‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 60 sur 95 · Tonnes · texte numérisé non relu

Tonnes

L'abaissement de la grande variété de richesse des gisements actuels doivent mettre en garde le public agricole contre les guanos de mauvaise provenance et surtout contre les revendeurs.

A cet égard voici comment s'exprime M. Bobierrc dans le même rapport à .M. le Préfet, sur le contrôle des engrais dans la Loire Inférieure, pendant le dernier exercice.

« L'exploitation de gisements nouveaux par le gouvernement péruvien a créé « dans le commerce du guano la plus déplorable confusion. On sait quelle fut « pendant de longues années la composition riche et uniforme du type fourni •> par les lies Ohinchas. La compagnie Dreyfus fut en mesure plus tard d'appro- ■> visionner l’agriculture avec les guanos, guanupe et macabi, dont 197 essais » m'uvu ienl donné :

M.icali. . .

Guanape. .

i Acide phosphorique.

1 Azote .

( Azote .

> Acide phosphorique.

VISITE A L’EXPOSITION

« Ultérieurement, les guanos de Pabellon de Pieu et de Panta de Lobos , dans « lesquels la dose d’azote descendit à 5 et 8, b °/0 furent exploités. Enfin l’extrac- « tion du guano de Lobos de Tierra et de Lobos de Afuera fournit des engrais «> renfermant quelquefois :

Azote . 2,5 à 4,5 "/t

Acide phosphorique . •. . 23 20

ii Dans ces conditions nouvelles, la vente sur analyse fut adoptée, mais les « avantages qu’elle réalisa pour les acheteurs compétents furent plus que eomk pensés par la multiplicité de types offerts aux cultivateurs ignorants. Pour i beaucoup d’entre eux, en elfet, le plomb du gouvernement péruvien apposé •-< sur les sacs semble comporter une garantie; or, loin d'être une garantie, il « représente un danger. Les marchands des petites localités, en elfet, vendent « le plus souvent à un prix très-élevé et qui dépasse quelquefois 34 fr. les :< 100 kil. des guanos à 2, b et 3 % d'azote. En présence d’un tel état de choses, « on est conduit à regretter l’époque où la compagnie Dreyfus oll'rait à la eon- « sommation deux ou trois sortes de guanos presque identiques par la compoi< sition et sous un plomb d’origine qui, au moins, garantissait une richesse à h peu près uniforme. S’il est démontré qu’il est désormais impossible, soit à « l’aide du stock encore considérable de l'ancienne compagnie adjudicataire, .< soit par l’exploitation de gisements nouveaux, de constituer des types régu-

i liers de guanos riches, ce sera un devoir pour les chimistes de mettre l’ache- •i teur en garde contre le plomb péruvien, et de proclamer, dans toutes les occa-

ii sions où ils pourront le faire, que l'apposition de ce plomb est un danger et « non nne garantie.

« A l’appui de ce raisonnement, je crois devoir mentionner la richesse et le <i prix de vente de quelques échantillons qui [m’ont été soumis par des cultiva- « tours :

Acide phosphorique

Azote .

0o ; Acide phosphorique

’( Azote .

..0 j Acide phosphorique * ’ ù Azote. . .

« Ces chiffres démontrent suffisamment la nécessité d’acheter les guanos sur « garantie d’analyse; mais ce qu’ils démontrent aussi c'est que le plomb d’ori- K gine est malheureusement un passeport pour certains guanos inférieurs dont « le prix de vente est véritablement excessif. »

Falsification du guano. — Au moment même, dit le Journal d'agriculture pratiquc(isLOùl 187b), où le ministre de l’agriculture adressait aux préfets et aux présidents des comices des circulaires ayant pour but de prendre des mesures contre la fraude en matières d’engrais, l’Académie des sciences recevait de M. Ferdinand Jean une note sur des substances servant à falsifier les guanos.

Depuis quelques années, d’après M. Jean, il arrive à Dunkerque des quantités importantes d’une matière pulvérulente d'un brun jaunâtre, dont l’unique débouché se trouve dans la fraude des guanos. C’est surtout l’agriculture belge, mais aussi l’agriculture française qui a à souffrir de cette fraude, dont la pratique s’exerce sur une assez large échelle, puisqu’il arrive annuellement,. rien qu’à Dunkerque, plus de 1 million de kilogr. de ce produit que l’on fabrique en Angleterre d’une façon toute spéciale.

li,40 5, 4t> 7,05 2,10 10,05 2.95

Prix de vente. 35 fr.

L’auteur de la note a eu l’occasion d'analyser un échantillon de cette matière qui offre, sous le rapport de la couleur et de la densiLé, la plus grande analogie avec les guanos actuellement exploités; elle est inodore, neutre, presque >ans saveur, laisse à la calcination des cendres incolores, et peut être mélangée dans une proportion considérable avec le guano, sans en modifier la couleur ni l’aspect.

Soumise à l’analyse, elle a donné les résultats suivants :

Eau . 16,80

Sulfate de chaux . 63,50

Phosphate de chaux avec trace d’ozvde de fer et

d’alumine . 22,06

Silice . 0,50

Carbonate de chaux . 1,60

Chlorure de sodium . 3,71

Matière organique azotée desséchée à 110 degrés. . . 1,80 Azote 0,3 “/•

M. Jean pense que la matière organique azotée, qui donne à ce mélange de plâtre et de phosphate de chaux la couleur du guano, doit être le produit que l’on fabrique en Angleterre sous le nom d’ulmate d’ammoniaque en désagrégeant et en faisant dissoudre, par l’action de la vapeur d’eau sous forte pression, des chifibns de laine ou d’autres matières riches en azote.

La propriété que possède ce mélange de laisser des cendres incolores est fort précieuse pour les fraudeurs, et ils en tirent habilement parti, car ils savent (pie les agriculteurs belges ont pour coutume de calciner, dans une cuiller de fer, les guanos qu’on leur propose, et de n’accepter, comme exempts de falsification, que ceux qui laissent des cendres blanches.

Cette fraude, signalée par M. Jean, est d’autant plus dangereuse qu’elle est pratiquée d’une façon fort adroite et quelle ne peut être décélée que par une analyse chimique assez approfondie.

La maison Couplet père et fils cl Cie a pris pour source de l’azote qu'elle introduit dans ses excellents engrais les matières animales torréfiées. M. Hervé- Maugon, dans son rapport de juin 1873, à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, s’exprime ainsi, au sujet des procédés employés par ces industriels pour la préparation d’engrais, avec des débris de substances animales, qui étaient jusqu’à présent rejetés comme sans valeur.

« Les déchets de cornes, les sabots des animaux, les poils, les débris de cuir, « les chiffons de laine ainsi que les os, etc., ne peuvent pas aisément être réduits « en poudre et se décomposent avec une très-grande lenteur; c’est ce qui s’opo pose à ce qu’ils soient utilisés par l’agriculture malgré leur richesse en élé- « mepts fertilisants. M. Coignet, pour les mettre en état d’être avantageusement « employés, leur fait subir une dessication ou plutôt une torréfaction qui s'arrête « au point où leur nature serait altérée... On obtient ainsi un produit très-riche

dont on peut former des mélanges ayant un titre constant, et on a utilisé des „ matières qui, jusqu’à ce jour, étaient sans emploi. »

Nous ferons remarquer que la torréfaction, au poinl de vue de l’élément azote, ne peut, dans aucun cas, amener cet azote au degré d’assimilabililé de celui des nitrates et des sels ammoniacaux. 11 faut par conséquent que celle opération parvienne à livrer l’azote à des prix notablement inférieurs à celui qu'il possède dans le nitrate de soude et dans le sulfate d’ammoniaque.

VISITE A L'EXPOSITION

M. Bourgeois d’Ivry est avant tout un grand producteur d’albumine qu'il retire du sang des abattoirs. Le sérum, partie aqueuse du sang, est mis dans des étuves chauffées à envion 40 degrés; l'eau s’évapore et ce qui reste est de l’albumine, produit coûteux qui sert à la préparation des étoffes à teint brun, tandis que l’albumine des œufs, incolore et beaucoup plus chère, sert à la préparation des étoffes à teint blanc ou clair. Le caillot, partie, solide du sang, est traité par l’acide sulfurique, puis desséché dans des fours, enfin pulvérisé et mis en tas. C’est ce produit qu’on appelle sang desséché ; il contient 10 à 12 % d’azote organique. Un autre procédé, employé aussi par la maison Bourgeois, pour coaguler le sang, consiste à traiter le caillot par un mélange d’acide azotique et de sulfate de fer ; le produit obtenu n'a pas alors besoin de passer par les fours pour être séché. II se dégage pendant ce traitement des vapeurs rutilantes d'acide hypoazotique dont il importe de préserver les ouvriers par un puissant appel de la cheminée de l'usine.

Une fabrication importante de superphosphates marche de pair avec celle du sang pulvérisé qui sert à la maison Bourgeois pour l’introduction de l’azote dans ses engrais.

La remarque que nous avons faite au sujet de l’assimilabilité des matières animales torréfiées est de tous points applicable au sang desséché, comme d’ailleurs à toutes les matières d’origine organique, animales ou végétales.

Payen fait observer que les engrais formés de plusieurs débris animaux, le sang et la viande desséchés surtout, doivent être mélangés avec des excréments ou de la suie, ou quelques millièmes d’acide pyroligneux, ou encore d’eau de goudron, au moment de les répandre sur le sol, afin d’empêcher certains animaux, comme les rats dans les colonies, les mulots ou souris en France, de fouiller la terre pour s’emparer de ces débris en déchaussant les racines.

La maison Gallay ne livrant actuellement que de l'azote organique traite principalement, les cuirs vieux et neufs, et, sur une plus petite échelle, les cornes et les laines. Pour les cuirs, elle est arrivée, après de persévérants efforts et de fortes dépenses, au produit le plus assimilable qu’on puisse obtenir avec cette matière.

Les débuts de cette industrie dont les procédés sont actuellement si simples ont été fort pénibles ; la simplicité, comme il arrive presque toujours, n’est venue qu’après l’essai et le rejet de procédés compliqués et impraticables, et, sans la constance, l’intelligence et les capitaux de M. Gallay, fils, directeur de l’entreprise, il est probable que cette source précieuse d’azote assimilable, aujourd'hui en pleine exploitation, serait à l’état latent. C’est de 1876 seulement que date l’entrée de cette industrie dans une voie profitable où M. Delaporte, l’actif et intelligent directeur de la fabrication depuis cette époque, introduit journellement des perfectionnements qui ont pour conséquence une extension de plus en plus considérable des relations de cette maison, qui ne fournit d’ailleurs qu'aux fabricants d’engrais. Ceux-ci n’ont pas tardé à reconnaître l’excellence des produits livrés qui atteignent aujourd’hui le chiffre mensuel de 250.000 kilogr. ; les dispositions sont prises pour doubler prochainement ce chiffre et produire par conséquent, annuellement, 6.000.000 de kilogr., quantité qui sera loin de répondre à la demande toujours croissante, adressée à la Maison Gallay, d'azote organique assimilable.

Les cuirs neufs, achetés 6 fr. 50 les 100 kilogr., consistent principalement en rognures, et produisent, après torréfaction, broyage et passage à la bluterie, une poudre dosant 9 à 10 °/0 d’azote.

Les vieux cuirs mélangés avec les laines donnent un produit dosant 8 °/u d’azote en moyenne, et les cornes 15 °/0. Le prix d'achat des vieux cuirs et de 3 à 4 fr. les 100 kilos. Lamarchandise payée comptant arrive à l'usine de Pantin, près

ENGRAIS

Paris. On l’étend sur une aire couverte, et, pour fixer les matières azotées, on l’arrose, à l’aide d’une pompe, avec de l'acide sulfurique étendu de 3 à 6 % d'eau de manière à l’humecter sans jamais lui faire prendre l’état péteux. La matière ainsi préparée est introduite dans un four chauffé à la température convenable, obtenue par des conduites où circulent la flamme sans pénétrer dans la partie du four où se produit la torréfaction.

Avec le cuir neuf, qu’on ne laisse pas plus d’une heure au four, on fait facilement ta fournées de 600 kilogr. chacune, par 24 heures ; tandis que le vieux cuir, exigeant 3 heures de séjour, ne permet que 6 ;’i 7 fournées dans le même temps. Un procédé spécial permet, à la sortie du four, d’enlever facilement les clous (jue portent avec eux les vieux cuirs, et ces clous sont vendus à raison de 6 fr. les 100 kilogr.

Sous l’influence de la vapeur d’eau surchauffée, l’eau de combinaison des cuirs est chassée par la torréfaction saus attaque de la partie organique, et la matière devient noirâtre et friable. On l’étend, et, quand elle est sèche, on la porte au broyeur. Le broyeur Vtiparl est celui qui donne les meilleurs résultats pour celte fabrication. Avec la production actuelle de 230. 000 kilogr. par mois, il suffit, pour opérer le broyage, de mettre en marche une machine à vapeur de la force de 20 chevaux pendant 36 à 40 heures par semaine. Sous peu de temps, l’opération sera continue.

Une chaîne à godets porte les produits broyés à un étage supérieur où est installée la bluterie. On met en sacs la matière qui présente un état pulvérulent assez semblable à celui de la poudre de chasse ; comme elle ne contient que 10 0 j d’humidité, on peut la conserver indéfiniment sans perte, dans un endroit sec, sans avoir à craindre la fermentation ni la prise en grumeaux. — Le prix actuel de vente est de 1 1 ,90 le kilogramme d’azote, sacs perdus.

On prépare aussi du cuir torréfié pour la cémentation du fer, mais, comme pour les engrais, on ne peut suffire aux nombreuses demandes de cette industrie.

Nous avons visité avec l’intérêt quelle mérite l’usine de Pantin, parfaitement aménagée pour toutes les opérations, pour lesquelles un personnel de 14 ouvriers, mécanicien compris, est suffisant pour un travail non interrompu de jour et de nuit.

En résumé, en opérant sur une matière sans valeur agricole à l'état ordinaire, M. Gallay a suivi le vieux proverbe : labor improbus omnia rincit. Le succès couronne ses efforts, au grand avantage de l'agriculture qu’il a dotée d’une source importante d’azote organique qu’on peut placer pour l’assimilabililc au rang des matières les plus efficaces et les plus recherchées.

M. Du lac, de Paris, ingénieur des Arts et Manufactures, est, à tous égards, un industriel de haute valeur qui a placé sa maison au rang de celles le plus justement estimées pour la fabrication et le commerce des engrais.

Dédaignant avec raison la mise en scène et les titres pompeux dont certains esprits sont enclins à abuser, même dans les choses qui s’en passent le plus volontiers, M. Dulac expose une vitrine qui, toute restreinte qu elle paraisse à première vue, parce qu’il en a soigneusement banni les répétitions et losuperllu, u’en contient pas moins une collection complète de tous les engrais chimiques, fabriqués sous sa savante et consciencieuse direction, pour répondre aux besoins habituels de l’agriculture.

M. Roharl mène de front, depuis six ans, son ancienne fabrication d’engrais et la destruction du phylloxéra. Son exposition, simple mais complète, est digne de ce qu’on était en droit d’attendre de l’infatigable vétéran de l’industrie des engrais en France. Ses produits sont, de longue date, bien connus sur tous les marchés.

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Parmi les engrais que les usines de MM. Dior frères, de Granville (Manche) livrent aux agriculteurs, ceux spécialemeuL recommandés, comme engrais complets par ces industriels, sont les suivants :

Guano dissous (Procédé Dior), à base de guano du Pérou.

Phospho-guano (procédé Dior), à base de guano naturel, d'os, de poissons avariés, de cuir, do corne, de poils, etc., le tout acidifié ou torréfié.

Un engrais appelé Entrais chimique noir, à base d'os carbonisés, d’os torréfiés, de matières organiques d’origine animale et de résidus de toute sorte, le tout acidifié.

Cette maison, eu utilisant pour la fabrication de ses engrais des résidus organiques autretois perdus pour l’agriculture, a pu créer un établissement important qui contribue pour une large part à l’amélioration agricole de nos contrées de l'Ouest.

En Bretagne, à Nevel, près Lorient (Morbihan), M. Laureau a pour spécialité la fabrication des engrais de poissons de mer et de plantes marines. Cet industriel, cité par Payen dans son édition de 1867, expose des tourteaux de chair, de tètes, de détritus de poissons, de la saumure, du goémon pulvérisé, et un engrais complet qu’il appelle Engrais Breton et qui, effectivement, est trèsapprécié par les agriculteurs de la Bretagne.

La maison Pilon, frères cl Ce, et Toché fils, de Nantes, est une des plus importantes pour la fabrication des noirs d’os à l'usage de l'industrie sucrière.

Elle ne fabrique qu’un seul engrais ayant la dénomination : Os dissous ou Bi phospho-guano. Elle le livre sec et pulvérulent, avec le dosage suivant, et en garantissant qu’il est exclusivement fabriqué avec des os.

Acide phosphorique total.

l.'i à 18 °/0 correspondant à 33 à 39 °;

1 Phosphate tribasique de ( chaux des os.

Acide phosphorique | 13 à 16 °/0 — à 28,60 à .39 %.

Soluble dans l’eau et le citrate d’ammoniaque .

Phosphate tribasique de chaux des os soluble.

Acide phosphorique ) neutre. )

2à 2°/0 correspondant à 4,40 à 4,40 %•

t Phosphate tribasique de i chaux des os neutre

Azote ammoniacal et organique . 2 à 3

Sels solubles de potasse, soude et magnésie . . 4 à 3 °/0.

L'azote ammoniacal que contient l’engrais de la maison Pilon-Toché, est fourni par le sulfate d'ammoniaque tjui provient de sa grande fabrication de noir d’os à l'usage de l’industrie sucrière.

Ce produit se fabrique encore généralement en calcinant les os en vases clos dans des fours ; les gaz azotés, correspondant à 3 à 4 °/o d’azote du poids de la matière, s'échappent en pure perle par les fissures provenant du lut qui joint les couvercles aux vases. Depuis que l’azote est si recherché par l’agriculture, on a modifié cette fabrication de manière à recueillir les gaz azotés. Le procédé nouveau consiste à traiter les os comme la bouille de l’éclairage au gaz. On les introduit dans des cornues réfractaires chauffées dans des fours, et on condense les vapeurs ammoniacales qui se dégagent, après les avoir fait passer par un jeu de tuyaux dit jeu d’orgue.

Les eaux de condensation sont ensuite traitées comme celles du gaz, pour la production du sulfate d’ammoniaque, à l'aide de l'appareil Lair que nous avons décrit, ou do tout autre appareil analogue.

Les quatre villes de France qui possèdent chacune une usine établie pour la fabrication nouvelle du noir d’os, sont : Lille, Nantes, Bordeaux et Paris. C’est une source précieuse de sulfate d'ammoniaque que la maison Pilon-Toché s’est empressée d’utiliser.

Falsification du noir animal, ou noir d’os. — Le rapport de M. Bobierrc montre à quel degré de perfection parviennent les fraudeurs pour falsifier les noirs d’os, et faire une déloyale concurrence aux maisons sérieuses. Voici comment s'explique le savant chimiste de Nantes.

« Cent quarante-cinq échantillons d’engrais ont été envoyés au laboratoire « sous le nom générique de noir. Le plus grand nombre appartenait à la caté- << gorie des noirs de sucreries usés par des revivifications successives. Le eom- <* plément représentait les résidus de clarification des raffineries de Nantes, Bor- « deaux et Marseille, ainsi que les engrais de composition analogue expédiés « de ports étrangers, et notamment d’Amsterdam.

« La richesse moyenne des noirs analysés a été de 63 % de phosphate de « chaux. Les noirs de clarification, dont le dosage d'azote a été elfectué, renfer- « niaient en moyenne 1.60 % de ce principe fertilisant.

« La fraude des noirs, qui se pratiquait naguère à Nantes sur une vaste « échelle à l'aide de la tourbe, du carbonate de chaux noici, des charbons de « schiste, d’algues, etc., ainsi qu’avec le résidu de la distillation de bodhead, k subit eu ce moment une transformation. Certains phosphates naturels, et « notamment celui de Navassa, sont unis à des substances organiques et calci- « nés en vase clos. On obtient ainsi des poudres noires faciles à introduire dans « le noir animal, et dont il est souvent difficile de caractériser l’origine si les « proportions du mélange n’ont pas été très-grandes. C’est surtout en pareil » cas à un examen physique assez minutieux qu’il faut se livrer pour affirmer ■< que le noir livré à l’agriculture a été falsifié. Plusieurs vérifications de cette « nature ont eu lieu pendant l’exercice écoulé. »

L’exposition de la Société anonyme des produits chimiques agricoles, dont M. Joulie est administrateur délégué, a donné lieu à un excellent article de M. Le G ouès sur les engrais, inséré dans les numéros 13 et 18 du Progrès industriel. Nous en extrayons certains passages qui montrent, par un grand exemple, quelle a été, en France, la progression ascendante de l’industrie des engrais, en même temps qu’ils sont une nouvelle preuve de la puissante influence qu’exerce sur la prospérité d’une maison une direction honnête et savante.

« Parmi les établissements de cette nature (fabriques d’engrais chimiques), ceux de la Société anonyme des produits chimiques agricoles sont les plus remarquables, autant par l’importance de leur fabrication que par les garanties de toute nature que leur assurent la parfaite administration qui les régit et le talent éprouvé du chimiste distingué placé à leur tète.

« Cette seule société possède deux vastes usines, l’une à Paris et l’autre à Bordeaux pour l’Ouest, le Midi et les pays d’outre-mer; elle a, de plus, des moulins à phosphates à Cosne, à Cahors et à Saint-Antonin, centres des exploitations de phosphates de la Société.

« En outre des engrais chimiques proprement dits, elle fabrique toutes les substances nécessaires à leur composition la plus complète : des soufres triturés avec des matières tirées de Sicile; de l’acide sulfurique, de l’acide. chl orhydrique, du sulfate d'ammoniaque, etc., etc.

« L’usine de Paris emploie deux locomobilcs qui font une force de plus de trente chevaux-vapeur ; les appareils de l’usine de Bordeaux sont actionnés par une machine fixe de vingt chevaux et utilisent des générateurs équivalants à environ cent chevaux; le moulin de Cosne est mù par une force hydraulique de quarante chevaux, etc.

VISITE A L’EXPOSITION

« On voit, par ces quelques détails, combien sont puissants les moyens d'acion dont dispose la Société des engrais chimiques. »

« Ils deviennent cependant à peine capables de suffire à l’énorme manutention es produits qu’ils servent à fabriquer, comme le prouve le tableau suivant des [uantités de produits divers livrés à la consommation, par cette société, depuis lix ans :

Année 186G,

« Ces chiffres prouvent, mieux que ne pourrait le faire aucun raisonnement, excellence de la méthode sur laquelle est basée la fabrication des engrais ehiîiques; car, en dehors de toute considération théorique, il ressort de cette rogression ascendante qu’un succès constant a fini par avoir raison de toutes îs résistances qu’ils avaient à surmonter. »

M. Le Gouès montre ensuite, en quelques mots, combien il reste encore à lire pour avoir des données exactes et pratiques sur la composition chimique es plantes, tout en rendant hommage aux travaux de Berthicr sur cette impormte question. Puis : « L’éminent chimiste, dit-il, qui a tant fait pour la vulgarisation des engrais chimiques, M. Joulie, s’occupe avec persévérance et succès à combler les lacunes que devait présenter un aussi vaste champ d’études.

« Sans redouter le nombre des sujets à étudier, et s’en tenant seulement encore aux plantes de grande culture, l’observation lui a démontré en effet que, pour un même végétal, on pouvait trouver des résultats analytiques trèsdifférents, et que, conséquemment, on serait exposé à de grandes causes d’erreur en acceptant rigoureusement ces résultats considérés, pendant longtemps mais à tort, comme absolus et invariables.

« Cette variation dans la composition provient des différentes conditions dans lesquelles se trouve la plante, obligée de se constituer comme elle le peut et non comme elle le voudrait, et de remplacer par l’excès d’un élément, la carence de celui qu’elle n’a pu s'assimiler.

« Pour arriver à la vérité, il a donc fallu analyser des sujets- types, pour ainsi dire, et, à l’aide d’observations nombreuses et délicates, déterminer la composition normale de chaque végétal ou, eu d’autres termes, la proportion d’éléments nécessaires pour qu’il prenne son plus complet développement et produise par conséquent un rendement maximum.

« C’est à ce beau résultat qu'est arrivé M. Joulie pour un [nombre de plantes déjà considérable.

« Lorsqu’un semblable travail sera achevé, il constituera, sans contredit, au point de vue des progrès agricoles, l'œuvre la plus pratique et la plus considérable qui ait jamais été édifiée, en même temps qu’il viendra continuer à l’agriculture française leclat avec lequel elle brille depuis quelques années. »

Pour nous qui avons visité les établissements de la Société dans le Lot (Cahors , ans le Tarn-et-Garonne (S’aint-Antonin), et, ultérieurement, ceux de Paris,

ENGRAIS

après avoir examiné le volumineux recueil d’analyses exposé par M. Joulie, nous ne pouvons que souscrire aux conclusions dont M. Le Gouès fait suivre sa remarquable publication.

Les annexes agricoles établies sur le quai d'Orsay, quoique ne renfermant pas d’exposition d’engrais concourant pour les récompenses, otfrent au point de vue qui nous occupe des sujets dignes de toute notre attention.

Le département du Nord se distingue par une exposition collective qui est un résumé très-complet de ses méthodes et de scs produits manufacturés et agricoles.

Citons en première ligne un des agriculteurs les plus en renom, M. Dccivinhccijite, dont l’exploitation comprenant une importante sucrerie, tient autant de l’industrie proprement dite, que de l’agriculture. 11 fabrique dans sa belle ferme de Lens une grande partie des engrais que réclame sa haute culture intensive, et qu’il appelle cw/rais coiiiplcinenUiircs cl organiques. Il obtient du sulfate d'ammoniaque avec les eaux ammoniacales provenant de l’usine à gaz de son établissement et de quelques autres qui l'entourent et laissent perdre ces eaux.

Les abattoirs de Lens lui fournissent du sang qu'il fait sécher par les moyens ordinaires. Il achète et traite par l’acide sulfurique les débris de viande, muscles, peaux, intestins, tout ce qui est chair non vendable; il solidifie ces mélanges en y ajoutant de la poudre d’os carbonisés qui s'empare de l'excès de l’acide et forme du superphosphate animalisé.

<■ L'installation, dit-il. dans la brochure qui accompagne son exposition, com- « pris appareils, maçonnerie, et. accessoires divers, m’a coûté 2.300 francs. Je « produirai cette année 50,000 kilog. superphosphate, 25,000 kilog. sang dessé- « ché et 20,000 kilog. engrais animalisé, ce qui est nécessaire pour ma culture. « J’espère que les grands cultivateurs, en voyant ce que j’ai installé pour la pro- « duetion de ces engrais et les avantages que l’on peut eu tirer, feront comme « moi et ne laisseront plus perdre les précieux engrais venant des usines à « gaz et des abattoirs. »

Cet habile agronome produit le nitrate de potasse en concentrant les eaux d’exosmose, c’est-à-dire qu’il exosmose les mélasses provenant, de sa fabrique, et les eaux chargées de sonde et de potasse qui sortent de l'osmogène, il les concentre et les fait entrer dans la composition des engrais; cette méthode lui donne 9 à 10,000 kilog. par an.

Voilà donc ce grand partisan du fumier employant annuellement 105,000 kilog. d'engrais artificiels, organiques ou chimiques, qu’il fabrique lui-même.

Il faut être placé, comme l’est cet agriculteur, dans des conditions spéciales, et être avant tout essentiellement industriel, pour venir à bout de fabrications si multiples, alors même que les engrais à produire ne sont que le complément du fumier produit par un nombreux bétail.

M. Pw'qucl-Lefcbvrc, agriculteur du Nord, expose des lins magnifiques, venus avec l’engrais chimique qui convient à cette culture et comprenant :

Nitrate de potasse . 200 kilog.

Superphosphate de chaux . 400 —

Sulfate de chaux . 400 —

Total . 1000 kilog.

M. Porquct-Lcfebvre cherche à faire avec succès du lin plusieurs fois de suite sur la même terre, ce qui n’est pas plus difficile, au point de vue spécial de l’alimentation de la plante, qu’avec le froment. C est la question du sarclage qu’il faut surtout s’attacher à résoudre.

VISITE A L’EXPOSITION

MM. Charles de Molon et Albert Guillicr ont exposé deux belles collections dont ils ont fait don ;'i Ylnstitlit national agronomique.

1° Collection, avec coupes géologiques, des phosphates de chaux, phosphorites, et apatites des gisements constatés en France. Elle renferme des renseignements qne nos lecteurs accueilleront certainement avec intérêt.

Fig. 8.

Les phosphorites du Midi se trouvent dans les trois départements de Tarn-et- Garonne, Lot et Aveyron. La fig. 8 montre la coupe géologique d’un gisement de phosphorites il Caylus (Tarn-et-Garonne.)

On explique de la manière suivante la formation des phosphates du Midi. Ces phosphates, dit- on, sont renfermés dans des cavités, des crevasses résultant du

... Sables tertiaires

... Craie blanche.

... Pierre do taille.

Phosphates du Tun, craie glauconieuse.

... Craie blanche à silex.

soulôx émeut du terrain jurassique ; des eaux phosphatées provenant de terrains situés a une altitude plus élevée, en s’infiltrant pardes couches perméables, sont \enues remplir ces excavations, et le résidu laissé par leur évaporation a donné lieu aux dépôts de phosphate qu’on exploite aujourd’hui. Les ossements quony rencontre proviennent d’animaux tombés accidentellement dans ces fosses, recouvertes maintenant, pour la plupart, d'une couche argileuse. Quant

Fig. 9.

ENGRAIS

à l’explication rendant compte de la présence d’eaux phosphatées à des niveaux supérieurs elle est encore il trouver.

Les nodules de phosphates du Tan sont exploités dans le département du Nord, à Lezennes. La coupe géologique de ce gisement est représentée par la lig. 9.

Les nodules de phosphates des salles du Maine ont, au Mans, la coupe géologique représentée par la lig. 10.

.. Sable jaune U stratilication inclinée.

.. Sable cl blocs de grés.

... Argile feuilletée.

... Sablos cl blocs de grés avec nodules de phosphates.

... Grès glauconieux.

Dans les Ardennes, l’Orne, l’Eure-et-Loir et le Perche on trouve des gisements de phosphates de la Gaizc. Voici la coupe géologique de celui de Céton, (Orne), tig^-1 1.

liaize, banc des modules.

Jalcairo à aslarlss.

Fig. 11.

Les nodules de phosphate du Gau II sont abondants dans les départements suivants : Ardennes, Pas-de-Calais, Meuse, Aube, Haute-Marne, Yonne, Marn«. Isère, Doubs, Haute-Saône, Alpes-Maritimes. Ils présentent à Wcssant, (Pas-de Calais), la coupe géologique de la lig. 12.

La chaux phosphatée de Voolilhc inférieure donne lieu à la coupe géologique que représente la figure 13, <i St-Vigor (Calvados).

A Poillé (Sarthe), les nodules de phosphate du Lias donnent le gisement que montre la fig. 14. •

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20 La collection de coquilles, sables coquillers, maries, terres, tangues, marne et algues des côtes de Bretagne et de Normandie, utilisés par l’agriculture n’est

Fig. 12.

Terrain de transport.

Oolithe blanche.

Oolithe ferrugineuse.

Bancs de nodules de phosphates.

Banc do chaux phosphatée.

(Meulière.

Fig. 13.

ni moins complète ni moins instructive que la première. Elles sont une bonne aubaine pour l'institut national agronomique.

Dans cette annexe nous retrouvons M. Rohart, avec son exposition relative à TOME II. — N OU Y. TECH. 19

ENGRAIS

la destruction du phylloxéra. Il nous montre une vue de son usine de Libourne où il prépare les petits prismes de gélatine imprégnée de sulfure de carbone. Des photographies comparatives constituent 1rs témoignages de la vigne ellemême. L’inventeur a déclaré avec documents à l’appui, dans la conférence qu'il a donnée au Trocadéro, le 9 juillet dernier, qne les applications en grand de son procédé se multiplient avec un succès parfait, sans dépasser 6 centimes par cep, dépense déjà à la portée de tous les intéressés, et qu’il a l’espoir de pouvoir réduire prochainement à 2 centimes.

Sables tertiaires.

Argile à silex.

Marne et calcaire du Lias supérieur.

Banc de nodules de phosphate.

Marne et calcaire du Lias moyen

Poudingue du Lias moyen.

Calcaire carbonifère.

Fig. 14. —

2° Exposition étrangère. — Les Anglais seuls ont organisé une Exposition dans la section étrangère.

Notre visite à l’Exposition française vient de nous apprendre : 1° Que les matières premières sont largement distribuées sur notre territoire ; 2° Que de nombreux industriels traitent ces matières premières.

D’où l’on peut conclure que, sans crainte de voir les prix des engrais s'élever faute de concurrence, l’agriculture française pourrait, au besoin, s’alfranchii de toute importation de matières fertilisantes, sans préjudice pour sa prospérité.

Un autre fait à noter, c’est que les maisons organisées chez nous en puissante:' compagnies sont rares, et que la plupart des autres n’ont à leur disposition que de faibles capitaux. En somme, petits établissements en grand nombre, grand: établissements peu nombreux, tel est, en France, l’état de l’industrie des engrais

En Angleterre nous constatons le contraire, mais avec une production plu: considérable de matières fertilisantes. Nous n’avons pas à rechercher ici, encore moins à développer les causes de cette situation qui n’est pas un fait isolé dan: l’étude comparative des entreprises des deux peuples, et qui a son point dt départ dans les différences profondes qui existent dans le régime social et économique de chacun d'eux.

D’une part, la concentration des capitaux dans les hautes classes instruites e industrielles, d'autre part l’organisation presque immuable delà grande propriété foncière en faveur d’une aristocratie d'affaires, font pressentir, dès ui premier examen, la facilité de formation, chez la nation anglaise, de puissante, associations ayant pour but le progrès agricole.

Les connaissances agronomiques n’ayant eu à pénétrer que chez un petf nombre de grands agriculteurs bien disposés à les accueillir et à les utiliser, le: nouveaux engrais trouvèrent, au début même de leur apparition, un débouclu

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considérable. Aujourd’hui, les fabricants anglais après avoir transformé dans leurs usines les matières premières qu’ils vont chercher sur tous les points du globe, alimentent non-seulement l’agriculture nationale, mais encore les principaux marchés de l’ancien et du nouveau monde. C’est par centaines qu’ils établissent des agents dans les contrées Européennes pour l’écoulement de leurs produits.

Il n’y a donc rien d’étonnant h ce que nous ayons à constater que les établissements, dont les splendides échantillons garnissent les neuf vitrines qui forment l’Exposition Anglaise, sont, quelques-uns colossaux, comme ceux des compagnies Packard et Ohlcndorff, et tous très importants.

Cette situation ne peut, d’ailleurs, ni blesser notre amour-propre national, ni décourager notre industrie.

Tout en regrettant de voir le morcellement de la propriété foncière en France arriver jusqu’à l’émiettement, contre lequel réagissent avec raison les législateurs Allemands, (1) gardons-nous d’être de l’avis des prétendus économistes aux idées fausses et surannées, si elles ne sont pas intéressées, qui assurent que la grande culture serait la source d’une prospérité morale et matérielle que nous ne pouvons connaître sous le régime actuel.

Ce qu’il y a de certain c’est que, généralement, la grande propriété engendre, en la perpétuant, la misère dans les campagnes.

Loin donc d’envier les pays à grandes cultures, félicitons-nous de voir diminuer tous les jours chez nous le nombre de ces immense domaines où l’on est propriétaire inerte sans être agriculteur; mais ne négligeons rien de ce qui peut porter la lumière au sein des masses rurales, et principalement dans les moyennes exploitations d’où le progrès rejaillit sur les plus humbles.

Les établissements les plus considérables pour la fabrication des engrais sont ceux de MM. Packard et C‘c, les plus grands extracteurs de phosphates que l’on puisse citer. Leurs usines d’Ipswich (Angleterre), de Wetzlar (Allemagne), de Villefranche d’Aveyron (France) sont immenses et traitent les phosphates provenant du Midi de la France, du Nassau, de Norwége, de Curaçao, du Canada, de Navassa, de l’Estramadure, de Charleston; plus les coprolithes de Suffolk et de Cambridge, matières auxquelles il faut ajouter le guano d'Australie et de Méjillones.

Aux produits ordinaires que l’on trouve actuellement dans le commerce, tels que le sulfate d’ammoniaque, les superphosphates et les nitrates de soude et de potasse, cette puissante compagnie s'efforce d’ajouter des engrais exclusivement à elle, très-concentrés. C’est en suivant cette voie qu’elle annonce un produit nouveau de phosphate azoté qui n’est autre que le phosphate d’ammoniaque contenant 3o p. 100 d'acide phosphorique soluble dans l’eau, et 14 p. 100 d’azote. Mais à quel prix pourra-t-on livrer le kilogramme d’azote? à quel prix le kilogramme d’acide phosphorique?

Quant au procédé spécial que la même compagnie revendique pour la fabrication d'acide phosphorique liquide (Ph053H0), il ne rendra qu’exceptionnellement des services, car, pour obtenir une dissolution qui ne soit pas nuisible aux plantes, il faut employer des quantités d’eau très-considérables qui augmentent beaucoup le prix de revient de la fumure répandue par ce procédé. Pourquoi songer à l’emploi des engrais à l'état liquide, lorsqu’il est si facile et si avantageux de les répandre à l'état pulvérulent.

(1) Le nombre des parcelles cadastrées s’élève en France à 143 millions, réparties entre 14 millions de cotes foncières représentées elles-mêmes par 9 millions de propriétaires.

ENGRAIS

La compagnie Ohlendorff livre à l’agriculture le produit connu sous le nom de guono dissous du Pérou dont nous avons dit quelques mots, pour prouver que les engrais chimiques peuvent avantageusement le remplacer pour les résultats et pour le prix. 11 n’en est pas moins vrai que l’engrais qui sort des usines Ohlendorff réalise un progrès de haute valeur dans un moment où le guano brut offre des compositions si variables et par conséquent si propres à la fraude.

Cette maison n’opère que sur les guanos bruis du Pérou, dont MM. Dreyfus frères et C'° sont concessionnaires pour l'Europe et les colonies.

Jusqu’en 1863, MM. Ohlendorff et Cie n’ont traité que le guano du Pérou avarié qui leur était cédé par MM. J. D. Mutzenbecher et (ils de Hambourg, importateurs du Pérou en Allemagne. A cette époque, pour empêcher la déperdition d’ammoniaque que produisait la dessiccation, seule opération à laquelle la matière était soumise, ces habiles industriels curent recours à l’emploi de l’acide sulfurique pour fixer l’azote. Les résultats obtenus sur des sols suffisamment pourvus de potasse et de chaux furent si concluants que ces messieurs n’hésitèrent pas ù. traiter par cette méthode le guano sain. La demande a été si forte, qu’après avoir établi une première usine il Hambourg, au bord de l’Elbe, cette maison en possède aujourd’hui trois autres, une à Emmericb, sur les bords du Rhin, une autre à Anvers sur l’Escaut, une dernière enfin sur

la Tamise, à Londres. , . „

Ces quatre importants établissements sont doues du meme fonctionnement, au sujet duquel Yagrimllur Gazelle, de Londres, a publié une description sur la fabrique de Londres, publication intéressante d'où nous extrayons, en les résumant, les renseignements que nous donnons ici.

Les constructions sont divisées en trois départements : 1° Les bureaux du directeur et le laboratoire. 2° La fabrique d’acide sulfurique. 3° Les manufactures et les magasins du guano.

Le laboratoire a une grande importance pour l’analyse des pyrites et autres matières servant à la fabrication, et surtout à cause des nombreux essais et dosages qu’il doit eiïectuer pour réaliser un produit homogène à composition garantie.

L’usine à acide sulfurique est munie de tous les perfectionnements nouveaux apportés dans cette branche de fabrication.

Lorsque le mélange des différentes cargaisons de guano brut a ete ctlectue d'après les indications du laboratoire, on le passe au moulin; la poudre fine résultant du criblage est traitée par l’acide sulfurique dans des chambres spéciales au moyen d’un malaxeur à ailettes; les gaz provenant de ce traitement sont énergiquement chassés par uu puissant ventilateur, et, dès que la niasse est suffisamment sèche, on en forme des tas auxquels on ne touche qu au moment on la combinaison chimique est finie. Le guano qu’on retire de ces tas est dur, croûteux et en mottes; on le passe à un moulin analogue au premier et puis à un premier tamis d’où il retourne ù un autre moulin; il en sort pour passer à travers un second tamis qui le livre en pondre très-line à des déversoirs qui le mettent en sacs. Chaque sac est mis au poids réglementaire et porté au magasin. Les dispositions sont telles que l'usine de Londres peut livrer 400 tonnes par

1 Des analyses nombreuses, exécutées pendant le cours de la fabrication, permettent de garantir un minimum d'azote et d'acide phosphorique soluble dans

MM. Dreyfus, frères etCic, dépositaires du guano dissous Ohlendorff du Pérou pour la France, les colonies françaises et Maurice, le livrent avec garantie d environ :

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7 % Azote fixe à l’abri de toute volatilisation équivalant à ammoniaque 8,3o.

10 °/0 acide phosphorique, immédiatement soluble, équivalant à phosphate de chaux tribasique 21,83.

En réalité, et nous le répétons, le guano dissous est un véritable engrais chimique, avec cette nuance qui n’est pas négligeable qu’une partie de son azote reste encore à l’état organique, et par conséquent n'offre pas les garanties d’assimilabilité de l’azote ammoniacal ou nitrique. Les avantages que le guano dissous offre sur le guano brut, sont les suivants :

1° Tandis que le guano brut exige souvent un triage qui fait subir une perte atteignant fréquemment le chiffre de o à 6 p. 100, le guano dissous, finement pulvérisé, peut être semé à la sortie du sac, sans autre opération préalable.

2° Par l’attaque du guano brut par l’acide sulfurique, l’azote ne peut plus être entraîné par la volatilisation des sels ammoniacaux qui sont transformés en sels non volatils à la température ordinaire.

3° L’acide sulfurique transforme l'acide phosphorique du phosphate de chaux insoluble en acide phosphorique immédiatement soluble dans l’eau.

4° On ne peut donner pour le guano une garantie de titre uniforme, ce qui est facile pour le guano dissous.

Pour ces raisons, et en tenant compte de la comparaison que nous avons faite du guano dissous qui, comme le guano brut, est un engrais incomplet, sans potasse, avec un engrais chimique de même composition, il est à présumer que, dans un avenir prochain, le guano, quelle que soit sa provenance, ne sera employé que dissous , forme sous laquelle il prend presque complètement la nature et les propriétés d’un engrais chimique proprement dit.

La maison James Gibbs et C'c forme aussi une puissante association prcpa rant pour l’agriculture des engrais et des tourteaux alimentaires.

Le guano azote-fixé de Gibbs, obtenu en traitant un guano brut d’origine quelconque par l'acide sulfurique et la magnésie, jouit des mêmes avantages que le guano dissous Ohlendorff. La magnésie qu’il renferme n’y est probablement introduite que pour faciliter la fabrication, car les terres étant presque toutes suffisamment pourvues de ce corps, on ne comprendrait pas l’addition constante d’un élément ne devant servir qu'à des cas exceptionnels.

Les autres engrais livrés par MM. James Gibbs et Cic sont les suivants : os dissous, engrais d’os, superphosphates, engrais de sang pour les céréales, phosphate azoté, engrais spécial pour les prairies, engrais spécial pour les pommes de terre.

La maison Wet H. Goulding a ses vastes usines à Cork et à Dublin (Irlande), où elle fabrique des engrais dont la partie azotée est apportée par des matières organiques, telles que le sang, la corne, les déchets de viande. Pour fournir l’acide phosphorique, elle traite les os et les phosphates naturels de Lisbonne el du Canada.

La maison Burnard , Lack et Alger, fondée en 1834, possède deux vastes usines à Plymoutli, situées à 800 mètres l’une de l’autre sur le bord de l'eau, et reliées par un chemin de fer, des conduites d’acide souterraines et des fils télégraphiques privés, le tout organisé pour effectuer, avec le moins de frais possible, les transports, chargements et déchargements. L’acide sulfurique jouant un grand rôle dans la fabrication des engrais, sa préparation a été l’objet d’études persévérantes de la part des directeurs qui ont pris en 1873 un brevet pour les perfectionnements qu’ils ont apportés dans cette branche de leur industrie.

A Plymouth encore est établie l’importante fabrique d 'üdams qui traite

ENGRAIS

spécialement les matières d’origine animale, comme MM. Edward Cook et Cie il Londres.

En citant les maisons non moins considérables, Purser et C‘% Farmer et C'e, loutes deux établies à Londres, nous Unissons l’énumération des exposants anglais.

J’ai commis une erreur, mais pas très grande et que je vais réparer, quand j’ai dit que les Anglais seuls, en matière d’engrais, avaient exposé dans la section étrangère; l’Amérique en effet est représentée, mais par une seule maison de Philadelphie, et encore l’exposition d’engrais semble n’être là que pour montrer l’effet des excellents broyeurs de MM. Baugh et fils qui fabriquent et exportent :

Du noir animal ou noir d'os;

Des os bruts broyés;

De la poudre d’os;

Du nitrogène, ou substances animales finement broyées.

Distributeurs d’engrais. — Je n’ai à recommander que les distributeurs qui répandent les engrais d’une manière uniforme sur toute la surface du

Fig. 15.

champ, puisque pour les plantes espacées (betteraves, pommes de terre, etc.), les chimistes-agronomes et les praticiens conseillent de ne pas localiser l’engrais suivant les lignes de plantation, et même, si on ne veut le répandre qu’après la pousse, de le placer entre les rangs plutôt qu’au pied de chaque plante, en opérant comme je l’ai dit au sujet de la vigne.

L’Exposition française nous présente trois distributeurs ou semoirs.

Le semoir à engrais et à sable, système Granditle, modifié et construit par MM. Albaret et C,e, ne le cède en rien aux meilleurs semoirs anglais[(fig. 15).

Il se compose d'un, bâti porté sur deux roues, comme celui des autres semoirs.

L’engrais ou le sable doit être versé' dans une trémie dont le fond est formé par un cylindre en bois; cette trémie est munie d’un couvercle pourvue l’engrais qu’elle contient ne soit pas exposé à la pluie.

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Le cylindre, dans son mouvement de rotation, entraîne une légère couche de la matière à épandre ; il la présente aux barbes d’une brosse cylindrique en fils de Piasava qui lui est parallèle; elle tourne très-rapidement et elle projette l’engrais sur le sol.

La paroi antérieure de la trémie se complète, à sa rencontre avec le cylindre, par une vanne abaissée ou relevée, à volonté, au moyen d'une vis à manivelle fixée à chaque extrémité de la trémie, afin de bien régler la quantité de matière nécessaire que doit entraîner le cylindre.

Le mouvement est donné par un engrenage droit fixé sur le moyeu de l’une des roues; il est transmis directement à l’arbre porteur de la brosse à l’extrémité duquel est un engrenage d’angle commandant la vis sans fin que fait mouvoir le cylindre.

Le constructeur ajoute que les matières pulvérulentes, même humides, sont aussi bien épandues par la même brosse. Dans le cas de l’usure de cet organe, par suite d’une disposition particulière, il peut être rapproché plus ou moins de l’axe du cylindre pourvoyeur.

Pour éviter l’éparpillement par le vent de l’engrais et du sable en poussière, une trémie de descente, qui prend toute la largeur de la brosse, conduit les matières à environ dix centimètres du sol. Le prix de cet excellent appareil est de 600 fr.

Le distributeur Josse exposé par M. Hignelte, ingénieur-mécanicien, d’un bon service pour la grande culture, est mis, par son prix peu élevé de 300 francs, à la portée des petites exploitations; aussi son usage se répand rapidement.

La largeur du travail effectué est de 2 mètres ; un seul cheval peut, sans fatigue, y être attelé toute la journée.

Les organes de ce semoir sont simples et faciles à remplacer; l’état plus ou moins pulvérulent des engrais n’entrave pas son fonctionnement.

La hauteur étant de 1 mètre, le chargement peut se faire par un homme seul ; le nettoyage s’opère avec une grande facilité.

Le distributeur de la maison E. Robillard et J. Maréchal d’Arras (Pas-de- Calais) comprend deux modèles; le distributeur pour un cheval, semant sur Im,60 de large, se vend 450 francs, et celui pour deux chevaux, semant sur 2 mètres de large, se vend 500 francs. L’arbre essieu des roues commande, quand il faut répandre l’engrais, un cylindre contre lequel frottent des lames qui divisent et éparpillent l'engrais dont la division est déjà énergiquement effectuée dans la trémie par un arbre muni de lames tranchantes. Il est trèsefficace pour l’épandage de matières humides peu pulvérulentes; aussi les contrées du Nord sont très-satisfaites de son emploi.

Quatre semoirs à engrais figurent à l’Exposition anglaise. Le distributeur Woolnough ne diffère que par de légers détails de construction du distributeur Chambers qui a été décrit.

Le distributeur Smylh répand l’engrais à l’aide d’un cylindre composé de disques à palettes, et le nettoyage de ceux-ci est fait par des décrottoirs en acier fixés sur une planche, à la partie supérieur du coffre, disposition trèsefficace pour empêcher l’engorgement du cylindre, et d’un nettoyage facile. Prix d’un distributeur de 2m,16 de largeur 600 francs.

La maison Holmes el fils expose un semoir à engrais dont le cylindre distributeur est composé comme le précédent; mais le nettoyage est fait par de petits marteaux qui servent de décrottoirs par les chocs et les grattages qui constituent leur manière de fonctionner. Comme ses voisins, ce distributeur a ce cachet de bonne construction qui distingue la fabrication anglaise, et qu’adoptent résolûment nos grandes maisons françaises.

Les constructeurs anglais que je viens de nommer et quelques constructeurs

206 ENGRAIS

français mettent des distributeurs à double effet, très-ingénieux, mais d’un prix élevé, à la disposition des agriculteurs qui ne craignent pas, malgré les dangers de ce système, de seiner de l’engrais dans les lignes.

La maison Smyth, dont la construction des semoirs pour tous les usages est la spécialité, expose un semoir à betteraves avec engrais dont voici le fonctionnement décrit par l’auteur.

« Ce semoir place l’engrais à une profondeur variable à volonté, et le re- « couvre de terre. D’autres socs planteurs articulés sèment et recouvrent la <i graine, de manière que les premières radicelles ne soient en contact avec <( l'engrais qu'au moment où elles ont acquis un certain développement, et « aptes à puiser, par ce moyen, de nouvelles forces dans l'engrais (1). Les « rouleaux (qui sont également indépendants des socs) passent par dessus l’en- « grais et forment les sillons. »

On peut écarter les socs à volonté, et aussi transformer l’appareil eu un distributeur d’engrais; ce qui est fait en retirant le coffre à graine et les leviersrouleaux et en mettant à leur place la boite à distribution comme dans le distributeur à la volée. ,

Prix, suivant les dimensions, compris entre 1200 et 1455 francs.

M. Tli. Pilter a aussi un dépôt de ^emoirs à grains avec engrais, mais il fait remarquer que ces appareils à double effet sont compliqués et ne présentent qu’une faible économie sur le prix des deux instruments séparés; tout concourt donc à conseiller aux agriculteurs d’avoir à la fois des semoirs spéciaux pour graines, et des distributeurs répandant l’engrais sur toute la surface du champ, d’une manière uniforme.

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