CONCLUSION
C’est à dessein que je suis passé devant l’exposition de M. L. Nicolas, dans l’annexe du quai d’Orsay, sans la mentionner, parce que constituant un des faits les plus considérables que puissent enregistrer les annales de l'agriculture, j’ai résolu de la réserver pour en faire le sujet de la conclusion de mon rapport sur les engrais.
Ce qui frappe les moins attentifs dans cette exposition, c’est qu’elle émane d’une exploitation située au cœur de la Brie, ayant pour base une vacherie trèsimportante d’où elle tire du fumier en abondance, expliquant sa prospérité par l’usage d’engrais purement chimiques, dont elle place une collection, au premier plan, sous les yeux du visiteur.
M. Nicolas accompagne son exposition d'une très-courte notice, dans laquelle les chiffres seuls ont la parole. Voici en nombre ronds les résultats de cette opération.
Acquisition du domaine d’Arcy en Brie, commune de Chaumes, arrondissement de Melun, le fi mars 1872. — Distance de Paris, 13 lieues. — Sol composé de silice et d’argile, presque imperméable. — Sous-sol, formé de couches presque toutes argileuses, mêlées de graviers et de sable ferrugineux, présentant des bancs disséminés de pierre meulière, et, dans certaines parties, de roches siliceuses. — Couche arable variant de 30 k 50 centimètres. — Situation sur un plateau. — Air salubre. — « L’anathème, dit M. Nicolas, est encore jeté au- « jourd’hui par les agriculteurs du pays sur les terres composant le domaine d’Arcy. » — Contenance totale, 482 hectares.
(1) La partie soulignée est le point délicat de ce procédé.
(Note du rédacteur.)
VISITE A L’EXPOSITION
Division du domaine à l’époque de l’acquisition.
150 hectares.
Ensemble . 482 hectares.
Dépenses de premier établissement.
Construction d’une ferme commencée en mai 1873, achevée i nft f
en juillet 1874 . { ‘1"’uuu
Drainage de 303 hectares . 100,000
Façon de fossés . 1 . 10,000
Marnages . . . 30,000
Terres labourables .
Terres en friche, dont 150 abandonnés d’une manière ab- )
. solue depuis plus de 70 ans . 1
Bois .
Prés .
Parcs, cours, communs, jardins, verger, marnières, che- / mins, etc . (
Tôt ai . 363,000 fr.
Dépenses auxquelles il faut joindre celles des opérations suivantes : Défrichement, en 18 mois, de 210 hectares. — Extraction de 2,500 mètres cubes de pierres siliceuses qui gênaient la culture. — Plantation de 83 hectares de bois dans les terrains éloignés de la ferme ou absolument impropres à la culture. — Chemins ruraux et d’exploitation réparés, empierrés ou créés, 8,000 mètres.
État actuel.
Terres labourables .
Prés .
Bois (taillis et plant) . • . •
Parcs, cours, communs, jardins, verger, marnière, sablière.
chemins, etc .
Terres éloignées, louées (9 hectares) .
Ensemble . 482 hectares.
Pas de prairies permanentes. — La surface des terres labourables élevée de 130 à 336 hectares.
Assolement.
Plantes sarclées. — Jachères.
Blé.
Petites céréales.
Luzerne ou trèfle.
Petites céréales.
Division de l’assolement.
1° Plantes sarclées. .
et jachères 2/7- • •
2» Blé, s/7 .
3® Petites céréales J|7
I*/7 betteraves, pommes de terre, sarrasin pour gibier, îarottes.
'l, Jachère pure.
Blé de saison seulement.
) Avoine.
| Seigle.
) Orge.
q7 Luzerne, trèfle.
336 hectares.
ENGRAIS
Instruments aratoires. — Tous les instruments perfectionnés sont à Arcy.
Production du fumier (presque nulle au début.)
En 1872 . 2,000 mètres cubes
En 1878 . 4,300
Il a été acheté en 1872-1873 : Paille, luzerne, trèfle : 53,000 francs.
Jusqu’en 1876, achat de fortes provisions de betteraves, pommes 'de tem avoine, son. — Depnis 1876, on n’achète plus que son, issues et tourteaux.
Animaux a la ferme (insignifiants à l’arrivée ).
Chevaux. . . .
Vaches .
Veaux (vendus au fur et à mesure).
Moutons .
Agneaux .
Porcs | &ras .
( jeunes .
tinés à être revendus demi-gras en novembre.
Produits de la ferme.
Blé. . .
Avoine.
Seigle.
Orge. .
Paille .
Luzerne .
Trèfle . Néant.
Foin .
Vaches et taureaux.
Veaux .
Porcs j jeunes '. '. '.
Moutons .
Agneaux .
Laine
Bois.
Lait.
600 à 1,000 moutons, de;
Hectolitres.
Hectolitres.
Bottes de 6 k.
Bottes de 6 k.
Néant.
Têtes.
Tctes.
Kilogrammes.
Kilogrammes.
Francs.
Francs.
Litres.
Litres.
Notre but étant de ne montrer que les contrastes entre le début et l’éti actuel, nous ne donnons dans ces tableaux que ce qui se rapporte à la pr< mière et à la dernière année.
VISITE A L’EXPOSITION
ENGRAIS
Il est expédié actuellement, chaque jour, de la ferme, 840 litres de lait pur, non écrémé, tel que les vaches (poussées à la qualité, non à la quantité), le donnent, dans des vases en cristal, plombés avant le départ de la ferme. Il esl vendu, rendu à domicile, le litre, 0f,70; le demi-litre, 0f,50.
Cette industrie, créée par M. Nicolas, rend de grands services.
Cet agriculteur est arrivé à la transformation, à la création d’un domaine de rapport à Arcy, dont l’acquisition était une affaire pitoyable, suivant son expression, par une importation immédiate d’une énorme quantité d’engrais, qu il a fait marcher de pair avec de grands travaux (le drainage surtout), que nous venons de résumer. Qu’on en juge par le tableau de la page 299.
I.a culture à petits rendements, par l’emploi de faibles capitaux, dite extensive, ayant été rejetée en principe, il fallait, au début même de l'entreprise agricole, adopter la culture intensive et les fortes fumures qu’elle exige, pour arriver rapidement aux grands rendements, les seuls qui donnent les gi'os bénéfices.
La proximité de Paris fit voir clairement à cet agriculteur que son exploitation devait réussir par l’association d’une industrie agricole à l’agriculture proprement dite, et c’est à la production du lait, livré comme nous venons de le voir, que M. Nicolas s’arrêta. Qui dit lait dit vaches et fourrages. Or. sur le sol imperméable d’Arcy, le trèfle, et, A plus forte raison, la luzerne ne peuvent pousser. Les capitaux ne faisant pas défaut, un drainage est effectué en 18 mois, dans les 3ii0 hectares où il est nécessaire. Le fumier est absent, mais il y a les engrais industriels qui vont produire, sans apport d’azote, d’abondantes récoltes de trèfle et de luzerne. Dès lors la vacherie est organisée ; elle produit du lait qu’or exporte et du fumier qu’on utilise sur les terres du domaine.
L’insuffisance du fumier produit et les pertes des éléments fertilisants exportés sont compensées par les engrais industriels, et aujourd’hui par les seuls engrais chimiques.
Quel est le capitaliste, je le demande, qui, privé de la lumière répandue par la doctrine des engrais chimiques, eût osé accumuler capitaux sur capitaux sur un immense domaine en friche, abandonné, frappé d'anathème ? M. Nicolas, après avoir conclu sa pitoyable affaire, n’a pas hésité un instant à adopter les conséquences extrêmes de la révolution agronomique ; aussi, dans des conditions où, avec les mêmes ressources, les Lavoisier, les Dombasle, les Bella, les Boussingault, n’auraient recueilli, sous l’empire de l’ancienne formule prairie, bétail, céréales, que des bénéfices insignifiants ou même des pertes sensibles, l’entreprenant agriculteur d’Arcy a créé une ferme modèle, dont la prospérité toujours croissante prouve qu’avec les nouveaux principes agronomiques, l'affectation des capitaux à l'agriculture constitue désormais une bonne opération financière, en même temps qu’elle est œuvre essentiellement humanitaire. C’est la] conclusion que nous donnons à noLre modeste mais impartial rapport de la rédaction duquel nous avons été chargé.
Th. PETIT
L’AGRICULTURE
PAR
MM, Bénion, Benoit, A Gobin, Grandvoinnet, de Bonald, Baltet, Petit, Dahmer, Knab.