanction légale, les plus déplorables abus. Aussi ce système a été énergiquement repoussé par la presse agricole et par la Société des agriculteurs de France. Le 24 février 1875, à la réunion générale de cette société, M. H. Vilmorin déposait son rapport dans lequel on remarque le passage suivant qui maintient les stations agricoles dans les justes limites de leurs attributions.

« Mettre à la portée de l’agriculture des analyses sûres et rapides, voilà ce « qu'il convient de demander avant tout aux stations agricoles et aux laboratoires « d’essais. Il n'a pas semblé à votre commisssion que le système du contrôle des « fabriques d’engrais par les stations agronomiques, tel qu’il existe dans une « partie de l’Allemagne, s’adaptât très-bien aux idées ni aux habitudes fran- « çaises. L’espèce d’association ou de communauté d’intérêts qui résulte de « rapports ainsi établis ne paraît pas sans inconvénients; aussi, tout en rendant « justice aux bons résultats que cette organisation produit dans certains cas, la « commission a-t-elle été d’avis qu'il est désirable de voir la situation des direc- « teurs de stations rester complètement indépendante, en apparence comme en <> réalité.

« C’est l’opinion qu'elle a adoptée et soutenue quand elle a dû donner son « avis sur l’opportunité d’accorder l’appui pécuniaire de la Société aux labora- « foires agricoles de Bourges, de Châteauroux et d’Auxerre, c’est celle que, >< dans l’intérêt de l’agriculture, elle s’efforcera toujours de faire prévaloir lors- « qu’elle aura à se prononcer sur des fondations nouvelles du même genre. »

A la suite de ce rapport, les résolutions proposées par la commission et adoptées par l’assemblée sont les suivantes :

« 1° La vente sur titre, d’après une formule stipulée par les parties, devrait « être employée à l’exclusion de toute autre dans le commerce des engrais » industriels. »

« 2° II est important que tout échantillon d’engrais devant servir à une analyse « concluante soit pris dans les formes et avec les précautions recommandées » par la commission des engrais dans ses résolutions du 26 novembre 1873 et « du 10 juin 1874. (Voir le Bulletin de 1874, pages 30 et 189.)

« 3° La commission demande que la Société dos agriculteurs de France con- " linue à contribuer par son influence, ses encouragements et ses ressources, à " la création de stations agronomiques et de laboratoires d’essai, pouvant » mettre à la disposition du public agricole des arfalvses chimiques sûres et « rapides.

ENGRAIS

« 4° La Société des agriculteurs de France est d’avis que le contrôle des

engrais sera fait de la manière la plus utile par les stations agronomiques et « les autres bons laboratoires publics ou privés, au moyen des analyses qui leur « seront librement demandées.

« 5° Elle est d’avis que le système qui consiste à faire contrôler les usines par ■■ une station agronomique recevant uu intérêt sur les ventes de l’usine doit être « repoussé. »

Ces décisions, remarquables par leur netteté, n’ont pas besoin de commentaire.

2° Travaux de la Société des agriculteurs de France. — En présence

dos plaintes incessantes de l’agriculture au sujet du commerce des engrais, il était du devoir de la Société des agriculteurs de France, après avoir épuisé tous les moyens d’information que comporte une aussi grave et délicate question, de faire connaître il l'agriculteur les formes par lesquelles il doit procéder pour conserver et défendre son droit, et les modes d’analyse qu'il peut accepter pour les vérifications. Deux ordres de travaux se présentaient ; l’un relatif au côté légal, l’autre au côté scientifique de la question. De là, formation de deux sous-commissions, réunissant chacune les hommes les plus compétents pour arrêter la part du programme qui leur incombait. Dans le procès-verbal de la séance du 26 novembre 1875, nous trouvons l’avis sommaire suivant, présenté par M. Durand-Claye, au nom de la sous-commission qui avait été chargée d’étudier le côté légal de la question. — Je le cite entièrement à cause de quelques dispositions dont l’application a soulevé des critiques non dénuées de fondement, et auxquelles, dans l'intérêt de tous, il convient de répondre et de donner satisfaction s'il va lieu.

« 1° Les engrais ne doivent pas 'être soumis à un contrôle obligatoire et « légal, analogue à celui des matières d’or et d’argent.

« 2° Le contrôle ne peut s’appliquer qu’aux produits pour lesquels l'acheteur » et le vendeur sont formellement convenus d’une garantie déterminée (par « contrat).

« 3° Le contrôle des engrais, ainsi spécifié, peut s’exercer sur toutes les ma- « tières fertilisantes.

<i 4° Le contrôle ne peut s’appliquer qu'aux engagements pris dans le contrat « de vente, et aura pour objet, suivant le cas, de vérifier simplement la nature

de la matière fertilisante ou sa composition et son titre, suivant la garantie c donnée.

« 3° L’échantillon doit être prélevé au moment de la livraison, c’est-à-dire à « l’instant où l'engrais est pris en charge par l’acheteur, et les parties sont <> invitées à faire entre elles des conventions bien précises pour indiquer à quel <■ moment la marchandise est au compte de chacun et à quel moment l’éclian- « tillon doit être pris.

« C° La prise d’échantillon sera faite en présence du vendeur et de l'acheteur « ou de leurs représentants.

« Cet échautiîlon sera dédoublé et enfermé dans deux flacons destinés à « se suppléer et à se compléter l'un l’autre. L'authenticité de ce double échan- « tillon sera établie par cachets, poinçons, étiquettes. Les échantillons seront <■ déposés dans un lieu convenu entre les parties.

« 7° Vu la possibilité de modifications assez rapides dans la composition « de certains engrais, il convient de restreindre à un court délai, quinze jours « à un mois par exemple, l’époque à laquelle l’échantillon pris contradictoire- « ment devra être soumis à l’analyse.

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« 8° La manière de composer l’échantillon et de le prélever sur la masse de « l’engrais, de manière à lui donner une composition moyenne, est intimement « liée à la nature de l’engrais.

« Il convient d’établir une classification des matières fertilisantes et de fixer « des règles spéciales pour chaque classe. »

Le travail ultérieur pour la fixation des règles à suivre pour l’échantillonnage a été demandé à M. Joulie, par la commission qui en a voté l’insertion au Bulletin. Nous le reproduisons ici tel qu’il se trouve annexé au procès-verbal de la séance du 10 juin 1874 (1).

Note sur l’échantillonnage des engrais. — Sous le rapport de leur homogénéité, les engrais et, en général, les matières fertilisantes peuvent être classés en trois groupes distincts.

Premier groupe. — Les engrais pulvérulents, c’est-à-dire les engrais qui ont subi des manipulations et ont été passés au moulin; ces produits, s’ils sont bien fabriqués, doivent être sensiblement homogènes.

On peut réunir au même groupe les sels en petits cristaux, tels que nitrates, sels ammoniacaux, sulfates et chlorures, etc., qui bien que moins finement divisés, sont aussi à peu près homogènes.

Pour toute cette classe de produits, qui est de beaucoup la plus nombreuse, le moyen le plus simple et le plus convenable de procéder à l’échantillonnage est de plonger dans les sacs ou dans les barriques qui les contiennent une sondede 23 à 30 millimètres de diamètre, et assez longue pour aller jusqu’au centre du sac ou de la barrique. Chaque emballage doit être sondé par les deux bouts, de manière à en retirer une quantité de produits qui représente un cylindre le traversant de part en part, et contenant par conséquent, une portion aliquote de toutes les couches qui ont été formées en le remplissant.

Le produit de divers sondages est réuni dans une terrine ou sur une grande feuille de papier. On le brasse à plusieurs reprises pour en faire un mélange très-intime, et l’on remplit immédiatement le flacon d’échantillons.

Dans cette opération on doit avoir soin :

1° De sonder un nombre de sacs ou de fûts assez grand pour qu’il représente au moins un dixième de la partie à échantillonner;

2° De mettre immédiatement l’échantillon, pesant 200 ou 300 grammes, dans un flacon bouché et cacheté, et de ne le laisser jamais exposé à l’air, pendant un certain temps, afin qu’il ne puisse ni se déssécher ni gagner de l’humidité. A plus forte raison, doit-on bien se garder de l’enfermer dans des sacs en étoffe ou dans du papier. A défaut de flacons, la seule enveloppe admissible serait une boite de fer-blanc, mais les flacons sont préférables à tous égards ;

3° Enfin, de munir les flacons d’étiquettes prises dans les cachets, et portant la date de la prise d échantillon et l’indication exacte des marques constatées sur les emballages.

Deuxième groupe. — Le second groupe comprend tous les produits naturels ou fabriqués qui n’ont pas été passés au moulin et contiennent des mottes plus ou moins volumineuses, dures ou humides, disséminées dans une masse grossièrement brisée. Tels sont les guanos, les poudrettes, les superphosphates, etc., etc.

Pour ces produits, on peut encore employer la sonde et procéder comme précédemment, mais seulement lorsqu’on n’y rencontre pas de parties dures que la sonde ne peut pénétrer, et qui resteraient, par conséquent, en dehors de 1 échantillonnage. Toutefois, comme ils sont moins homogènes que les produits

(1) Bulletin de la Société, t. VI, p. 101.

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du premier groupe, il est nécessaire de sonder un plus grand nombre d’emballages, tous si cela est possible.

S’il y a des parties dures, la sonde ne peut être employée. Il faut alors vider un sac ou une barrique sur dix, former de leur contenu un tas, le passer à la claie, briser, au moyen d’un pilon ou d’un marteau, les mottes ou les cailloux qui ne passent pas, jusqu’à ce que le tout soit passé. Le mélange est ensuite fortement brassé à la pelle et réuni en un tas, que l’on divise en quatre parties aussi égales que possible. Deux de ces parties sont rejetées, et les deux autres, mêlées'de nouveau, servent à former un tas plus petit que le premier et qui est traité de la même façon, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu’on n’ait plus que quelques kilogrammes, sur lesquels on prélève alors de quoi remplir les tlacons qui devront contenir chacun au moins iiOO grammes du produit.

Troisième groupe. — Le troisième groupe comprend les engrais minéraux peu homogènes, tels que phosphates en roche, pierre à plâtre, chaux vive, etc. I; ‘échantillonnage de ces matières ne peut être opéré qu’au moment du chargement sur wagons, sur bateaux ou sur chars. On en inet de côté une brouettée ou un panier, sur 10 ou sur 100, suivant l’importance de la partie. Lorsque le chargement est complet, la partie mise en réserve est portée au moulin, et c’est sur la poudre quelle produit qu’on prend ensuite échantillon, comme il a été dit au premier groupe.

En dehors de ces trois groupes, il existe encore :

1° Les engrais liquides, qui sont de tous, les plus homogènes et, par suite, les plus faciles à échantillonner, puisqu'il suffit d’agiter la masse et d’en remplir une ou plusieurs bouteilles;

2° Des engrais pâteux et peu homogènes, tels que fumiers, boues de voiries, curures de fossés, etc. Il est à peu près impossible d’échantillonner avec exactitude ces sortes de produits. On aura, toutefois, une approximation la plupart du temps suffisante, en prélevant une centaine de kilogrammes sur chaque wagon ou sur chaque voiture, mélangeant ensuite tous ces prélèvements le mieux possible et prenant échantillon sur leur masse.

La sous-commission des chimistes chargée du côté scientifique a eu pour mission de faire une revue complète des procédés d’analyse, de manière à indiquer ceux qui méritent confiance et ceux qui doivent être rejetés.

Ils ont été fixés pour l’azote et l’acide phosphorique ; reste la potasse, dont le meilleur procédé de dosage est à l’étude et à la veille d’être discuté et de recevoir une solution. La chaux a été laissée de côté, parce qu’elle n’a qu’une trèsfaible valeur, et qu’il importait de s’occuper tout d’abord des éléments les plus importants.

On n’a pas été longtemps à se mettre d’accord sur les procédés à prescrire pour doser l’azote, élément pour lequel il faut distinguer trois formes : l’azote organique, l’azote ammoniacal, l’azote nitrique.

La question de l’acide phosphorique était plus délicate. Voici dans quels termes l’a résolue la commission des chimistes en adoptant la méthode cilrouranique proposée par M. Joulie.

1" En ce qui concerne le dosage de l’acide phosphorique total dans les matières fertilisantes :

Considérant que l’analyse dite conmerciale des phosphates (dissolution dans l’acide nitrique et précipitation par l’ammoniaque) permet de livrer de l’oxyde de fer et de l’alumine sous le nom de phosphate de chaux;

Considérant que le dosage de l’acide phosphorique à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien par la méthode au citrate d’ammoniaque, bien que donnant des résultats beaucoup plus exacts que l’analyse commerciale, donne

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encore lieu à des erreurs importantes, soit en plus, soit en moins, suivant que l'on emploie un excès plus ou moins grand de sel de magnésie pour entraîner l'acide phosphorique ;

Attendu, au contraire, que la méthode publiée sous le nom de méthode cilrouranique, donne des résultats parfaitement exacts et constants dans toutes les mains suffisamment exercées; *

La Commission des engrais recommande aux essayeurs cette dernière méthode pour la détermination de l’acide phosphorique total contenu dans les phosphates, les superphosphates et les engrais. Elle engage, en outre, les cultivateurs à stipuler dans leurs marchés que les vérifications seront faites par cette méthode, sans aucune modification.

2° En ce qui concerne les distinctions à établir entre les divers états de l'acide phosphorique :

Considérant que le but de la fabrication des superphosphates est de rendre les phosphates naturels plus solubles dans le sol, et plus facilement assimilables par les végétaux;

Considérant que la solubilité dans l'eau de l'acide phosphorique contenu dans ces produits subit des variations qui ne permettent pas de la prendre pour mesure de l’efficacité réelle du traitement industriel qu'ils ont subi, surtout lorsque ces produits sont d'origine minérale ;

Considérant que la partie attaquée par les acides, bien qu’insoluble dans l’eau pure, jouit néanmoins d’une plus grande solubilité dans le sol, que le phosphate inattaqué ;

Attendu qu'il résulte des faits vérifiés par la Commission, que le citrate d’ammoniaque, en solution alcaline et à froid, dissout, dans les superphosphates, la totalité des phosphates attaqués, sans toucher aux phosphates naturels inattaqués;

Attendu encoi’e que la question de savoir si la partie soluble dans l’eau ne jouit pas d’une grande efficacité agricole, au moins dans certains cas, que la partie soluble seulement dans le citrate d’ammoniaque, ne peut encore être tranchée d'une manière définitive, les expériences comparatives faites jusqu’ici n’étant pas suffisantes;

La Commission est d’avis que, pour apprécier complètement un superphosphate, il faut connaître les quantités d’acide phosphorique qu’il contient :

1° A l’état soluble dans l’eau;

2° A l’état insoluble dans l'eau, mais soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin, employé exactement suivant le procédé dont la description sera annexée aux présentes conclusions;

3° A l’état soluble à la fois dans l'eau et dans le citrate d’ammoniaque.

Toutefois, dans les cas où on pourrait trouver trop compliqué de faire faire trois dosages, la Commission appelle l’attention des agriculteurs sur la nécessité de spécifier sur lequel des trois états devra porterie dosage, attendu que l’unité d’acide phosporique soluble dans l’eau a une valeur plus élevée que l'unité d’acide phosphorique soluble dans le citrate, qui, lui-même, l’emporte de beaucoup sur l’acide phosphorique insoluble dans l’eau et dans le citrate.

Ainsi, grâce aux travaux de la commission des engrais, les agriculteurs savent aujourd’hui ce qu'il faut se faire garantir quand on achète un engrais ; ils connaissent les formes par lesquelles il faut procéder pour conserver et défendre son droit ; et, sauf ce qui a trait à la potasse, ils savent quels sont les procédés d’analyse qu'ils peuvent accepter. Si donc ils continuent à se laisser tromper, ils n’auront à s’en prendre qu’à leur propre négligence, contre laquelle aucune loi ni aucune publication ne sauraient les garantir.

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3° Objections concernant les décisions de la Société des agriculteurs de France. — On a élevé trois objections à l’encontre des décisions de la Société des agriculteurs de France et concernant: l°la prise d’échantillon; 2° la multiplicité et les frais d’analyse ; 3° la rétrogradât ion des superphosphates. Voyons cpiel degré de valeur il faut attribuer à chacune de ces objections.

trc objection concernant la prise d'échantillon. Tout fabricant, soucieux de sa réputation aussi bien (pie de ses intérêts, stipulera que la marchandise est au compte de l’acheteur au moment de la livraison, au départ de la fabrique, et que la prise d’échantillon aura lieu par conséquent à ce moment, car faisant des expéditions en même temps sur des points très-nombreux, il lui est impossible de sc trouver ou même de se faire représenter partout à l'arrivée des marchandises. De plus, il peut survenir en route des avaries qui mettraient sur lui la présomption de fraude, s'il venait, justement néanmoins, à les invoquer contre la valeur de l'échantillon. Donc la prise d’échantillon sera faite, à de rares exceptions près, au départ, en présence du vendeur et de l'acheteur ou de ses représentants. Nous admettons qu’il sera facile, dans la plupart des cas, aux consommateurs importants d'avoir un représentant pour assister à la prise d'échantillon au départ ; mais il faut considérer que les petits acheteurs, de beaucoup les plus nombreux, contre lesquels s'exerce presque impunément la fraude, en supposant qu'ils se décident à accepter les frais d'analyse, ne se déplaceront pas, et que généralement, ils n'auront pas de relations suffisantes pour pouvoir se procurer un représentant.

Avant d’exposer une proposition ayant pour but de remédier à ce grand inconvénient, examinons la seconde objection qui pourra trouver sa solution dans le moyen proposé pour la première.

2° objection concernant la multiplicité et les frais d’analyses.

En fait, les gros consommateurs font exception ; les petits sont très-nombreux et ils n’achètent qu’au moment de mettre l'engrais eu terre. 11 en résulte que si tous les preneurs, au même moment, exigent une analyse dans le plus bref délai, les laboratoires seront surchargés d’une besogne dont ils ne viendront pas à bout.

En l'état actuel, on peu L affaiblir la portée de cette objection, eu engageant les cultivateurs à grouper leurs ordres et à faire procéder pour plusieurs à une seule livraison analysée (pii, atteignant 6,000 k i 1 . , réduira les frais partagés entre vendeur et acheteurs il 1 pour 100 du prix de la marchandise.

Pour parer plus complètement aux inconvénients signalés par la 2e objection et répondre à la première que uous avons réservée, on pourrait, me semble-t-il, étudier la valeur pratique d’une proposition qui m’a été soumise par le directeur d’une grande fabrique d’engrais, et que je soumets à mon tour à la sagacité et à l'expérience des hommes compétents. En voici la substance :

L’État est invité à établir dans chaque grand centre de production d’engrais un échantillonneur-juré, assermenté, soumis par conséquent, au cas de forfaiture, une pénalité spéciale, pour être préposé à la prise d'échantillons et à leur conservation, dans un bureau spécial, conformément aux instructions de la Société des agriculteurs de France. — Cet employé marquera chaque enveloppe (sac ou baril) de la livraison d’une marque particulière. — Son traitement sera payé par les vendeurs et les acheteurs au moyen d’un pourcentage sur les ventes, avec un minimum garanti par l’État. — Les échantillons seront conservés pendant un an dans le bureau légal de l’échantillonneur, temps à l’expiration duquel l’acheteur aura le droit de faire analyser, au cas où l’engrais n’aurait pas produit les résultats qu’il en attendait. Rien ne s’oppose, d’ailleurs, à faire analyser lors de la livraison, si le preneur le demande.

Il y aurait dans cette institution, me disait l’auteur de la proposition, une

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menace permanente et salutaire contre les fraudeurs, et un moyen de réduire l’opportunité des analyses aux cas de contestation qui se présenteraient.

3° objection concernant la rétrogradation des superphosphates.

Après ce que nous avons dit, dans notre première partie, sur les phosphates, il est facile de venir à bout de cette objection.

Tous les superphosphates provenant des phosphates minéraux sont sujets fi la rétrogradation, quelle que soit l’origine de ces derniers, et la rétrogradation persiste tant qu’il y a de l’acide phosphorique eu liberté, condition dont la durée peut être pour ainsi dire indéfinie, si la masse n’est pas remuée. Il est donc inexact de dire que la rétrogradation n’a pas lieu avec certains phosphates minéraux, et qu'en tout état de cause elle cesse à un moment donné que le fabricant doit attendre pour livrer sa marchandise.

Nous avons vu que la partie des superphosphates soluble dans le citrate d'ammoniaque et que nous appelons assimilable contient l’acide phosphorique du phosphate acide et celui du phosphate neutre. Elle contient aussi l’acide phosphorique qui s'est combiné il l’oxyde do fer et à l'alumine, ainsi que l’a démontré M. Millot. C’est cette partie qu’il faut se faire garantir pour éviter toute contestation, alors même qu’on demanderait l’analyse bien plus d’un an après la livraison; car n’aurait-on que du phosphate bi-calcique, et des phosphates de fer et d’alumine de récente formation, ces produits sont tout aussi assimilables que le phosphate soluble mono-calcique, puisqu’ils se dissolvent tout aussi bien que lui dans le sol. Ceux qui prétendent que l'essai par le citrate d’ammoniaque ne signifie rien parce que ce réactif n’existe pas dans le sol, ignorent absolument la théorie de l’assimilabilité dont nous avons donné l’explication.

Les plus grandes fabriques d’engrais, telles que les manufactures de Saint- Gobain, Cliauny et Cirey, et la Société anonyme des produits chimiques agricoles, garantissent leurs titres à l’analyse parle citrate d’ammoniaque.

Les seuls phosphates n’éprouvant pas de rétrogradation sont ceux qui se trouvent dans le guano et dans les produits d’os qui n’ont ni alumine, ni fer pour saturer l’acide phosphorique. Mais faut-il, à cause de ce privilège, rejeter de la consommation agricole les immenses richesses que les phosphates minéraux lui olfrent après leur traitement par l’acide sulfurique? Même employés sans le traitement sulfurique, les phosphates minéraux en se décomposant lentement enrichissent le sol en acide phosphorique. Dans les terrains acides, c’està-dire contenant de l’humus, ce qui se reconnait à leur couleur noire ou au moins brun-noirâtre, les phosphates minéraux produisent les plus remarquables elfets.

Tous les phosphates, ceux du guano compris, ne sont absorbés par les plantes qu’après être passés à l'état de phosphate de fer, base dont tous les sols sont très-largement pourvus. Néanmoins la quantité d’acide phosphorique que l’analyse révèle dans les plantes ne correspond pas aux quantités de fer absorbé. « Aussi, dit M. Joulie, le problème de l’assimilabilité, en ce qui concerne l’ac- « tion du sol, reste, malgré tout, enveloppé de profondes obscurités. » En résumé, on peut accepter, avec la confiance que seuls méritent les résultats scientifiques, la détermination de l’acide phosphorique assimilable par le citrate d’ammoniaque. Ainsi tombent les réclames de certains vendeurs de guanos qui n’hésiteraient pas un instant, pour être les seuls à trafiquer, à faire proscrire tous les produits qui ne font pas partie de leurs affaires, oubliant cette maxime salutaire que la concurrence est l'dme du commerce.

Pour le même motif, d'autres prétendent, sans preuves à l’appui, que le bi-phosphate des phosphates précipités n’a pas la valeur du bi-phosphate des superphosphates. C’est uniquement parce que les maisons qu'ils représentent pour les superphosphates ne fabriquent pas de pliosphales précipités, qu.e ces

ENGRAIS

commerçants cherchent à discréditer ces derniers produits. Ils invoquent des expériences qui n'ont jamais existé que dans leur imagination. Le citrate d'ammoniaque remet les phosphates précipités à leur véritable place, à côté des superphosphates, auxquels ils ne le cèdent en rien sous le rapport de l’efficacité agricole, lorsqu'ils sont bien préparés.

4° Du titre à exiger. — Au nombre des conditions qu'on doit stipuler quand on achète des engrais, il en est une fort importante que les cultivateurs peu éclairés laissent facilement tourner contre eux par des négociants déloyaux qui surprennent leur bonne foi. Cette condition se rapporte au litre, c'est-à-dire au quantum pour cent de chaque élément utile contenu dans l'engrais.

Voilà nos engrais, leurs qualités, leurs prix, dit le voyageur ou le représentant d une maison, voilà leurs dosages, leur titres, pour le contrôle desquels j'accepte le laboratoire bien posé que vous voudrez bien me désigner; il y a plus, je vous garantis le tout à l'état sec.

Certains cultivateurs entendent par cette dernière clause qu’il s'agit d'une livraison arrivant chez eux sans l’humidité qui rend souvent les engrais collants. D'autres croient qu’en commandant, par exemple, 1 sac d’engrais de 100 kilos facturé à 30 fr., ce qui met le kilogramme à 0r,30 ils ont droit à cet envoi sans humidité. Si donc à l'analyse on trouve 20 pour cent d’eau, ce n’est plus, d’après leur croyance, que 80 kilogrammes à Or,30 le kilogramme qu'ils ont à payer.

Dans les deux cas, l’acheteur, s'en tenant à sa définition mentale, accepte, signe le marché et le tour est joué.

Pour le vendeur les mots qaranlic à l'état sec ont une tout autre signification. Supposons qu’il s’agisse d'une expédition de guano pour lequel il a été garanti, à l’état sec, 1 1 % d'azote et 13 °/0 d’acide phosphorique.

Pour vérifier l’exactitude de la livraison, le chimiste fait d'abord sécher la matière en la soumettant, dans une étuve, à la température de 100 degrés; il fait ensuite l’analyse et trouve effectivement 1 1 % d'azote et 13 % d’acide phosphorique ; le cultivateur n'aura rien à réclamer. Cependant la matière, en se desséchant, a perdu 20 % de son poids, si tout en payant 100 kil. de guano, l’acheteur n'en a reçu réellement que 80 kilogrammes au titre garanti. 11 est donc déçu dans la proportion de 20 %, car il a consenti le prix de 100 kilogr. en vue de recevoir 11 kilogr. d'azote et 13 kilogr. d'acide phosphorique, tandis qu'il ne reçoit pour ce même prix que 8k,8ü0 d’azote ei I0k,400 d’acide phosphorique. Il aura beau prétendre qu'il n'avait pas compris de la sorle les termes du marché; on lui répond qu’on ne peut accépter que les interprétations fournies par la science, et il paie, jurant mais un peu tard qu'on ne l'y prendra plus.

Une manière d’enlever la clientèle à des maisons loyales et sérieuses repose encore sur la manœuvre de l étal sec. Elle consiste à composer un prospectus dans lequel on déclare, au bas de la page qui sert de couverture, que les dosages sont garantis à l'état sec. Les pages intérieures donnent les compositions des divers engrais, mais en ne mentionnant que les titres des éléments utiles, titres plus élevés que ceux présentés par les maisons qui tiennent compte de l'humidité de l'état normal : mais comme on s’est gardé de répéter, à chaque tableau de dosage, la condition de garantie à l'état sec, on se présente comme livrant à prix égal un produit plus riche, ou à richesse égale un produit à meilleur compte. Il est rare qu'un cultivateur peu éclairé et trop confiant ne soit pas pris au piège. Alors commence la manipulation frauduleuse dont voici un exemple.

Un guano titrant 10% d’azote à l’éfat sec, peut recevoir un copieux arrosage

LES FORMULES

sans cesser de donner le même litre à l’analyse. Le marchand l’achète aux consignataires et le fait analyser. Le chimiste lui trouve une richesse de 9 °/o d’azote avec 10 °/0 d’humidité, soit 10 % d’azote à l’état sec. On arrose les sacs avec de l'eau qu’ils absorbent. Leur poids augmente. L’humidité monte à 25 et même 30 %. Les 100 kilogrammes sont devenus 115 à 120 kilogrammes ; la matière est en pâte, mais elle dose toujours 10 % d’azote à l’état sec. Le marchand peut vendre au même prix, et même à un prix inférieur des maisons honnêtes, tout en réalisant un bénéfice de la à 20 °/0, et sans s’exposer aux sévérités de la loi.

Comme on va en juger, on est allé loin dans ce genre d'escroquerie qu'on pourrait appeler le vol à l'état sec.

M. Bobierre, de Nantes, dans le rapport déjà cité, rend compte, en ces termes, d’une scandaleuse opération qui s’est produite dans son département.

« Un assez grand nombre de communes ont été visitées par des commis- « voyageurs qui, non contents de tromper les cultivateurs en faisant miroiter « à leurs yeux les propriétés fantastiques de superphosphates prétendus très- « supérieurs, leur ont, sous des prétextes divers, extorqué leurs signatures. 11 <( est résulté de cette manœuvre, en ce moment déférée à la justice, que les .i agriculteurs se sont trouvés, à leur insu, acheteurs au prix de 33,34 ou 35 fr. « d'un engrais livrable et 'payable à Paris (1). Cet engrais, dont le bulletin de « garantie portait : 2 à 3 % d’azote, — minimum 2, puis 26 à 30 °/o de plios- « phate soluble ou rétrogradé, — minimum, 25, — n’offrait pas cette richesse, O déjà minime eu égard au prix de vente, car une mention spéciale placée au <i bas du bulletin de vente portait que le chimiste ne devait opérer qu’ après « avoir séché la matière.

s Quarante-deux analyses de ces phospho-guanos'onl été faites et ont fourni « les chiffres suivants :

Acide phosphorique soluble et rétrogradé, correspondant à 20, 73

de phosphate de chaux . 9,50

Azote organique et ammoniacal . 1,80

Phosphate de chaux insoluble . 2,00

« En réalité, la valeur de l’engrais, à l'état où il était livré, n’atteignait pas « la moitié du prix de vente, et les cultivateurs à qui on avait demandé leur « signature sous prétexte d’une simple formalité, étaient engagés dans des « proportions qui ont été ruineuses pour quelques-uns d’entre eux.

« Dans quelques circonstances très-rares et qui ne se sont produites que dans « les derniers temps, les bulletins de garantie ne portaient plus la mention « restrictive à laquelle j’ai fait allusion plus haut. Quelques superphosphates « vendus ne renfermaient que

Azote 1,58 °/0 au lieu de 2 à 3 °/0

« Acide phosphorique soluble et rétrogradé, 8,3 correspondant à 18,11 de « phosphate, au lieu de 25 à 30 °/0.

« Ces différences ont donné lieu à des réclamations soumises en ce moment « aux tribunaux.

« En ce qui concerne la répression de telles fraudes, il est certes fort désira- « ble que l'initiative des parquets protège les agriculteurs ; mais ce qui est « plus désirable encore, c’est que ces derniers apprennent à se défendre eux- « mêmes. Beaucoup d’entre eux se figurent que les tribunaux peuvent em-

(1) Cette clause spéciale à entraîné l’incompétence des tribunaux de la Loire-

Inférieure.

TOMK 11.

NOl'V. TECH .

•• pêcher tel négociant de leur vendre un engrais au double de sa valeur. Le u comice agricole central s'est efforcé , dans des publications diverses, de ramener les cultivateurs ;’i une plus saine appréciation des choses, en leur <( démontrant que si les manœuvres illicites sont punissables, les questions de h prix échappent le plus souvent aux tribunaux. »

Quelques chimistes, heureusement fort rares, ayant intérêt à établir des prix comparatifs, pour favoriser certaines maisons, veulent que les envois d’échantillons à analyser soient accompagnés d'une lettre indiquant le prix d'achat et. autant que possible, le dosage déc’aré par le vendeur.

M. Robicrre, dans une note qui accompagne le passage que nous venons de citer, donne un précieux exemple de 'délicatesse en déclarant que, sauf le. ras de fraude considérable, il s'est scrupuleusement abstenu de déduire de lu composition eh i mit/ ne la valeur réelle de /' engrais analysé.

Les industriels qui font usage de la garantie par litre sec s’appuient sur ce que la quantité d'humidité peut varier suivant des circonstances qu'il n'est pas possible de dominer, surtout quand la marchandise n'est plus sous leur surveillance. C’est fort bien, mais il faut avoir le soin de faire suivre la garantie du titre sec de l'humidité tolérée et sur laquelle les maisons loyales établissent leurs prix courants. Si on garantit 10 °/0 d’azote à l'état sec, et qu’en même temps on stipule que la marchandise ne contiendra pas plus de 12 °/o d'humidité, on arrive facilement par le calcul à savoir à quel prix on paye le kilogramme d'azote. Supposons, en effet, que le prix des 100 kilogr. soit de 30 fr. ; les 100 kilogr., après la perte des 12 % d’humidité, se réduiront à 88 kilogr., dans lesquels il devra exister 10 °/o d'azote, soit 8 kilogr., 80 pour les 88 kilogr.

On paiera donc 30 fr. 8 kilogr., 80 d’azote, soit — - — = 3 fr. 40 le kilogr. Dans

ce cas, la garantie de 10 u/<> à l’état sec correspond à une garantie de 8,80 % à l'état normal.

Mais si la tolérance d humidité n'est pas indiquée, il devient impossible de se rendre compte de la richesse réelle du produit, et le marchand en profitera certainement pour tromper l’acheteur. Le seul moyen de faire cesser les scandaleux abus qu’engendre la garantie du titre, à l'état sec. c’est de n’acheter toute espèce d’engrais qu’au poids et sous la garantie du titre à l'état normal.

Malgré toutes les précautions qu'on pourra prendre, avouons qu’en matière d’engrais, comme en toute autre chose, il y aura toujours des fraudeurs ; car ou peut dire de la fraude ce que disait un grand homme d'état sur une autre question, qu’il n'est pas possible de faire une loi assez forte pour empêcher de violer la loi.

On peut rationnellement conclure de ce qui précède que la ditfusion de l’instruction au sein des populations rurales sera la plus forte digue i opposer à la fraude avec quelques chances d’efficacité.

VISITE A L’EXPOSITION

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