‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 62 sur 95 · VC. ^BENION, AGRICULTEUR PROPRIÉTAIRE · texte numérisé non relu

VC. ^BENION, AGRICULTEUR PROPRIÉTAIRE

PRÉLIMINAIRE

L’homme s'est toujours mépris sur le rôle de la terre, en la regardant comme une source intarissable de produits, alors que sa fécondité s'altère et que son rendement devient presque nul quand on ne s’empresse de compenser ses déperditions.

L’histoire ancienne nous montre les divers centres de la civilisation première perdant tour à tour leur splendeur, par suite de l'appauvrissement continu de la couche arable. Seule, parmi les autres nations, l’Égypte est restée riche et peuplée, à cause des inondations périodiques du Nil, apportant avec elles des matériaux fertilisateurs au plus haut degré.

Les récits modernes, nombreux et concluants, démontrent que les souffrances actuelles proviennent, pour une bonne part, du déboisement et surtout du traitement irrationnel du sol. Les Américains du Nord ont encore, de nos jours, marché plus rapidement que les Européens dans cette voie funeste; en moins de cent ans, les terrains vierges, qu’ils pouvaient exploiter pendant une foit longue période, ont été amenés à un état de stérilité presque absolue.

L'engrais est donc absolument le seul moyen de conserver la faculté productive du sol; tous les bons cultivateurs se trouvent à l’heure actuelle en parfait accord sur ce point, et les rares dissidents ne méritent pas qu’on s’attarde avec eux. Deux théories ont surgi dans ces derniers temps: celle des engrais chimiques ou commerciaux et celle des engrais de ferme. Certaine école préconisait les premiers à l’exclusion des autres, et leur attribuait des effets constamment merveilleux. L’expérience a démontré qu'ils exercent une heureuse influence sur la terre à laquelle ils fournissent la potasse, la soude, la chaux, l’ammoniaque, l’acide phosphorique, etc., etc., qui lui manquent, mais qu’ils doivent être associés au fumier, dans la pluralité des cas. Ce dernier passant à tort, chez le vulgaire, pour suffire à tous les terrains, sans aucune espèce de distinction, a généralement besoin de renfermer des sels minéraux, pour rendre son action plus complète et plus efficace. C'est au cultivateur intelligent d’étudier la com-

L’ AGRICULTURE

position de ses tenes et d’ajouter aux engrais d'étable les matières chimiques qu’il croit nécessaires à son exploitation.

Deux obstacles terribles se dressent devant le cultivateur : le prix uniforme des céréales et la cherté de la main-d’œuvre. La science pratique donne les moyens de les renverser par la diminution des surfaces emblavées, la produc tion des denrées recherchées, l’achat d’instruments perfectionnés, et surtout l'extension de la culture fourragère et de l’élevage du bétail.

Le rendement des plantes en général, et des céréales en particulier, lient moins il l’étendue qu’aux bonnes conditions du sol, et vingt hectares mal préparés ne produisent pas plus, quelquefois moins, que dix autres bien aménagés. La culture intensive doit donc être préférée à l’extensive toutes les fois (pic cela est possible, et l'on a tort de s'obstiner à produire des céréales autrement que de la façon indiquée, car on échange souvent son argent tout en supportant des éventualités fâcheuses. L’une des causes principales de la réussite de la petite culture est manifestement celle qui réside dans la proportion justement établie entre la somme de travail et la quantité d’engrais et la surface exploitée, d’où cet axiome que la culture qui dépense le moins par hectolitre récolti est celle qui coûte le plus par hectare travaillé.

Le prix du blé demeure stationnaire et ne peut s’élever que d’une façon accidentelle et anormale. Depuis plus de cinquante ans, à part quelques cours de disette, sa valeur n’a subi aucune variation. Ceci se conçoit facilement. D’aborc la population n’augmente pas, tandis que la production s'est beaucoup développée; ensuite le bon marché et la rapidité des transports ont permis et per mettent plus que jamais à la Russie, à la Hongrie et à l’Amérique de nou; inonder de leurs excédants énormes. Le blé, chacun le sait, nous arrive d< toutes parts dans les meilleures conditions et cela s’explique aisément. Facile « loger et à transporter dans des wagons ou des navires, n’exigeant aucun soii pendant des voyages de six mois, il se trouve le jour de l'arrivée dans le menu état que le jour du départ De plus, il est souvent pris par des bâtiments san: fret de rettfur, et, pour cette cause, amené en France à très-bas prix. Pai contre, l’approvisionnement de la boucherie est spécialement demandé à notn pays et par exception à ceux qui nous touchent, ce qui diminue l’importance des envois étrangers qui n’ont pas arrêté la hausse et ne l'arrêteront jamais.

Les éleveurs de l’Australie, du Cap, de la Plata, etc., n’ont encore pu lirei parti des bœufs et des moutons qui parcourent leurs immenses prairies. On f d'abord essayé d'utiliser la chair de ces animaux sous forme de conserves er boites, et cela n’a pas réussi ; on a ensuite imaginé de transporter des quartier; de bœufs et de moutons dans des navires où, par des machines spéciales, or faisait circuler un air très-froid ; enfin, on vient d'aménager des navires destinée à prendre les animaux vivants en Australie, en Afrique et en Amérique el à les conduire en Europe, pour être débités sur les marchés à un prix infé rieur au taux actuel. Ce dernier moyen sera peut-être condamné, parce que le; conditions de la navigation ne permettent pas encore de transporter le bétail é bas prix et sans accidents. Construits en vue d'une opération particulière, ce; vaisseaux ne pourront guère prendre de marchandises et iront presque toujours sur lçst en Australie, au Cap el à la Plata, ce qui double le prix du chargemenl des bestiaux. Ceci serait encore peu de chose si le transport n'était pas préjudi ciable aux sujets importés. Les chemins de fer, nous l'avons appris, n’amènenl les bœufs et les moutons que des pays qui nous avoisinent, parce que la trépidation occasionnée par les voitures, la faim, la soif et diverses autres souffrances ont un eRet trop fâcheux sur les sujets précités, et qu'un voyage de trois jours est difficile. Que dire alors des longues traversées, du roulis, du tan-

ANIMAUX DOMESTIQUES

gage, du mal de mer, des épizooties qui se déclarent à bord sinon que le résultat espéré devient bien incertain.

La France manque de bœufs et de vaches de boucherie, qu’elle introduit au nombre de 200,000 par an. L'importation est à la production dans la proportion de 2 à lia.

Par la force naturelle des choses, l’ancien système agricole est renversé, ce qui fait que le bétail n’est plus un mal nécessaire, mais bien la clef de voûte de l’édiüce rural puisqu'on juge du mérite du cultivateur et de son exploitation par le nombre de tètes entretenues à l’hectare.

L’Exposition universelle de 1867, avait admis les animaux domestiques : cheval, âne, bœuf, mouton, porc, chien et oiseaux de basse-cour, dans le huitième groupe, classes 7ü à 80, et les avait improprement divisés en deux catégories : 1° Animaux aidant l’homme dans scs travaux; 2° Animaux sujets à l’engraissement pour servir à la nourriture de l’homme. Cette exhibition était singulièrement scindée. On trouvait des sujets à Poissy, à l'Esplanade des Invalides, au Champ de Mars et à Billancourt, sorte — d’ile escarpée et sans bords — où l’on ne pouvait arriver qu'à travers mille empêchements et à des prix excessifs.

Celle de 1878, réserva l’Esplanade au bétail, et, sur ce vaste espace, offrit une curieuse étude. Les différentes espèces animales ne pouvant figurer à la fois, la succession fut réglée ainsi: du 6 au 18 juin, espèces bovine, ovine, porcine et animaux de basse-cour, — du 26 juin au 6 juillet, espèce canine, — et du lor au 10 septembre, espèces chevaline et asine.

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