I. — ESPÈCE BOVINE
L'ordre des ruminants, répandu sur toute la terre, renferme un très-grand nombre de sujets qui se divisent en plusieurs genres diversement établis parles naturalistes et dans lesquels se trouvent le bœuf et le mouton qui attirent spécialement notre attention.
Le genre bœuf comprend six espèces ou prétendues espèces principales, car les naturalistes ne s’accordent pas sur ce sujet ; ce sont l’aurochs, le bison, le buffle, l’yack, le zébu et le bœuf commun ou domestique.
L’Aurochs (b. unis) est une espèce de bœuf caractérisé par l'addition d’une paire de côtes, 14 au lieu de 13, la longueur des membres, l'attache des cornes, en avant de la ligne saillante formée par le plan de l’occiput et celui du front, le front bombé-, plus large que haut, les poils laineux de la tête et du cou. On a trouvé de ses ossements dans les habitations lacustres de l’âge de la pierre , dans la tourbe avec ceux du cerf gigantesque et dans les gisements d’Amiens et d’Aurignac avec des ossements humains. L’Aurochs est le Bonase ou le Bison européen des anciens (b. bonassus). César connaissait les aurochs et en fit la description. MM. Vogt, Gervais et autres prétendent qu'il existe encore de ces animaux dans la forêt de Biolawice, située dans le gouvernement de Grodno, en Russie. Ce gigantesque bovin a passé jadis pour la souche de nos bêtes à cornes; sa constitution anatomique est trop remarquable pour laisser le moindre doute à cet égard.
Le Bison (b. américaines) se rencontre, ainsi que son nom l'indique, sur le nouveau continent. Ce nom, appliqué mal à propos à l’aurochs, ne désigne plus aujourd'hui que le boiuf d’Amérique, et ces deux animaux, classés et décrits à part, ne peuvent plus être confondus. La conformation annonce nettement une
L’AGRICULTURE
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espèce distincte. Cornes fortes, noires, courtes et se relevant en haut après s’être dirigées horizontalement; oreilles courtes et minces ; orbites saillants; front bombé et fuyant sur les côtés; touffe de poils sous le menton; fourrure ('■[laisse, grossière, couvrant la moitié antérieure du corps et formant des crinières énormes chez les vieux mâles; train postérieur plus faible que l’antérieur; queue plus courte que dans les autres autres espèces et terminée par un bouquet de poils allongés ; couleur noirâtre de la robe ; voix ressemblant à un sourd mugissement. Mais les caractères les plus tranchés résident dans la grande hauteur des apophyses épineuses des vertèbres dorsales, et dans le nombre de paires de côtes qui est de 15. Quoique d’un naturel difficile, le bison pris jeune s’applique au travail. On peut le domestiquer et même le croiser avec notre espèce domestique, mais cette double opération n’offre aucun avantage. Le taureau ne couvre pas la bisonne avec empressement; le bison féconde plus volontiers la vache. Chez celle-ci, la parturition s’accomplit avec beaucoup de peine, à cause du développement de la tête et de l’avant-train du veau, et occasionne fréquemment la mort de la mère. La viande du bison sert à l'alimentation des Américains qui traquent cet animal et le tuent.
Le Buffle (b. blibalits), dont MM. Smith, Turner, Cray, etc., ont voulu faire un genre, au lieu d’une simple espèce, se distingue des autres bovidés par les caractères ci-après: tête grande; front couvert de poils, court et bombé; <• cornes insérées aux angles postérieurs du crâne, marquées à leur base d'anneaux irréguliers ou de saillies tuberculeuses comprimées latéralement et arrondies à leurs extrémités : d'abord recourbées en bas et en arrière, puis en dehors, elles se dirigent finalement en haut et en avant : chez quelques espèces, elles s’en vont directement en arrière, en décrivant seulement un léger arc en bas et une faible courbure en dehors » ; chanfrein droit et étroit; mufle large; fanon peu développé; côtes plus larges et plus aplaties que chez les autres espèces et notamment chez le bœuf commun ; membres antérieurs velus; port gauche ; cri sonore et ne rappelant aucune des voix des animaux de notre pays ; force grande ; rusticité et sobriété à toute épreuve. Le crâne est creusé de cellules énormes qui communiquent avec celles des cornes et sont remplies d’air ; c’est à l’existence de ces cellules que la tête doit sa forme bombée. On peut, dit M. Gayot, rapporter à celte disposition des sinus frontaux la faculté que possède l'animal de rester dans l’eau la tête dressée, et de pouvoir dormir dans cette incommode position. Le buffle est originaire d’Asie, d’où il a été introduit en Afrique et en Europe. On en reconnaît plusieurs variétés : le buffle Amie (b. b. amie, sliaw)', le buffle de la Cafrerie (b. b. cafer) ; le buffle Kérabau, et le buffle ordinaire dont les caractères viennent d’être décrits. Le buffle des Cèlèbes est plutôt une antilope à cornes aplaties qu’un bufllc et, par conséquent, ne fait pas partie de l’espèce qui nous occupe. Le buffle est devenu demi-cosmopolite. Suivant le bœuf, à bien des siècles de distance, il s’est acclimaté en Afrique et dans le sud-est de l’Europe, et, s’avançant d’une manière continue vers l’occident, il a fini par atteindre les Alpes. Il est en Italie depuis l'an 593. On voit en quelque sorte la mesure de l’utilité de ce ruminant. Vaut-il le bœuf? Non. L’arrêt de l’espèce au pied des Alpes depuis douze siècles et demi, s’il n’est pas une preuve suffisante, est, au moins, un indice bien remarquable de son infériorité.
L’Yack (/;. grunniens de Linné) est anciennement connu. Elien rapporte que de son temps, les queues qui servaient d’étendard et d’ornement aux chefs des peuplades asiatiques étaient des queues d’yack. Le mot latin de gntnniens, grogneur, lui vient de sa voix qui ressemble au grognement du cochor Cet
ANIMAUX DOMESTIQUES
animal semble un composé du bœuf, du cheval, et du mouton. 11 emprunte le corps du premier, la vivacité et l'allure du second, et les poils du dernier. La tête est courte ; le front bombé ; les cornes dirigées en demi-cercle en dehors, en avant et en haut, la pointe étant courbée en arrière ; les narines longues, écartées et presque transversales; les yeux grands et vifs; les oreilles ovales et allongées; le garrot très-élevé ; les membres forts et près de terre ; le poil long et abondant sur tout ie corps, sauf à la tête et à la partie inférieure des membres; la robe généralement noire; la queue chargée de crins longs et fins, qui rappellent ceux du cheval et ont valu à la bête qui les porte la dénomination de buffle à queue de cheval. On reconnaît plusieurs variétés d’yacks qui diffèrent par la taille, la cou'eur, l’absence de cornes, etc. L’yack est sauvage sur les confins de la Tartarie chinoise, et domestique dans l’Asie centrale où il rend de notables services aux habitants, particulièrement aux Thibétains dont il compose le bétail. Bête de trait, bête de boucherie, bête laitière, bête à laine, tels sont scs différents rôles, à une altitude de 1,800 à 3,000 mètres. Eu 1834, M. de Montigny a introduit l’yack en France et l’a croisé avec la vache. Ni cet animal, ni ses descendants hybrides n’ont pu prendre chez nous une place qui n’existait pas, et les petits troupeaux qui vivaient dans les Alpes et le Puy-de- Dôme sont dispersés.
Le Zébu (b. indiens , Linnée) est originaire de l’Asie d’où il a été transporté sur la côte occidentale de l’Afrique et à Madagascar. Sa domestication remonte fort loin. On trouve le bœuf et le zébu représentés sur des monuments d’une époque très-reculée avec une exactitude assez grande pour ne laisser aucune incertitude sur leur détermination. Le zébu a les formes moins osseuses que le bœuf, la tête plus longue, le fanon assez développé, le garrot surmonté d’une bosse graisseuse et le poil blanchâtre. De tous les bovidés, le zébu est extérieurement celui qui se rapproche le plus du bœuf ordinaire. Cuvier l’avait réuni à ce dernier ; ce savant croyait que ces deux animaux ne différaient ni par la forme, ni par la structure, et la bosse du zébu ne lui semblait pas un caractère spécifique. Mais Brehm et divers naturalistes, après avoir montré que cet animal avait une vertèbre sacrée et trois vertèbres caudales de moins que le bœuf, en ont, après Linnée, fait justement une espèce à part. Le zébu s’accouple avec le bœuf et produit une descendance féconde, mais cela ne peut constituer un argument contre l’indépendance spécifique de ce sujet.
Le Bœuf domestique [b. taurus ) est le premier et le plus important nonseulement du genre, mais encore de l'ordre des ruminants, car il est une des sources principales de la richesse agricole.
Buffon, Pallas et nombre de naturalistes modernes ont vu dans le bœuf un descendant de l’aurochs, sans considérer la différence de structure qui, je l’ai dit en parlant de ce dernier, est trop remarquable pour laisser le moindre doute à cet égard.
Le bœuf a été domestiqué très-anciennement dans l'orient, et c’est dans ce pays qu’on a voulu placer sa patrie originaire. Que les documents écrits, relate M. Sanson, nous fassent trouver la trace de la domesticité du bœuf en Asie avant qu’elle puisse se montrer en Europe, il n’y a rien là de bien étonnant, ni surtout de concluant sur le point en question. Cela ne saurait prouver que les races européennes sont venues d'orient; tout au plus y pourrait-on voir la preuve, jointe à tant d’autres, que la civilisation a marché d’orient en occident.
Notre espèce bovine ne provient d’aucune autre; de tout temps, elle a joui d'une existence propre. L’art de domestiquer les animaux est bien venu de l’orient, mais chaque pays, et le nôtre en particulier, a possédé, dès le début