‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 59 sur 95 · III. — VISITE A L’EXPOSITION · texte numérisé non relu

III. — VISITE A L’EXPOSITION

1° Exposition française. — Au Trocadéro nous avons à mentionner l'Exposition de M. G. Ville, organisée par les soins du ministère de l’agriculture. Elle résume d’une manière claire et méthodique, au moyeu de tableaux et d'échantillons de plantes, la doctrine des engrais chimiques.

Albums photographiques, livres, correspondance avec les agriculteurs et les savants, instruments et appareils de laboratoire, spécimens remarquables de cultures dans le sable calciné, rien ne manque de ce qui peut contribuer il mettre en relief les travaux du maître.

Au fond, cette exposition nous montre que, depuis 1S67, époque des premiers entretiens agricoles donnés au champ d’expériences de Vincennes, aucun fait physiologique de quelque importance ne s'est dégagé du laboratoire du Muséum. La seule nouveauté, éclose on 1<S7C, est l’entrée de M. G. Ville dans la question de l'alimentation du bétail, et il faut convenir, avec les physiologistes compétents, que la tentative du professeur pour appliquer au règne animal les lois qui régissent le régne végétal, et ranger dans la même synthèse ces deux règnes, lui a suggéré une théorie très-séduisante, nous l’admettons, mais dont la valeur scientifique n'est rien moins que démontrée.

L’Exposition du Trocadéro insiste par des photographies et des échantillons venus des champs de Vincennes sur les résultats donnés par les pois avec des engrais minéraux, et par la vigne privée de potasse. Cet arbuste accuse nettement un fait qui, tous les ans, s'accentue davantage, c’est qu’au champ de Vincennes la potasse lui est indispensable ; privée de cet élément, il dépérit, dès les premières phases de la végétation, et ne donne aucun produit à la récolte. Faut-il en conclure que la polassc est la dominante de la vigne ?

M. Boussingault s’est élevé, dès 1848, contre cette opinion, en montrant par de nombreuses analyses que la vigne consomme moins de potasse que la plupart des autres cultures. De son côté, M. Joulie, en appliquant àcette recherche les notions de rapport dont il a démontré l’importance, prouve que, pour une même quantité d’acide pliosphorique, la vigne absorbe plus de chaux et moins de potasse que la plupart des autres cultures. En prenant l’acide pliosphorique pour unité, voici les chiffres qu’il a trouvés :

Acide

pliosphorique

Potasse.

Soude.

Chaux.

Magnésie.

Vigne .

Froment mùr. . .

Fromenten fleurs.

Pommes de terre

(tubercules). . .

betterave (racines,.

Foin de prairie. .

D'où il résulte que, sans nier le rôle très-marqué que joue la potasse dans la végétation de la vigne, les horticulteurs qui, en ce temps de phylloxéra, veulent tenir leurs vignobles en grande vigueur, doivent se préoccuper au mpins autant de l’acide pliosphorique et de la chaux que de la potasse.

En faisant remarquer que les plantes de la famille des Icf/umineuscs, commo les pois, viennent fort mal au champ de Vincennes, quand on ne leur fournit pas de potasse, et fort bien dans le cas contraire, on peut en conclure, sans

ENGRAIS

analyse chimique, que le sol est pauvre en potasse ; d'où le résultat si net pour la vigne.

Enfin ne quittons pas le pavillon agricole du Trocadéro sans mentionner la déclaration de M. G. Ville au sujet de la betterave. A la suite de la première des conférences de celte année, données au champ d’expériences de Vinccnnes, il a annoncé qu’il était à la veille de publier des résultats qui prouveront que la betterave peut être volumineuse, par conséquent cultivée avec l’espacement nécessaire à une vigoureuse végétation, et malgré cela et à rencontre de la croyance actuelle, acquérir un titre élevé en sucre, à la condition de la traiter par des fumures déterminées d’engrais chimiques. On comprend avec, quel intérêt agriculteurs et fabricants de sucre attendent une publication de cette importance.

Rendons-nous maintenant au Champ de Mars, à l’annexe de la classe al où sont exposés les nombreux échantillons de l'industrie Française des engrais.

Les progrès accomplis dans la fabrication des engrais depuis notre dernière exposition sont considérables. Parfaitement fixée sur les éléments qu'il fallait introduire dans les engrais et sur leur assimilabilité, cette industrie a vu les capitaux s’otfrir à elle pour développer rapidement et dans une large mesure ses moyens d'action.

De leur côté, les agriculteurs ont prodigieusement augmenté leurs demandes; ils ont compris que n'arriver au fumier que par le fumier est une voie bien longue et souvent ruineuse, et ils ont appelé partout ;’i leur aide des engrais industriels.

De là la splendide exposition que nous allons rapidement parcourir.

11 y a quelques années à peine, on citait tout au plus une dizaine de maisons françaises dans l’industrie et le commerce des engrais, tandis qu’aujourd’hui on en compte des centaines.

Soixante-sept industriels ont exposé et l’on peut affirmer que chez tous des efforts sérieux ont été tentés pour mériter la confiance du public agricole.

Les nombreuses matières d’origine organique qu’on nous montre prouvent le prix que l'on attache à la production de l'azote, cet élément si demandé sur le marché et qui serait le défaut de la cuirasse des engrais chimiques, si la végétation n’avait le moyen de nous donner presque pour rien ce que l'on achète aujourd’hui si chèrement.

Les produits phosphatés de toutes provenances, mais uniquement de fabrication française, occupent unelarge place dans les vitrines et démontrent qu’ils sont capables par leur abondance et leur efficacité d'empêcher le drainage des capitaux de l’agriculture au profit de l’étranger.

Quant à l'élément potassique, c’est l'Allemagne qui, par le chlorure de potassium des mines de Strassfürt, en Prusse, nous le livre encore au prix le plus bas, mais le traitement dcscaux mères des marais salants de la Méditerranée par les admirables procédés de Halard, et celui des cendres de varechs pour l’extraction de l’iode, assurentàla fabrication française, sans sortir du sol national, deux sources inépuisables de potasse.

Nous ne pouvons évidemment, dans cet exposé, citer que les maisons les plus importantes, ou inunies de procédés nouveaux, n’ayant d'ailleurs nullement l'intention de jeter un discrédit quelconque sur celles que nous ne mentionnerons pas.

La compagnie parisienne du gaz expose des cristallisations splendides de sulfate d’ammoniaque, ce sel si recherché et qui ne vaut pas moins actuellement de ai- fr. les 100 kil.

On sait que cette compagnie ne livre pas ce produit aux fabricants d'engrais, mais bien directement aux agriculteurs à qui cilr vend V à .'> francs au-dessous

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des cours, les faisant bénéficier de la sorte de la remise qu'elle serait obligée de faire aux premiers. Comme le sulfate d'ammoniaque revient à cette compagnie à environ 17 fr. les 100 kil. , on voit quelle a de la marge avant de craindre une concurrence sérieuse pour cet article.

La maison Lesage et C'e, ancienne compagnie liiclier, dispose autour de Paris,

pour les vidanges, de 4 voiries d’où elle extrait une masse considérable de sul fate d’ammoniaque. Elle compose d’excellents engrais complets ou incomplets pour toutes les cultures.

Nommer la Société anonyme des manufactures de glaces et produits chimiques de Saint-Gobain, Chauny etCiiey, c’est faire l’éloge des engrais qu’elle livre à l’agriculture.

Le guano du Pérou et le guano dissous du Pérou de MM. Dreyfus frères et Cie, sont connus partout.

ENGRAIS

Outre les guanos du Pérou dont ceux des Iles de Cliincas ont, pendant 3 ans, fourni le monde agricole d’un engrais riche et homogène, on répand dans le commerce d’autres matières ayant la même origine, le même mode de formation, c’est-à-dire des déjections d'oiseaux marins, et qui ne contiennent guère q\ie du phosphate de chaux. Ces guanos sont importés de la Bolivie, (Méjiilones), (les iles de Baker, Malden, Howland, Starbuek, Lacepède, Browse, etc. Ils sont très-peu riches en azote parce que les régions d’où ils viennent n’ont pas le climat sec du Pérou où la pluie est chose inconnue.

Les îles Chincas ayant été épuisées en 1870, après avoir fourni 8.000.000 de tonnes, ou a exploité les iles de Ballestas, Macabi et Guônape épuisées à leur tour par l’extraction de 2. 000. 000 de tonnes. On exploite actuellement la côte Sud du Pérou où se trouvent des gisements considérables de guano dans la province de Tarapaca, à Pahellon de Pica, Huanillos, Pu nia di Lobas, Palache, etc. En 1874, on a estimé à 8 millions de tonnes la quantité de guano que peut fournir cette province.

La carte ci-jointe (fîg. 7). montre la situation des divers gisements épuisés ou en cours d’exploitation.

Il parait que de nouveaux gisements non encore enregistrés pourront être mis en exploitation et fournir pour longtemps encore de l'azote et de l’acide phosphorique à l’agriculture. Quand à retrouver l’uniformité de richesse du plemier guano des iles Chincas, on n’y compte pas ; aussi le guano dissous du Pérou, auquel on donne, par des mélanges, une homogénéité constante, est destiné, dans un temps peu éloigné, à remplacer complètement le guano brut du Pérou pour leqnel, comme va nous le prouver M. Bobierrc, de .Nantes, le plomb Pèrunvien n'esl plus vue garantie.

Voici quels sont à peu près les chiffres de la consommation annuelle, dans les différents pays :

Angleterre .

France .

Belgique .

Allemagne .

Divers pays Européens.

Amérique (Etats-Unis' Indes occidentales. . .

Maurice .

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