Vache hollandaise
Chez le durham, le normand et le breton, le crâne oilre à peu près les mêmes dispositions : chignon saillant, chevilles osseuses arquées en avant, front plat, chanfrein étroit et plat, branches du maxillaire inférieur peu écartées et minces, etc. Aucune différence ne se manifeste donc, si ce n’est qu’extérieurement la tête du durham et celle de quelques groupes normands et bretons sont plus fines et plus distinguées par suite de la culture eL de la sélection. 11 en est de même pour le simmenthal et les diverses tribus de l’est ; bernois, fribourgeois, comtois, femelin, etc., dont le hollandais représente le type parfait. Si le front est un peu arrondi chez le taureau, le maxillaire inférieur plus large, les cornes plus développées, il ne faut pas oublier que l’introduction de cet animal dans les contrées montueuses de l’Allemagne et de la Suisse, lui a fait perdre quelque peu de ses formes natives; devant, par dessus tout exécuter des travaux pénibles et chercher sa nourriture sur les flancs escarpés des Alpes, il lui a fallu s’accommoder aux exigences de sa nouvelle situation. Les éleveurs de la Suisse l’entourent aujourd’hui de tant de soin, que rien ne le distingue du hollandais.
Vus dans leur ensemble, les caractères généraux du durham, du normand et du breton, offrent une grande ressemblance avec ceux du hollandais. La perfec-
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tion du premier et de quelques familles des deux autres, remarquable surtout dans la finesse de la tête, l'uniformité plus parfaite de la taille, la rectitude de la ligne dorsale, la profondeur de la poitrine, le développement de l’épaule et la finesse de la peau, est due simplement au choix rigoureux des reproducteurs et à l’abondance de l’alimentation. Le simmenthal, tel qu’il se présente actuellement dans la Suisse française tient le milieu pour la similitude et la beauté des formes, entre le durham et le hollandais qu’il égale en taille et en volume, et montre ainsi les liens de parenté qui l’unissent à ces deux variétés.
Les caractères qui rattachent tous les types et leurs nombreuses variétés à la race courtes cornes et tachetée du littoral de la mer du Nord et de la mer Baltique se sentent, se devinent et s’imposent souvent à l’esprit bien plus qu’ils ne se décrivent. Mais quand on a beaucoup vu, beaucoup observé, on trouve des ressemblances qui, jusqu'ici, ont échappé à la masse des éleveurs et des écrivains agricoles.
Les sujets d’élite, les véritables courtcs-cornes améliorés, seraient bien plus nombreux dans les Pays-Bas, si le vulgaire n'admettait pas que la production du lait est inséparable d’une construction vicieuse : poitrine peu profonde, côtes plates, ventre- descendu, membres mal attachés et maigreur générale. Ce préjugé, également répandu dans les autres contrées de l’Europe, a pris naissance dans l’observation mal faite de quelques bêles excellentes laitières, malgré leur misère physique, et nullement en vertu de leur épuisement ; ces vaches étaient maigres, non pas à cause de l’abondance de leur lait, mais bien parce qu'elles recevaient une ration insuffisante pour réparer leurs déperditions, et elles auraient autant produit et possédé des formes plus élégantes si la nourriture avait été distribuée avec moins d’économie. C’est une erreur de croire que la laideur offre plus de garantie de service que la belle conformation. Aussi, de nos jours, malgré la plus-value d’une bête aux formes parfaites et douée d’un'certain embonpoint, les agriculteurs intelligents la recherchent-ils sur les marchés, persuadés qu’ils sont qu’après l'épuisement du lait, la vente à la boucherie est toujours plus avantageuse. Us comprennent le profit qu’on retire de deux dispositions naturelles et le trouvent dans l’alliance de la beauté avec l’abondante sécrétion lactée.
La vache hollandaise est, ainsi que celles de Schwylz et de la Tarentaise, extrêmement cosmopolite. On la rencontre, observe justement M. Sanson, partout ofi l’on peut lui assurer une alimentation en rapport avec sa grande aptitude laitière. Elle a franchi l'Océan pour aller s’établir en Amérique et au sud de l'Afrique. — Oue tant de migrations aient fait subir à tout ce qui, en elle, est susceptible de s’accommoder au milieu ou de se conformer aux vues de ceux qui dirigent sa reproduction, des modifications profondes ou seulement superficielles, c’est ce dont il n'v a pas lieu de s’étonner, mais ce qui atteste son unité fondamentale, c’est que sous toutes ses modifications, le type a persisté indélébile, avec les caractères que nous lui connaissions. — L’aptitude à la production du lait et de la viande, au pâturage ou en stabulation, est, par héritage direct, la qualité dominante de la vache hollandaise. C’est sans doute après avoir étudié cette bête et celle de la Normandie et du Simmenthal, que Royer disait que les qualités laitières les mieux développées, ne sont point exclusives de la propension ii l’engraissement, mais que la sécrétion du lait, pendant son activité, nuit à ce dernier alors qu’on veut obtenir deux produits à la fois.
La hollandaise doit tous ses avantages il la nature, au régime qu’elle suit, à la sélection, d'où la nécessité de continuer à suivre cette voie qui donne de si bons résultats. Aucune alliance n’est possible, pas même avec ses similaires d’Angleterre et de Suisse. Si la vache durham rendait beaucoup de lait, elle
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aurait alors les caractères de la vache hollandaise. Dans ce cas, quel avantage v aurait-il à effectuer un rapprochement. En unissant les deux types, tels qu’ils s'offrent présentement à nos yeux, il en résulterait des individus ne possédant aucune des qualités des ascendants ; ce serait donc une opération des plus mauvaises, et nul ne doit en tenter l’essai. On a cependant introduit des durhams dans la Frise, mais on n’en a obtenu que des résultats fort peu satisfaisants. Les éleveurs de cette province reconnaissent à présent qu'il est inutile d’avoir recours à l’animal à viande, et qu’il vaut mieux prendre les reproducteurs dans la population améliorée du pays. Les éleveurs néerlandais, rapporte Host, dirigent leurs vues de façon à ce que le perfectionnement résulte du choix attentif des ascendants et du traitement convenable des jeunes sujets autrefois mal soignés et nourris. Quelques agriculteurs s’adonnent cependant à l’élevage du durham pur ou allié au hollandais, mais leur exemple n’est pas très-suivi.
On admettait autrefois dans les Pays-Bas, autant de races que de provinces, que de districts. Les hommes sont partout les mêmes. Grâce au travail de Hengeveld, les personnes éclairées commencent à comprendre que les prétendues races de la Zélande, du Brabant septentrional, de Gueldre, d’Utrecht, des deux Hollandes, d'Overyssel, de Drenthe, de Groningue et de la Frise, ne sont certainement que des variétés du type néerlandais.
Sur le territoire belge qu’il occupe en entier, ce type se partage encore en nouvelles variétés arbitrairement qualifiées de races dans la contrée. Les quatre principales portent les noms des provinces qu'elles habitent : Limbourg, pays Wallon, Flandre et bords de la Meuse. Tous ces groupes, à l'exception du flamand, offrent une moins bonne conformation que la hollandaise; le sol, les ■mins et la nourriture n’y sont plus. Les bonnes vaches viennent des Pays-Bas, et les bœufs vont peupler les étables des sucreries et des distilleries avec les sujets importés de la Franche-Comté. On a voulu améliorer les tribus belges par le durham, et l'insuccès a suivi de près l'opération. Les terres pauvres et les sables de la Belgique ne peuvent nourrir qu’un bétail assez rustique et pas trop exigeant. Cependant, l’administration de l’agriculture et quelques sociétés agricoles, ont encore une tendance à préconiser les courtes-cornes d’Angleterre, •le crois, avec M. de la Valette, que cette disposition n’est pas la meilleure, surtout si on veut la généraliser, et que les cultivateurs retirent plus de bénéfice des bêtes à lait que des bêtes à viande, attendu que les premières donnent du lait et de la chair, tandis que les secondes ne fournissent que ce dernier produit. Si la vache laitière coûte un peu plus cher à engraisser, les dépenses sont largement compensées par les bénéfices réalisés sur le beurre et le fromage. Une vache durham ne produit que deux veaux au plus jusqu’à quatre ans, et une vache hollandaise fournit en sus de 6 à 800 litres de lait.
C’est sous les noms impropres de Flamand et de Meusien que le type bovin hollandais est généralement connu dans nos départements du nord-ouest, du nord et du nord-est, où il se trouve diversement distribué, îeçoit encore de nouvelles dénominations, et règne seul ou en concurrence avec des types voisins ou éloignés. Quelles différences peut-on établir entre les groupes de cette région pour justifier les distinctions arbitrairement établies ? Aucune. Sans doute, le pelage est différent : pie-rouge, en Hollande ; — formé d’un mélange de poils noirs, blancs et rouges à peu près uniformément répartis, en Belgique ; — rouge brun avec quelques taches blanches, en Flandre; — rouge clair en tirant sur l’alezan, dans l’Artois et la Picardie; — rouge, noir ou zébré, dans le bassin de la Meuse; mais ce caractère secondaire ne joue ici qu’un rôle fort peu important, le langage zootechnique moderne n’admettant plus ces divisions bizarres et dont le moindre défaut était de l’obscurcir au détriment de l'instruction générale.
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Les nombreuses variétés émanant de la race hollandaise et dispersées dans le nord-ouest, le nord et le nord-est de la Franco, sont identiques au fond, le type et les aptitudes ne différent en rien du type et des aptitudes de la variétémère. Tous ces groupements artificiels ne trompent que les gens sans expérience et n’allèrent en rien le jugement de ceux qui connaissent la caractéristique de la race. Les beaux sujets importés de la Groningue et de la Frise se font toujours remarquer, cela est incontestable, mais ils ne se séparent des autres et même des produits de la promiscuité, que par des caractères de second ordre, l'ensemble portant toujours l’empreinte primitive. Ce fait scientifique devrait être connu de tous les éleveurs, car il détruit bien des erreurs et
Fig. 3. — Vache flamande.
montre que le durham et ses voisins d'Angleterre, le hollandais, le flamand, l’artésien, le picard, le normand, le breton, l’ardennais, le meusien, le jurassien et l’alpestre constituent les branches d'un même tronc et que leur mélange ne forme pas de croisement. 11 donne, en outre, « la démonstration et la mesure de la puissance de la sélection, cette méthode zootechnique à l aide de laquelle les améliorations les plus grandes, les plus profitables peuvent être obtenues. >i Sans nul doute, c’est quand les animaux ont atteint l àge adulte, qu'ils ont acquis leur complet dével ppement et que leurs organes et leurs aptitudes sont parvenues à l'apogée de la puissance, qu'il convient de les photographier, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Je prends donc le taureau à quatre ans et la vache à cinq. — Caractères du premier. Animal de grande taille, pouvant s'élever jusqu’à 1 m. 47 ; corps plutôt long que court, longueur provenant du développement du dos, des reins et de la croupe ; tête assez volumineuse, front plat, lègres épaisses, bouche grande, fanon tombant; chevilles osseuses, courtes, dirigées horizontalement en dehors et se contournant très-légèrement en avant, revêtues d’une corne en rapport avec leur longueur et leur direction, mais généralement courte, blanche ou jaune à la base, noire ou brune à l'extrémité
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qui parait comme tronquée tant elle se termine brusquement en pointe mousse: il n’est point aisé de rencontrer le taureau adulte porteur de cornes de plus de quinze à vingt centimètres ; encolure courte, horizontale, épaisse à la sortie de la poitrine et surtout à son bord supérieur où les muscles de la région cervicale ont pris un volume considérable et offrent, chez la plupart des mâles flamands, l’apparence d'une bosse sphérique qui serait appliquée en avant du garrot : celui-ci assez bas par rapport à l’encolure, mais large ‘et charnu; dos long; ventre moyennement descendu; fourreau et organes génitaux bien conformés; épaules et bras forts, musculeux et se détachant de la poitrine; avant-bras, genoux, canons et pâturons assez amples; sabots faibles; cuisses et fesses longues, étroites et manquant de longueur chez bien des individus sur lesquels elles se terminent à quinze centimètres au-dessus des jarrets; ceux-ci étroits et épais; robe rouge brun, quelquefois claire et tirant sur le jaune, rarement noire, et portant toujours soit â la tête, au fanon ou entre les membres antérieurs, soit sous le ventre, et autour des organes génitaux, quelques taches blanches plus ou moins larges et multipliées ; bouche faite à quatre ans ; caractère doux, parfois peureux et sauvage ; énergie et vigueur à toute épreuve ; poids vivant d’un sujet maigre suivant la taille et pouvant atteindre 7 et 800 kilogrammes ; poids en viande nette du même sujet engraissé pendant trois ou quatre mois, de 600 à 700 kilogr. ; rendement 6i) %.
Les caractères de la vache, fig. 3, nécessitent un exposé semblable au précédent, attendu que le taureau, visité même dans les plus minutieux détails, ne donne pas une idée exacte et complète de la famille. Taille maximum, fra.46; corps long; tête petite, fine et expressive; yeux saillants et vifs chez les petits exemplaires, doux chez les grand» ; iront, bouche et lèvres comme chez le mâle; absence de fanon ; cheville osseuse allongée, légère, mince et dirigée horizontalement en dehors et se coutournant en avant et un peu en dedans par suite de sa plus grande longueur que chez le taureau ; cornes longues et dirigées de telle façon en avant et en dedans qu'elles se mettent, dans certains cas, en contact avec les arcades orbitaires et qu’on est obligé de les scier, de peur qu’elles n’occasionnent des compressions sur les parties latérales de la boite crânienne : elles sont généralement blanches sur toute leur longueur, parfois brunes à leurs extrémités; chignon saillant; encolure très-mince, horizontale, sortant brusquement de la poitrine et garnie d'un fanon très-mince et trèsexigu; garrot élevé et mince, rarement épais; échine dorsale longue et ressortie ; reins longs et larges ; hanches écartées ; croupe horizontale, longue, large et saillante au milieu; pointes des fosses aiguës et éloignées l’une de l’autre; queue bien attachée, longue, mince et garnie de poils courts et d’un toupillon peu fourni ; épaules bien conditionnées ; avant-bras, genoux et canons grêles ; sabots petits ; poitrine ayant la forme d’un cône tronqué en avant ; flancs larges et longs; ventre sphérique, mais généralement distendu; cuisses maigres, logeant avec aisance les mamelles, mais pas assez descendues; jarrets un peu coudés; mamelles volumineuses; pis cubique ou pyramidal; veines abdominales sous-cutanées sinueuses et gonflées; épis nettement caractérisé ; robe comme chez le taureau, exceptionnellement noire, mais toujours avec des taches blanches semblables à celles du mâle ; bouche accomplie à quatre ans ; caractère doux et confiant, sans exclusion de la vigueur ; poids vivant d'une bête maigre, à quatre ans, selon les proportions et pouvant aller à 550 kilogr.; poids en viande nette, après quatre mois d’engraissement, atteignant 850 kilog. et donnant 57 0/0.
La conformation des bœufs flamands se rapproche de celle des vaches, et c'est surtout sur eux que l'on remarque les défauts inhérents au type : tête
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osseuse et allongée, encolure grêle, garrot tranchant, poitrine aplatie, reins ( flancs longs, croupe longue et saillante, fesses et cuisses minces, épaules i avant-bras peu musclés, physionomie terne, taille élevée et devenant énorm en bien des circonstances, fn,.o8. Quoique manquant d’ampleur, de gros, i travaillent néanmoins convenablement, et, bien nourris pendant quatre à cin mois, pèsent de f I à 1200 kilog. debout, et rendent de 52 à 57 0/0 en viand nette. Ces animaux prennent lentement la graisse qui s’accumule en dedans ils trompent avantageusement le boucher, et, comme conséquence de marché faits à la hâte et de l'absence de pesées avant et après l’engraissement, ils n rapportent pas toujours assez aux agriculteurs inexpérimentés. La pr«ductio du lait et de la viande a toujours été le but des éleveurs, tandis que la spéciali sation pour le travail n’a été l’objet d’aucune tentative. Accidentellement, le bo:ufs traînent la charrue ou les véhicules agricoles et même industriels, ave une parfaite volonté. Néanmoins, la plupart des industriels préfèrent les comtoi et les charolais, pourvus de deux à quatre dents, qui s'acquittent mieux de lourds transports et sont moins chers que les flamands.
Autrefois, les taureaux émasculés étaient presque les seuls mâles utilisés pou le travail et l’engraissement. Maintenant, comme conséquence des prix toujour en hausse depuis une vingtaine d’années, la production du bétail a pris ui nouvel essor. C’est pourquoi, dans les fermes de moyenne et grande étendue on élève souvent tout ce qui naît, afin de profiter de la cherté de la viande, e quand les taurillons, âgés de trois à quatre mois, ne sont pas doués des qua lilés exigées pour la reproduction, on les fait châtrer par torsion, les cas seaux ou le feu, et on les transforme de la sorte en bouvillons que l’on nourri jusqu’à deux ans environ, époque de l’engraissement. Ils se développent très vite et arrivent à l’âge mentionné, ne recevant que des fourrages de peu d< valeur et dont ils rendent à peu près l’équivalent en fumier, à peser vivant) de 4 à 500 kilog. Nourris ensuite à la pulpe et aux tourteaux, ils dépassen souvent 000 kilog. après trois mois de ce régime. L’élevage, l'entretien e l’engraissement des jeunes bœufs flamands sont des industries très-lucrative: et qui devraient en maintes circonstances être pratiquées sur une grande échelle.
L’élevage des vaches prend également beaucoup d’extension , parce qu’i! n’exige pas de nombreux capitaux et qu’il est toujours rémunérateur. Malheureusement, on n’v apporte pas tous les soins voulus pour obtenir le supplémenl de bénéfices qu'il peut fournir.
Il serait à désirer que la population bovine de la France se rapprochât autan! que possible du flamand, mais pour que pareille métamorphose pût s’accomplir, il ne suffirait pas de transporter les animaux, il faudrait encore les faire aecomDagner des conditions culturales, des gras pâturages et aussi quelque peu du climat du véritable pays flamand. On voit tous les jours des vaches flamandes, issues de pères et de mères irréprochables, élevées dans l'Artois, le pays où ces bêtes se conservent le mieux, nourries à satiété, et néanmoins prendre tous les caractères des animaux indigènes au milieu desquels elles vivent ; elles ne perdent point pour cela leurs qualités de flamandes, mais il leur manque quelque chose de leurs ancêtres. Comme il est prouvé que les races se modifient sous l’influence du milieu, c'est aller contre les volontés de la nature que de vouloir les conserver partout avec les mêmes caractères.
Le type hollandais se partage, comme nous le savons, en diverses variétés, et le flamand lui-même, sous l’effort de cet ensemble formidable d’agents qu'on appelle l’air, l’eau, la sécheresse, le froid, le chaud, le sol, la nourriture, etc, se divise en quatre groupes :1e flamand proprement dit que nous étudions, l’artésien, le picard et le groupe du rayon de Paris.
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Essentiellement laitière, la ilamande est destinée à peupler les vacheries, et la préférence est accordée aux bêtes lymphatiques, aux cornes fines et A l’œil doux. Toutes les denrées agricoles demeurent sous la dépendance du débouché qui en règle la valeur; le lait n’échappe pas à la règle commune, chacun le sait, et puisque ce produit est très-recherché dans la région, il importe essentiellement de conserver les espèces qui le fournissent au plus bas prix possible. Le lait prime la viande, ainsi que l’a dit M. Morière, professeur à la Faculté des sciences de Caen. Les herbages normands ont été jusqu’à présent de grandes fabriques de viande, mais l’expérience est venue démontrer qu'on pouvait, dans une certaine proportion, remplacer le bœuf à l’engrais par la vache à lait et retirer du beurre et du fromage un bénéfice presque toujours supérieur à celui qui provient de l’engraissement. S’il en est ainsi pour la Normandie dont les plantureux pâturages n’ont point de rivaux, et préparent, en si peu de temps et à toutes les époques de l'année, la majeure partie de l’approvisionnement de La Villette, que dire des pays moins favorisés, sinon qu’ils doivent rechercher les produits laitiers et les animaux qui les procurent.
L’exportation des vaches d'élite prend chaque jour plus d’imporLance ; le commerce des belles flamandes se fait toute l’année chez les éleveurs, car il est bien rare qu’on les conduise au marché ; généralement des courtiers les achètent sur place pour les conduire dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise.
L’alliance du durliam avec le flamand, dite à contre-sens croisement durhamflamand, puisque ces deux types sont issus d’une même race, n’a produit quelques bons résultats que dans les cantons où le flamand perd de ses qualités laitières, à la suite d’un élevage mal compris ou d’une direction spéciale des formes vers l’engraissement; dans ces conditions, le sang n’intlue guère sur la production du lait et augmente la disposition à prendre de la graisse. Le taureau d’Ayr n’a donné que des résultats médiocres; il en est de même du normand et du schwytz importé au moment où il faisait fureur et passait pour le régénérateur de l’espèce bovine. Le résultat devait être prévu, car chacun de ces types perd de ses avantages aussitôt qu’il sort des limites qui lui sont assignées; passant d’un pays dans un autre, il se dépouille de ses attributs, revêt ceux que lui imposent le climat et la nourriture et se modifie sans aucune espèce d’intérêt. La hollandaise elle-même ne convient pas dans tous les cantons du département du Nord. La société d’agriculture de Valenciennes fait acheter, dans le North- Hollande, les jeunes taureaux qu’elle destine à rehausser les bovins de sa circonscription. Cette importation ne saurait être fructueuse, si, quittant leurs gras pâturages, les sujets amenés se trouvaient tout à coup placés dans de maigres prairies ou des étables mal approvisionnées; mais le pays peut largement fournir des vivres aux plus exigeants.
En x’ésumé, l’éleveur du pays flamand n’est point partisan des alliances hasardées, parce qu’il possède une excellente laitière et que les unions aventureuses ne peuvent que diminuer la faculté à laquelle il tient par-dessus tout. Il évite sagement les mélanges, et devra persévérer dans cette voie qui lui promet de profiter des produits de la laiterie et d’exploiter, en même temps, la précocité des animaux qu’il envoie de bonne heure à l’abattoir.
Lorsque, laissant les plantui’eux herbages des Wattringues, on se dirige sur le Pas-de-Calais, on voit la flamande perdre de sa taille, et ses formes devenir plus grêles et moins harmonieuses. Cependant, les caractères crâniens, la physionomie générale et tous les détails propres aux appareils digestif et mammaire dénotent toujours le caractère primitif modifié par le milieu et le genre d’éducation. Assez généralement élevée dans des plaines où l’herbage fait défaut, la variété artésienne se ressent du système auquel elle est soumise ; quoique demeurant laitière, son tempérament se trouve changé. Il existe dans les environs
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d'Arras, tout près de sujets bien entretenus et remarquables, un nombre asse; grand de vaches chétives, à poitrine étroite, côte plate et reins faibles, épuisée: par la sécrétion lactée que ne compense point une alimentation suffisante, e offrant un pelage rouge-brun, mais moins unicolore que celui des flamands, e un système lymphatique moins accusé. Ce sont ces différences qui ont pari suffisantes pour motiver la création de la variété artésienne et encore son par tage en deux sections : l 'artésienne proprement dite et la boulonnaise.
Les arrondissements de Boulogne, Montreuil et Saint-Omer s’adonnent parti culièrement à l’élevage des jeunes sujets, opération fructueuse et facile dans ce: contrées demi-herhagèreset riches; dans ceux d’Arras, de Béthune et de Saint Pol, où la culture est intensive et en partie industrielle, on achète de jeunes va ches dont un tire un veau ou deux et qu’on vend ensuite aux laitiers des envi rons de Paris. Dans les localités purement agricoles, le lait est recherché poui la fabrication du beurre et du fromage.
Les développements dans lesquels je suis entré à propos du rôle du durban dans, le département du Nord, me dispensent de nouveaux commentaires. Quanc on n’est pas suffisamment instruit, au lieu de profiter de l’alliance de cet ani mal avec le flamand ou l’artésien, on s’expose à faire fausse route en recher chant par trop la précocité. 11 n'est pas un agriculteur qui ne sache qu'une vache issue de cette union donnera, par année, foO francs de moins qu’une llamande et 100 francs de moins qu’une artésienne, et qui veuille de la bête uniquement pour la chair. La production de la viande c’est la fin, mais tant que celle-ci est vivante elle doit fournir du lait, et c’est pour avoir du beurre et du fromage que le cultivateur garde ses vaches. A l’exception des grands fermiers, dont l'intérêt particulier exige des animaux d’engrais pris dans les individu* sortis du mariage des eourles-cornes avec les flamandes ou les artésiennes, il esf prudent de s’en tenir à la variété locale, soit pour envoyer à la boucherie les jeunes bœufs de trois à quatre ans, soit pour vendre le lait en nature, engraisser les veaux ou fabriquer du beurre et du fromage.
La conservation de la flamande, quand elle est possible, offre de grands avantages ; à son défaut, la sélection et l’hygiène sont les meilleurs, je dirai les seuls moyens d’amélioration de la variété artésienne dans l’immense majorité des cas.
Le groupe picard s’étend sur les départements de la Somme, de l’Aisne et de l'Oise, et se confond, du côté des Ardennes et de la Meuse, avec les variétés ardennaise et meusienne.
Les meilleurs herbages existent dans le Marquenterre, pays riche et pittoresque, séparé de la mer par une forte digue de sable et s’étendant, entre la Somme et l'Authie, sur une longueur de douze kilomètres. Cette sorte de polder, conquis sur l’océan, nourrit et engraisse de magnifiques bestiaux. 11 y a encore de très-belles prairies dans toute la vallée de la Bresle, où passe la rivière de ce nom qui sc jette dans la Manche, au Tréport. Dans les arrondissements d’Amiens, Montdidier et Péronne, ancienne province du Santcrre, les céréales prennent trop de place, au détriment des prairies artificielles qu’il conviendrait d'étendre, afin de nourrir plus abondamment le bétail et de produire le fumier indispensable pour compenser l’épuisement du sol.
C'est dans la partie semi-herbagère, le Ponthieu et le Vimeux, arrondissement d’Abbeville, que les bêtes de choix se recrutent parmi les hollandaises, les flamandes et les normandes qui trouvent sur ces terrains bonne table et bon gite; on y rencontre encore des bêles picardes, mais en moins grande quantité que dans le reste du département. Les premières sont principalement consacrées à l’élevage et à la production du lait ; les secondes n’ont d’autre mission que celle de donner beaucoup de lait pendant leur jeunesse et d’engraisser prompte-
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ment dès que leur carrière est terminée. Les génisses sont donc destinées h fournir du lait d'abord et de la viande plus tard, ou du lait ou de la viande immédiatement, suivant leur propension, les ressources du lieu et les exigences du moment.
Si l’on considère l’énorme consommation û laquelle doit satisfaire la laiterie, on reconnaît aussitôt que celle-ci jouit d’une grande importance en Picardie. L’approvisionnement des villes si rapprochées dans cette partie de la France, la nourriture des élèves, l’engraissement des veaux, la confection du beurre destiné au pays et à l’exportation, la fabrication des fromages réclament une abondante livraison de lait. Aussi toutes les vaches appartiennent-elles aux variétés laitières par excellence.
Le groupe picard qui forme le fond de la population bovine de la Somme est représenté par des sujets minces, hauts sur jambes, grêles, anguleux, à côte plate et à hanche tombante, étroits du bassin, à tête petite et expressive, et à cornes plutôt longues que courtes. Les bonne vaches rendent annuellement 2,600 litres de lait. Pour obtenir un semblable rendement, il faut absolument distribuer une copieuse nourriture; sous l’inlluence d'un régime excessif, les organes digestifs se distendent au détriment de la poitrine' et des formes, ce qui explique l’aspect disgracieux des bêtes picardes. L’élevage portant spécialement sur les femelles qu’on abandonne trop à elles-mêmes, les mâles se ressentent de cette négligence; aussi pour trouver des taureaux moins efflanqués que les leurs, les propriétaires ruraux de la Somme vont-ils chercher des reproducteurs dans le Pas-de-Calais.
Les vaches engraissent pour ainsi dire d’elles-mêmes dès qu’elles sont taries et suffisamment nourries. L’activité vitale est ici remarquable, attendu qu’elle s’exerce au profit de la viande, quand elle n’est plus utilisée pour le lait. C’est la précieuse qualité de la race-mère qu’on retrouve chez toute sa descendance. Les concours généraux et locaux de boucherie contribuent singulièrement à accroître cette qualité.
Des diverses variétés ou tribus vivant dans la Somme, la picarde perfectionnée, la normande et la flamande conviennent le mieux parce quelles sont sur leur territoire, ou du moins tout près, en ce qui concerne les deux dernières, quelles fournissent beaucoup de lait et engraissent facilement dès qu’on jugh le moment opportun. Sous l'influence d’un complet abandon, la picarde était bien tombée, mais, depuis un meilleur choix des reproducteurs, elle fait des progrès dans la voie de l’amélioration, et tout porte à croire que sa marche ne sera pas interrompue. Pas n’est besoin de l’allier à la normande. Le pays est riche, la nourriture ne fait jamais défaut, et la sélection seule suffit pour mettre la variété locale au niveau des sujets exploitéss sur les bons domaines.
F.xcellente dans les vallées et sur le littoral, la hollandaise ne convient plus dans l’intérieur des terres, parce qu’elle coule cher à nourrir et ne rapporte pas en proportion de son prix d’achat et d’entretien. Telle chose bonne ici ne l’est plus ailleurs, et c’est à l’homme intelligent de savoir régler son exploitation d’après les profits offerts. En principe, l’intervention des shorthorns n’est pas favorable à la population bovine de la Somme, et il est mauvais d’autant encourager la masse des cultivateurs à opérer une semblable alliance, alors surtout que les picardes jouissent d’une suffisante précocité, quand elles sont convenablement choisies et traitées. Ne l’oublions pas, les espèces laitières payent largement leur nourriture, amortissent le capital employé à leur achat, et, par conséquent, ne coûtent plus rien à la date de la mise à l’engrais. L’intervention du durliam n’est donc justifiée que sur les bons herbages d’Abbeville et les fermes à culture intensive. Ici, la production rapide de la viande TOME It. — NOUV. TECH. 21
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diminue les chances de pertes, en abrégeant la période d’engraissement, et réalise de plus grands bénéfices dans un temps un peu plus court.
Tout réside, on le voit, dans l'opportunité et demeure soumis aux conditions locales et aux chances avantageuses de transformation. C’est pourquoi, il faut être sobre d'introductions et d’unions nouvelles, et demander le perfectionnement du groupe picard au choix sévère des ascendants.
L’Aisne, qui faisait jadis partie de la province de Picardie, est un riche département, où la culture des céréales occupe une trop large place, surtout dans l’arrondissement de Soissons, qui est un vrai grenier d'abondance. Malgré l'énorme quantité de fumiers employés, la terre s’épuise toujours à la suite des grands rendements, et on a compris qu’il fallait étendre les prairies artificielles, alimenter plus convenablement le bétail et s’opposer à l’appauvrissement du sol. Depuis une dizaine d’années, la betterave tend à faire concurrence aux céréales, ce qui offre un avantage A plusieurs points de vue. D’abord, les pulpes augmentent le stock alimentaire et servent à nourrir copieusement les vaches laitières, et, mêlées avec des tourteaux, A engraisser les bœufs et les femelles taries et réformées; ensuite, les racines, quoique épuisantes, puisqu’elles empruntent beaucoup A la terre et ne lui laissent aucun détritus, améliorent néanmoins le sol par les fumures énergiques et par les sarclages fréquents que nécessite ce mode de culture. Si la prospérité des départements du Nord ne résulte pas entièrement de la culture de la betterave, elle lui doit cependant plus qu’A tout autre, car c’est depuis la propagation de cette racine que les terres ont singulièrement augmenté de valeur et que l’élevage a pris une extension considérable. Les prairies artificielles que l’on crée en ce moment sont également très-avantageuses pour l’élève et la conservation de la fertilité de la terre, parce qu’elles empruntent une partie de leur nourriture A l’atmosphère. Elles contribuent donc puissamment A la réfection du sol, riche ou pauvre, par leur peu d'exigence, les obstacles que leur végétation oppose aux mauvaises herbes et les nombreux détritus qu’elles laissent dans le terrain.
Comme tous les pays A cultures variées et A débouchés faciles et nombreux, l’Aisne ne présente rien d’uniforme dans son système agricole. Le travail, autrefois accompli par les chevaux, tend A revenir A l’espèce bovine, depuis les installations des sucreries et des distilleries; ce même mouvement s'accuse dans la Somme et les arrondissements voisins de la Picardie. Les pâturages naturels étant rares, les vaches ne sortent jamais de l’étable dans les circonscriptions de Laon, Château-Thierry, Saint-Quentin et Soissons, excepté vers la fin de septembre, époque A laquelle on les envoie, pendant un mois, sur les regains de luzerne, durant quelques heures de la journée, après quoi elles retournent A l'écurie où elles reçoivent un mélange de vert et de paille d’avoine appelé fourrage.
Les vaches normandes, flamandes, picardes et hollandaises se partagent la rontréc; l’ordre de citation indique leur importance dans le département. Les bœufs comtois et eharolais, importés tous les ans pour l’exécution de la besogne rurale et la consommation des pulpes dans les sucreries cl distilleries, ne font pas, A proprement parler, partie du contingent de l’Aisne, puisqu’ils n'y viennent que pour satisfaire A des besoins temporaires. La variété picarde est moins favorisée dans l’Aisne que dans la Somme : taille moyenne ; pelage rouge ou moucheté, de blanc et de noir, ou pie ; tête allongée et parfois blanche, ce qui lui vaut la qualification de blanc bonnet', cornes assez longues, fortes et recourbées en avant; yeux doux, front large, encolure mince, épaules plates, poitrine sans ampleur, dos ensellé, ventre pondant et volumineux, queue mal attachée, jambes fines; corps allongé, peu musclé, osseux et anguleux; veines mammaires
et écusson bien marqués; lait abondant et butyreux, poids vivant 500 kilogr. prix moyen 400 francs. Ce modèle se trouve chez les petits propriétaires, là où le progrès pénètre lentement, tandis que la normande et la flamande, pures ou réunies par le mariage, jouissent de la faveur de la grosse culture avec la hollandaise qui commence à perdre de son importance. Le mélange de toutes ces variétés n'a déterminé sur les sujets qui en résultent que des nuances peu variées, puisque les unions s’exerçaient entre animaux de même race. Le sang flamand domine généralement et se reconnaît au premier coup d'œil.
Les exploitations agricoles se divisent en quatre séries: celles qui utilisent le lait pour leurs besoins, celles qui l’emploient à la fabrication du beurre et des fromages, sans cependant en faire les produits principaux de la ferme, celles qui se livrent en grand à l’industrie beurrière et fromagère, et enfin celles qui vendent leur lait à la ville.
On s'occupait déjà de l’amélioration de la variété picarde, quand éclata la guerre de 1870-71. Pendant cette malheureuse période, l’ennemi ayant enlevé un nombre considérable de bêtes à cornes, force fut donc de repeupler les étables. Les agriculteurs achetèrent alors de bonnes vaches flamandes et des picardes venues du département de la Somme, et posèrent ainsi le premier jalon du perfectionnement. Aujourd’hui les taureaux destinés à la reproduction sont bien choisis, soit qu’ils viennent de Normandie, ce qui est fréquent, soit qu’on les tire de la Flandre, soit enfin qu’on les élève chez les propriétaires intelligents. Dans ces conditions, la tête se raccourcit, le ventre se retrousse, les membres prennent de l’épaisseur. A l’exception de quelques mauvais taureaux encore observés à droite et à gauche, les reproducteurs mâles sont assez bons et tout ira pour le mieux quand les femelles ne laisseront plus rien à désirer. Sur les éléments principaux d’amélioration, le premier, la nourriture abondante, est obtenu; quant au second, le choix des parents, rien n’est plus facile que de le mettre en œuvre.
Sur le terrain de l’Aisne, la hollandaise cédait le pas à la normande, mais sur celui de l’Oise où fleurit une triple industrie laitière, elle marche de pair avec cette dernière, et elles forment, à elles deux, à peu près les trois cinquièmes de la population bovine, les deux autres étant représentés par les tribus flamande et picarde.
Quelques écrivains s’étonnent de voir la normande si répandue dans l’Oise et prétendent qu’elle est moins bonne laitière et moins facile à engraisser que la hollandaise et ses dérivées. Leur dires sont sans fondement. On trouve la preuve du contraire dans la quantité de lait fourni journellement pour la fabrication du beurre et du fromage dans les cantons du nord-ouest. Après avoir obtenu cinq ou six veaux de leurs vaches, les éleveurs les vendent grasses pour un prix variant de 350 à 650 francs. La faveur dont cette variété jouit à juste titre sur son propre territoire, dans les départements px-écités et ceux de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de la Marne, de l’Aube, de l’Yonne, etc., où cependant elle s’éloigne des conditions naturelles qui la rendent si propre à la production du beuri'e et du fromage, est encore un argument à leur opposer.
On rencontre dans les environs de Beauvais et Méru quelques écuries composées uniquement de schwytz qui, par l’uniformité de leur robe grise et la régularité de leui’s formes, constituent de beaux troupeaux que l’on conserve à letat de pui’eté, par l’importation continuelle de taureaux de cette race. Malgré leur qualité laitière, il n’y a pas d’avantage marqué à préférer ces bêtes de montagne aux normands et aux hollandais, bêtes de plaine et sur leur terrain.
Le mélange du hollandais, du normand, du flamand, du picard, elc., expli-
L’AGRICULTURE
quenl la formation d’une multitude d'individus, qui, tout en conservant leur cachet originel, ont une grande tendance à l'exagération des défauts. Cependant, le cultivateur soigne attentivement son bétail, surtout celui qui ne possède que deux ou trois vaches, et cherche à en tirer le plus haut produit.
La nourriture est prise au pâturage pendant une partie de l’été, et à l’étable le reste de l’année, excepté sur les limites de la Normandie où les animaux demeurent presque constamment dehors, en raison de l’étendue des herbages.
L’engraissement a lieu à l'étable, soit que la petite culture mette économiquement en état sa vache de réforme, soit que les sucreries utilisent leurs pulpes. Les vaches hollandaises et normandes donnent beaucoup de viande, et de bonne qualité; en raison de leur grande taille et de leur poids élevé, elles peuvent produire en chair nette 275 kilogrammes, soit 450 kilog. en poids vif. Les rares bœufs qu'on mène à l’abattoir peuvent être évalués à 420 kilog., net et 700, vif.
Ce sont principalement les vaches flamandes et picardes qui servent à la fabrication des fromages. Depuis la mise en luzerne et surtout en betteraves de grandes superficies, les vaches précitées fournissent un lait crémeux et caséeux qui convient beaucoup à l’industrie qui le réclame.
En présence des conditions d élevage si bien délimitées, il n'y a qu'à tenter le perfectionnement par la sélection, la bonne nourriture et l’application des règles de l'hygiène. (Jue chacun garde les variétés qui conviennent le mieux à son exploitation, qu'il les transforme par les moyen indiqués, et il suivra le bon chemin. Le durham ne convient pas du tout à l'ensemble des cultivateurs, parce qu'il ne fournit que de la chair chez les jeunes animaux qu'on dirige dans un autre sens. Je ne connais dans le département que quatre éleveurs attachés à l'éducation du durham et de ses dérivés. C'est un signe défavorable.
Le quatrième groupe, celui du rayon de Paris, est presque entièrement composé de femelles bovines des variétés hollandaise, normande, flamande et picarde que l’on rencontre dans les départements de la Seine, de Seine-el- Oise, et de Seine-et-Marne. Il n’existe presque pas de bonifs dans celte circonscription, attendu que le travail est uniquement exécuté par les chevaux. Le régime est presque exclusivement stabulaire, ce qui a forcé de bonne heure les fermiers à construire des étables bien aménagées. On rencontre, dans la Bric surtout, de bons modèles de vacheries, sans compter bien entendu les constructions de luxe appartenant à de riches propriétaires.
Le régime des laiteries du rayon de Paris peut, d'après M. Lefour, se résumer dans trois méthodes différentes, savoir: premièrement, achat de jeunes vaches dont on tire un veau ou deux et qu'on vend ensuite aux laitiers; deuxièment, achat de vaches faites que l'on conserve jusqu'à l’âge où elles deviennent impropres au service, et qu'on réforme pour les vendre maigres ou grasses; troisièmement, achat de femelles en pleine lactation qu’on soumet à une alimentation très-abondante, de manière ^qu'alors que le lait diminue, la vache engraissant, on puisse la livrer à la boucherie, après un an ou deux de lactation. Les deux premières méthodes sont «uivies dans les plus grandes fermes de Paris, et par les petits cultivateurs cl les ménages; la troisième est celle des nourrisseurs ou laitiers des environs de la capitale.
« La vache flamande, boulonnaise, maroillaise ou picarde, avant d’arriver dans le rayon de Paris, a presque toujours fait quelques stations plus ou moins longues sur le trajet. Sortie génisse de la Flandre, du Boulonnais ou de l’Artois, on la retrouve mère vache dans le cercle de Paris. Des pâtures des arrondissements de Dunkerque et Ilazcbrouck, il sort chaque année de sept à dix mille génisses ou vaches. De ces émigrantes, une partie se dirige du côté de Béthume, Arras, Bapaume, Péronne, et vient sur les foires de ces arrondissements se
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joindre à quelqués élèves artésiens et picards. Il s’établit en ce point un centre de commerce de bétail qui fournit une partie des arrondissements de Saint- Quentin, Laon, et Soissons de vaches flamandes et picardes; mais la masse des exportations du pays flamand descend dans les arrondissements de Saint-Pol et Doullens, où elle s'augmente encore des arrivages considérables du Boulonnais et du Ponthieu. Les génisses se répandent dans les fermes de la Somme et du Pas-de-Calais pour y vieillir un an ou deux, et les mères continuent leur route vers le marché de la Chapelle-Saint-Denis, qui approvisionne les environs de Paris. »
En outre du lait livré en nature, il se fait, dans les départements de Seine-et- Oise et de Seine-et-Marne, une très-grande quantité de beurre et de fromage de diverses sortes ; le premier est de médiocre qualité et consommé sur place; sur beaucoup de points, la petite culture préfère transformer son laitage en fromages de Brie, en fromages frais et mous, dits suisses, à la crème, etc.
Les veaux sont conduits très-jeunes au marché et vendus aux vignerons, aux petits particuliers qui les gardent chez eux pendant six semaines ou deux mois, les engraissent et les expédient sur Paris. A Coulonuniers, où j’ai pris des renseignements sur l'industrie agricole de Seine-et-Marne, toutes les semaines le marché aux veaux est approvisionné de 150 à 200 veaux gras. L’engraissement des hœufs n’est qu'accidentel, en raison de l’absence d'herbages et du prix élevé des fourrages dans cette zone.
Dans tout le rayon de Paris, les travaux des champs sont exécutés par l’espèce chevaline, et les bœufs sont inconnus, excepté dans les fabriques de sucre et d'acool où on en trouve quelques-uns destinés à consommer les pulpes et à être vendus après l’engraissement. Les vaches laitières, au contraire, sont extrêment nombreuses et contribuent au développement de l’industrie agricole la plus prospère, la vente du lait en nature et la fabrication des fromages. Les bêles normandes et hollandaises et les dérivées de ces dernières, sont particulièrement aptes aux besoins de la région par l’abondance de leur lait et leur propension à prendre de la graisse, quand elles ne peuvent plus rendre d’autres services. On rencontre aussi des schwytz:je connais quelques belles écuries garnies de sujets de cette race. La contrée n’élève pas, elle fait venir des génisses pleines, ou des vaches faites et pleines ou en pleine lactation. Ce système lui convient parfaitement, et il n’y a pas à le changer. L’immixtion du durham et la fabrication exclusive de la viande sont ici un véritable contre-sens que savent éviter les agriculteurs.
Le groupe meusien,issu de la variété hollandaise, se partage en deux variétés, l’ardennaise et la meusienne.
L 'ardennaise, de beaucoup la moins importante, puisqu’elle n’occupe même pas la première place dans le département dont elle prend le nom, se rencontre bien plus dans l’Ardenne belge que dans l’Ardenne française. Elle existe, chez nous, principalement dans la circonscription de Réthel, et se plaît surtout dans les vallées de la Meuse, de l’Aisne et autres secondaires, et sur les confins de la frontière belge. En se rapprochant du département de l’Aisne, elle se mêle aux variétés picarde et maroillaise, et plus elle s’avance vers le nord, plus elle devient forte, sous l'inlluence de soins mieux compris. Du côté de la Marne et de Meuse, elle devient la variété meusienne.
La vache ardennaise, telle qu’on la rencontre dans l’arrondissement de Sedan, est de petite taille, pèse de 230 à -350 kilog., possède des formes sveltes, une démarche agile, comme la bête des pâturages maigres du Luxembourg. Elle donne, toutes proportions gardées, moins de lait que la hollandaise, mais ce liquide offre chez elle une qualité qu’on dit supérieure. En deux mots, voici ses caractères: tête allongée et dégarnie de chair, cornes fines
L’AGRICULTURE
et recourbées en avant, yeux noirs et saillants, mufle noir, cou long, mince et presque sans fanon, poitrine étroite, corps long, ventre assez volumineux, croupe avalée, cuisses plates, peau douce et fine, pelage nûir ou brun, parfois rouge, plus rarement mélangé de blanc, rendement en lait de 7 à 8 litres par jour, engraissement un peu difficile.
Le fond de la population est le résultat du mélange de tous les types vivant dans le pays: hollandais, meusien, comtois, etc. ; avant 1870, il formait, avec l'ardennaise, presque les deux tiers du bétail. Mais l'invasion allemande et son alliée la peste bovine ayant anéanti une partie des troupeaux, les importations de la Belgique et de la Hollande ont remplacé les sujets indigènes disparus pendant la guerre.
Dans les Ardennes, le petit cheval si énergique et si robuste répond à tous les besoins, aussi bien dans la vallée que dans la montagne. Le rôle de l'espèce bovine se borne donc à la production du lait, et, après l’épuisement des vaches, à la fabrication de la viande. Le bœuf est presque inconnu, et ne fournit qu'un très-faible contingent à la boucherie locale.
La variété hollandaise a été introduite, il y a vingt ans environ; l’importation s'est faite d'abord par des mâles seuls, et, plus tard, par des taureaux et des vaches. Cette petite population ne s’est maintenue que chez les propriétaires qui savent s'imposer des sacrifices. Ainsi qu’on le constate, l'entretien de la hollandaise n'encourage pas la masse des cultivateurs à tenter le perfectionnement par son intervention.
Une variété quelconque améliorée, quelle s’appelle hollandaise ou durham, ne peut maintenir son état de perfection qu'à la condition de se voir continuer l’emploi des moyens alimentaires qui ont servi à l’exalter. La privation de nourriture a pour effet inévitable de rapetisser les vaches hollandaises, comme les vaches durhams, avec cette différence que la durham dégénérée, donnant très-peu de lait et conservant pour elle-même la presque totalité des matériaux nutritifs, reste dans un état d’embonpoint plus ou moins passable, tandis que la hollandaise, laitière en dépit du mauvais régime, prend dans sa propre substance les éléments constitutifs du lait qu’elle fournit, en sorte qu’elle devient, dans la misère, tout-à-fait décharnée. La faculté laitière et la faculté d’engraissement dérivent d’une seule et même aptitude à absorber, à assimlier une grande quantité de nourriture ; mais ces deux facultés, bien que coexistantes, ne peuvent s'exercer simultanément avec la même intensité. C'est tellement vrai qu’un connaisseur, entrant dans une étable de vaches durhams, reconnaît immédiatement les bêtes laitières à leur maigreur relative ou, si l’on veut, à l’atténuation de leur embonpoint. Cet exposé démontre péremptoirement les raisons de l’absence des shorthorns dans cette contrée. Répétons, du reste, qu’ils ont cependant leur raison d’être dans les fermes où les plantes sarclées ont pris de l’extension. C’est ainsi que sur quelques points du département, où la culture de la betterave se fait sur une grande échelle, on rencontre des courtes-cornes qui procurent de bons résultats aux éleveurs qui savent leur donner les soins voulus et convenablement utiliser les résidus de distillerie.
11 existe, dans certaines étables, quelques sujets des grandes races suisses dont les ascendants ont éié importés dans les riches vallées, il y a près de trente ans. Leur contingent a insensiblement diminué, par suite des envois à la boucherie et du renouvellement imparfait de l’élevage.
D’après M. Schneider, la seule variété véritablement améliorante serait la hollandaise, et le durham mériterait la préférence dans les écuries où l’on nourrit fort, en vue de la production de la viande, et loin des grands centres. Je ne suis pas de cet avis sans restrictions, même en ce qui concerne la néerlandaise, car j’estime qu’il vaut généralement mieux perfectionner par elle-
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même la tribu locale, que d'introduire des reproducteurs hollandais qui ne conservent leurs attributs que sur quelques rares exploitations. Les personnes expérimentées regardent donc la sélection comme la meilleure méthode à suivre dans l'amélioration des tribus ardennaise et meusienne, dont l'organisation est en rapport avec le milieu dans lequel on les entretient. On a perdu beaucoup trop de temps à la recherche lointaine de sujets qualifiés d'améliorateurs.
Le groupe meusicn du type hollandais peuple la partie haute du bassin de la Meuse, c’est-â-dire une partie des Ardennes, comme nous venons de nous en rendre compte, les départements de la Meuse, de la Marne, de la Haute- Marne et quelque peu des Vosges et de l’Alsace-Lorraine. Du côté du Nord, il se mêle avec la tribu ardennaise belge, et, vers le sud-est, avec le type jurassien.
L'ancien bétail de la Meuse présentait une tête volumineuse, un corps irrégulièrement établi, des hanches saillantes, des membres gros, une peau épaisse et dure, un pelage rouge, noir ou zébré, une certaine aptitude laitière chez les vaches et de la propension à fournir un bon travail chez les bœufs. On rencontre encore assez souvent des représentants de cette vieille forme. Pour l'améliorer on a mis en œuvre les unions avec les taureaux du glane, :bernois et fribourgeois, et hollandais. Le premier procédé dut être arrêté peu de temps après sa mise à exécution; par le second, on obtint des individus à pelage pie noir ou pie rouge, à structure passable, plus laitiers et plus faciles à engraisser ; le troisième donna de semblables résultats. C’est surtout depuis que l’agriculture se transforme et que les travaux des champs s’etfectuent par des chevaux, que les bœufs diminuent de nombre, ne comptent plus guère que pour mémoire, prennent de meilleures formes pour être mieux accueillis des bouchers, et, en même temps, que les vaches se corrigent de leurs défauts de conformation et deviennent assez bonnes laitières.
Le nouveau modèle meusien, infiniment supérieur à l’ardennais, offre une tête courte, un chanfrein droit, une encolure plus courte et peu garnie de fanon, un bassin relativement large, un pis de belle apparence, une grande rusticité, une sobriété qui fait accepter les pâturages médiocres et un rendement de 22ü à 300 kilogrammes à l'abattoir. On rencontre même quelques beaux et excellents sujets, des vaches à tête légère, œil vif, front large, cornes fines et luisantes, encolure svelte et terminée par un fanon presque imperceptible, ligne horizontale, croupe large et bien attachée, poitrine haute et longue, côte ronde, cuisses et avant-bras musclés, peau souple, poil doux et généralement rouge et pie rouge, mamelles suffisamment développées, des vaches, enfin, représentant, à un certain degré, le carré long et l’ossature mince de l’animal de boucherie et possédant des qualités laitières suffisantes par rapport à leur entretien. Avec l’amélioraîion, on constate l’augmentation des bêtes à cornes qui ont remplacé les bêtes à laine, depuis la diminution du prix des toisons.
Pendant la guerre, les réquisitions des armées allemandes et le Rinderpest portèrent un coup terrible à la meusienne, en réduisant beaucoup son effectif et en paralysant les soins dont elle était entourée. Lors de la pacification, le commerce se tourna du côté du Luxembourg et de la Hollande et en ramena nombre de vaches et de génisses, et, avec elles, la péripneumonie qui préleva un fort tribut.
Le type hollandais semble tenir maintenant une place importante dans l'arrondissement de Montmédy ; la société d’agriculture de cet arrondissement s'occupant elle-même, tous les ans, de l’achat de taureaux et de génisses dans les Pays-Bas.
On rencontre dans le département de la Meuse, surtout dans les cantons d’Etain,
L’AGRICULTURE
Varennes, Verdun, Clermont, des taureaux et des vaches durliams; leurs produits sont très-reconnaissables. Le vrai schwylz est assez rare.
Etant données, rapporte M. Fourrier, vétérinaire à Verdun et secrétaire de la Société d’agriculture de cette ville, deux conditions capitales pour améliorer une espèce quelconque, c’est-à-dire le bon reproducteur et une bonne hygiène, il faut choisir autant que possible le taureau dont le corps et bien porportionné, le tronc cylindrique, avec une tète mince, légère, courte, des cornes de couleur claire, luisantes, moyennes, un cou médiocrement chargé, un fanon léger, des épaules longues, charnues, une poitrine ample, la côte arrondie, l'épine dorso-lombaire large, bien musclée, un ventre peu développé, des cuisses bien fournies, des membres un [peu courts, une peau fine, un poil lisse et brillant, formant entre les cuisses un épi symétrique, étendu, régulier, l’œil vif, de la docilité et lia lu mois d’âge au moins. Les vaches, et les bœufs qui proviennent de pères assez jeunes, ont, en général, la croissance rapide, donnent beaucoup de lait et peuvent être engraissés de meilleure heure. Je partage l’opinion de M. Fourrier et l’engage à l’user de son influence dans son pays, en faveur de la conservation de la variété meusienne et de son perfectionnement par elle-même.
La quantité de bétail est en rapport avec les ressources de l’agriculture. Sur les cinq arrondissements dont se compose le département de la Marne, ceux de Reims et d’Epernay sont presque entièrement livrés à la culture de la vigne et n’attirent que secondairement notre attention. 11 en est de même de cette immense plaine qui s’étend entre Reims, Sainte-Menehould, Vitry, Sézanne et Epernay, où les villages sont rares, le sol pauvre cl aride, surtout en été, et qu’on appelle la Champagne pouilleuse. C’est dans les vallées et dans le sud du département, Basse Brie et Perthois, c'est-à-dire dans une partie des arrondissements d'Epernay et de Vitry qu’on rencontre tous les caractères d'une heureuse fécondité.
La vache la plus répandue dans le département, celle qui forme le fond de la population, s’appelle Mnrnoise ; c’est un mélange de meusienne, de vosgienne, d'ardeunaise et de quelques autres formes plus ou moins régulières, à tête forte, fanon large, croupe peu charnue, robe variable, taille moyenne, près de terre ou plus élevée, quelquefois passable laitière, donnant jusqu’à 6 et 8 litres de lait par jour et même davantage. Cette bête se confond avec d’autres amenées de la Haute-Marne, des environs de Monticr en Der, où elles sont désignées sous e nom de bocaqcres, du Nord, de la Franche-Comté, des frontières de la Suisse de Montbéliard, et de Belfort. Elle fournit des engrais et donne du lait en quantité suffisante pour les besoins de la maison et pour l’élevage des veaux, et elle prend assez bien la graisse, quand on la prépare pour la boucherie. Par son aptitude laitière et sa rusticité, la vache du pays s'approprie parfaitement aux ressources de la petite culture à qui elle rend toujours ce qu’elle reçoit. Elle convient aussi à quelques localités éloignées des centres de consommation ou les produits du laitage ont peu de débouchés, ainsi qu’à cette partie de la région qui ne se trouve pas encore dans les conditions convenables pour nourrir des races plus exigeantes. Elle n'est donc point à dédaigner dans la pluralité des cas, car on y trouve des sujets doués de qualités spéciales recherchées, qu il serait facile d'augmenter par la sélection et la nourriture.
Pensant que le type jurassien, sous la forme comtoise, conviendrait mieux que les autres pour améliorer le fond de la population, les sociétés agricoles achetèrent en 1864 des taureaux fémelins qui furent bientôt remplacés par des hollandais, des normands, des fribourgeois et des schwytz. On doit reprocher à la première impulsion d'avoir été dirigée sans méthode, malgré les réponses des promoteurs, qui prétendent à tort que les innovations n'ont de chance de
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réussir qu’autant qu'on les fait en hésitant, et qu’où il n’y a pas de. règle établie à l’avance, on n’arrive au but que par tâtonnements. C’est une erreur; car lorsqu’on sait bien discerner les types spécifiques sur lesquels on opère, on ne prend jamais que le bon chemin.
Un peu plus lard, un certain nombre de cultivateurs, s’attachant à la produclion du lait, introduisirent la variété hollandaise à un degré de pureté plus ou moins grand. D’autres préférèrent la variété normande, que les comices achetaient dans le pays même. La tribu fribourgeoise, vivant près des frontières, a pu, à certain moment, alors que les communications étaient incommodes et coûteuses, donner de bons résultats eu augmentant la taille et les propriétés laitières; mais, depuis cette époque, elle a été abandonnée. La race schwytz, plus ou moins motivée, se rencontre dans un grand nombre d’étables.
Quelle que soit la perfection du durham, sa précocité et ses avantages, les conditions culturales de la plus grande partie de la région ne permettent qu'exceplionnellement l’élevage et l’entretien des animaux purs. 11 n’en est pas de même des sujets provenant du croisement de taureaux durhams avec des femelles de variétés locales, qui sont parfois avantageux, notamment dans les contrées crayeuses, où les fourrages sont peu succulents, peu substentiels, mais, par contre, riches en matières minérales, et dont l’emploi exclusif pour l’alimentation du bétail amène à la longue une diminution musculaire, en même temps que le grossissement des os. L'infusion d'un peu de sang anglais rétablit l’équilibre, améliore la forme et accroît la puissance d’assimilation ; de plus, l’introduction des types perfectionnés dans l’étable provoque toujours une amélioration de régime et, à ce titre seul, rend de véritables services. Les veaux destinés à l’engraissement, pour être livrés à la boucherie parisienne vers l'âge de trois mois, et provenant d’un taureau de sang durham, sont plus précoces, prennent mieux lè gras et ont de meilleures formes, conditions à l’avantage de l’engraisseur et du consommateur
Dans la Marne, il est difficile, comme on le remarque, de donner une prééminence à une seule variété, à l’exclusion de toute autre. Le Perlhois, la Champagne, les rives de la Marne et de la Saulx, le Bocage offrent si peu d'homogénéité dans leurs conditions hygiéniques, qu’il n'est pas présentement possible à une seule race de réussir partout. De plus, les petits cultivateurs qui ne peuvent avoir une ou deux vaches qu’avec le secours du pâturage communal et de la vaine pâture, ne sont pas en position de les entretenir selon toutes les règles de l'hygiène, et il ne faut pas oublier qu'on n'a jamais de bons élèves sans qu'il en coûte quelque chose, et sans ajouter un supplément à cette nourriture incomplète dans la plupart de* cas.
Quand les soins appropriés à la région conduiront l'éleveur aux bons résultats qu'obtiennent d’autres pays, la tribu locale pourra s’étendre et se perfectionner sous l'influence de la sélection et du régime.
Le recensement de 1872 a ainsi établi le chiffre du bétail à cornes de la Haute-Marne : Taureaux, 972 ; bœufs, 8,986; vaches, 42,901 ; génisses et bouvillons, 17,273; veaux, 10, 357. Dans ce pays, non-seulement on ne s'occupe pas de l'influence du taureau, ce qui est une cause perpétuelle d’échecs, mais encore on nourrit les animaux avec trop de parcimonie. Le choix des reproducteurs mâles tient moins à leurs qualités qu’au petit déplacement occasionné pour la conduite des vaches. Le sevrage se fait vite, avec de brusques transitions et sans souci des soins spéciaux qui souvent décident de l’avenir de l'individu Sous l'influence de soins mal entendus, les veaux restent chétifs, étroits et osseux au moins pendant une année, au préjudice des agriculteurs. Dans ces conditions regrettables, tout se borne à la production des jeunes sujets, des bœufs notamment qu'on vend de bonne heure, et à l'exploitation des produits de la laiterie
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chez des vaches qu’on ne garde guère après quatre ans, et qu’on mène à la foire après en avoir retiré un veau ou deux. I/engraissement est inconnu ; le bétail d’abattoir vient de la Haute-Saône et ne comprend guère que des fémelins.
Le bétail de département se compose de bêtes meusiennes, vosgiennes, comtoises, fémelines, bernoises, fribourgeoises, scliwytz, etc. Confinant aux Vosges et à la Franche-Comté, et peu éloignée de la Suisse, la Haute-Marne offre un mélange d’animaux facile à expliquer.
La comtoise occupe une place assez importante. On constate, dit M. Cornevin, qu’elle ne perd pas de terrain comme dans le Doubs, et qu’elle tend à suivre le cours de la Meuse. Les bêtes meusiennes, on ne l’ignore point, sont surtout d’excellentes laitières, tandis que les comtoises ont une tendance plus marquée à prendre de la graisse et <T tirer sur le poids , comme disent les herbagers. Or, d’une part, dans le sud-est du département, l’industrie fromagère n’est guère exploitée; d'un autre côté, l’absence de tout centre populeux fait que le lait ne peut se vendre à un taux suffisamment élevé, toutes causes qui expliquent pourquoi les cultivateurs de la région se mettent à pousser leur bétail vers l’engraissement.
Ce dernier se vendant bien, le cultivateur le soigne et le nourrit mieux; les soins attentifs sont payés par une masse de déjections plus abondantes et plus riches en principes fertilisants, et par une précocité appréciable. La preuve de cette dernière assertion est facile à donner, il n’y a qu’à parcourir le pays dont il s’agit, pour s’apercevoir que les bœufs de cinq ans sont excessivement rares, et ceux d'un âge plus avancé à peu près introuvables, tous ou à peu près ayant été vendus à quatre ans ou quatre ans et demi, alors qu’ils avaient atteint toute leur taille, et que le travail d’ossification était terminé chez eux.
Parmi les tribus bovines de la Haute-Marne, les cultivateurs’ n’ont qu’à chercher celles qui leur conviennent le mieux, sous le rapport de la valeur des terres et des débouchés. Les types hollandais, jurassien, scliwytz peuvent chacun occuper une place; l’essentiel est de savoir bien choisir. La sélection et la nourriture abondante amèneront ensuite les animaux au rendement maximum qu’il importe de toujours atteindre dans les exploitations dirigées avec intelligence.
Le département de l’Aube ne possède plus de tribu bovine qui lui soit propre; il y a une trentaine d’années, on trouvait encore de nombreux spécimens d'un modèle local anciennement en possession du pays, et évidemment dérivé du type hollandais. L’intluence du milieu, du sol, de la nourriture avait fortement modifié la variété-mère et créé une famille rustique, peu exigeante sur la provende, assez bonne laitière, mais se développant avec lenteur. Les bêtes étaient communément de moyenne taille, et avaient le pelage pie-noir, la tête petite et sèche, la corne fine et recourbée en avant, l'encolure allongée et mince, les épaules serrées, l’avant-bras grêle, la poitrine étroite, les côtes plates, la ligne dorsale plus ou moins infléchie, le ventre volumineux, les hanches saillantes ainsi que les ischions, la cuisse peu fournie de muscles, le pis bien développé, les mamelles grosses et longues, la peau fine et se détachant bien, l’ossature légère quoique d’un poids considérable relativement au poids total, en raison de l'affaiblissement du système musculaire. Comme conséquence de leur achèvement tardif, ces animaux possédaient une grande légèreté, étaient vifs et se contentaient, faute de mieux, d'une maigre pitance. En perfectionnant leurs terres, les agriculteurs auraient pu améliorer la tribu que je viens de décrire, mais ils ont préféré, comme on le verra plus loin, garnir leurs étables de variétés presque toutes du même type, importées de divers endroits, dont les principales sont la normande, aux environs de Nogent-sur-Seine, la hollandaise, la normande et laschwytz, dans le rayon deTroyes, la hollandaise, la scliwytz, la vos-
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gienne, la comtoise et la tribu de Montbéliard au nord et à l’est du département.
D’après le dernier recensement, l’espèce bovine de l’Aube se décompose ainsi : bœufs et tauraux, 1.791; vaches et génisses, 75,763 ; veaux, 9,369 : en total 86,923 têtes. Ces chiffres démontrent que l'on s’attache particulièrement à la production du lait et que le bœuf n’existe que pour mémoire, car aucun travail ne lui est demandé. Le liquide précité est vendu en nature dans certaines localités, ou transformé en beurre ou en fromage, ou encore distribué aux veaux de boucherie. Cette recherche justifie le choix des variétés laitières sorties de la race à courtes-cornes et tachetée du littoral de la mer du Nord et de la mer Baltique.
Au concours de Troyes, en 1875, nous avons été frappés, M. de la Valette et moi, du peu d’importance apporté par les membres du jury |dans l’appréciation des principaux attributs des vaches laitières. Le plus souvent, dit le critique mentionné, les formes seules ont été prises en considération et on a délaissé l’aptitude lactifère qui devrait cependant toujours marcher en première ligne. Puisque les vaches restent 4 jours sur le terrain des concours, n’y aurait-il pas lieu de faire traire tous les matins celles qui sont en lait et de tenir compte des quantités produites, sans négliger bien entendu, les marques et les caractères qui distinguent les bêtes laitières? Les concours n'ont pas de but sérieux, si l’on ne prend pas les moyens de placer en première ligne les meilleures vaches, alors même que leur conformation laisserait ù désirer; on sait bien que les laitières d’élite pèchent souvent sous ce rapport, mais peu importe du moment où elles donnent un gros revenu. L’administration de l’agriculture a fait preuve de meilleures intentions, en introduisant dans le programme des catégories de bêtes laitières. Il faut donc que les membres du jury ne s'écartent pas de la voie tracée et qu’ils. restent dans le domaine réel de la pratique. 11 serait aussi trèsimportant d’examiner les taureaux au point de vue des aptitudes laitières ; ce n’estcertainement pas facile, mais enfin les choses doivent se passer ainsi.
Fort délaissé autrefois, l’élevage prend de l’extension dans la partie centrale et méridionale du département et dans les vallées; le haut prix du bétail continue à le mettre en faveur. Il en est de même de l’engraissement des sujets adultes. Le durham est peu répandu dans l’Aube à l’état pur. Les variétés normande, hollandaise, vosgienne, schwytz, après avoir remplacé la tribu locale disparue, se maintiennent assez bien et répondent convenablement aux débouchés offerts à l’engraissement des veaux et des adultes et à la fabrication du beurre et du fromage, alors surtout qu’elles demeurent toute l’année en stabulation.
A proprement parler, il n’existe pas de tribu locale dans l’Yonne. Plusieurs variétés de la race du littoral des mers du Nord et Baltique s’y donnent rendezvous comme sur un terrain commun : durham, hollandaise, normande, comtoise, ainsi que la race de schwytz, prototype de la race brune. Il n’y a guère que le Morvan qui conserve encore une tribu spéciale, issue de l'ancien charolais absorbé parle durham.
Depuis quinze ans, les agriculteurs de la contrée recherchent encore la bête qui doit leur convenir le mieux, comme si la hollandaise, la normande et celle de schwytz ne s’imposaient pas partout où il est question d'exploiter les produits de la laiterie et de retirer ensuite une quantité suffisante de viande de bonne qualité. Le lait se vend bien et la tendance générale est à son obtention, avec un engraissement rémunérateur. La préférence accordée à la normande provient de la richesse butyreuse de sou lait, richesse utilisée pour la fabrication du beurre et du fromage dans les fermes éloignées des lignes de fer, et la faveur dont jouit la hollandaise se remarque dans les exploitations voisines des gares.
Dans les arrondissements d’Avallon, Clamecy, Sémur et autres voisins, cette
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recherche dit lait et de la viande est manifeste et les opérations dirigées dans ce but gagnent dn terrain; on renonce au durham charolais qui n’est pourvu que d’une seule aptitude. Dans ces contrées où l’on s’accommode parfaitement d'une ou plusieurs variétés bovines issues de la grande race tachetée du Nord, il n’y a presque rien à faire pour arriver au perfectionnement complet du bétail. L’alimentation en fourrages naturels et artificiels, en racines, etc., est trèssoignée, et il ne reste plus qu'à donner de l’attention au choix des reproducteurs, les conditions hygiéniques étant aussi bien remplies que possible.
J'arrive au bétail du nord-est et de l’est de la France, et de la Suisse occidentale. Là, nous ne trouvons plus la hollandaise seule ou simplement accompagnée de la normande, mais une réunion de trois types de la race à courtcscornes et tachetée : hollandais, jurassien et alpestre. Le premier comprend les variétés lorraine et vosgienne; le second, la comtoise, la fémeline et la bressane; la troisième, la bernoise et la fribourgeoise. La diversité de ces types est grande en apparence seulement, car si, au milieu de ces différences de taille, de formes, de pelage, etc., le vulgaire ne remarque pas le cachet qui les rattache à la race primitive, rien n’échappe aux yeux des personnes clairvoyantes.
Grâce à la bonté du sol, les agriculteurs lorrains n'ont pas jusqu'à ce jour suffisamment compris que l’étable pouvait fournir un revenu aussi certain que les terres arables, et ne paraissent pas encore fixés sur l'appropriation qui convient à l’espèce bovine. Tandis que les uns recherchent surtout la qualité laitière, d'autres pensent qu’il faut essayer de produire la béte de boucherie.
Un premier pas est fait dans le bon chemin. Il n'y a plus guère de bovins employés au travail que dans les régions de la Lorraine qui touchent à l'Alsace. On n’en est pas encore à la fabrication régulière du bétail de boucherie, mais on s’applique assidûment à tirer du bénéfice des produits de la laiterie.
La variété locale ressemble à la vérité meusienne. Cette dernière représente dans l'est le type hollandais modifié et approprié à la nature du sol, comme la flamande en reproduit les caractères dans le nord-ouest. Plus nous allons, et plus le sang primitif perd dans le détail de l’extérieur. S’alliant avec le montagnard simmenthal et avec les races du I’alatinat, du Mont-Tonnerre, de Suisse, il en a pris quelque peu les formes, mais en conservant l’empreinte première de la race des plaines du Nord. La variété lorraine, ou bête de pays, offre un pelage unicolore, variant du froment clair au jaune brun et parfois au café au lait; possède une tête allongée et surmontée d’un épais toupet, des cornes plates et portées en avant, un garrot étroit, une taille moyenne, des membres assez forts et secs, un corps régulier, un dos quelquefois droit, mais souvent enscllé, une poitrine un peu étroite, un ventre énorme, une croupe sensiblement relevée et un creux dans la culotte au-dessus du jarret. Tout unicolore qu’elle est, elle dérive cependant de la race tachetée. On la rencontre principalement dans la Lorraine annexée, à l'est de Metz, à Boulay, Saint-Avold, Château-Salins, Sarreguemines, Bilclie, et dans quelques vallées de la Basse-Alsace, au sud de Saverne ; elle renferme naturellement d’excellents animaux pourvus d'une grande puissance lactifère, et fournissant, selon les paroles de M. Lefour, cette bonne nourrice du ménage rural à la petite et à la grande culture.
Considérant cette tribu comme mauvaise par elle-même, et sans examiner si les qualités médiocres ne tiennent pas à un manque de soins, à une alimentation insuffisante, le cultivateur lorrain s'adresse à des races étrangères; il pense améliorer par ce qu’il appelle croisement. Souvent le petit agriculteur agit de même; il fait ses achats sans consulter les besoins réels de son exploitation, sans examiner si le régime qu’il peut leur offrir répondra aux besoins
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de ses nouveaux serviteurs, sans se demander si le climat, le sol, etc., ne modifieront pas les qualités des reproducteurs.
L’Est n'est pas destiné à devenir une nouvelle patrie pour le durham, dont la présence n’est justifiée que dans les fermes où l'on nourrit abondamment.
« En mêlant quelque peu de sang durham au bétail indigène destiné à l’engraissement, on gagne ordinairement du temps, on acquiert une précocité que le régime seul n’aurait probablement produite qu’après plusieurs générations; mais une alimentation riche est indispensable, autrement on ferait plus de mal que de bien. Le sang durham paraît ainsi fait ; il donne des sujets robustes s’ils sont copieusement nourris; mais, dès qu’il y a manque de provisions, il se produit de la dégénérescence, plus ou moins de scrofulose, voir même de la tuberculose. La phthisie pulmonaire est plus fréquente sur les métis de durham ma! nourris que sur le bétail indigène qui se trouve dans les mêmes conditions. Ce dernier, habitué aux privations périodiques, est plus sobre, plus endurant; il résiste mieux. » Malgré cela, le courant actuel des Comices de la Lorraine paraît consister à améliorer par le durham. J'en excepte celui de Thionville dirigé par un homme de grand talent, M. le docteur Schneider, qui pousse avec activité au perfectionnement du bétail de la Moselle, et reprend son œuvre interrompue pendant la guerre : la vente publique et annuelle des bêtes hollandaises des polders.
Quelques éleveurs de l’arrondissement de Thionville se livrent à l'éducation des durhams et de leurs métis avec un certain succès parce qu’ils procèdent d’après les bases scientifiques qui sont la condition sine qudnon de la précocité. Mais quand les petits cultivateurs, séduits par les belles formes du taureau anglais, lui confient leurs vaches qu’arrive-t-il? Us obtiennent, je le répète, des sujets dégénérés au point de vue de la sécrétion lactée et qui, au sein d’un régime parcimonieux, deviennent plus dégradés que les plus misérables bêtes du pays. C’est en s’appuyant sur ces faits, révélés par une longue pratique, que M. Schneider a longtemps combattu l’importation onéreuse des courtes cornes, et a démontré que le hollandais possède exactement les mêmes caractères typiques que le durham, et peut, au même titre que lui, corriger les formes de la variété lorraine, qu’il répond aux besoins des neuf dixièmes des agriculteurs, et, enfin, qu'il est aussi facile à engraisser que ce dernier.
Le président du comice agricole de Thionville a trouvé un auxiliaire puissant dans la guerre franco-allemande et dans les quelques années de disette fourragère qui l'ont suivie. Le bétail étant devenu très-rare, les marchands de bestiaux ont amené de la Hollande des troupeaux de génisses qu'ils ont répandus dans le pays, et à la robe baie des vaches du pays succède progressivemeni la robe pie, quelquefois rouge, d’autres fois noire. Les animaux issus de ces génisses ont la peau plus souple, la tête et le cou moins forts, possèdent moins de fanon, d'os et de toutes ces parties de rebut que le cultivateur nourrit en pure perte, y compris cet appendice caudal semblable à un promontoire qui dépare la vache lorraine.
En considérant que les schwytz, les bernois et les fribourgeois sont plus répandus que les hollandais purs, on arrive à se demander si les trois premiers, envisagés comme améliorateurs ne devraient pas être préférés aux derniers. Entre ces différents types tous laitiers, il y aurait lieu de préférer les suisses là où les bovinés sont susceptibles d’être employés au travail; partout ailleurs, le hollandais peut corriger la structeure défectueuse du bétail du nord-est, en développant la qualité laitière et la propension à fournir de la viande. La sélection est uu moyen un peu lent, mais infaillible et méritant généralement la préférence, surtout dans les fermes à petit rendement. Celui qui mène ses vaches au taureau durham ou hollandais contracte forcément l’obligation de
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réformer les vieilles coutumes. Les sociétés agricoles s’imposent de grands sacrifices pour importer des reproducteurs d’élite et améliorer les formes du bétail indigène, niais le produit doit être demandé à la nourriture abondante.
I.cs veaux sont généralement sacrifiés à quatre ou cinq semaines. Les vaches des environs des villes sont utilisées pour le lait pendant à peu près deux années, et très-bien nourries, ce qui fait quelles sont propres à la boucherie lorsqu’elles tarissent; elles sont alors remplacées par d'autres à l’étable. A la campagne, c’est différent; quand un agriculteur possède une bonne vache, il la garde jusqu’à la vieillesse et son départ provoque les pleurs de toute la famille. Le rendement moyen du lait est de 8 à 9 litres par jour, et en viande sur pied de 400 à 500 livres après parfait engraissement.
Les nombreux vallons des Vosges sont en général assez étroits; des herbages, bien irrigués occupent la partie basse et des forêts de sapin couronnent la partie haute. En voyant la richesse des pâturages, chacun demeure convaincu que le bétail de grande taille et très-productif pourrait aisément vivre sur ces pentes gazonnées, et déplacer avec avantage les tribus comtoise, fémeline et la minuscule vosgicnne, sans omettre les sujets issus de leur mélange. Les éleveurs intelligents du pays avouent eux-mêmes que cet état est préjudiciable à leurs intérêts et s’efforcent d’en sortir et de montrer le bon chemin aux autres.
Pourquoi la vosgienne, entre autres, péche-t-elle par l’exiguïté de la taille alors qu elle parcourt sans cesse de bonnes prairies"? Parce que les agriculteurs entretiennent un nombre d’animaux trop considérable pour l’étendue de leurs exploitations, ce qui fait que l’herbe est mangée sans profit surplace et qu’il ne reste rien pour l’alimentation d’hiver. « Nourrissez beaucoup et vous aurez du gros, et le développement obtenu vous procurera des bénéfices, » dit l’adage agricole qui a mille fois raison. Leshabitantsdes Vosgesne le comprennent pas et c’est un malheur pour eux de ne pas voir celte atteinte à leur fortune. A cette première cause, il convient d’en ajouter une non moins puissante; la saillie s’opère en liberté, ce qui est tout à fait contraire à la règle adoptée, les veaux couvrent les génisses à neuf mois et celles-ci conçoivent à douze. Que de mal occasionne cette promiscuité !
On s'occupe donc très-peu de la reproduction, et j'en fournis une nouvelle preuve en disant qu’on accouple les individus les plus disparates, qu’on ne tient aucun compte des conditions d'àge, de taille, d’hygiène, etc., aussi bien pour les taureaux que pour les vaches. L'aptitude laitière est seule consultée; pourvu qu'on obtienne dulait qu’on transforme en beurre et en fromage, c’est tout ce qu’il faut. Les taureaux sont presque tous dans de mauvaises conditions, puisque leur nombre est insuffisant; on n’en élève que lorsque le hasard, la fantaisie et l’abondance des fourrages l’ont voulu. Les qualités ne sont jamais [irises en considération. Les veaux, sevrés beaucoup trop tôt, meurent souvent des suites de la constipation. Quand ils parviennent à passer le premier âge, on les nourrit trop ou trop peu; dans le premier cas, les génisses prennent de l'embonpoint et n'éprouvent pas de chaleurs; dans le second, leur développement s’arrête.
La tribu vosgienne, souvent appelée la bretonne de l est, est un diminutif de la race des rives de la mer du Nord dont elle a tous les caractères spécifiques et généraux et la propension à fournir du lait. A cet égard, nulle contestation n’est possible, pas même avec les écrivains qui la font descendre de la bernoise, ce qui est à peu près la même chose. En gravissant les pentes des Vosges, elle a dû abandonner les attributs de la race de la plaine pour revêtir le cachet montagnard, et ces caractères rustiques, analogues à ceux des bêtes du canton de Berne, n’impliquent pas une origine suisse. La tête est longue et un peu forte, le chignon saillant et frisé, les cornes petites, arquées en avant et en haut chez les femelles, le chanfrein droit, le corps étroitet ramassé, les cuisses minces, les
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memlires gros, la queue élevée, la peau grosse et nule, la robe pie-noir. Toute la différence est constituée par la petitesse de la taille qui s’explique sur les hauteurs où le fourrage est rare et l'homme pauvre, mais qui ne trouve pas d’excuse dans les cantons riches et chez les cultivateurs avides. Les bœufs vosgiens travaillent assez convenablement; quelquefois, la besogne champêtre est exécutée par des comtois ou par des fémelins. Dans les montagnes, ce sont les vaches qui labourent et traînent les fardeaux. Les taureaux sont émasculés de bonne heure, ou seulement à lage de cinq ou six ans, engraissés et vendus aux bouchers qui les estiment beaucoup et les emmènent en Lorraine et en Alsace. Les vaches dominent à cause de la recherche jdu lait dont le rendement est de six à huit litres par jour, l'un dans l’autre ; il sert â confectionner les fromages de Gérardmer ou de Gérorné.
Localisée d’abord dans les arrondissements d’Epinal, Saint-Dié et Remiremont, la vosgienne s'étendit plus tard sur les départements voisins et principalement dans la Haute-Alsace où elle forme une bonne partie de la population bovine. Elle diminue considérablement aujourd'hui, pour les raisons invoquées plus haut. Elle n’avait jamais figuré dans les concours régionaux agricoles avec une catégorie spéciale. En 1875, au concours de Troyes, lors de la réunion des délégués des sociétés agricoles, des membres du jury et des exposants, quelques membres du Comice agricole de Saint-Dié présentèrent cette tribu sous les couleurs les plus séduisantes: nombre, travail, aptitude laitière et engraissement, et finalement obtinrent un vote favorable de l’assemblée, ce qui lui permit de paraître à Nancy, en 1877, et de démontrer, un peu trop tard malheureusement, que l’enthousiasme de ses présentateurs n’était nullement justifié. Les méchantes langues disaient que le comice de Saint-Dié avait mis six mois pour trouver les échantillons offerts et avait eu beaucoup de peine à les recruter.
L’honorable M. Mansuy, vétérinaire àRémiremont, me répétait, de son côté, que ces médiocrités ne faisaient pas honneur à l'exposition et qu'on voyait de bien meilleurs sujets à Saint-Dié et à Remiremont, où pourtant on ne rencontre la vosgienne que dans les cantons pauvres et exclusivement voués à la culture du seigle et de l’avoine. 11 a l’aison, car on trouve encore de dignes représentants de la variété locale sur les collines jurassiques du Sandgau et dans les bonnes vallées.
Les petites races ne s’améliorent que lorsqu’on les tire des maigres pâturages pour les placerai! sein de l’abondance. Ici, ce ne sont pas les herbages qui manquent, l’entassement des animaux dans les prairies et les étables est la seule cause de leur rapetissement.
Pas plus que la Lorraine, l’Alsace n’est un pays riche en bétail; cette province ne se livre pas à l’élevage. Tandis que la Bavière possède 679 sujets bovins par 1,000 habitants, le Wurtemberg 556, Bade 454, la Suisse 395, la France 282, l'Angleterre 281, la Belgique 278, l'Alsace n’en entretient que 181. Cette infériorité est évidente, et ce qui le prouve le mieux c’est que, pour fournir à la population la viande et les produits faits avec le lait, l’Alsace est tributaire de tous les pays voisins, et achète en Allemagne, en Suisse et en France. Ce n’est que dans quelques rares cantons de ce pays, tous situés aux extrémités de la province, que nous trouvons un bétail convenable et susceptible d'un rendementeertain. Si nous faisons abstraction des collines jurassiques du Sandgau, de quelques fonds de vallées vosgiennes, des vallées de Wissembourg et de Saar-Union, nous ne trouvons en Alsace qu’une bête bovine chétive, petite détaillé, mal bâtie, pauvre en lait et donnant une viande de médiocre qualité, une bête que le cultivateur entretient encore parce qu’elle lui donne le fumier nécessaire à ses champs, mais dont il ne sait pas tirer beaucoup d'autres profits. Autrefois, l’Alsace trouvait, dans les cultures industrielles, de grandes ressources qui
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compensaient l’inférioiité de la production animale. Mais ces cultures n’atteignent plus les mêmes rendements ; les céréales ne sont guère rénumératrices, les graines oléagineuses ont à soutenir la concurrence du pétrole, la garance n’a plus sa raison d'être, le tabac ne se paie point et le vin n'a pas atteint le prix qu'on espérait. L’avenir, au contraire, est garanti par l'accroissement de valeur qu’ont subi toutes denrées animales, et par l’augmentation que l’on constate partout dans la consommation de ces articles de première nécessité.
Trois types particuliers se partagent l’Alsace. Dans le Bas-Rhin, c’est la tribu lorraine qui prédomine ; vers les Vosges, la petite montagnarde de cette contrée; et dans le Haut-Rhin, vers la Haute-Saône et la Suisse, c’est un mélange de la vosgienne, de la comtoise, du Simmenthal, de Schwytz, etc. La taille, le volume et le pelage varient ; on voit des bêtes noires, rouges, pie-noir, pie-rouge, en résumé, de toutes les couleurs. Au fond, et quelle que soit la nuance, le sang primitif apparaît très-manifestement, lors même qu’il ne domine pas. Cette absence de race nettement délimitée n’a rien de surprenant. Le pays, observent justement MM. Moll et Cayot, a été maintes fois occupé et traversé dans tous les sens par des armées qui lui ont enlevé de gré ou de force, et le plus souvent par des procédés peu lucratifs pour le producteur, tout le bétail de rente et de travail qui peuplait ses écuries. On l’a recomposé en puisant à toutes les sources, Mais comme les cultures particulières et les résidus de brasserie ont toujours fourni à l’alimentation des animaux de l’espèce bovine des nourritures plus appropriées à la production du lait qu’à celle de la viande, c’est donc la vache laitière qu’on a constamment cherché à se procurer, et, comme les pays voisins cultivent les tribus laitières sorties de la race des Pays-Bas et de la Basse-Allemagne, c’est toujours ce type plus ou moins altéré qui est venu compléter ou remplacer l’ancien effectif.
Le besoin d’améliorer la population bovine se fait vivement sentir, mais le progrès sera lent malgré les encouragements des associations agricoles. La production animale pèche par la base ; tant que ces conditions élémentaires ; seront négligées, il n’y aura pas moyen d’avoir quelques résultats. Presque partout dans la plaine d’Alsace, le bétail est encore un mal nécessaire, que l’on entretient médiocrement pour transformer en engrais des matières que le sol ne se serait pas assimilé assez vile. En général, on n’accorde pas à la bêle bovine le bon fourrage de la ferme, pas même le regain ; on lui fait consommer les balles de céréales, les issues de la grange, les mauvaises pailles; loutau plus a-t-on, dans ces derniers temps, ajouté quelques racines et des tubercules pour éviter les indigestions par un fourrage trop sec. Des exceptions existent où, grâce au progrès, on entretient mieux, où l’on donne des fourrages artificiels]; mais malheureusement elles ne sont pas encore assez nombreuses. Les étables des riches sont peuplées d’animaux importés d’Allemagne, de la Hollande et de la Suisse, mais qui n’améliorent pas le fond de la population. Si l’agriculture alsacienne avait à sa disposition de gros capitaux, elle pourrait penser à opérer une substitution, à remplacer la variété indigène par une race d’importation qui se ferait au climat. Mais comme la chose serait chanceuse et surtout coûteuse, et mieux vaut chercher à perfectionner ce que l’on possède. C’est par une meilleure alimentation surtout qu'on améliorera la vache, en la choisissant saine, bien bâtie et douée de qualités laitières; il ne coûte pas plus cher d’entretenir une bonne bêle qu’une mauvaise.
Le taureau d’Ayr ne rendrait aucun service, parce qu’il manque de taille et d'ampleur de formes. Le durliam n’a encore été que peu essayé en Alsace, et les faits pratiques d’où l’on pourrait conclure à son utilité ne sont encore guère nombreux. II ne faut pas trop en attendre. En appliquant à la tribu locale une bonne sélection, en lui accordant une bonne nourriture, on créera chez lesani-
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maux une certaine précocité que le bétail wurtcmbergeois possède déjà en partie. Le durharn n’est utile que là où l’on perfectionne déjà par sélection, en hâtant le travail amélioratcur ; mais il ne faut pas vouloir par une alliance substituer à la race autoclitlione quelques dérivés de la race anglaise. Pour bien utiliser le durham, il faut marcher résolument de l’avant avec l’amélioration du groupe local. Il y a quelques années, les comices se sont adressés à la Suisse et ont acheté des taureaux du Simmenthal; ces taureaux sont de la mêmesouchc et leur accouplement avec les vaches ne constitue pas un croisement. Le taureau simmenthal est aujourd'huilemeilleur Lypc montagnard de cette grande famille à robe bigarrée à laquelle appartient la tribu alsacienne : mais il est osseux, a la peau dure, la fibre musculaire un peu grosse ; il est encore trop rustique et n’a pas le tempérament lymphatique que donne la stabulation, et qui fait des bêtes d’un engraissement plus facile, qui les rend aussi meilleures laitières. Les suisses eux-mêmes reconnaissent que leurs bêtes bovines n’ont pas encore toutes les qualités qu’on recherche de nos jours, et ils s’appliquent à les obtenir.
Sur les collines jurassiques du Sundgau et dans les vallées vosgicnnes, dans ces pays où l’on ne peut quitter tout à fait la culture pastorale pour s’adonner aux céréales et à la culture extensive, on conserve un nombreux bétail pourvu de quelques bonnes qualités. Partout, dans ces montagnes, on voit un modèle assez uniforme, quoique de taille variable, à tête aussi large que longue, à chanfrein court, à cornes assez courtes et se dirigeant en haut, en avant et en dehors, à robe rouge plus ou moins foncée, souvent marquée de plaques blanches, à dos assez étroit, à côtes rondes, à corps large avec assez de culotte d’un caractère doux et familier, bon travailleur, assez laitier, et ne rendant pas mal à la boucherie. Le modèle est aujourd'hui relégué dans les parties accidentées de l'Alsace, et paraît être la souche delà variété bovine du pays; autrefois, il devait occuper toute cette province ; il s'est fait à son sol, à son climat, correspond complètement à ses besoins, et, pour ce fait, doit être pris pour améliorateur.
Le lypc jurassien habite actuellement le versant occidental ou français delà chaîne du Jura. Le centre principal de ce type se trouve en Franche-Comté, ancienne orovince comprise entre la rive gauche de la Saône et le Jura, et dans le département de l’Ain. D’abord resserré entre la Saône et le Jura, le type jurassien se répandit d’un côté vers l'Alsace, les Vosges, la Lorraine, la Haute- Marne, etc., et d’un autre côté vers les Alpes ; il s’est en quelque sorte constitué deux aires économiques opposées, de sorte qu’on le rencontre, au nord, jusque dans la Picardie, l'Artois et la Flandre, à l'état d'importation répondant à des besoins temporaires pour le travail des champs et la consommation des pulpes de distilleries et de sucreries, et, dans le midi, jusque dans le Forez, le Dauphiné, le Comtat-Venaissin et la Provence, où il remplit une place que lui disputera bientôt la tarentaise. Le succès appartiendra sans nul doute à celle-ci, race alpestre et sur son terrain. Un sol aussi accidenté que celui de la Franche-Comté devait nécessairement amener des variations dans les caractères secondaires du type jurassien, et, par suite, des créations de variétés improprement nommées races par les empiriques. Sur les pâturages montagneux, il est resté comtois, c’est-à-dire montagnard ; dans les prairies des vallées de la Saône, il est devenu férrielin ; enfin, dans les plaines marécageuses des étangs de la Bresse, il forme la variété bressane. Telle est l’influence de l'habitat et de la nourriture sur les animaux' d’une même souche, car il est impossible d'attribuer à un travail raisonné cette modification, la race étant partout abandonnée aux hasards d’une aveugle reproduction.
Le groupe comtois proprement dit, fig. 4, se trouve sur la chaîne même du Jura, dans le Doubs, le Jura et l'Ain. C’est dans l’arrondissement de Gex, reposant sur le calcaire, qu’il montre le plus grand développement du corps et des TOME II. — NOUV. TECH. 22
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facultés laitières; dans le Bugey, petites montagnes que l’on aperçoit de Lyon, il devient plus travailleur et plus rustique, et, en vertu de ces qualités, est emmené dans le sud-est. Les caractères typiques du comtois, exactement reproduits chez le fémelin et le bressan, à part quelques légères modifications que je mets en relief plus loin, sont les suivants : protubérance occipito-frontale épaisse ; cheville osseuse forte, implantée haut, relevée en avant et vers la pointe; front large et arrondi ; face moyenne et à chanfrein épais et légèrement camus; maxillaire inférieur à branches écartées et coudées à angle droit. Sur le vivant : tête grosse, paupières blondes, cornes blanches, mufle large et rosé, lèvres fortes, bouche moyenne, encolure épaisse, fanon développé, poitrine ample, garrot épais, avant-main fort et massif comme une tour, d'où son nom de tourachf, corps trapu, lombes étroites et courtes, hanches peu écartées,
I’ig. 4. — Vache comtoise.
ischions rapprochés et saillants, fesses et cuisses maigres, mamelles peu volumineuses, mouvements agiles, caractère docile, pelage variable, ordinairement jaune, quelquefois rougeâtre ou alezan clair, avec ou sans taches blanches aux membres.
Quand le laboureur s’est assez servi de son attelage ordinairement âgé de cinq à six ans, il le garde à l’étable pendant trois ou quatre mois, le soumet au régime du regain, des pommes de terre et des raves, des fèves, du maïs, du tourteau et de la farine de seigle délayée dans l’eau, et, lorsqu'il est gras, le livre à la boucherie. Les cultivateurs intelligents de la Comté et du Sundgau n’attendent jamais un âge plus avancé pour engraisser leurs boeufs, tandis que la petite culture, qui laboure avec des vaches, ne s’en dessaisit qu'à sept ou huit ans. Les sujets conduits dans le nord par des courtiers qui traitent pour le compte des grands fabricants de sucre de ce pays, consomment des pulpes et atteignent parfois un grand développement. Ce qui fait l'avantage du comtois dans les sucreries et distilleries du INord, c’est qu'il possède une extrême facilité d’assimilation et s'engraisse assez promptement sans produire trop de suif.
ANIMAUX DOMESTIQUES
Les vaches sont exploitées par les fruitières, bien qu'inférieures à d’autres tribus justement qualifiées de laitières. Le lait qu’elles rendent est, sous un petit volume, assez riche en butyrine et en caséum, grâce aux excellents herbages qui leur sont afi’ectés. En automne, époque de la maturité des plantes, le rendement en beurre et en fromage augmente d’un tiers. Comme les produits de la laiterie forment une des principales ressources des cantons élevés, les femelles sont presque les seuls animaux dont on prend soin et la richesse des propriétaires est en raison directe de l’importance de leurs vacheries. Ces bêtes sont à peu près bien pansées et nourries, dans d.s étables vastes et bien aérées, dont le plancher, faute de paille pour la litière, est incliné vers le milieu de l’écurie et nettoyé tous les jours. Le fromage de Gruyère est le seul dont la fabrication donne lieu aux associations dites fruitières.
PfGAKO
L’amélioration du groupe comtois aurait pu être demandée à la sélection et à la suppression partielle du travail. Sur ce dernier point, l’agriculture n'a pas grand’chose à faire du bœuf, et l’union des deux moyens proposés aurait certainement développé la sécrétion lactée et le rendement d’une viande meilleure, A tort ou à raison, on ne l’a pas fait, et maintenant ce groupe disparait, englobé qu’il est chaque jour par le simmenthal, avec lequel il se trouve en conformité d’origine et de caractères. La tribu connue sous le nom de 3Ionlbêli(ird offre un spécimen de la transformation du comtois en Suisse. Le versant oriental ou helvétique du Jura ne connaît déjà plus le comtois qui s’est fondu dans le simmenthal, beaucoup mieux approprié aux besoins locaux. Cette marche date de l’invasion du typhus de 181a, et surtout de l’extension donnée aux prairies artificielles à partir de 1830. Des tentatives ont été opérées, depuis 1 introduction de la tribu d’Ayr à la Saulsaie, pour allier cette dernière avec la comtoise; les bêtes ainsi obtenues donnaient du lait en assez forte proportion, mais néanmoins ne se sont pas répandues dans le pays. Le durham a été essayé sans plus de succès. Après le simmenthal, le schwytz jouit de la faveur générale.
L' AGRICULTURE
La variété férnelinc, lig. a, rappelle celle du comté d’Ayr; leur parenté explique cette ressemblance. Elle se rencontre dans les parties basses de la Franche- Comté, sur les bords du Doubs et de la Saône, et surtout sur les rives de l’Amance et de l’Ognon. Elle est plus nombreuse, mais guère plus intéressante que la comtoise et la bressane, à cause de ses formes rapetissées et de son aptitude laitière insuffisante, ce qui donne de la prise aux envahissements du schwytz et du simmenthal. Elle diffère des précitées, ses sœurs d'origine, par quelques légères modifications : tête étroite et mince, cornes moyennes, oreilles petites, chignon peu velu, formes fines, encolure déliée, côte plate, corps long, flancs larges, membres grêles, pelage froment-clair, peau souple, regard doux, aspect féminin qui lui a valu le nom qu elle porte. Ses faibles qualités sont contre-balancées par un fâcheux inconvénient, lia petitesse de la taille, qui s’oppose à son perfectionnement et à son extension. Les fémelins, dit-on, sont peu exigeants et se contentent, faute de mieux, du pâturage de la jachère. Mais, dans cet état, ils sont tellement petits et rabougris qu’on les prend pour des veaux et qu'on se demande si cette sobriété est un avantage. Ils seraient encore médiocres sans cela, parce que les éleveurs ont coutume de rechercher le travail, le lait et la viande, et que toutes les choses à destinations multiples ne peuvent rien fournir de complet; ils travaillent mal, donnent une petite quantité de lait et, peu précoces, rendent â peine 60 % à l’abattoir, chez les sujets les plus complets, et 60 à ;ia chez les autres. J'estime que la réputation de la férnelinc est surfaite. Dans les concours régionaux j'ai vu, maintes fois, des taureaux de un à deux ans rester sans récompense, à cause de leur développement trop tardif. Malgré le blâme général dont elle est l'objet de la part des spécialistes, quelques agronomes du pays la défendent et affirment que, pour ne pas être une bête d'exposition, elle n’en rend pas moins des services à la petite culture, et qu'il faut la voir chez elle pour l’apprécier à sa valeur réelle.
M. Trélut appelle race de Montagne , de Bourguenon, la petite vosgienne que j’ai décrite plus haut. Pourquoi multiplier les dénominations sans aucune utilité, et pourquoi faire de la variété vosgienne une race propre à la Haute-Saône, alors qu’elle 11e vit qu'au pied de la montagne qui sépare ce département des Vosges et du Haut-Rhin? Je n’en vois pas la raison. Il en est de même de cette prétendue race de l’Ognon, qui 11’est autre que la tribu de Montbéliard venue dans l'arrondissement de Lure.
L’amélioration de la férnelinc est bien lente et bien peu appréciable. Elle 11e peut être demandée qu'à ia diminution du travail, à la stabulation plus suivie pour JS animaux adultes, à la disparition du parcours et de la va ine pâture, à une alimentation plus abondante et plus substantielle, à la distribution de primes aux jeunes reproducteurs, à la sélection, et encore tout porte à croire que le succès ne sera jamais général, parce que les éleveurs 11e possèdent pas assez de persévérance. L'accouplement de la vache fémeline avec le taureau durham n’a pas donné de bons résultats ; il y a trop de distance entre les deux facteurs, issus cependant d’une souche unique, pour qus la fusion soit avantageuse; l’arrière-train est élargi, mais les formes restent décousues. L’union avec le simmenthal conserve la lactation et augmente le volume du corps et la prédisposition à l’engraissement, ce qui explique l’avancement de ce type et sa ditlusion continuelle. Des essais ont été faits dans la Haute-Saône, arrondissement de Lure, et les Vosges ; les individus ainsi produits sont reconnaissables, surtout à leur pelage caille c’est-à-dire mélangé de rouge et de blanc.
Quand on compare les animaux exposés dans les concours, depuis cinq ans, on constate que les sujets améliorés sont aux mains de rares éleveurs et que les déshérités sont nombreux. Avant de déclarer que la malléabilité du fémelin est assez accusée pour l’acheminer vers la grande production en lait et en viande,
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3il
condition sine qud non do sa conservation, il ne suffit pas do montrer 30 animaux travaillés depuis dix ans par quelques hommes intelligents et riches.
Les programmes des concours régionaux ont cherché à relever quand même la fémeline aux yeux de ceux qui la cultivent à l’aventure ; ils lui ont réservé une catégorie particulière et des encouragements spéciaux. La tentative ne lui a pas porté bonheur ; chaque année, elle se montre moins forte et moins nombreuse, et tous les jours son chiffre d’exportation diminue singulièrement.
La variété bressane s’étend d’abord sur la Bresse, son aire géographique, et ensuite sur le Lyonnais, le Forez, le Dauphiné, le Comtat-Venaissin et la Provence, aire économique assez importante. C'est dans les arrondissements de Bourg et de Trévoux que l’on rencontre le plus de sujets de la tribu qui nous occupe, mais c’est dans le premier, la Bresse proprement dite, qu’ils se présentent sous le meilleur aspect. Le sol y est plus riche, et la culture mieux soignée que dans le reste du département de l’Ain ; aussi les animaux y acquièrent-ils plus de développement que dans les arrondissements de Belley, Gex et Nantua, où l’agriculture reste stationnaire. Les signes extérieurs qui donnent à la bressane une place à part dans le type jurassien sont tellement fugaces, qu’à l'avant-dernier concours régional de Bourg, en 1867, il fut décidé que les membres de la Société d’émulation de l’Ain et du Comice agricole de Bourg se réuniraient « et tiendraient un congrès où les caractères de cette tribu seraient arrêtés et définis de façon à établir un type uniforme qui fasse cesser les divergences. » Guidées par la sagesse, ces sociétés n'ont pas tenu d'assises; elles doivent savoir aujourd’hui, à n’en pas douter, qu’il n’y a pas de race bressane, et que le groupe qui porte ce nom appartient au type jurassien (jui dérive, je ne saurais me lasser de le dire, afin de le faire entrer dans tous les esprits, de la race à courtes cornes de la mer du Nord et de la Baltique. Cette variété, à la taille peu élevée et au corps trapu, fournit au Midi des bœufs assez estimés pour le travail des champs et l'engraissement dans un âge même assez avancé, et des vaches assez bonnes laitières pour le pays. Si les cultivateurs, relate M. Couvert, négligent beaucoup trop les bêtes d’élevage, ils concentrent, par contre, leurs soins sur les bœufs d’engraissement qui sont nourris aux grains et aux farineux, et figurent avec avantage dans les différents concours de boucherie de la région. Ces animaux forment la matière d'un commerce important; les foires dites grasses de Bourg sont très-suivies par les bouchers du pays et ceux de Lyon et de Genève.
Le durham n’est pas en grande faveur dans l’Ain. Ce département n’est point assez riche et ses cultures sont trop variées pour se livrer en grand à la production exclusive des animaux de boucherie. Le rapprochement du taureau d’Ayr et de la vache bressane n’a pas assez satisfait les éleveurs pour les engager à continuer dans cette voie. La généralité des éleveurs s’adresse aux races suisses. Le lait est un produit qu’il ne faut point abandonner, mais accroître et doubler d’une autre aptitude, celle de la fabrication rémunératrice de la viande. Ainsi s’explique la disparition du type jurassien sur le versant oriental de la montagne et la marche du type alpestre sur le versant occidental.
La valeur du bétail bovin, disait M. Demole, au dernier concours de Fribourg, entre pour une si large part dans le calcul de la richesse agricole de la Suisse, que le moindre progrès ou le plus insignifiant recul dans la production ou dans l’élevage de l’espèce bovine du pays, se chiffre par des sommes considérables. Les indications de la statistique fédérale, à la date de l’an dernier, se résument en une somme de 255.224, 150 francs. Si à ces 255 millions nous ajoutons le capital nécessaire pour fournir, à 5 %, la rente annuelle de 12 ou 15 millions que nous payons à l’étranger pour la fourniture de la viande boucherie indis-
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pensable à notre alimentation, nous arrivons à fixer à un demi-milliard de francs, soit, approximativement, à 200 francs par tête d’habitant, l'importance actuelle de la question du bétail en Suisse. Un progrès général existe. « C’est l'impression de tous ceux qui ont mémoire des concours de Langenthal, de Genève, de Sion et de Weinfelden. Les faits, du reste, viennent à l’appui de cette affirmation. Le revenu argent du bétail a augmenté avec le rendement, l'exportation s’accroit chaque année et les prix de vente actuels sont de 20 % environ plus élevés que la moyenne de la valeur vénale du bétail de 1873. »
Les Suisses ont, les premiers, cherché à simplifier la classification de l’espèce bovine, divisée en un nombre incommensurable de races, et l’ont ramenée à deux types principaux; la race brune et la race tachetée, toutes deux issues du bos brachyccros et du bos fronlosus. Autrefois, la race brune jouissait de toute la vogue, principalement la variété de schwytz qui, pour une quantité donnée de fourrage, est une des meilleures laitières connues, et qui offre une grande uniformité de taille, de robe et d’aplombs. 11 faut aller en Suisse, surtout dans les cantons de Schwytz, Zurich, Saint-Gall, Lucerne, Uri et Appenzell, pour admirer de nombreuses collections de vaches de cette remarquable variété. En ce moment, la race tachetée, entourée de tous les soins des éleveurs, se dépouille de ses défauts, revêt une excellente conformation, acquiert des aptitudes précieuses, et dispute le premier rang au schwytz qu’elle distance par sa forte taille, sa finesse et sa disposition à se tenir en état de chair, tandis que ce dernier reste souvent maigre. Si les Suisses et quelques agriculteurs de l'Est semblent accorder une certaine préférence à la race tachetée, il n'en faut pas conclure que la race brune ne puisse jouer encore un rôle important chez nos voisins et chez nous, comme la tarentaise dans le sud-est de la France. Tout dépend des conditions économiques, et c'est à l'éleveur de savoir discerner ce qui lui convient le mieux. On a importé, dans l'Est, des schwytz sans connaître l'opération A laquelle on voulait se livrer, et les insuccès ne sont nullement imputables aux animaux qui ne demandaient qu'à être mis à leur place. Jadis, on reconnaissait en Suisse deux grandes races tachetées, la bernoise et la fribourgeoise, et trois petites dites de Frulingen, des Armands et de Val d’Illiez, ne différant les unes des autres que par la taille et la robe. Je n’en reproduis pas les caractères particuliers, donnant une seule et même description à propos du simmenthal.
Dans le canton de Fribourg, la fabrication des fromages de Gruyère fut d’abord l’unique et lucrative production des bovins; aussi tout bétail à cornes était-il élevé en vue de favoriser le rendement du lait, celte source de revenus considérables. Mais la fabrication cessa bientôt d’être un privilège pour le territoire de Fribourg et s’étendit aux autres cantons helvétiques, et même aux départements français les plus voisins, le Doubs, le Jura, l’Ain et les Vosges. Alors les bénéfices diminuèrent, et l'on songea, en pareille circonstance, à tirer de l’engraissement la différence du profit que l’on ne trouvait plus dans la confection du gruyère. Tout le monde se mit à faire de l’engraissement, et les sujets à viande furent en honneur. Ce changement eut l'amélioration générale du bétail pour avantage. Les éleveurs arrivèrent à diminuer la proportion de la charpente osseuse et l’élévation des membres, à élargir et rendre droits le dos et les lombes ; à mettre la partie antérieure du corps en rapport avec la partie postérieure, au point de vue du développement, en résumé, à faire disparaître les défauts inhérents aux facultés laitières et regardés à tort comme inséparables d’un bon rendement, et à prendre davantage la conformation de la boucherie. Deux défauts surtout choquaient horriblement : la dureté et l’épaisseur de la peau et la disgracieuse élévation de la queue à son origine ; le travail de perfectionnement les a supprimés. En abaissant brusquement l'appendice candal
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par voie de sélection, les Suisses sont d'abord tombés dans le défaut opposé, c'est-à-dire qu'ils ont rendu la croupe un peu avalée, allongé la culotte et presque rnis les bêtes sous celle du derrière. Aujourd'hui, on est parvenu, sans détourner la queue de la ligne horizontale, à faire sortir cet organe plus en arrière du tronc, à relever le bassin et allonger le sacrum, et à rendre la cuiotte rectiligne Cette amélioration fut accompagnée d’une révolution culturale. La nourriture d’été dans la montagne, Yinalpa/je pour l’appeler par son nom, offrait de grandes ressources aux bestiaux, mais en hiver tout manquait faute de provisions. Ces alternatives si fâcheuses de disette et d abondance cessèrent par les réserves de foin, la culture des fourrages artificiels et notamment des racines et des tubercules.
Après tant de bons travaux, on s’aperçut qu’on avait néanmoins fait fausse
Fig 6. — Taureau du Simm6nthal
route, en^poursuivant le rendement de la viande'd'une façon trop exclusive. 11 fallut alors répudier cette erreur préjudiciable aux intérêts d’un pays dont le revenu principal repose sur la production lactée, et ^rechercher les qualités laitières combinées avec une certaine facilité d’engraissement La réunion de ces deux aptitudes fut trouvée chez le simmenthal qui est l’objet de tous les soins désirables, et qui, malgré quelques imperfections en train de disparaître, est tout de même regardé comme le modèle le plus parfait des tribus tachetées des montagnes de la Suisse et de la France.
Les caractères du simmenthal appelé grosse-berner-fleckvich-race, race tachetée bernoise, fig. 6, sont les suivants : aspect doux et agréable; tête légère proportionnellement à la grandeur du corps et d’apparence féminine; front large; cornes petites, horizontales chez le mâle, fines, courtes et recourbées d’une manière gracieuse chez la femelle; mufle rosé; cou effilé; côtes arrondies; dos large et uni ; hanches un peu hautes ; membres dégagés, forts et musculeux, donnant une bonne allure ; queue moins relevée que chez les autres tribus ; os fins, notamment aux extrémités; peau mince; poil fin; robe rouge vif ou rouge pâle, quelquefois rouge et blanche; taille de 1.70 chez les taureaux
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de 3 à 5 ans, et de \ .40 à 1 .63 chez les vaches de 4 à 7 ans ; circonférence derrière l’épaule de 2.40 chez les taureaux, et de 2.15 chez les vaches: poids vivant de 20 à 30 quintaux chez les mâles, et de 14 à 21 chez les femelles; rendementen laitdelâà 18 litres et plus par jour, pendant les 3 mois qui suivent le vêlage: facilité d’engraissement. L’avantage qu'emporte ici le simmenthal a d'autant plus d’importance que, dans ces dernières années, les prix de la viande de boucherie ont subi une hausse constante, et que, selon toute probabilité, ces hauts prix ne diminueront pas. Ce qui fait donc sa supériorité, c’est d'abord une disposition particulière à se tenir en bonne chair après le vêlage et même au bout de plusieurs années de séjour à l’étable, tandis que le schwytz reste souvent maigre; c’est ensuite le prompt développement de la graisse qui permet d'utiliser rapidement les animaux pour la boucherie aussitôt qu’on y est obligé par une cause quelconque : maladie de l'organe sécrétoire du lait, refus du mâle, avortement et tous les accidents de la stabulation prolongée où la durée moyenne de la vie n’égale pas celle d’un animal au pâturage. Il est extrêmement avantageux de pouvoir en tout temps se défaire d’une vache lorsqu'elle est menacée dans son existence ou troublée dans ses fonctions. Les vaches du Simmenthal ont un écoulement considérable et sont fort recherchées en Allemagne et en France. Il s'en est vendu au concours de Fribourg depuis 1,000 jusqu’à 2.500 fr. Le prix des taureaux était encore plus élevé.
On le voit, la ressemblance est grande entre le simmenthal et le hollandais. M. de la Valette dit avec raison que si les têtes du premier type sont plus grosses, les jambes moins fines, il ne faut pas perdre de vue que ces animaux vivent dans un pays de terrains calcaires et presque toujours secs, sans ressentir jamais les émanations humides et bienfaisantes de la mer ; or, il est certain que ces conditions modifient les animaux sans cependant leur faire perdre leurs caractères. Ce qu'il y a de certain, c’est que le type simmenthal peut aujourd’hui être classé au premier rang sous le rapport du lait et de la viande, et on ne saurait trop engager les habitants de ce pays à le conserver, •en s’abstenant de toute alliance étrangère et en continuant à marcher dans la voie des améliorations par une sélection intelligente et suivie; c'est ainsi que l'on parvient à atteindre la perfection, sans qu'il survienne jamais de déception. Parmi les bêtes présentées au concours de Fribourg, nous avons trouvé des animaux aussi complets que les meilleurs durhams, sous le rapport de la culotte, du rein, de la poitrine, de la côte et par conséquent au point de vue de la boucherie, avec cette dillérence cependant que la charpente osseuse des bêtes suisses est plus accusée, ce qui lient au sol calcaire, sur lequel les shorthorns les plus fins ne tarderaient pas à prendre le même caractère. » Le durham, observe M. Borel, donnerait certainement aux races tachetées des qualités qui leur manquent sous le rapport de la viande, mais ce ne serait qu’au détriment du lait. Ces races sont montagnardes, tandis que le durham est un animal de plaines qui exige une nourriture recherchée et un climat plus tempéré cpie celui des montagnes. Le croisement durham a admirablement réussi dans certaines plaines de France et notamment dans la Nièvre où la variété charolaise a promptement atteinl la perfection; mais encore une fois les conditions climatologiques et agricoles de la Suisse ne peuvent absolument pas convenir aux durhams et aux charolais. Les éleveurs du Simmenthal mettent tous leurs soins à la reproduction et à l’élevage des meilleurs sujets, favorisés qu’ils sont par la situation géographique de leur vallée. Il est à souhaiter que les hommes intelligents qui sont à la tête de l’agriculture fribourgeoise coutinuent leurs efforts pour le perfectionnement de la race bovine dans leur canton; les succès qu ils ont déjà obtenus leur annoncent ceux qui les attendent, sans parler du service qu'il* rendront à leur pays. Il serait superflu de leur donner des conseils à cet
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égard; et cependant on ne saurait trop leur recommander de se préoccuper de la finesse des types reproducteurs.
Le gouvernement du canton de Berne, considérant la propagation d'une race pure et choisie comme d’utilité publique et comme une source importante de revenus, a pris des mesures pour l’amélioration de l’espèce, mesures qui consistent en concours, comme celui qui vient de se tenir si brillamment à Fribourg, en 1877, primes accordées aux reproducteurs; visite fréquente des animaux chargés de la propagation de la race, etc. Les jeunes taureaux ne peuvent quitter le canton avant la visite de la commission, et ceux qui sont primés ne doivent, sous peine d’une forte amende, être vendus avant d’avoir servi à la reproduction pendant un laps de temps déterminé. Quand un propriétaire veut vendre un animal primé avant le terme fixé par la loi, il est obligé d’avoir la permission du directeur de l’intérieur qui détermine alors ce qu'il devra rendre de la somme d’argent qui lui a été allouée. Si les efforts bien dirigés du gouvernement français et des sociétés d’agriculture, dans le but d’améliorer le bétail au double point de vue de la production du lait et de la viande, amenaient en quelques années une mieux-value moyenne de 25 fr. seulement par tête dé bétail, c'est une somme de bien des millions de francs dont s’augmenterait la richesse uationale. Ce but n’est point une utopie, et il peut d’autant plus stimuler toutes les activités et toutes les intelligences que cette augmentation de richesse profiterait aussi bien au consommateur qu’au producteur, et que ce progrès, une fois réalisé, en entraînerait nécessairement d’autres avec lui. Je crois qu’une pareille réglementation introduite en France produirait de bons effets sur l’amélioration de notre espèce bovine. Si cette loi semble draconienne et paraît léser la liberté individuelle, elle n’en est pas moins bonne pour cela, car elle veut la richesse générale. Elle empêche les rétrogrades et ceux qui sont contre tout progrès de faire pâtir de leur ignorance et de leur mauvais vouloir les gens qui désirent mieux élever. Elle serait pour notre pays une source incalculable de profits, et, à tout prendre, en l’introduisant, ne vaudrait-il pas mieux enrichir le grand nombre de nos cultivateurs plutôt que de donner satisfaction à certains beaux parleurs qui ne manqueront pas de s’élever contre une semblable proposition. Cette loi nous vient de la Suisse, le pays libéral par excellence, et que chacun se plaît à citer tous les jours. Parcourez le canton de Berne et demandez un peu si, généralement, on voudrait revenir à l’ancien état de choses. Le paysan, pour toute réponse vous montrera sou écurie garnie de bêtes magnifiques et sa bourse bien remplie.
La description de la Meusienne, seconde variété du type hollandais, et le mélange de cette tribu avec celles des types jurassien et alpestre nous ont conduit daus le nord et l’est par la force de l’intérêt qui s’attache à cette étude. Je termine l’histoire de la race à courtes corues et tachetée par ses deux derniers types : le normand et le breton, et j’espère ranger à mon opinion, si éloignée qu’elle soit des idées reçues et fortement enracinées, toutes les personnes qui voient encore des races [particulières dans ces deux groupes.
La variété normande ou cotentine, fig. 7, car les deux ne forment qu’un seul et même modèle malgré les dénégations des gens du pays, intéressés, on ne sait pourquoi, à la séparation du groupe, est fort connue, au moins de nom, car beaucoup en ont parlé à la façon des Parisiens, pour l’avoir vue sous forme de bœuf gras .dans les rues de la grande ville. Si les meilleures vaches laitières appartiennent à la variété appelée cotentine par les naturels, si la fleur du bouquet se trouve généralement dans le Cotentin et le Bessin, cela tient aux herbages particulièrement fertiles du littoral de la Manche et des bords de la Seine, vers son embouchure. Ces heureuses régions comprennent deux centres principaux renommés pour la fabrication du beurre qui passe Ajuste raison pour
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le meilleur du monde: Carcntan, dans la Manche, et Isigny, dans le Calvados. Elle occupait dans le principe les bords de la mer où les gras pâturages lui offraient et lui offrent encore une abondante et exquise nourriture. C’est là qu’elle s’est développée et formée avec toutes les qualités qui la rendent si précieuse. Son aire géographique, primitivement restreinte à la Basse-Normandie s’est d'abord agrandie en vertu de l’expansion naturelle de la variété : cette expansion ne dépasse pas au nord, les collines de la Picardie qui continuent celles du pays de Gaux, et, au midi, celles du Perche, trouvant son seul débouché naturel du côté du sud-est et suivant la direction du bassin de la Seine. « Tant il est vrai, expose M. Sanson, que les migrations des races animales n’ont rien d’arbitraire, qu elles sont en même temps dominées par les dispositions de la géographie physique et par les propres aptitudes des races
Fig. 7. — Vache normande.
qui doivent trouver de quoi se satisfaire dans les nouveaux lieux qu'elles vont habiter. » En dehors des limites indiquées, commence l’aire économique de la normande créée pour répondre à des besoins particuliers, et occupant comme nous l'avons vu précédemment, une superficie plus considérable que celle de l’aire géographique. L’activité des transactions commerciales actuelles, le bon marché des transports par les voies ferrées, engagent les nourrisseurs et les fabricants de fromage principalement , à importer la vache normande amouillanle, pour les besoins de leur industrie.
Le type caractéristique ne s’est point ell’acé au milieu des modifications survenues à la suite des influences du milieu et du sol. La tête est pareille à celle de la hollandaise et surtout de la flamande : protubérance occipitofrontale épaisse et un peu saillante; cheville osseuse petite, implantée haut, courte et arquée horizontalement en avant; front légèrement bombé; orbite petit ; arcades orbitaires peu saillantes; face un peu longue ; chanfrein droit ; maxillaire inférieur il branches écartées ; mufle et bouche larges ; peu ou point de fanon sous la gorge ; oreilles grandes et plantées bas; cornes petites, lisses
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et arquées eu avant; œil petit; physionomie douce; mufle rosé comme sur les durhums et les jurassiens. Le pelage est rouge clair ou brun, pur ou mélangé de blanc de manière à déterminer les robes rouannes, cailles ou pies, avec des raies brunes ou noires, ce qui lui a valu la dénomination de brinç/é , en anglais brinled. Les autres caractères sont les suivants: taille élevée, squelette volumineux, saillies osseuses accusées, encolure épaisse, poitrine un peu étroite, corps long, ligne du dos assez droite et présentant chez la vache des dépressions entre chaque vertèbre, lombes allongées, flanc creux, hanches relativement peu écartées,' croupe mince, queue large à la base et noyée entre des ischions saillants, culotte et cuisse maigres, membres gros et souvent défectueux dans leurs aplombs, mamelles volumineuses et bien conformées, veines mammaires grosses et llexueuses, écusson généralement étendu, peau épaisse et dure, aptitude laitière prononcée, achèvement tardif.
Le poids des bestiaux maigres est fort variable, et lorsqu’il achète, l'herbager tient surtout à se rendre compte du chiffre qui pourra être accusé par la bascule api’ès quelque mois d’une riche alimentation. Le poids des animaux gras varie beaucoup également, suivant les conditions dans lesquelles ceux-ci se trouvent ; toutefois la moyenne du bon bœuf normand est de 4150 à 600 kilogrammes quand il est livré à la boucherie. La vache du même modèle et arrivée au même degré d’engraissement pèse généralement de Ta à 100 kilog. de moins. Certains sujets dans la vallée d’Ange doublent leur poids primitif. Le rendement A l'abattoir varie entre 615 et 71> °/0, selon la conformation et l’embonpoint. Les vaches donnent de 20 à 23 litres de lait par jour, produisant un kilog. de beurre. Dans les grandes exploitations où on fabrique du beurre ou du fromage, on s’arrange de manière à ce qu’il y ait toujours des vaches récemment vêlées, afin d’avoir constamment la même quantité de lait et surtout une qualité à peu près uniforme.
Le rendement des vaches étant à son apogée, les éleveurs ont cherché l’amélioration des mâles dans leurs formes et leur développement, en tâchant de conserver les qualités des femelles. Quelques-uns ont cru trouver ce perfectionnement dans l’alliance anglaise. Un peu de sang anglais ne serait pas inutile aux bêtes destinées à la boucherie, pour améliorer la structure et accroître la précocité et la tendance à l'engraissement, c’est-à-dire la faculté de l’assimilation des aliments poussée au plus haut degré, le dépôt dans l’organisme des matériaux extraits par la digestion. Mais, il serait funeste aux vaches laitières auxquelles on demande l’aptitude à une sécrétion lactée trèsabondante ; l’activité des glandes mammaires étant prédominante, le sang doit être dépouillé par elles d’une partie des éléments que l’estomac lui fournit. Dans le premier cas, l’animal travaille pour lui-même ; dans le second, pour autrui. 11 est bon, sans doute, d'améliorer la conformation de la race normande en s’efforçant, de diminuer un peu la grosseur des membres, de donner de l’ampleur à la poitrine, etc., et d’accroître dans une certaine mesure la facilité de l’engraissement, mais il faut savoir s’arrêter à temps et ne pas pousser trop loin la propension à prendre la graisse et surtout la précocité. « Prétendre, comme dit M. Sanson, que la variété normande peut toujours être améliorée par le durham est énoncer une erreur fondamentale en zootechnie, mettre contre soi le sens pratique du commun des éleveurs qui ne peuvent manquer de songer que si leurs produits héritaient des qualités du durham pour la boucherie, ce ne pourrait être qu’au détriment de la faculté laitière de leur race. Ainsi compris, le problème en face duquel ils se trouvent est donc purement et simplement de savoir s'il convient de renoncer à leur spécialité de producteurs de beurre pour adopter celle de producteurs de viande. Les chiffres cités plus haut, à propos du rendement des vaches, ont une éloquence contre
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laquelle toutes les dissertations des partisans du durham s’émoussent impuissantes. 11 s’agit pour la variété cotentine d’être ou ne pas être; or les éleveurs normands veulent qu’elle soit, et ils ont grandement raison. » J’ai déjà mis en avant les paroles autorisées de M. Morière, déclarant, en plein comice-agricole, qu'on peut, dans une certaine proportion, remplacer le bœuf à l’engrais par la vache à lait et retirer du beurre et du fromage un bénéfice presque toujours supérieur à celui qui provient de l’engraissement. Citer les beurres des diverses provenances, et les fromages de Gournay, les bondons de Rouen on malakoiFs, les Neufehàtel raffinés, les Mignot, les Pont-Lévêque, les Livarot, et enfin les Camembert, c’est faire l’énumération des principaux produits du pays. Le normand dit aux éleveurs du centre : « Mon allaire est de produire du beurre et du fromage, je vous laisse la palme pour la boucherie ». Effectivement, ces denrées si exquises, si recherchées, lui permettent d’affermer la terre à un prix plus élevé que celle du Nivernais qui, en raison de son bon marché relatif, fournit la viande avec un rabais de dix centimes par kilogramme. Cependant, il est juste de considérer qu’en Normandie, comme ailleurs du reste, l’industrie du bétail se divise, « qu’il y a des districts dans lesquels les herbages sont particuliérement consacrés à la spéculation de l’élevage et de l’engraissement, et que, à ce point de vue, les durhams normands en tireraient meilleur parli, étant des consommateurs plus profitables que ne le sont les purs normands. Présenter, en conséquence, la production de ces sujets comme une opération avantageuse et devant être d’autant plus profitable qu'elle trouvera toujours des mères normandes améliorées au plus haut degré par la sélection, voilà la vérité contre laquelle personne ne serait en mesure de trouver aucune objection fondée ».
Les durhams-normands ne sont pas arrivés à la perfection que l’on remarque chez les durham-manceaux, parce qu’il y a plus longtemps que les éleveurs du Maine se livrent au mélange de ces animaux et qu'ils ont acquis une certaine habileté pour conduire cette opération, parce que le sang durhani prédomine aujourd’hui dans la province précitée, ce qui n’existe pas encore en Normandie. D'un autre côté, la fusion est plus facile entre le durham et le manceau qu’entre le durham et le normand, parce que le premier type est plus apte à la boucherie qu’à la production lactée, tandis que le second est au contraire façonné en vue de l’obtention particulière du lait, et que, en raison de sa grande taille et son élévation de terre, il se fond moins avec le durham. Le sang normand apparaît toujours dans ces unions; on le reconnaît facilement lorsqu'on a l’œil exercé à faire des rapprochements. Pour quelques auteurs, la variété normande parait osseuse, mais la majorité des connaisseurs sérieux regarde cette espèce comme une des meilleures de France pour la boucherie. Elle peut être améliorée et doit donner avec le temps des sujets aussi fins et aussi précoces que les croisés durham et les durhams purs. |Dans les concours régionaux, quand on se donne la peine d’examiner les vaches qui remportent les premiers prix, on pense tout d’abord qu'il y a chez elles du sang durham, mais avec un peu d'attention, on n’aperçoit dans leur formation aucun des caractères spéciaux de la variété précitée. Ce sont tout simplement des animaux [améliorés et présentant le type que l’on devrait toujours obtenir avec des soins, de la persévérance et surtout une nourriture abondante et choisie pendant la jeunesse.
La suppression complète du travail et la sélection absolue s’imposent en Normandie, où les défauts du bétail résultent de la négligence des éleveurs qui confient leur fortune aux soins de la nature seule. Pour les races laitières, le travail doit être principalement sacrifié, et les cultivateurs ont tout intérêt à utiliser les conditions dans lesquelles ils se trouvent pour entretenir des bêtes
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de rente. C’est avec des chevaux, dit M. Magne, que les agriculteurs de cette région doivent exécuter les travaux de leur exploitation, car il leur faudra bientôt se contenter de leurs [propres ressources, attendu que le Limousin, le Poitou, la Vendée, l’Anjou, le Maine engraissent aujourd’hui et ne cèdent plus guère de sujets maigres aux normands qui désertent les foires de ces provinces. Puisque les éminentes qualités des bêtes normandes proviennent de la fertilité du sol et de la clémence du climat, il n’est pas difficile de faire tourner <ï leur avantage cette fertilité et cette clémence, accompagnées d'un choix sévère des reproducteurs et d’une excellente alimentation des jeunes que l'on sèvre de trop bonne heure pour tirer parti du lait des mères, ce qui arrête souvent leur croissance. La sélection dans le Bessin et le Cotentin, pays ou l’industrie laitière est florissante, l’infusion du sang anglais dans les autres parties de la Normandie dont la spéculation réside dans l’engraissement, pour la fabrication d'individus plus précoces et meilleurs consommateurs des herbages, telle est
Fig. 8. — Vache bretonne.
d’après M. Sanson la marche indiquée par les principes économiques cl physiologiques de la zootechnie. Cette opinion faillie tous les suffrages.
L’histoire de la variété Ordonne, lig. 8, est bien simple. Sentinelle avancée dans l’ouest, cette variété de la race à courtes cornes et tachetée du littoral de la mer du Nord et de la Baltique a dù forcément s’adapter au milieu dont elle est depuis des siècles la résultante et la plus haute expression. Des ignorants ont essayé de la diviser en plusieurs tribus, mais il n’ont trouvé aucune raison pour légitimer une distinction quelconque. Les conditions diverses qui lui ont imprimé tantôt une belle conformation, tantôt une vilaine, tantôt une couleur, tantôt une autre, trouvent leur source dans la nature et la qualité des terrains, l’abondance ou la pénurie des fourrages, la bonne ou mauvaise nourriture, l’absence ou la profusion des soins, le caprice de l’homme, mais ces modifications, quelles qu'elles soient, n’altèrent aucunement l’unité du type. Il y a trente ans, elle occupait encore les cinq départements de l’ancienne Armorique, d’où elle s’irradiait vers le midi, en suivant la côte océanienne. Sa sobriété et ses qualités laitières et beurrières la faisaient rechercher surtout pour l'entretien des ménages, et elle était l’objet, il n’y a pas encore longtemps, d’un commerce
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très-actif. Elle ne réussit que le long des bords de la mer pour lesquels elle a été créée; elle accuse ainsi nettement son origine primitive. Lorsqu’elle sort de son climat tempéré, toujours humide, souvent pluvieux, pour s’avancer dans les terres, elle perd son lait, la peau fonctionnant plus que d'habitude et au détriment des glandes mammaires. Il était donc déraisonnable de vouloir la mettre partout; aujourd’hui on n’en veut plus, même dans son propre pays.
Tout le monde à peu près connaît les caractères de la bretonne, caractères en tout semblables à ceux des variétés qui la précèdent dans le nord de l’Europe, sauf la taille qui est réduite à sa plus simple expression. Les voici en quelques lignes : protubérance occipilo-frontale épaisse, cheville osseuse implantée haut et arquée en avant et en haut, front plat, crête zygomatique saillante, maxillaire inférieur à branches écartées, arcades incisives petites, mufle étroit et noir, lèvres minces, bouche petite, cornes fines, œil vif, physionomie douce, taille d’un mètre il peu près, pelage pie-noir dans la Loire-Inférieure et le Morbihan, pierouge dans les côtes du Nord et le pays de Léon, mélangé de noir et de blanc, comme le gris étourneau, dans la Cornouaille et aux environs de Quimper. Le pie-noir domine donc sur le versant sud et sud-ouest de la chaîne des petites montagnes bretonnes, tandis que le pie-rouge règne sur le versant nord et nord-ouest, et que le gris étourneau, compris dans la fourche fournie par les montagnes d’Arrée et les montagnes noires, se partage les couleurs. La moyenne des sujets est loin de pouvoir se donner pour modèle, Qu’on en juge : cou mince, poitrine étroite, épaules maigres, garrot saillant, dos tranchant, cuisses menues, jarrets clos. Chez les rares propriétaires qui soignent les accouplements, nourrissent bien et donnent pour litière autre chose que la terre nue ou une maigre couche d’ajoncs, dans une étable ouverte à tous les vents, la conformation est satisfaisante : thorax large, dos droit, hanches écartées, queue bien attachée, membres courts et d'aplomb, mamelles souples et relativement volumineuses, trayons petits et rapprochés, veines mammaires grosses, rusticité à toute épreuve, poids moyen de toO à 200 kilog.
L’aptitude à la production du beurre plutôt qu'à celle du lait fourni en abondance est remarquable, surtout si l’on envisage la petite quantité et la faible qualité de la nourriture consommée. Une vache rend de 3 à 4 litres de lait par jour, soit de 1000 à 1300 litres par an, fournissant jusqu’à 100 kilogrammes de beurre ; à raison d’un kilog. et demi par 14 litres de lait. Les bœufs bretons, un peu plus grands et plus lourds que les vaches, travaillent jusqu’à six ou sept ans, puis sont engraissés au pâturage ou à l'étable et livrés partie à la boucherie locale, et partie aux Anglais qui les apprécient et viennent les chercher principalement à Saint-Malô et à Granville. L'insouciance la plus complète, l’incurie même, est l’apanage de l'éleveur breton, Les taureaux, jeunes et mal nourris, s’épuisent de bonne heure par la saillie; les génisses, couvertes trop tôt, ne sont l’objet d’aucune attention. Comme les vaches, elles passent une bonne partie de leur vie sur la lande, la jachère et les friches, oii elles sont exposées à toutes les intempéries et, par suite, à une foule de dérangements qui entravent leur croissance; l’hiver, elles sont parquées dans des bouges décorés du nom d’étable, où un peu de paille cl de foin de qualité douteuse constitue à peine une demi-ration d’entretien, celle d’accroissement n’étant pas connue. Quel perfectionnement possible dans de semblables comblions! M. Rieffel. le savant et respectable directeur de l’école d’agriculture de Grand-Jouan, a voulu tenter T amélioration de la bretonne par elle-même, mais >1 a dû abandonner son idée en présence des faits. Quand il s’agit de perfectionner une race ou une variété, il faut d'abord se rendre compte du but que l’on veut atteindre et en rechercher les voies et moyens. Dans cet ordre d'idées, la nourriture est appelée à jouer un grand rôle ; or, à mesure qu’on
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augmente sa ration, la bretonne devient moins laitière, demeure inféconde et engraisse, ce qui rend son entretien coûteux. On a tenté avec le Durham des unions qui ont été diversement jugées. Elles sont bonnes sur les terres de valeur quand on veut augmenter le poids et la précocité des animaux, et travailler par conséquent pour la boucherie, et généralement malheureuses quand l’industrie repose sur la production du lait. Comme les sujets issus de ce mariage ne sont ordinairement pas lourds, et comme leur obtention a lieu tout à fait au détriment du lait, ils ne peuvent, dans les meilleures conditions, exister que transitoirement, et ils doivent faire place à d'autres sujets plus avantageux, dans un temps plus ou moins éloigné. L’ayr-breton n’a pas réussi du tout et il est à peu près complètement abandonné ; il offre les défauts communs aux deux races; taille petite, poitrine étroite, fesses pointues, ventre développé, rendement égal en lait.
L’insuffisance de la variété bretonne se révèle donc de la façon la plus évidente; désormais, elle n'est point assez forte, pour exécuter les travaux de défrichement et pas assez rémunératrice sur les sols fertilisés. Un éleveur en chambre, rédacteur d’un journal à grand tirage de Paris, disait il y a peu de temps que « si la petite race bretonne n’existait pas, il faudrait l’inventer. » Ce vieux cliché qui, de temps immémorial, sert à justifier une foule de vieilles choses, pour la plupart au moins fort inutiles, est ici bien mal appliqué. Si la vache bretonne est encore un trésor pour la population morbiliannaise, ce n’est que parce que ce triste département est, avec la Lozère et une partie de la Haute- Loire, en retard d’un 'siècle sur le pays. Chassée de la Loire-Inférieure par le vendéen, des Côtes-du-Nord par la variété locale, de l’IlIe-et-Villaine par les métis durham, il ne lui reste plus que le Morbihan. A l’encontre de l’axiome inscrit en tète de ce paragraphe, je dirai que la disparition de la variété bretonne dans le Morbihan sera le signe de la régénération physique et morale du département et coïncidera avec le perfectionnement de la culture. Nous attendons avec impatience cet heureux moment. « Ce que la civilisation ne peut pas faire atteindre il sa hauteur, elle le détruit pour le remplacer. »
Là, se termine l’histoire de la première race bovine qui, je le répète, occupe l’Angleterre, la Suède et la Norwége, le nord de l’Allemagne, le Danemark, le Hanovre, la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et les trois quarts de la France, c’est-à-dire, de la Loire aux frontières belge et allemande et de cette dernière à la Méditerranée. En effet, les types breton, normand et hollandais occupent l’ouest, le nord et l’est de notre pays, et le type jurassien s’étend sur tous les départements montagneux du Jura et des Alpes.
La seconde race, la race brune, est également très-importante à connaître, tant sous le rapport de ses qualités que sous celui du rôle quelle joue en Suisse, en Allemagne, en France et en Italie.
Cette race se compose de nombreuses variétés divisées en grandes, moyennes et petites, et dont les plus connues sont celles dites de Schwytz, du Mont-Tonnerre, de l’Allgau, du Glane, du Voigtland, de la Tarentaise, du Tyrol, du Vald’Aoste, du Piémont, etc., etc. Les variétés de Schwytz et de la Tarentaise méritent spécialement notre attention, à cause de leurs qualités exceptionnelles et de leur inscription au programme de l’Exposition. Je ne saurais non plus passer sous silence celle de l’Allgau. — Cette variété jouit auprès de l’administration autrichienne de la faveur qui s’attache chez nous à la race courtes cornes perfectionnée; c’est le type améliorateur préféré, et tout dernièrement un délégué du ministère du commerce se rendait acquéreur d’un troupeau de taureaux et de génisses de la race de l’Allgau qu’il transportait à Edthof dans le nordouest de l'Autriche, pour y devenir la souche de reproducteurs d’élite destinés à l’amélioration du bétail indigène. La société d’agriculture d’Edthof, qui reçoit
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de l’État une subvention de ii.OOO florins, avait déjà augmenté l’effectif de sa vacherie, en achetant un taureau et huit génisses pleines qui avaient figuré avec succès à l’Exposition universelle, dans les stalles du Prater.
Schmjtz est le centre de la région montagneuse habitée par la tribu qui a pris son nom et que l’on rencontre dans les cantons voisins, le duché de Bade, la Bavière, le Wurtemberg, le Tvrol, le Piémont, et, par petits groupes, dans le nord-est et l'est de la France. C’est au célèbre couvent d’Einsicdeln cpie se trouve le modèle du genre, lig. 9. Dans tous les pays qu’habite cette variété, on la considère justement comme laitière par excellence, avec celles de Hol-
Eig. U. — Vache scliwyU.
lande et du Simmcnthal. Les nombreux spécimens que l'on observe dans l’est, ne laissent aucun doute à cet égard.
Je ne m’étends pas davantage sur cette variété bien connue cl bien délimitée, pour donner plus de détails sur la tarentaise qui prend une extension remarquable dans le midi. La première n'agrandit plus guère son domaine, tandis que la seconde progresse sans cesse.
Bourg-Sainl-Maurice, situé au pied du petit Saint-Bernard, est le berceau delà tarentaise telle que nous la connaissons aujourd’hui. Dans ce canton et ceux d’Aime, Albertville, Moûlicrs, etc., résident les éleveurs sérieux, et se rendent de préférence les acquéreurs de lots importants.
11 y a quinze ans, cette race n’était guère plus connue que la vallée qui la nourrit. Ses caractères sont les suivants : crâne large et court « protubérance occipito-frontale à sommet un peu saillant; cheville osseuse courte et forte, implantée haut, oblique sur le côté et en bas, et courbée en avant près de la
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base, front bombé, arcades orbitaires effacées, face courte, chanfrein droit, maxillaire inférieur fort. » Taille moyenne, corps ramassé, charpente osseuse assez forte, yeux saillants et doux, nez droit et court, poitrine ample et arrondie, épaule musclée, garrot épais, reins larges, hanches écartées, queue haute, cuisses musclées, membres d’aplomb, mamelles bien conformées, carrées et séparées, quantité de lait bien supérieure au volume du pis, ce qui la rend meilleure laitière qu’elle ne parait. Pelage froment gris ou blaireau plus ,ou moins foncé, et devenant parfois gris noirâtre sur l’encolure, les épaules et la partie inférieure du corps. En Tarentaise, les reproducteurs de couleurs grises sont préférés à ceux portant la livrée du blaireau, et dont les produits mâles, non émasculés surtout, ont généralement un pelage foncé. Dans le cas d’apparition de ce gris noirâtre, les sujets sont considérés comme péchant par le poil, en langage commun, et leur valeur comme étalon est moindre. Le bout des cornes, les paupières, le nez, le bas du scrotum chez le taureau, l’anus et la vulve ou une partie de cette région, chez la vache, le bout de la queue et les sabots sont noirs. Le poil, qui est dur, long et serré à la descente de la montagne, devient souple, fin et luisant, après un certain séjour à l’étable. Les génisses, appelées génissons dans le pays, n’ont rien du bovin quand elles pâturent sur le haut des montagnes, elles ressemblent à des ours. Les caractères que je viens de décrire s’appliquent aussi bien à la race schwytz qu’à la race tarentaise, aux petites races brunes, à celle de la vallée d’Aoste, etc. Qu'on les compare entre elles, et l’on verra quelles ne sont que les rameaux d’une même famille et qu’elles ne font qu'un. Le rendement en lait, après le vêlage et pendant cinq à six mois, est de. 8 à 12 litres par vache et par jour, plus de 2,000 litres par an. Cette quantité, considérable pour des bêtes mal nourries pendant sept à huit mois, et exposées à l’air vif et aux intempéries des hautes montagnes pendant le reste de l’année, augmente singulièrement quand elles sont soumises à de meilleures conditions. Le poids moyen des vaches considérées comme bêtes de boucherie est de 200 kilogrammes. Le rendement en viande nette est, d’après les expériences de M. Cornevin, de 33 %. La viande des veaux est très-estimée à Annecy, Chambéry et Lyon.
Cet exposé démontre que la race tarentaise est remarquable de formes, sobre, rustique, grande maicheuse, forte, travailleuse, excellente productrice de lait, douce et facile à conduire et à manier. En un mot, elle réunit à un haut point presque toutes les qualités désirables. La production économique de la viande laisse un peu à désirer, mais on sait que les trois aptitudes ne peuvent être rencontrées sur une race quelconque, et la part de la tarentaise est encore assez belle pour être fructueusement utilisée. Je n’étonnerai donc personne en disant qu’après l’annexion elle se fit avantageusement connaître dans le sud-est et le sud de la France, où elle figurait dans les étables de M. Gaston Bazille, à Montpellier.
La fonction du bétail étant de créer du capital et en même temps de fournir du revenu, la spécialisation des races bovines, c’est-à-dire leur appropriation à un unique emploi n’est plus, comme le disait Baudeinont, le terme qu'il faut montrer aux éleveurs pour réaliser le maximum de la perfection, car le plus grand profit ainsi que le fait remarquer M. Sanson, « est souvent du côté de la conciliation et du développement pondéré des aptitudes. » Les anciens types bovins, dont on proclamait le mérite il y a vingt ans, n’ont plus de notre temps les mêmes honneurs. La culture, disait l’an dernier M. Convert, à Bourg, demande quelque chose de mieux à chaque pas qu’elle fait en avant, et le bétail doit se transformer à mesure que la situation culturale s’élève. La douceur et la résistance au travail qu’on regardait jadis, et qu’on regarde encore dans les pays de montagnes, comme les qualités les plus importantes de l’espèce TOME II. — NOUV. TECH. 23
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bovine sont loin d’occuper le rang qu’on leur assigne, et, plus nous irons, plus' les routes deviendront praticables, les communications commodes et les travaux agricoles faciles à exécuter. Les habitants des montagnes du midi n’ont aucun souci de ces règles fondamentales et gardent toujours les variétés bovines ipie choyaient leurs pères, quoiqu’elles rendent à peine 4 à !> litres de lait par jour. La tarentaise sobre, rustique, jamais malade, en fournit presque le triple malgré la rareté des fourrages, la nourriture constamment sèche, la chaleur du climat et les déperditions cutanées. Les laitiers des villes sont beaucoup plus intelligents que les campagnards. Vendant le lait 2a et 30 centimes le litre, ils savent (pie la vache (pii donne 10 litres par jour, vaut le double de celle qui borne son rendement à cinq, et ils n’acliètent que des schwytz ou des larentaises. Les cultivateurs se défiant généralement des animaux qu'ils ne connaissent, pas et se montrent très-prudents en fait d’innovation. Mais ]quand ou appelle leur attention sur des sujets perfectionnés, petit il petit leur crainte se dissipe et ils marchent avec assurance dans la voie du progrès.
Lorsqu’après avoir quitté la Suisse et la Savoie, on entre en France par Lyon, ou ne trouve plus à partir de cette ville jusqu’à la Méditerranée, à droite et à gauche du Rhône, qu’un bétail fort mal approprié aux besoins locaux, souvent sans caractères typiques et sans dénomination convenable, assez mal entretenu et ne procurant que de faibles bénéfices.
Peu considérable comme superficie, mais très-intéressant au point de vue industriel, le département du Rbône ne compte presque pas sous le rapport agricole, d’où le peu d’importance et la diversité du bétail. La viticulture occupe la première place dans l'industrie rurale, et ses produits sont justement appréciés en France et à l'étranger. Néanmoins, depuis une dizaine d'années, l’espèce bovine est mieux choisie et soignée, et le progrès s'annonce partout. Les concours tenus à Lyon, en 1869 et 1877, étaient satisfaisants surtout si l'on envisageait la race tarentaise.
Procédant du bos bracliyccros trouvé dans les Alpes, cette variété vit depuis longtemps sur les montagnes de l'Isère ; mais l'incurie dans laquelle on l’a tenue, lui a fait perdre assez de qualités natives pour qu'on ait souvent bien de la peine à la reconnaître parmi les troupeaux actuels. Les sujets qui vivent dans les étables des principaux éleveurs ne sont point issus des aborigènes précités, ils proviennent simplement [d'importations récentes. Étant démontré que la tarentaise est autochthone, il me reste à prouver qu’elle seule est possible dans le Dauphiné, parce qu’elle est la meilleure et l’unique race de cette province. La fameuse variété, dite du Villars-de-Lans, dérive de celle du Mézenc qui procède elle-même de celle d’Aubrac, issue à son tour du grand arbre vendéen, auquel se rattachent encore les variétés dites maraichine, sainlongeoise, limousine, marchoise et d'Angles. Dans mes excursions, j’ai vu bien des connaisseurs, et partout j'ai acquis la certitude que parmi les Villars-de- Lans les uns ne diffèrent en rien des Mézencs dont ils sont sortis, c’est le petit nombre, et que les autres, de beaucoup les plus nombreux, n’ont aucun caractère spécifique qui puisse servir de point de repère, attendu qu’ils résultent des croisements les plus baroques. On peut donc dire que ces animaux sont très-mal conformés, manquent de précocité et laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la production du lait, dont le rendement moyen est de 4 à ü litres par jour. Fruit du mélange du Mézenc avec les animaux des départements voisins, de la Savoie, de la Suisse et de l’Italie, la population bovine de l'Isère se trouve dans un état de variabilité extrêmement désordonnée qui appelle une prompte réforme. Dans cette contrée montagneuse où l'industrie fromagère occupe le premier rang, on a fini par comprendre l'utilité d'une modification. Depuis longtemps déjà l'élite des agriculteurs est lancée dans la
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voie du progrès, eiitru.inu.nl avec elle les hommes désireux d'introduire le perfectionnement dans leurs exploitations. La tarentaise a fait beaucoup de progrès dans l’Isère; aujourd’hui, elle compte, dans les vallées, pour un quart de la population, et pour trois cinquièmes dans les montagnes. Si la progression de cette race n’est pas plus grande, cela résulte de sa petite taille. Les prétendus Villars-dc-Lans ne doivent leur conservation qu’à leur plus haute stature, et lorsqu’on saura que le tarentais peut eü'ectuer la même besogne, la disparit ion des premiers ne sera plus qu’une atfaire de quelques années.
Les Hautes et Basses- Alpes et les Alpes-Maritimes ont également connu le bus brachyceros et la tarentaise qui en est sorlic. Elle a donc toujours vécu dans ces départements; mais, de même que dans l’Isère, l’abandon dans lequel les agriculteurs l'ont laissée lui fait perdre beaucoup de ses qualités primitives. En raison d’une promiscuité bien des fois séculaire, ileslparfois difficile à l’œil le mieux exercé de retrouver promptement une vache tarentaise au milieu du vulgurri pecits où elle se trouve. Le nom de la race n'est même pas connu dans la contrée qu’elle habite de temps immémorial. Il existe cependant» dans les Alpes beaucoup de vaches tarentaises de construction grossière, analogues à celles de la vallée d’Aoste et connues sous le nom de vaches savoyardes. Les marchands du pays achètent aux foires de la Savoie quelques bonnes bêtes, mais généralement le rebut des marchés, les femelles tarées et parfois malades. Ils les conduisent par troupes à Marseille, et passent par Grenoble, Vizille, la Mure, Corps, Gap, etc. En traversant, les Hautes-Alpes, ils se débarrassent des bêtes qui les gênent. C’est ainsi que les habitants de ces montagnes se procurent des tarentaises de deuxième et troisième choix.
Puisque le système agricole de nos départements est semblable à celui de l’industrieuse Savoie, pourquoi n’aurions-nous pas un bétail similaire? Après avoir parlé de la sorte, MM. Lesbros, Lombard, Manuel, Ollivier, J, Raynaud, Reynaud- Ravnaud, Villars, pour les Hautes-Alpes, et Gautier, pour les Alpes-Maritimes, résolurent de cultiver la race tarjjne et de former des pépinières d’élevage. Leurs généreux elforts reçoivent leur récompense dans les expositions régionales, en attendant la reconnaissance certaine et prochaine de leurs concitoyens.
Les départements de la Drôme, de Vaucluse, des Bouches-du-Rhùnc, et du Var sont entièrement livrés à l'industrie, au commerce et aux cultures spéciales, notamment à celles du vin, de la soie, des fruits, des fleurs, des essences, etc. Le bétail occupe donc une toute petite place chez les agriculteurs, encore n’a-t-il aucune qualité désirable. La population bovine se compose des variétés d’Aubrac, du Mézenc, du Villars-de-Lans, des Alpes et des produits de toutes ces tribus réunies. Des agriculteurs et des nourrisseurs de ces départements ; ont pensé qu'il était temps de travailler convenablement avec des races pures, d’en retirer le plus grand profit par la vente du lait ou du fromage, et d’abandonner les animaux dont on ignore souvent l’origine et les aptitudes. Aussi cultivent-ils la tarentaise avec succès.
Cette bête est assez répandue dans le Comtat-Venaissin, principalement chez les laitiers qui sont en général savoisiens et préfèrent les bêles de leur pays, qu’ils se procurent dans de bonnes conditions de prix, et toujours à meilleur marché que les comtoises et celles de provenances diverses. De plus, elles s’accommodent mieux du régime presque exclusivement sec auquel elles sont soumises pendant dix mois de l’année. L’absence de prés, la chaleur et la sécheresse rendent les fourrages rares et ne favorisent point du tout l’élève du bétail. Le foin se vend en moyenne 7f,i>0 les 100 kilogrammes ; la luzerne 5f,o0, 6 et 7 francs également les 100 kilogrammes. On évalue à lf,2o ce que dépense journellement une vache tarine. La nourriture de ces bêtes se compose de foin de prairie naturelle ou de luzerne, et de résidus de brasserie. En
automne, quand la dernière coupe de foin a été rentrée, on conduit les vaches dans les prairies pendant quelques heures de la journée. Avec un pareil régime leur rendement est extraordinaire. La faveur dont elles jouissent est donc pleinement justifiée; aussi le nombre des sujets va-t-il toujours en augmentant en même temps que la valeur par tète s’élève. De 2 à 300 francs que valait autrefois une h été bien choisie dans un grand troupeau, il faut aujourd'hui monter à 4, ,'i et 000 francs. Dans le Comtal, tout le monde comprend actuellement qu'une bonne bête rend beaucoup plus qu’une médiocre, et qu’il est avantageux de toujours rechercher les beaux produits pour l'élevage, ('.'est cette conviction que je désire faire entrer dans l'idée de tous les cultivateurs de lest-central et du sud-est.
Si les qualités laitières doivent être accrues chez les vaches et la précocité développée chez les bœufs, afin de réaliser promptement et lucrativement le capital qu'ils représentent, c’est assurément dans le Velay. Or, pour avoir immédiatement l’animal de rente, il faut introduire le tarentais. Ce que pensant, M. Couderchet Essaya l'importation de la tarcntaise dans ses écuries, et, plus tard, plusieurs agriculteurs de la Haute-Loire, MM. vicomte de Vaux, Duchamp, Carmantraml, Merand, etc., voyant les bons résultats obtenus, suivirent son exemple. Au concours du Puy, cette race était admirablement représentée, par M. Chouvon, directeur de la Ferme-école de Nolh ic, lauréat de la prime d'honneur en 1808, et honoré d'une médaille d’or grand module, en 1876, pour l’excellente tenue de son exploitation, a bien apprécié la tarine. « Cette race, dit-il, dans le Journnl d'agriculture pratique, prend un grand développement dans le Velay, là surtout où la production du lait à vendre en nature rencontre des conditions satisfaisantes. Si elle continue à faire son chemin dans la Haute- Loire 'honneur devra en être attribué à M. Couderchet éleveur actif, entreprenant et éminemment connaisseur. »
Dans la Lozère, les conditions sont à peu près les mêmes. M. Moll que j’aime à citer en toide occasion, ainsi que tous les hommes éminents qui me font un appui de leur autorité, s’exprime en ces termes : « Il est incontestable que la race tarine a, comme laitière, une grande supériorité sur la variété d’Aubrac Un des agriculteurs les plus distingués de la Lozère, éleveur d’animaux de cette variété, déclarait devant moi et un nombreux auditoire de confrères, que chez lui, à nourriture égale, les tarines donnaient le double de lait des aubracs. Un fait non moins positif, c’est que cette race s’élève, vit et prospère dans des contrées dont maintes portions sont aussi pauvres que les plus pauvres localités de la Lozère et de l’Aveyron. i>
Nous savons que la région méditerranéenne n’est point un pays d'élevage et c/ue le Gard, 1 Hérault et l’Aude, principalement vinicoles, n’ont pas de race bovine. Les deux derniers départements sont depuis longtemps en possession de la tareutaisc, aux mains des éleveurs les plus distingués et les plus connus et des laitiers des principales villes. Comme cette race est présentement assez chère, on introduit simultanément, dans les étables abondamment pourvues de fourrages, le schwytz et le tarentais. Les deux types étant parfaits, on choisit celui qui relativement coûte le moins cher et rapporte le plus. On amène des vaches pour produire du lait, et on les engraisse quand elles sont arrivées à un certain âge; la spéculation est bonne au prix de la viande et du lait. Les vaches de moyenne et de petite taille entretenues dans 1 Hérault et l’Aude et bien nourries donnent exceptionnellement de là à 18 litres de lait, souvent 12 ou 14 litres, et jamais moins de !) à 10. Ce sont les chiffres de M. Gaston Bazille. Ces mêmes bêtes s engraissent facilement dès que la production du lait diminue ; leur chair est estimée des bouchers. Sous un climat qui est diamétralement opposé au leur, elles ne sont presque jamais malades.
AN I MAUX DOM ESTIQUES
Soutenu par cet accord unanime des premiers agronomes français, je n’hésite, point à formuler cette conclusion, depuis longtemps arrêtée dans mon esprit, qu'une parLic de la richesse du midi dépend de la prompte introduction de la tarentaise, soit que cette race déplace une notable partie de la population bovine soit, comme dans la Haute-Loire, la Lozère, l’Aveyron et le Tarn, qu’elle s’installe à côté des tribus dtz Mézenc, d’Aubrac et d’Angles, afin que l’expérience indique qu’elle est celle qui doit prédominer plus tard. Le grand mérite de la tarino a été irréfragablement démontré par M. le marquis de Monteynard quand il a dit en parlant d'elle : « C’est par excellence la bêle de la petite Cli livre. » Tour introduire cette race dans le sud et le sud-est, il est nécessaire
Fig. 10. — Taureau vendéen.
que l’élan soit donné par les agriculteurs intelligents et riches de la région. Ils y trouveront du profit et de l’honneur, ce qui me fait dire, après l’honorable président de la Société d’agriculture de l’Isère, que la tarentaise est également la bêle par excellence de la grande culture.
La race vendéenne, fig. 10, est particulière à la France, autochthone, et issue, selon les dires de MM. Rütimeyer et Aymar, du bos primif/cnius dont ils retrouvent les caractères dans la bête du Mézenc, simple variété de la race précitée. Je laisse la responsabilité de cette origine, aux savants ci-dessus dénommés.
Suivant une tradition très-ancienne, mais qui ne s'appuie sur aucun fait historique précis, la race vendéenne serait originaire du plateau granitique de Gàtine sur lequel les montagnes du Limousin, granitiques aussi, s’abaissent et meurent en séparant le bassin de la Vienne de celui des Sèvres Niortaise et Nantaise. Parthenav, à cheval sur les confins des départements des Deux-
L'AGRICULTURE
Sèvres, de la Vendée et de la Vienne, serait le centre du berceau de cette race, qui aurait rayonné d'une manière différente vers chaque point cardinal. Telle n’est pas mon opinion. Dans le principe, la race vendéenne vivait sur une vaste étendue de marais aujourd’hui desséchée, depuis la Loire jusqu’à la Charente et la Gironde, et des bords de l'Océan jusqu’à une grande profondeur dans les terres. II lui a fallu subir la loi commune, et elle s’est irradiée assez rapidement vers le nord-est, en suivant les vallées de la Loire, de la Vienne, de la Creuse et de l’Indre, et vers le sud-est en parcourant celles de la Vendée, de la Sèvrc Niorlaisc, de la Charente et de la Garonne. Deux raisons spéciales ont conduit le bœuf dans les montagnes, en suivant, neuf fois sur dix, le chemin des vallées. L’extension des groupes a forcé un grand nombre de bovins, sous la garde de leurs chefs naturels , à s’éloigner de la mère-patrie et à chercher plus loin des pâturages moins occupés. Avec le temps et des immigrations répétées, les bassins des fleuves ont été parcourus dans leur longueur et les montagnes envahies. En second lieu, le déplacement des masses humaines a guidé et accéléré la marche des boeufs vers les hauteurs. Ainsi lit la vendéenne. Elle couvre aujourd’hui une surface très-étendue et comprenant les départements du Morbihan, dlllc et Vilaine, de la Loire Inférieur, de Maine-et-Loire, de la Vendée, de la Charente, des Deux-Sèvres, de la Vienne, de l’Indre, de la Creuse, de la Haute-Vienne, de la Dordogne, du Lotet-Garonne, du Lot, de la Corrèze, du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Haute- Loire, du Tarn-et-Garonne, du Tarn, de l'Aveyron, de la Lozère, du Gard, etc., et comprend une foule de variétés que l’ignorance et lecapricc ont décoré du nom de races, )>arlhenaisc . choie taise, saintongeoise, limousine, marchoise, du J lèzenc, d'Aubvae, d’ Angles, de Villars-de-Lans, garonnaise, agenaise, néracaise, gasconne, etc. Depuis dix ans que je suis assidûment les concours régionaux, j ai pu convaincre les principaux éleveurs de France de l'unité de la ^race vendéenne, cl aujourd’hui, voici encore M. de Beauquesne, ingénieur et grand agriculteur du Tarn, qui déclare que ceux qui, en 1877, ont vu, à quinze jours d intervalle, le concours de Toulouse et celui de Montauhau. auront pu se convaincre que les animaux que l’on désigne sous les noms de gascons, chandais, aubraeset angles, appartiennent en somme àla même race. Ce sont des trihusdans lesquellesquelques caractères secondaires ont varié, mais au fond c est la même race. On comprend à la rigueur un démembrement quand on s'éloigne du lieu d apparition d une race, mais on ne se l’explique plus sur le terrain d’origine. Parmi les agriculteurs du littoral océanien, les uns l’appelle race partlienaise, parce qu il existe de fortes foires à bœufs dans l’arrondissement de Parthenay; les autres elioletaise, a cause du principal marché de bêtes grasses qui se tient en hiver tous les samedis à Cholet; d’autres nantaise, parce qu'ils lui ont lait passer la Loire et que l'arrondissement de Saint-Nazaire est renommé pour I élevage. A la suite de nombreux articles démontrant la puérilité et le danger de ces dénominations fantaisistes, 1 administration de l’agriculture inscrit maintenant la rare vendéenne sous cette rubrique : Races vendéennes Partlienaise et .Nantaise.) Il faudrait uniquement mettre : Race vendéenne, variété, partlienaise, nantaise, etc.
Caractères : Iront carré, plutôt large qu’allongé, plat plutôt que bombé; chanfrein droit; mutlc large; tête ronde dans son ensemble; cornes assez longues. recourbées eu haut et en avant, lisses et effilées; poitrine ample; membres <1 aplomb et courts; physionomie douce; robe noire, rouge ou gris perle, sans taches hlanchesqui dénotent un croisement avec le simmenlhal, le normand ouun métis durham-manceau. La couleur gris-perle se remarque principalement dans les marais de la Loire-Inférieure et les arrondissements de la Roche-sur-Yon et des Sables. Le pelage rouge vif s'observe notamment dans les Deux-Sèvres
et Maine-et Loire ; quant au noir, il tend à disparaître pour passerait rouge. Le sol et le régime pauvres ont une tendance marquée à faire prédominer le fond noir de la robe.
La race vendéenne présente même dans les départements côtiers des différences considérables de conformation, de taille, d’ampleur, etc., suivant leslocalités et les habitudes. Entre les grands bœufs qu’on rencontre sur les confins de la plaine et du flocage, du côté des marais, colosses bizarres et connus sous le nom de riverains, mesurant jusqu’à 1,60, et ceux qu’on élève du côté de Saint- Nazaire et de Ghûteaubriant existe un contraste singulièrement frappant. « Rien que les caractères spécifiques demeurent les mêmes, la taille des derniers s’est rapetissée, le corps s’est rabougri, les formes se sont effilées : on dirait des bretons, moins la régularité de la conformation et leur physionomie avenante. En effet, ces pauvres déshérités semblent honteux de leur dégénérescence. Cette variété de la race-mère est connue sous la désignation de Nantaise-Landaise. C’est chez elle surtout que prédomine le fond noir de la robe, et qu’en tous cas persiste, après l’âge adulte, cette couleur à la tête, au col, aux épaules et au plat des cuisses. » Ce peu d’bomogénéi té dans la population bovine du littoral vient, après la reconnaissance des caractères spécifiques qui rattachent toutes les variétés énumérées à la race-mère, prouver que les différences d'extérieur sont insuffisantes pour constituer une race et qu’elles ne forment que des tribus se rattachant plus ou moins au type dont elles dérivent.
« Ce qui saute d’abord aux yeux comme points défectueux dans la conformation, c’est la longueur des flancs, qui sont creux; c'est l’aplatissement des côtes, ainsi que le volume exagéré du ventre. Les muscles de la cuisse et ceux de la jambe sont médiocrement développés. Les hanches manquent généralement de longueur et d’écartement ; leur sommet forme une saillie disgracieuse, non-seulement parce qu’il est insuffisamment garni de muscles, mais, encore et surtout, parce que les os y ont acquis un volume disproportionné. En général, l’attache de la queue est haute et la base de cette région décrit une courbe laissant un vide à sa face inférieure avant de retomber vers la ligne du raphé. Cependant il serait facile de constater que, chez beaucoup d’éleveurs, les côtes se sont relevées, de manière à faire dire des sujets qu’ils ont le cerceau bien fait; d’où la conséquence que le flanc n’est plus creux, que le volume du ventre a sensiblement diminué. Ici, les hanches elles-mêmes se sont allongées et rapprochées de l’horizontale, en s’élargissant aussi, et la culotte s’est fournie en proportion. Le secret de ces éleveurs est tout entier dans ces deux moyens : bon choix des reproducteurs mâles et femelles; nourriture bien appropriée, en quantité et en qualité, pour le prompt développement des élèves. »
L’aptitude au travail est universellement reconnue, ainsi que celle à l'engraissement. Soit à la crèche, soit au pâturage, cette race s’assimile les aliments d'une manière aussi économique que n’importe quelle autre race française, à l'exception bien entendu delà race durham et de ses croisements. « Au point de vue de la boucherie, le rendement de la race vendéenne est remarquable; il est, pour un poids vif de 830 kilogrammes, de 620 kilogrammes en viande nette, de 118 kilogrammes en suif, le poids du cuir étant de 31 kilogrammes et celui des issues de 31 kilogrammes également. On comprend fort bien, après cela, que le commerce de Paris prise fort les bœufs vendéens qui, dans leur état actuel, exempt de toute amélioration méthodique, rendent une proportion si forte d’un suif intérieur excellent, avec de la viande d'une supériorité incontestable. Et il est au moins douteux, en outre, que la production de cette viande ait coûté autant que celle d’autres bœufs rendant au delà de 61.117 pour 100 de leur poids vif, comme le charolais considéré comparativement par Baudement. » L'aptitude laitière est moins prononcée, quoiqu'on remarque encore souvent de*
L’AGRICULTURE
vaches donnant de six à dix livres de beurre par semaine, mais dans la riche vallée de la Basse-Loire et sur les terres fertiles. Du reste, l'élevage des génisses est très-restreint; chacun garde ce qu'il a produit sans souci de la bonne conformation. sans rechercher la (inesse de la peau et des extrémités, la petitesse et la légèreté de la tête, la délicatesse de l'encolure, la rondeur de la côte, la largeur des hanches et du bassin, etc, etc. Le principal revenu consiste dans l’élevage des jeunes bœufs et l’engraissement des adultes qui ne sont plus achetés maigres par les normands, comme autrefois.
On a essayé de croiser les vendéens avec des suisses, des normands et des métis manceanx ; cette opération n’a pas réussi. Le durham a été introduit sans plus de succès. Dans les bonnes contrées où le sol et le milieu sont si favorables à cette opération, on n’en fait pas encore usage. Les engraisseurs de Cholet qui ne trouvent plus dans les ressources locales de quoi s’alimenter, au lieu de produire des métis-durham, achètent des durham-maneeaux dont l’envahissement progressif se fait remarquer en Maine-et Loire. Malgré la valeur de la race vendéenne pour la boucherie, quand un engraisseur se rend une foire dans le but de se procurer des animaux maigres, il ne jette son dévolu sur un vendéen que lorsque le croisé lui a fait défaut. Les éleveurs de l'Ouest comprennent parfaitement les nécessités économiques actuelles; ils gardent leurs excellents moteurs pour les travaux des champs et introduisent en grande quantité les durliam-manceaux pour l'engraissement.
La Saintonge n’élève que dans ses marais, d'où les noms de ma raidi ins , donnés aux bœufs qui en sortent.
Dans la Marche, à la source de la Vienne, de la Creuse, de l'Indre et de la Charente, la race vendéenne devient plus petite, change une cinquième fois de nom, et s’appelle race marchoise. Ces dénominations de marchois et de sainlongeois n indiquent plus actuellement l’intention d’attribuer une origine particulière aux bœufs des deux Charentes et de la Creuse, mais simplement la provenance du bétail, dans le langage des marchands, et tout irait pour le mieux si l'administration de l’agriculture se décidait à se rendre au vœu général et ù supprimer sur le programme le titre de race marchoise pour le remplacer par celui-ci : Race vendéenne, variété marchoise, variété saintongeoise, etc. Le bœuf marchois est un démembrement du limousin. Sobre, agile, travailleur, s’entretenant avec des aliments peu choisis, il arrivera certainement à la hauteur d’une race de boucherie quand on lui en fournira les éléments.
Presque tout le moude croit fermement, mais sans aucune preuve, qu’il existe une i-ace limousine, et je m'attends à causer de fortes surprises chez les grands personnages agricoles plus encore que chez les simples agriculteurs, en disant que cette race n'est qu'une simple variété de la vendéenne. Un court examen suffit pour s'en convaincre, et on reste étonné de voir énoncer si tard cette vérité. Certains modèles s’éloignent davantage du type originel, tels sont l'Aubrac, le Mézenc, le garonnais, etc, et quelques-uns d’entre eux peuvent parfois avoir besoin d'une explication ; mais pour constater l'identité du limousin avec, le vendéen, il suffit de voir et de réfléchir. 11 y a, rapporte justement M. K. Gayot, deux variétés limousines, — l’ancienne et la nouvelle. I. ancienne représente le passé et vit dans les cantons pauvres et montagneux ; infatigable, rustique et sobre, elle se développe lentement sur un sol granitique, trop mouillé ou trop sec suivant les saisons. La nouvelle s'améliore avec le sol; mieux nourrie, elle prend de l'ampleur et acquiert de l’aptitude ù l'engraissement. Elle a le pelage couleur grain de blé, la tête forte, l’œil grand et entouré ainsique le mulle, d'un cercle blanchâtre, le corps assez long, la côte un peu plate, le garrot musculeux, l'épaule plaquée, le train de derrière peu développé, — tous caractères du vendéen. Les habitants des bords de la Garonne prétendent que leur
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variété bovine, représentée par son type le plus avancé, l’agenais, a perfectionné la variété limousine, assertion repoussée par les agriculteurs de la Haute-Vienne On a pendant bien des années discuté pour savoir si le limousin descend du garonnais et vice-versa; la vérité est qu’ils proviennent tous deux du vendéen. Dans les limousins, on no trouve pas les défauts que l’on rencontre en général dans les garonnais. Ceux-ci sont sanglés, haut sur jambes et ont la cuisse grêle; ceux-là sont près de terre, peu ou point sanglés et bien culottés. Le limousin, tel qu'il estprêsenté dans les concours, est incontestablement supérieur au garonnais. Les agriculteurs des pays précités, qui passent leur vie à revendiquer l’ancienneté de leur variété, feraient bien mieux de donner des dénominations convenablesà leurs animaux, au lieu de désigner indifféremment le même animal sous les noms
Fig. U. — Taureau d’Aubrac.
de limousin, garonnais, garonnais-limousin, agenais, etc., montrant ainsi qu'ils ne savent pas quand l'un finit et quand l’autre commence.
De bêle de travail, la limousine tend à devenir en même temps bête de boucherie. Afin de répondre aux vues de l’acheteur, le producteur, faisant mieux que par le passé, a obtenu des sujets plus grands, plus étoffés et plus précoces, grâce à la sélection et aux bons soins qui sont les seuls auteurs de la métamorphose. « Les anglais lui ont appris comment on augmentait la précocité et l'aptitude à l’engraissement, il a profité de leurs leçons. Est-ce à dire qu'il doit aller aussi loin qu’eux? Je ne le crois pas. Dans ces régions où les terres sont si difficiles à travailler, il faut augmenter un peu l'aptitude à l’engraissement des animaux, mais se garder par-dessus tout de dépasser le but; il faut conserver précieusement l'aptitude au travail. » Les éleveurs limousins sont arrivés à un très-beau résultat; il n’est pas nécessaire que l'ensemble de la production aille plus loin dans le sens de l'aptitude à l'engraissement.
Parvenue dans le Rouergue, unej partie du Languedoc et le Gévaudan, la
L'AüKICULTURE.
vendéenne éprouve un nouveau teinpsd’arrêt et devient variété d'Aubrac variété dans l'est du Cantal, l’Aveyron et la Lozère; variété du Mézenc, dans la Haute- Loire, du Villars-de-Lans, dans l’Isère, et A' Angles, dans le Tarn.
La variété d'Aubrac, lig. 11, doitson nom au couvent d’Auhrac. Les moines l’introduisirent chez eux et la propagèrent dans la région avec tant desuccès quecette aire économique est presque devenue une aire géographique. Elle se maintient assez bien dans les trois montueux qu’elle occupe, et acquiert le maximum de taille et de beauté dont ellc est susceptible à cette altitude, chez les éleveurs intelligents. Si l’on pouvait parvenir à développer le rendement en lait, on répondrait aux véritables besoins du pays dont la principale industrie consiste dans la fabrication du fromage. Mais ce résultat est extrêmement restreint et fait pressentir la nécessité de changer en partie l’élevage et d'avoir recours à des espèces plus laitières. Nécessité fait loi, et la production abondante, sans plus de frais, est la principale raison du succès. La race vendéenne fournit dans l'ouest une grande proportion de beurre eu égard au lait; or, comme le beurre s’enlève A un prix élevé, dans les départements qui avoisinent le littoral océanien, le produit des vaches est relativement considérable et la race estimée. Dans l’Aveyron et la Lozère, où l’industrie fromagère est en vogue, il faut moins de beurre que de caséum, et l’aubrac est loin de répondre à ce besoin pressant.
On connaît le dicton « : L’aubrac croît jusqu'au couteau», ce qui signifie que celte tribu croit lentement et se développe de même. Comment en serait-il autrement? I.e jeune animal est nourri pour faire une bête de travail ; on le rend sobre et rustique, sans quoi il résisterait moins bien à la vie de labeur qui est la sienne. La variété d’Aubrac étant arrivée à une perfection relative, quant à la rusticité, la sobriété etlajdureté au travail, il faut porter toute son attention sur la précocité et la qualité de la viande. Il convient donc de développer le train de derrière beaucoup trop mince, pour avoir plus de viande et de morceaux de choix, de soigner les accouplements, de bien nourrir les jeunes et surtout de ne pas les faire travailler trop tôt. Par contre, il importe d’éviter le croisement qui, chez bien des agriculteurs, amènerait les plus funestes résultats.
La Haute-Loire el l'Ardèche sont en grande partie occupées par la variété dite du Mézenc ou Mézinc. Par amour exagéré du clocher el par ignorance complète des notions les pins élémentaires de la zootechnie, quelques personnes, dont plusieurs ne s’occupent même pas d’agriculture el d’élevage, avancent, sans un seul argument à l'appui, que la variété locale est une race autochthone. Le ne sont sans doute pas les éleveurs du pays, qui soutiennent cette thèse absurde que la variété de Mézenc est aborigène, mais bien la société d'agriculture du Puy, les comices agricoles de la Haute-Loire, et enfin les écrivains d un autre Age et les hommes qui se laissent entraîner par leurs doctrines. Les éleveurs précités s'occupent tranquillement de faire des animaux un peu moins défectueux qu’autrefois, n'ergotent pas à tort et à travers, et évitent ainsi de se donner le ridicule de vouloir trancher une question dont ils ne connaissent pas le premier mot. Sous l’influence des idées erronnées qui leur ont été inculquées, les habitants du Velay placent le herceaujde leur variété sur cette partie triangulaire des Cévennes qui sépare le département de l'Ardèche de celui de la Haute- Loire, et au milieu de laquelle se trouve le mont Mézenc, élevé de 1.950 mètres, ’lel est l’espace occupé par celte tribu, obstinément décorée de nom de race par des hommes qui devraient instruire les agriculteurs du Velay et du Vivarais, et les pousser dans la bonne voie, au lieu de s’appuyer sur de vieux auteurs qui, après avoir examiné superficiellement les animaux du Mézenc, ont eu le tort de les ériger en race particulière. Plusieurs de ces écrivains sont revenus A des opinions contraires, mais malheureusement l’impression reste. Les éleveurs de la Creuse, de la Lozère et du Tarn ont eu le bon esprit de ne pas laisser péricliter
ANIMAUX DOMESTIQUES
le type vendéen, qu'ils ont importé chez eux, tandis que, dans la Haute-Loire, il semble qu’on ait voulu confectionner du grotesque, et il faut avouer qu’on a pleinemenl réussi. L’accouplement par la sélection, l’allaitement un peu prolongé des veaux, la nourriture abondante dans le jeune âge, les soins A l'écurie sont lettre morte pour les éleveurs. J’ajoute que la récolte des fourrages laisse trop à désirer. Par une fâcheuse inspiration, la charrue a envahi les pentes abruptes, et le seigle s’y trouve cultivé à des hauteurs de 1,500 mètres. On reviendra de ces fausses pratiques, et l’on rendra toutes ces montagnes à la culture pastorale, au grand avantage du bétail et de la richesse générale, car nulle part les herbes ne sont plus succulentes et plus aromatiques, nulle part l’air n’est plus vif, plus sain, plus fortifiant, pour les hommes comme pour les animaux. Les vaches sont des laitières très-ordinaires, et les bœufs sont engraissés tard et difficilement. On aurait du bénéfice à développer la précocité de ces animaux et à les engraisser jeunes, car alors serait ouverte aux engraissseurs « une voie qui peut leur offrir des avantages sérieux tout en bénéficiant à la consommation générale, puisqu’elle produirait de la viande en quatre ans au lieu de huit. En engraissant ses produits, l’éleveur du Mézenc peut faire son choix parmi ses élèves, d'une manière plus sûre qu'en allant acheter de vieux bœufs dans les foires, et il ne court pas le risque d'introduire des maladies dans son étable. » Au dernier concours de Mende, M. Moll, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers et écrivain agricole de premier ordre, a reconnu le sang vendéen chez les Mézencs et hautement repoussé les défauts de ces derniers, surtout la faiblesse du derrière. Cette conformation est un grave défaut pour la boucherie, car l’arrière-main, c’est de la viande à 1 fr., tandis que la viande de l’avanlmain ne vaut que 60 centimes.
En parlant du rôle de tarentaise dans l’Isère, page 354, j’ai, en quelques mots, tracé l’histoire de la variété du Villars-dc-Lans.
La variété d ’ Angles est principalement propre à la production du travail et de la viande parallèlement A l’extension des cultures fourragères. Elle occupe le département du Tarn.
Les variétés garonnaisc, a (JC nuise et néracaise, les trois n'en font qu’une, A laquelle je conserve le nom de garonnaisc, fig. f‘2, s’étendent de Montauban A Toulouse, et, sur la rive droite de la Garonne, du chef-lieu du département du Tarn-et-Garonne jusqu’à Bordeaux, Jonzac, Cognac et Saintes.
Les variétés gasconne et carolaise dominent dans le Gers, partie du Lot-et- Garonne, l’Ariège et la Haute-Garonne. Dans tous les concours du midi, j’ai été frappé de l’accord avec lequel chacun reconnaît l’analogie qui existe entre ces variétés et celle d’Aubrac; par contre, je n’ai trouvé que chez M. Sanson la remarque d’un croisement avec le tarentais. La distinction nette et précise du bœuf gascon ne se fait pas du premier coup : aux caractères de la race vendéenne, viennent se joindre ceux de la race brune, et on ne sait vraiment A quelle source remonter de préférence. Puis la vérité se fait jour, et on reconnaît l’ancienneté du sang vendéen, et l’introduction ultérieure du sang schwytz ou tarentais. Le bœuf carolais a la même conformation que le gascon, avec cette différence que sa robe est plus brune. Tandis que la physionomie du bœuf gascon respire le calme et la douceur, l'œil noir du carolais donne à cet animal un certain air farouche. Les animaux sont robustes, vigoureux et excellents pour le travail. Les cultivateurs de l’Ariège étant plus avancés dans l’élevage que ceux de la Haute-Garonne, leurs animaux possèdent des formes améliorées, et leurs taureaux sont très-recherchés des agriculteurs des départements voisins. La Société d’agriculture de Toulouse achète tous les ans des reproducteurs mâles dans le comté de Foix, avec l'argent du Conseil général, et les répand dans le département. Elle a créé, en 1856, un Herd-Book, abandonné quelques années
L’AGRICULTURE
plus tard. Elle attachait une grande importance à ce que le fond des bourses et le pourtour de l’anus, ainsi que les lèvres de la vulve chez la femelle, fussent noirs, signes souvent visibles sur les sujets vendéens et n’ayant rien de caractéristique. Quoi qu’il en soit, l’analogie entre ces deux variétés, gascone et carolaise, est assez grande pour qu’on puisse sans inconvénient les confondre dans la même classe. Au concours de Toulouse, en 1877, à la réunion des membres du jury, des exposants et des délégués des sociétés d’agriculture, plusieurs orateurs en demandaient la division en deux catégories. La majorité n'a pas pensé que les différences fussent assez accentuées pour comporter la séparation; ces exemples d’intelligence et 'de sagesse sont rares et méritent d’être cités.
Eig. 12. — Taureau garonai*.
La race vendéenne, excepté dans les vallées plantureuses et sur les bonnes ormes, ne peut prétendre à passer pour laitière; certaines de ses variétés, la garonnaise, l’agenaise, etc., ne peuvent pas même allaiter convenablement leur voan. .. aptitude au travail, combinée avec une certaine facilité d’engraissement, voilà son unique qualité. Les cultivateurs ont su l’exploiter. Depuis vingt ans, les fermiers de la Charente-Inférieure, de la Vendée, de la Loire-Inférieure, de Maine-et-Loire, de la Vienne, envoient à La Villette un des plus forts contingents de approvisioncment de Paris, aujourd’hui, les engraisseurs de la Creuse et du Limousin marchent sur leurs traces, et tout fait supposer que ceux de l’Avey-
lon.’ ! ° -J •"/<•! e. du Tarn, du Tarn-et-Garonnc, du Lot-et-Garonne les imiteiont bientôt dans la mesure de leurs moyens.
La quatrième race française est la race ibérique ou iberienne qui comprend
? btUul dfsJLa°de;s» des Hautes et Basses-Pyrenées et d une partie de la llaute- (jaronne et de l Anè^e.
ANIMAUX DOMESTIQUES
Toutes les prétendues races landaise, basquaise, tarbaise, bareloune, aspoise, de Lourdes, de Saint-Girons, d’Aure, etc., réunies sur un si petit espace, le bassin de l’Adour et la montagne de la Haute-Garonne et de l’Ariège, « accusent, de la part de ceux qui en ont admis la réalisation, l'insuffisance d’une information sur les conditions de la caractéristique». Ces classifications établissent à tort des distinctions entre des animaux de même origine, ayant les mêmes caractères, remplissant le même but, ne différant que par des modifications de structure provenant des altitudes et de l'alimentation. Que l’amour-propre et les rivalités fassent fermer les yeux et boucher les oreilles des intéressés, qui du reste, manquent presque tous d’instruction, cela se conçoit à la rigueur, mais que l'administration de l’agriculture perpétue de semblables erreurs dans les concours généraux pI régionaux, et même à l’Exposition universelle de 1878,
Fig. 13. — Taureau des Landes.
en conservant une classification d'une autre époque, voilà qui. surprend les hommes intelligents et paralyse les efforts des écrivains. Dans les Pyrénées, rapporte M. E.Gayot, chacun a prêché pour son saint, chacun a voulu faire primer la tribu qui lui tenait au cœur; les plaidoyers furent si chaleureux que tout le monde eut raison. On institua sur le papier, on inscrivit dans les programmes officiels autant de races qu'il eût d’avocats pour gagner les causes appelées; on consentit à tout. Les concours se sont renouvelés, on a dit et écrit que les programmes étaient dérisoires, niais l’ancien état des choses n’en continue pas moins.
Les caractères du type ibérieu, représenté par la variété des Landes, fig. 13, sont les suivants : « protubérance occipito-frontale peu élevée; cheville osseuse longue, forte, relevée dès sa base en avant et souvent dans une direction presque perpendiculaire ; front bombé ; face courte, large, à chanfrein déprimé ou camus, maxillaire inférieur à branches larges, écartées, relevées, à angle presque droit. » Sur le vhant : mufle d’un rose foncé et étroit; lèvre supérieure endante; cornes allongées, arrondies en arc decercle, la pointe en haut, blan-
L’AGRICULTURE
chesàla base et noirâtres au sommet: physionomie fière; pelage froment plus ou moins clair, mélangé de brun à la tête et à la partie antérieure du corps; taille variant de I“,40, dans les vallées, à lm,30, sur les terrains maigres; col court, fanon prononcé, corps allongé, garrot épais, ligne du dos fléchie, lombes étroites, hanches serrées, croupe courte et pointue, queue attachée haut, cuisses minces, membres courts, sobriété et résistance au travail remarquables, production du lait à peu prés nulle, excepté aux environs de Lourdes; seuls, les bœufs des vallées prennent assez de développement pour devenir propres à la boucherie. Le pâturage dans la montagne, pendant l’été, et la stabulation permanente, durant l’hiver, tel est le régime suivi. Le premier est très-satisfaisant, le second bien précaire. Le seul moyen d’amélioration qu’on puisse employer, c’est le choix des reproducteurs. 11 faut rejeter les dos ensellés, les queues saillantes et le manque d’ampleur du train de derrière, défauts communs â la variété du Mézenc, et contre lesquels je me suis énergiquement prononcé. La race des Pyi’énées est appropriée aux lieux où elle vit, il s’agit de la conserver et de la perfectionner; la sélection et la gymnastique fonctionnelle suffisent pour l’amener à son maximum de rendement.
La variété bovine dite bazadaise n'existe pas comme race, mais simplement comme métisse. Elle ne se compose que d’un nombre très-restreint d’individus s’engraissant assez facilement, et elle résulte de la fusion opérée entre les garonnais, tribu du vendéen, cl le pyrénéen, type landais. Voilà donc cette importante variété, produit du croisement, devenant une race et possédant une existence officielle! Reste à en connaître la raison.
La cinquième et dernière race dont l’identité ne fait pas de doute, c’est la race Camargue qui vit à l’état demi-sauvage dans l’ilc de ce nom et fournit, dans le sud-est, les sujets nécessaires aux courses de taureaux, tandis que la pyrénéenne est chargée du même soin dans le sud-ouest. Destinée à disparaître de notre économie rurale, celle race s’éteint chaque jour sous le souille du progrès.
J'ai omis à dessein de décrire les variétés rnancelle et charolaisc dépendant la première du type normand, la seconde du type jurassien, parce quelles ont été absorbées par le durham et qu’elles n'existent presque plus. La variété charolaise, lig. 14, dont on trouve encore quelques exemplaires, s’est un peu éloignée de son type naturel et beaucoup améliorée sous le climat humide et dans les gras pâturages des environs de Charolles. « Elle s’est progressivement étendue, en même temps que le système de culture des rives occidentales de la Saône, dans toute la partie centrale du bassin de la Loire, et c’est de ce côté seulement que s’est manifestée sa puissance d'expansion. Elle n'a gardé que le cornage de l’ancienne variété, le corps est celui du durham et forme toujours un ensemble séduisant. Sous leur robe blanche caractéristique, les charolais de nouvelle conformation ont beaucoup d’ampleur dans les formes, l’épaule développée, la côte ronde, le rein droit, la croupe arrondie, la cuisse largement fournie et bien descendue. Ces animaux n’ont d'autre prétention que d’être d’excellents sujets de boucherie, et ils tiennent tout ce qu'ils promettent, sans oublier la précocité dont ils sont doués à un haut degré.
La variété morvandelle est sortie de la charolaise ; conduite dans les montagnes, elle a perdu de sa taille, est devenue sobre, rustique tout en gardant une certaine propension à l’engraissement. Les bœufs de celle variété sont lourds, mal bâtis, de couleur rousse; ils travaillent jusqu à neuf ou dix ans. 11 s’en fait un commerce très-considérable aux foires de Sémur.
En résumé, les races animales sont infiniment moins nombreuses qu'on ne l’a cru jusqu'à ce jour. En ce qui concerne l’espèce bovine, les trois quarts de l’Europe et toute la France sont occupés par cinq races seulement, la race
ANIMAUX DOMESTIQUES
‘Mil
tachetée, la race brune, la race vendéenne, la race ibérienne etlarace Camargue.
La race tachetée couvre le nord-ouest, le nord, le nord-est, l'est et le sudest de la France; elle ne forme qu’une race divisée en six types principaux et subdivisée en nombreuses variétés. La race brune, si répandue en Suisse et en Allemagne où on reconnaît de grandes et de petites variétés, tend à s’installer en France, dans l’est, Lest-central, le sud-est et le sud, et à déplacer les sujets défectueux de cette contrée. Pendant que le type des grandes variétés, e schwytz, rend des services dans l'est, celui des petites, le tarentais,
Fig. IV. — Taureau charolais.
s'implante dans le midi. La vache vendéenne s’étend sur tout le reste du pays à l’exception de quatre départements pyrénéens et de celui des Landes. La race ibérienne peuple les départements situés dans le bassin d’Adour et les hauteurs de la Haute-Garonne et de l'Ariège. La race Camargue ne figure que pour mémoire.
Les quatre premières et principales races diffèrent essentiellement les unes des autres; les deux premières sont élevées pour le lait et la chair, les deux autres pour le travail d’abord, la viande ensuite, quand elle est possible. La race tachetée, la plus étendue et la plus précieuse, a pour but de fournir beaucoup de lait pendant la vie et de viande après la mort, excepté en Angleterre et sur certains domaines, où il est plus lucratif de pousser de bonne heure à l'engraissement. D'abord travailleuse, la race brune perd chaque jour cette