‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 67 sur 95 · II. — ESPÈCE OVINE · texte numérisé non relu

II. — ESPÈCE OVINE

Au commencement du siècle, les races ovines indigènes faisaient triste ligure en raison de leur laine grossière, tandis que le mérinos, introduit à Rambouillet en 1786, vivait chez nous par grandes masses à l’état pur et croisé. 11 avait alors sa raison d’être. Mais les besoins se modifient, plus souvent encore se multiplient, A côté de la consommation toujours grandissante de la laine, mais facilement alimentée par les produits indigènes et exotiques, une autre consommation, celle de la viande, tendit à augmenter et ne trouva plus au dedans des éléments pour combler un vide menaçant de se manifester à bref délai. A cette époque, Bakewel avait formé le leicester, et Ellman et Jonas Wcbb préparaient le southdown, prévoyant tous les trois qu’une révolution était imminente. En même temps, l’Amérique et les colonies anglaises commençaient à exporter des quantités considérables de laine, et, par leurs débuts, donnaient à penser quelle serait plus tard l’énorme importance de leurs envois, et quelle perturbation leurs produits apporteraient sur toutes les places de l’Europe. Du reste, après avoir tiré des bénéfices considérables de la race mérinos qu’elle vendait à des prix très-élevés, la France ne pouvait conserver l’espoir de garder indéfiniment le monopole de la lajne et des reproducteurs.

En 1820, nos éleveurs commencèrent à se préoccuper sérieusement des moutons anglais à laine longue, plus encore comme bêtes à viande qu’à cause de leur toison. Des importations qui avaient exclusivement le leicester pour objet, le southdown n’étant pas perfectionné, furent faites sur une assez grande échelle. Les premiers essais qui avaient surtout pour objet l’élève de la race pure de leicester, obtinrent de médiocres résultats; mais le croisement réussit mieux,

ANIMAUX DOMESTIQUES

principalement avec le mérinos dont il améliora les formes au point de vue de la boucherie.

Une fois entrée dans cette première voie de réforme, impérieusement réclamée par ses besoins, la France s’y avança d’un pas affermi. — Les esprits superficiels et les impatients trouvaient une solution plus rapide en proposant d’importer tout d’une pièce le système anglais, c’est-à-dire les moutons d’engraissement à laine commune, et d’abandonner complètement le mérinos. Par bonheur, la pratique fut moins prompte que l’imagination et sut résister à ses entraînements. Les anglomanes eurent pourtant beau jeu, en faisant avancer des sujets travaillés depuis fort longtemps dans le sens de la production de la viande, et en les comparant aux races locales qu'ils voulaient effacer. Un instant l’ouvrage français fut ébranlé; mais les éleveurs examinèrent de près la question et se rendirent compte qu’il n’y avait aucune incompatibilité physiologique entre la production d une bonne sorte de laine mérinos et celle d’une quantité satisfaisant!' de viande de bonne qualité.

La valeur des laines, sur le marché européen, dépend d’abord de la valeur des étoffes à la fabrication desquelles elles sont propres, ensuite des procédés mécaniques en usage, et enfin de l’abondance des marchandises étrangères. En consultant les statistiques établies sur le commerce extérieur de la France, nous sommes amenés à constater que les laines qui ont été importées en plus grande quantité des pays autrefois non manufacturiers : Australie, Cap, Plata, etc., sont généralement fines, courtes ou demi-courtes, mais qui se peignent presque toutes, grâce aux nouveaux systèmes en usage aujourd'hui. On les classe comme laines longues, et elles entrent, à ce litre, dans la fabrication si importante de Reims et de Roubaix. L’importation des laines à peigne est donc considérable, et il en résulte qu’elle coïncide avec les besoins journaliers, car les tissus de laine, demandés dans une progression toujours croissante, sont des tissus de nouveautés qui ne prennent généralement que des laines de ce genre. C’est ce dont il est facile de se convaincre par le développement qu'ont pris chez nous les centres manufacturiers où s'exécute leur fabrication.

Ces raisons expliquent déjà la diminution du prix de la laine. Malgré cette diminution, on fabrique moins de draps extra-fins, jadis en faveur, à cause de leur excellente qualité, et qui permettaient de payer très-cher certaines espèces de laines, car les modes actuelles ont nécessité, pour les tissus sergés, des laines longues et demi-longues qui offrent plus de résistance et se transforment eu tissus plus fermes et babillant mieux que les étoffes molles et légères. Il convient donc d'abandonner les laines fines pour celles dites intermédiaires qui sont données par des espèces plus rustiques, plus précoces, et rapportant un plus grand bénéfice au cultivateur.

La production nationale n’est point compromise, surtout si elle consent à se transformer d'après les nécessités actuelles. Les laines de France ont des qualités spéciales fort appréciées des industriels ; aussi sont-elles assurées d'une supériorité de prix sur toutes les laines étrangères, à rendement égal. Elles ont leur place marquée dans la consommation. Cependant, lorsque les laines étrangères abonderont, les nôtres subiront forcément une baisse de prix; c’est une des cause qui déterminent les fluctuations commerciales, et rien ne peut y remédier.

La première conclusion à tirer de cet exposé, c’est que les éleveurs doivent s’attacher uniquement à produire des laines intermédiaires, dont le bas prix de revient leur assure une rémunération satisfaisante, et par conséquent rechercher les races ovines qui les portent. Comme ces races sont particulièrement aptes à la fabrication de la viande, il en résulte que c'est vers leur élevage que doivent tendre tous nos efforts, un double motif étant attaché à celte combinaison. Quelques explications vont faire ressortir l’évidence de cette vérité.

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