TOME II. — NOUV. TECH
L'AlîKIClLTLRE.
« En (.-es derniers temps, rapporte M. Sansou, la consommation de la viande a pris, dans l’Europe occidentale, de très-grands développements, déterminés par l’élévation des salaires, qui a été elle-même la conséquence des changements poliliques intervenus. La hausse de la marchandise a subi une progression constante, malgré les importations, et celte progression des besoins de la consommation n'a pas cessé d’être en avant de celle qu'a pu suivre la production intérieure.
Il entre chaque semaine* par notre frontière du nord-est, un grand nombre de moutons, provenant des États allemands, qui viennent alimenter le marché de Paris, ce centre principal de la consommation française. Il est évident que les engraisseurs de moutons du rayon de Paris, aussi bien placés jque ceux de l'Allemagne sous tous les autres rapports, et disposant comme eux des voies ferrées, ont sur ces derniers l’avantage d’une moindre distance à parcourir, et par conséquent de moindres frais de transport à payer, quelques bonnes coudilious que fassent les compagnies de chemins de fer au trafic inlernationual. Si donc les moutons étrangers arrivent sur le marché, c'est qu'ils y viennent occuper une place qui resterait vide sans eux. Dès que les producteurs nationaux se seront mis en mesure de s’en emparer par une faible baisse, en diminuant le prix de revient de leur marchandise, ils deviendront les maîtres, .non-seulement du marché français, mais encore du marché anglais, à plus forte raison toujours ouvert au commerce extérieur. Telle est la situation. »
La seconde conclusion est que les éleveurs sont assurés de trouver dans la production du mouton à viande une source de bénéfices, dût le prix actuel, qui a doublé depuis vingt ans, demeurer stationnaire, toutes les fois qu’ils sauront tirer parti de bonnes races : mérinos perfectionné, dishley, dishleymérinos, southdown pur ou croisé, races locales améliorées, etc., et les entretenir dans les conditions économiques qui sont la base des exploitations rurales bien dirigées.
Deux moyens paraissent propres à concilier les intérêts des producteurs et des consommateurs. Abaisser chez nous-mêmes le prix de revient du blé, eu n'eu semant que là où la terre peut, avec l’engrais nécessaire, donner ces rendements au maximum , qui délient l’avilissement de la marchandise tant ils sont abondants; nous rejeter partout ailleurs sur la production de la viande dont le prix, très-élevé aujourd’hui, ira longtemps encore en s’augmentant si l'on n’y prend garde.
« l'n temps viendra, disait M. Malingié, en 1831, où le prix du kilogramme de viande balancera le prix du kilogramme de laine. » Ce temps est venu. Je désire sincèrement être un mauvais prophète, mais j’ai peur de voir, avant dix ans, le. gigot se vendre 2 fr. 30 la 'ivre, et devenir ainsi la part exclusive des millionnaires.
Le mouton appartient à la division des vertébrés, classe des mammifères, ordre des ruminants, genre ovis, dont le type est représenté par l’espèce domestique, 0. aries domeslica.
Ses caractères sont les suivants : Système dentaire : incisives —molaires —
en totalité, trente-deux dents. — Incisives formant un arc entier, se touchant par leurs bords, les pinces étant plus larges et les coins plus étroits et plus petits; — molaires à couronne marquée de douhlescroissants d'émail, dont trois fausses et trois vraies de chaque côté et aux deux mâchoires. Cornes, chez les races qui en possèdent, creuses, persistantes, anguleuses, ridées en travers, contournées latéralement en spirale ou recourbées en haut et en arrière et se développant sur un axe osseux, celluleux, qui a la même direction; — chanfrein plus ou moins arqué, narines de forme allongée et oblique, pas de mufle ou partie nue et muqueuse; — pas de barbe au menton dans le plus grand nombre
ANIMAUX DOMESTIQUES
des races; — oreilles de moyenne grandeur, pointues et portées droites, couchées ou rabattues suivant le sexe et la race, Corps de stature moyenne et couvert de laine; — jambes assez grêles, sans poil aux poignets; un appareil de sécrétion appelé canal ou sinus biflexe, et constitué par un repli de la peau en forme de cul-de-sac étroit et allongé, se trouve placé entre les deux os des couronnes et s’ouvre à l’extérieur par un trou circulaire très-petit ; — deux mamelles inguinales; — toison imprégnée de suint, substance grasse, onctueuse et odorante.
Ainsi (pie l'ont fort justement fait remarquer MM. 1s. Geoffroy Saint-Hilaire et Sanson, ces signes caractéristiques ne sont point tous rigoureusement exacts, mais ils suffiront cependant pour établir un commencement de distinction entre les moutons et les chèvres qui appartiennent au même genre naturel. En réalité, les moulons des diverses races se distinguent des chèvres plutôt par leur faculté de fécondité illimitée entre eux, que par une différence de physionomie variable dans bien des cas. ,
Ee mouton est universellement répandu sur la surface du globe. Cet animal est herbivore, mammifère et didactylo; il bêle, et, par les diverses modulations de sa voix, manifeste ses besoins, ses émotions, etc. Sa taille varie considérablement; il en est de même dé la robe, qui est blanche d’ordinaire, quelquefois noire, plus rarement rousse. Sa laine est généralement longue et dure dans les pays du Nord, plus courte et très-fine dans les contrées méridionales. Laquelle est ordinairement mince, molle et lâche; elle diffère beaucoup en longueur, suivant la race à laquelle appartiennent les individus ; dans certaines espèces, elle l'ait plus ou moins défaut. La bête à laine n’a point la délicatesse des sens, l’intelligence, la vivacité, l’attitude altière et la démarche assurée de la chèvre; la timidité semble être son partage. Ce n’est qu’à l’époque des amours que les béliers montrent quelque courage; un sentiment de jalousie irréfléchie les porte à se battre entre eux et à se faire beaucoup de mal, en se lançant les uns contre ies autres et en se frappant à grands coups de tête ; hors ce temps, ils vivent presque dans l’indolence. Les brebis n’éprouvent pas un extrême attachement pour leur progéniture; les agneaux reconnaissent un peu mieux ce qu’ils doivent à leurs mères, encore ce sentiment ne tarde-t-il pas à s’éteindre. Les moutons aiment à marcher de compagnie, ils se serrent lorsqu’ils 'éprouvent quelque frayeur et savent difficilement se préserver du danger. Dans leur marche ou dans leur fuite, la détermination d’un seul, le plus avancé, ou plutôt le hasard qui dirige les pas de celui-ci, devient la règle de conduite de tout le troupeau.
C’est à Linné que l'on doit la création du genre ovis ou mouton , assez mal distingué par les naturalistes anciens et par ceux du moyen-âge. Après lui, un grand nombre de zoologistes, Hrisson, Erxlebcn, Hoddaërt, G. et F. Cuvier, Ed. et lsid. Geoffroy Saint-Hilaire, A. G. Desmarest, Lesson, etc., ont adopté ce groupe générique. Leske, Illiger, Pallas, Blumenbach, Ranzani, etc., sont encore allés plus loin; remarquant le peu de caractères propres à séparer les chèvres des moutons, ils les ont réunis dans un même groupe, sans cependant les confondre entièrement. En effet, le mouton est une espèce à part, et les doutes émis à ce sujet par quelques écrivains prouvent qu’ils n’ont point étudié sérieusement la question, ce qu’il esL permis de regretter chez des personnes qui s’occupent d’enseignement.
Certains auteurs avancent que le genre ovis renferme quatre autres espèces : le mouflon ordinaire, le mouflon d’Afrique, lemouflon d’Amériqueetfargali. Ce n’est pas l’avis des naturalistes modernes, ni le mien ; aussi, je passe sous silence tout ce qui a trait, comme description, à ces prétendues espèces, pour ne parler que d’une seule, l'espèce domestique, qui comprend plusieurs types naturels et artificiels, ces derniers résultant de la domestication et de la culture.
L'AGRICULTURE
Is. Geoffroy Saint-Hilaire s'est efforcé, dans son Histoire générale des régnes organiques, de trouver des arguments, toujours les mêmes, pour assurer à la plupart de nos animaux domestiques une origine orientale. Si, à la rigueur, on peut admettre cette origine pour les moutons à cornes en spirale, le mérinos par exemple, dont le type se trouve encore en Asie et dans le nord-est de l’Afrique, il est absolument impossible de donner la même patrie aux races <\ laine droite et grossière du nord de l’Europe, qui sont certainement originaires des pays qu'elles habitent. Chaque type spécifique de race ovine a eu sa souche distincte, et rien, absolument rien n’autorise à supposer que le temps et le millieu aient pu le modifier au point de transformer le mérinos en mouton des polders de la Hollande.
Tous les auteurs ont essayé de donner une bonne classification des races, et tous ont vu leurs tentatives échouer. Les uns ont établi deux divisions trèstranchées en théorie, mais aucunement fondées en fait: les races à viande et les races à laine; les autres ont partagé l’espèce en diverses catégories : bêtes à laine longue, bêtes à laine moyenne, bêtes à laine courte; d’autres, enfin, ont employé les distinctions de races à laine fine, intermédiaire, commune, etc. Il y a de tout cela partout, aussi les troupeaux peuvent-ils être rangés dans une classe quelconque, mais non les races.
« Si l’on se rapportait aux habitudes empiriques, le nombre des rares de moulons, dit M. Sanson, serait considérable et même sans limites, tant les bases de caractéristique admises sont mal déterminées et arbitraires. L’arnour-propre et l’intérêt engagent trop souvent les éleveurs à formuler la prétention d’avoir créé des races nouvelles, tandis qu’ils n’ont en réalité trouvé que de nouvelles dénominations. L’intérêt public prime l’intérêt particulier, et la vérité force à reconnaitie qu'on ne peut s’appuyer que sur la caractéristique des races, ce qui a pour résultat de restreindre singulièrement le nombre de celles de l’Europe occidentale. Certaines de leurs tribus, ou même seulement de leurs familles, ont subi dans divers états des améliorations zootechniques (pii les distinguent des autres de la même race par leurs caractères secondaires, et qui leur ont fait donner des noms particuliers. L’erreur commune est de les considérer comme autant de races différentes et d'obscurcir ainsi les principes très-clairs qui doivent présider à leur reproduction, de confondre à la fois les méthodes et les procédés, et d’enlever à l’industrie zootechnique le cachet de certitude sans lequel le bénéfice de ses opérations est abandonné au pur hasard de l'empirisme. »
Quatre races principales seulement se partagent l'Europe occidentale et la France : la race du littoral de la mer du Nord et de la mer Baltique, la racebarbarine, la race ibérienne et la race mérinos.
La race ovine du Nord occupe, à peu de chose près, la même étendue da terrain que la race bovine à courtes cornes et tachetée que j’ai longuement décrite dans la première partie de ce travail. Les deux se suivent côte à côte. Ou trouve cette race en Suède, en Allemagne, eu Danemark, eu Hollande, en Belgique, en Angleterre et dans tout le nord de la France, jusqu’il la Charente comme délimitation. Partout elle a été divisée en une foule de races; en Hollande elle s’appelle rare frisonne, race du Texel, etc., etc.; en Angleterre, leicester, newkent, cottswold, etc., etc.; en France, flamande, artésiénuc, picarde, normande, bretonne, poitevine, limousine, etc.
Les moutons de la Suède, du Danemark, du Schleswig, du Hanovre, de la Frise, et, en général, tous ceux qui habitent les lieux d’apparition de la race offrent encore actuellement les caractères du type primitif qui se modifie par la culture. En France et en Angleterre, nous trouvons ce même type d'où sont successivement sortis le cottswold, puis le new-kent et le leicester, l’animal des gras pâturages. Les étapes sont aussi marquées dans la variété des dunes du
ANIMAUX DOMESTIQUES
Sud. Le dorset représente le premier degré de l’amélioration, l’oxfordshiredown le deuxième, le hampshiredown le troisième, et le southdown la perfection. C’est en réunissant toutes les formes, toutes les variétés delà race du Nord, que l'on voit nettement la chaîne se dérouler depuis le point de départ jusqu’à celui d’arrivée. Sous ce rapport, l’Exposition a fourni de grands noyens d'étude à tous ceux qui ont voulu en profiter.
Le lypeanylais moderne est représenté par le leiceslei'. Comme pour le durham, nos voisins d’outre-Manche considérant, d’une part, (pie leur mouton ne pouvait produire de la laine de première qualité, en raison des conditions climatériques et du mode d’élevage du pays, et, d’autre part, remarquant ses défectuosités : corps enlevé, long, étroit et serré; encolure dépourvue de laine ; jambes hautes et nues; poitrine étroite; tète et cou trop volumineux, etc., ils s’appliquèrent, par la sélection et le régime, à corriger les imperfections signalées et obtinrent un animal en possession de qualités opposées aux défauts signalés. En un mot, ils créèrent le leicester, c’est-à-dire le mouton à viande. Il ne faut pas croire que le perfectionnement a passé sur toutes les tètes. Aussi reconnaît-on deux variétés, en Angleterre, celle de nno-leicester , et celle d’old- leicester qui représente, je le répète, le modèle des bêtes d’autrefois et qu’on trouve dans la \&viètë/lamandc.
Après que Bakewell eût transformé le leicester dans sa ferme de Dishley- Grange, on lui a donné le nom de dishle y, suivant l'usage vicieux qui consiste à considérer comme des races nouvelles les groupes d’individus de même type, dont les aptitudes ont été améliorées. Disons cependant qu’il n'y a guère qu'en France que la dénomination de dishley est unanimement reçue, .et qu'en Angleterre celle de leicester est conservée. Cet animal otfre les caractères suivants : front proéminent et déprimé latéralement, arcade orbitaire tressaillante, cheville osseuse en spirale allongée et aplatie, face large et pointue ou en cône court, à profil du chanfrein faiblement curviligne, déprimé entre les orbites, au point du suture des os du nez avec le frontal, os zygmatique saillant, larmier peu profond, maxillaire inférieur à branches écartées et coudées' à angle droit, trous auditifs situés bas, comme les oreilles, et peu éloignés des orbites. Le frontal des sujets perfectionnés est dépourvu de chevilles osseuses, aussi les individus de ce type n'ont-ils pas de cornes. Le crâne est entièrement chauve jusqu’au delà de la nuque. La toison est formée de laine droite, grossière, longue et pendant en mèche pointue. Taille élevée.
Bakewell avait remarqué que les animaux à charpente osseuse légère avaient besoin de moins de nourriture que ceux pourvus de gros os, qu'une lourde toison nuisait à l’engraissement, et que, parmi les petits sujets, il s’en rencontrait beaucoup plus approchant de l’idéal et donnant une proportion de viande nette plus considérable que parmi les bêtes lourdes et grandes. En conséquence, il choisit dans les meilleurs troupeaux du voisinage les animaux les plus petits et doués d une ossature légère, il les appareilla sans avoir égard à la parenté, et créa la race des moutons d’engrais. Cette façon d’accoupler le père avec la fille, la mère avec le fils, le frère avec la sœur, constituait encore une innovation hardie, la méthode d’accouplement in and, in, méthode consacrée depuis parla pratique et qui a rendu de grands services toules les fois qu’on a su l’appliquer judicieusement.
Avant que la réputation dosa variété fut établie, il louait un bélier pour 20 francs, et plus tard le prix de location, pour une année, d'un seul reproducteur mâle atteignait le prix de 10.000 francs ; 200 et 300 guinées étaient des prix ordinaires, et l'on payait souvent une saillie jusqu’à 10 guinées. Cet usage de louer les béliers est conservé en Angleterre. Au dire de M. Villeroy qui relate ces faits, .lonas Webb, le grand éleveur de southdowns, louait aussi chaque année
des reproducteurs mâles pour des sommes considérables. Celui qui veut conserver en propriété un bélier qu'il a loué peut le faire en payant un prix double du prix de location. Cette façon de diviser le travail est extrêmement favorable au perfectionnement des races et à leur extension dans toute leur pureté, et profitable au propriétaire et au locataire. Celte méthode, rapporte Youatt, permet au premier de nourrir une quantité plus considérable de béliers, et, par conséquent, de choisir dans un bien plus grand nombre d’animaux ceux qui conviennent le mieux à son propre troupeau, soit pour en continuer l'amélioration générale, soit pour remédier à quelques vices particuliers qui peuvent se rencontrer chez certains sujets; elle le met encore à même de pouvoir examiner, soit dans sa propre bergerie, soit dans celles où il a placé ses béliers, les résultats de l’emploi de chacun d’eux, et de se rendre ainsi un compte assez exact des qualités des agneaux, de manière à éviter dans sa propre pratique nombre d’erreurs préjudiciables. Quant au locataire, il trouve l'avantage de pouvoir changer chaque année de béliers, d’avoir le choix dans un grand nombre de reproductions améliorées, et de pousser plus rapidement son troupeau dans la voie du progrès.
La qualité sérieuse du leicester, c’est la précocité suivie de l'engraissement facile. I,es moutons sont livrés au boucher à lii ou 18 mois, et le poids de leur viande nette varie de 45 à 65 kilogrammes. Pour atteindre de pareils résultats, il faut distribuer chaque jour une nourriture saine et abondante, Les défauts consistent dans l'engraissement trop considérable passé deux ans. Georges Culley a vu un mouton de trois ans qui avait sur les eûtes une couche de suif épaisse de sept pouces, et dont tout le dos, depuis la tête jusqu’à la queue, n’était qu'une bande de graisse. Arrivée à ce point, la viande n'est guère présentable et manque de saveur. On critique, de plus, la délicatesse de cette variété qui exige des pâturages de première qualité et à proximité des bergeries, et qui craint les intempéries ; et encore sa fécondité bornée, sa prédisposition aux maladies, etc. En somme, elle est très-recherchée des propriétaires riches qui savent la traiter convenablement, et elle ne rapporte que des bénéfices entre leurs mains.
Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, le mouton de Itakcwcll servit à peu près seul à l'amélioration des troupeaux anglais. A celte époque, après vingt-cinq ans d expérience, ayant constaté d’une manière irréfragable les conditions indispensables à son admission lucrative, ses qualités et ses défauts, on constitua des variétés nouvelles appropriées aux localités qui se refusaient à l’élève et au succès du dishley, et répondant à des besoins qu'il ne satisfaisait pas. Voilà l’explication de l’existence du new-kent et du coltswold perfectionnés. Il en est de même des diverses variétés des moutons des dunes du Sud que les Anglais parviennent à approprier aux localités maigres et aux pâturages élevés.
A l'exception du nord, de l'ouest et de quelques parties du centre de la France, oii le leicester rend des services soit comme animal pur, soit comme améliorateur des variétés à laine longue : flamande, artésienne, picarde, normande, bretonne, sur quelques exploitations, soil par son croisement avec -le mérinos, dans le rayon de Paris et les plaines du Nord, avec lequel il forme des sujetsde haut-bord, partout ailleurs l'existence de cet animal est douteuse. « l u de nos grands éleveurs du centre, M.Tiersonnicr, defiiinouille, s’était donné la lâche de refaire, par la sélection, le dishley sur le modèle du southdown.be voilà au terme du voyage. Au point de vue de l’esthétique, le dishley-Tiersormicr, ou dishley français, ne laisse plus rien à désirer; au point de vue physiologique, il monte au diapason de la perfection. » L'œuvre a son prix et fait prendre à I éleveur, qui l a intelligemment et obstinément poursuivie, une place des mieux acquises parmi les créateurs de variétés.
La variété de New-kent ressemble beaucoup à celle de leicester qui, du reste,
AN I M AUX 1 H ) AIESTIQUES.
a concouru à la modifier profondément. On l'appelle race de New-Kent, en France; race de romney-marsh (marais de Romney), en Angleterre; race des polders, en Hollande. Le marais de Romney-Marsh esl une assez vaste étendue de pays conquis sur la mer à une époque fort reculée, puisque déjà en 1330, nous apprend M. Gayot, on regardait comme anciennes les lois faites pour en assurer la conservation. Habitant les polders dans la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, la variété de New-Kent ne laisse aucun doute sur son origine commune avec les variétés hollandaises. Quoique sa réputation se soit faite en Angleterre, d'où son principal nom est tiré, ‘elle se trouve aussi implantée de temps immémorial sur beaucoup d’autres points des régions de l’Europe baignées par la mer du Nord. C’esl une espèce qui ne s’éloigne guère du littoral et qui recherche les prairies basses, ce qui lui a valu ses trois dénominations, le comté de Kent renfermant beaucoup de marais.
Selon M. Price, les signes distinctifs des moutons de New-Kent étaient les suivants, il y a une cinquantaine d'années : tète longue et épaisse, front large et recouvert d’une touffe de laine, cou et corps à la fois longs et larges, côte plate, échine saillante, rein assez large, poitrine étroite et peu profonde, quartiers de devant légers, cuisse pleine et large, ventre gros, queue longue et grossière, jambes et pieds gros et épais, muscles grossiers, ossature pesante, laine longue et rude, aptitude à produire du suif, grande rusticité, sobriété extrême. Selon Youatt, on ne livrait guère les moutons au boucher avant l'âge de 3 ans; ils fournissaient alors de C3à 7b kilogr. de viande nette, et les brebis de 37 à 70 kilogr. Le poids moyen de la toison était 3 kilogr. à 3 kilogr. 250 grammes. Malgré les nombreux défauts de conformation accusés par Price dans l’ancienne variété de New-Kent, elle présentait de si grands avantages, par rapport aux lieux où elle vivait, que les éleveurs se refusèrent pendant longtemps à employer les béliers leicesters comme améliorateurs. Le résultat des premiers essais ne parut pas très-satisfaisant; la laine diminua en quantité et qualité et la taille s’abaissa sans que, dans les premiers temps, on v it aucun avantage résulter de cette alliance. — On ne tarda pas, rapporte M. Gayot, à s’apercevoir cependant que les animaux étaient plus bas sur jambes, et aussi plus compactes, donnaient en somme un poids plus considérable, demandaient moins de nourriture, et se trouvaient préparés pour le marché à deux ans au lieu de trois; que la graisse qui autrefois s’accumulait sur les rognons, commençait à se montrer à l'extérieur, au grand avantage de l'engraisseur et du consommateur; qu'enfin, à l'aide d'une sélection intelligente, on pouvait obtenir une toison à la vérité moins lourde, moins forte et moins longue, mais plus line et de meilleure couleur. Dès lors, l'amélioration par le leicestcr devint presque générale.
La variété de New-Kent a néanmoins conservé une partie de ses anciens caractères, et il n'est pas probable qu’elle soit entièrement absorbée par celle de leicestcr, comme il est arrivé pour l'ancienne race de Lincoln. Les conditions particulières dans lesquelles sont placés’ certains sujets ne conviendraient pas au dishley qui ne tarderait guère à dégénérer; aussi quelques éleveurs intelligents comprennent parfaitement qu’ils ont tout avantage à conserver à leur variété ses caractères spéciaux, et à ne l’améliorer qu’en versant, de temps en temps et avec prudence, un peu de sang leicester dans leurs troupeaux sans jamais arriver à l'absorption de la vieille race, ainsi que l'ont fait avec avantage leurs confrères placés dans des situations différentes.
Le bélier de New-Kent a été choisi par M. Malingié pour introduire le sang anglais dans la race berrichonne, et créer la fameuse variété de la Charmoise, dont je parle plus loin.
La variété de Cottswold tire son nom d’une contrée montue use et calcaire du Gloucestershire, la plus anciennement couverte de troupeaux à laine, et où
L’AGRICULTURE
régne toujours le système pastoral, malgré la rigueur du climat. Elle peuple encore la plupart des fermes des comtés de Wit, d'Herefort, d’Oxford, de Birmingham, de Worcester, de Norfolk, de Sommcrset, de Kent, etc. On ne la rencontre que dans ces contrées et les spécimens que l’on remarque sur le continent y ont été transportés dans ces derniers temps, lors de la vogue des i aces anglaises. Elle a été l'objet de nombreuses discussions entre les principaux écrivains agricoles de la Grande-Bretagne, les uns aftirmant qu’elle a toujours été une race à longue laine, les autres soutenant qu’au dix-septième siècle elle portait une laine courte, aussi line et aussi douce que celle des mérinos. Celle dernière opinion, sans bases certaines, doit être repoussée.
L’ancienne tribu a été améliorée de très-bonne heure par le leicester, auquel elle ressemble beaucoup aujourd’hui. Cependant le Cottswold est toujours plus commun ; la tête, moins line, porte un toupet; les membres sont plus forts, les tlancs plus longs, les maniements moins doux. En revanche, l'animal est plus rustique, moins exigeant et donne plus de viande. Il se vend chaque année dans le Gloucestersliire, au mois d’août, plus de deux mille jeunes béliers pour la reproduction ; les prix varient depuis 300 fr. jusqu’à 2,400 fr. par tête, suivant la qualité du sujet. On voit, lors des concours internationaux, des animaux, exposés sous le nom de cottswolds, difficiles, au premier abord, à distinguer des leicester, si ce n'est qu’ils présentent une taille supérieure. On a essayé plus récemment de les perfectionner par le southdown. On prétend que les améliorations de la variété par elle-même ont donné de meilleurs résultats que les alliances, et on a raison. « Le poids des cottsvolds est souvent énorme : on en a vu atteindre 32 kilogrammes par chaque quartier. Us sont au même âge presque, toujours plus pesants que les leicesters et les southdowns. Cet excèsde poids est-il atteint avec une économie de nourriture? c’est ce qu'il est difficile de dire. Il y a eu plusieurs expériences à cet égard en Angleterre, mais les résultats nous ont semblé contradictoires quand nous avons cherché à calculer l’augmentation du poids vif par 100 kilogrammes de foin, ce qui tient peut-être à la difficulté de faire exactement la transformation de divers aliments les uns dans les autres, avec les tables actuelles des équivalents nutritifs des fourrages. Le cottswold s'accomode à toutes les variétés de climat et de nourriture, et prospère aussi bien sur les pauvres collines du comté de Gloucester que dans les plantureuses prairies du Leicester et du Buckingbamsbire. En devenant plus apte à s’engraisser, il n’en a pas moins conservé sa vigueur et sa rusticité natives. I ci est le motif de la grande extension qu’il a prise chez nos voisins d'outre-mer qui lui appliquent le principe de la sélection absolue. »
Toutes ces variétés, dites communément à laine lonr/uc, étaient bien représentées à l’Exposition. Français et étrangers ont montré leur savoir faire à la satisfaction commune des deux partis.
11 va paraître étonnant à beaucoup de personnes de trouver le southdown et ses dérivés, groupe à laine courte, dans la même catégorie que le leicester. le New-Kent, le cottswold, groupe à laine longue. Les deux résultent cependant d’une race unique.
Le southdown, lig. 13, vit sur le littoral de l’Angleterre et lire son nom des dunes calcaires du Sud, qui commencent, du côté de l'est, à l'extrémité du comté de Sussex et s’étendent vers l’ouest, dans une longueur de 80 à 100 kilomètres, sur une largeur de 6 à 8. Primitivement, cette variété était île petite taille, et assez mal conformée. « Le cou était long et mince, le garrot haut et suivi par une dépression après laquelle le rein se relevait de nouveau, la croupe avalée, la queue placée très-bas et tombant perpendiculairement, le dos étroit et saillant, la cûte plate et droite, le devant étroit, la jambe bonne,
ANIMAUX DOMESTIQUES
l’ossature grossière. » Ou croit assez généralement que, dans l’origine, les moutons southdowns étaient noirs. Dans un article publié par les Annales d’Agri- Cullure, en 1794, un auteur, M. Alfrey, appuie cetteopinion de tout son pouvoir : « Je suis convaincu, dit-il, que si on abandonnait le sou thdown A lui-mème, en peu de temps il redeviendrait absolument noir. Chaque année, malgré les soins assidus (jus nous prenons pour l’empêcher, nous avons une grande quantité d'agneaux noirs et blancs; les uns présentent seulement de grandes taches noires, d’autres se montrent entièrement noirs. Quoique je n’ai jamais employé ni un bélier ni une brebis de couleur, il m'est arrivé dans certaines années d’obtenir jusqu’à douze et quatorze agneaux tout à lait
Fig. 15. — Bélier Soutlulown.
noirs. » Nous devons ajouter, dit Baxter, que, malgré les soins donnés depuis cette époque, c’est-à-dire depuis soixante-dix ans, à l'amélioration du southdovvn, il liait encore souvent des agneaux noirs ou mouchetés.
Vers 1780, M. Ellman commença l’amélioration de cette variété concurremment avec celle des terres arables, dans lesquelles il introduisit la culture des turneps. Cette innovation lui permit de mieux nourrir son bétail et de le perfectionner. Ses premiers essais, qui portèrent sur le croisement des brebis southdown avec des béliers dishley d'abord, mérinos ensuite, furent infructueux, et il se décida alors à employer la sélection. Vingt ans plus tard, ses moutons avaient beaucoup gagné sous le double rapport des formes et de la constitution ; leur ossature était devenue plus fine, leur précocité plus grande et leur engraissement plus facile. A deux ans, ses produits allaient à la boucherie. Comme Bakewcl, Ellman fut pendant longtemps en butte à la malveillance des éleveurs, et ce ne fut que par la suite qu'il commença à recueillir le fruit de ses travaux ; mais, contrairement aux habitudes de ce dernier, il fut toujours
L’ALHICl'LTURE.
généreux et prodigua sus conseils aux cultivateurs de son pays. Grâce à ses bons soins, sus troupeaux de soullidowns s’élevèrent à un te! degré de perfection, que la location du divers béliers atteignait lus prix de 740, 1,040 et 2,070 fr., ut la vente de deux béliers le prix de 3,07.7 fr. chacun. Tout en perfectionnant son troupeau sous le rapport des formes, de la qualité de la laine, de la précocité et du l’aptitude à prendre la graisse, Ellman n’avait pas élevé la taille d’une manière suffisante, en tenant toujours scs pâturages chargés d’autant du tètes qu’ils en pouvaient porter. Pendant quarante ans, Jouas Webb, son plus illustre successeur, n'épargna aucun soin pour perfectionner lesoulhdown, aussi la taille de cul animal s’accrut-elle dans une grande proportion, tandis que les formes devenaient plus parfaites, l.a moyenne du prix de location dus béliers du Jonas Webb, depuis 32 ans, est d’à peu près 600 francs; il v en a qui se sont loués 4,300 francs. Lors de la vente définitive du troupeau de Babraham, la moyenne du prix de 967 animaux, y compris les agneaux cl les brebis édentées, s'éleva à près de 300 fr. par tète, cl lu total à 300,000 francs. Le southdown du bonne souche est arrivé aujourd’hui à son maximum du perfection; il est difficile de s’attendre à mieux que ce qui a été fait jusqu’ici.
La viande des soullidowns est fort estimée ; ces animaux sont ordinairement prêts pour l’étal entre quinze mois et deux ans, époque à laquelle, affirme M. Gayol, ils donnent de 30 à 40 kilogrammes de viande nette, quelquefois même davantage. Le poids dè la toison varie entre 1 kil. , 50 et 3 kilogrammes, suivant que les sujets sont nourris sur les dunes ou dans les prairies basses. Lutte variété est admirablement propre au climat de la France, soit pure, soit à l'état de croisement; elle est très-répandue dans notre pays, et elle donne lus meilleurs résultats. Toutefois, il ne fatit pas se dissimuler que le type perfectionné du southdown, pour être conservé avec ses caractères essentiels, demande dus conditions passables d’alimentation, un régime régulier et suffisant, un climat tempéré, de la tranquillité, des marches peu prolongées, etc.
La préférence donnée au southdown a provoqué le croisement de ce type avec les autres races les plus aptes à su fondre un lui. Dans les premiers concours, les dishleys et leurs dérivés étaient les plusnombreux, puis les soullidowns, purs ou croisés, ont pris la première place. Le southdown vit, se nourrit là où le dishlev ferait un peu triste figure, tant sont développées ses facultés d'assimilation. Trois ou quatre semaines d'un régime [dus substantiel que la nourriture ordinaire d’entretien suffisent amplement pour l’amener au point extrême de l’engraissement, et cela dès l’âge de 15 à 18 mois, car, à celle époque, sa chair est arrivée à toute sa maturité. Préfère-t-on, au contraire, lui laisser suivre le sort du troupeau et ne rien ajouter à la pitance commune pour hâter son envoi au marché ? Dans ce cas, il sera prêt tout naturellement vers deux ans à paraître sur n’importe quelle table, à la grande satisfaction des convives. Or, comme il faut au moins trois ans pour ‘que nos autres races soient présentables par le même procédé de simple entretien, nous sommes fondé à affirmer que. par l'introduction du southdown dans nos troupeaux, on fera, sans dépense particulière, trois moulons contre deux dans le même espace de temps.
Maintenant, comment s’y prendre pour former économiquement et vile un troupeau de soullidowns. Il suffit île vous procurer le nombre de brebis que comporte votre exploitation et de les faire couvrir par des béliers soullidowns d’une origine parfaitement pure. La brebis berrichonne est celle qui présente la conformation la plus en harmonie avec la variété southdown ; rien n'oblige pourtant à l'adopter exclusivement à toute autre. La brebis mérinos est celle qui se prête le moins au but qu'on se propose, à cause de l'antagonisme qui s'établit en commençant entre les aptitudes opposées : la laine et la viande. Toutefois, -i l'on persiste à donner des mâles purs aux femelles du premier croisement,
ANIMAUX DOMESTIQUES
c'est la précocité il l'engraissement qui liait par prévaloir. Dés la première génération, les agneaux du croisement ont déjà, d'une façon très-marquée, la physionomie de leur père. Kn continuant avec les béliers purs la lutte des descendantes de ces croisement réitérés, la ressemblance s'accentue de plus en plus et avec elle, par l'hérédité, la précocité si désirable de la viande, tant l'inlluence du mâle agit dans le sens poursuivi. Cette méthode est plus active que le métissage qui se contente le plus souvent d’un seul mélange. Du reste, il n’v a que des avantages à opérer de la sorte, car le southdown étant facile à nourrir cl rustique on a pas à craindre (pie son intervention nuise à la rusticité, la grande et parfois la seule qualité des moutons de pays.
Les croyances fautives sur la notion de race ont établi abusivement, en Angleterre, comme en France et ailleurs, une foule de variétés tirées du southdown et connues sous les noms de hmnpshiradown, norfolkdown, oxfords hiredoven, westdown, shropshirc, etc. La réalité est que toutes ces tribus ont le type du southdown et sortent de celte variété, dont elles ne se distinguent que par une plus grande taille et moins de beauté.
Les plus vantés, le hampshire et le shropshire, ne sont que des southdowns plus grossiers que ceux que nous connaissons. Le premier est moins parfait de forme, un peu ensellé, ventru. Son seul mérite consiste dans la précocité remarquable de l’agneau qui, à trois mois, rend une moyenne de 20 kilogrammes de viande, après un bon régime d’engraissement. On le pousse dès l'âge d'un mois ou de six semaines, quelquefois cependant un peu plus tard. Quoique assez savoureuse, la viande des agneaux du Hampshire, tels qu'ils sont livrés à l étal en Angleterre, est trop surchargée de graisse pour plaire à des palais français. Le shropshire, ce durham de l’espèce ovine, a été loué avec exagération; il faisait défaut à l’exposition et personne ne s’en est plaint. Les fermiers français auraient-ils moitié plus de fourrage, que je les dissuaderais encore d’employer ce modèle parce qu’il n'est pas recherché de la boucherie, (doutons par excellence, nos voisins d’outre-mer ne craignent point les gros morceaux, mais les Français n’aiment pas les gigots de lOkilog, et les côtelettes longues d'un pied et grosses à l'avenant. Les shropshires ne trouvent d’acheteurs ipic parmi les hôteliers, restaurateurs et maîtres de pension, et toujours au rabais, alors que le southdown atteint des prix élevés, et obtient, chez M. de Béhague, les honneurs de la carte. En tout, la demande fait loi. Puisque la consommation exige des gigots de deux à trois kilogrammes ctdes côtelettes de douze centimètres, l'unique soin de l'éleveur doit être de satisfaire sa clientèle. Dans leur pays même ils perdent du terrain, les éleveurs reconnaissant que les dépenses ne sont pas suffisamment compensées par les bénéfices.
Le southdown et ses analogues, désignés vulgairement sous le nom de races à laine courte, formaient, avec, les mérinos, la fleur du bouquet de l’Exposition. MM. de Bouillé et Noqettc-Delorme gardent toujours la première place.
Le cheviol et le blackfaced, rustiques montagnards écossais, font encore partie de la môme race, quoiqu'ils s’éloignent, en raison de leur habitat, des formes du leicester et du southdown.
Les monts Cheviots, qu'on pourrait plutôt appeler des collines, partent du Nortlnimberland cl se prolongent vers le nord dans les districts qui avoisinent ce comté; leur hauteur n’est pas considérable, 800 mètres au plus. Les moulons qui portent leur nom, parce qu'ils les habitent depuis un temps immémorial ; ont la face et les jambes blanches, tandis que chez les blackfaced, ces parties sont noires et ne constituent point uu caractère de race. La tête est droite, allongée et nette, et les cornes sont grosses; quoique le cou et la gorge soient bien couverts de laine, on iiVn doit point voir sur la tête. « L'u’il est vif et pro-
L'AGRICULTURE
éminent, les oreilles longues, bien ouvertes et couvertes de poils. Dans l’ensemble, l’expression de l'animal doit être belle et pleine de vivacité. Les jambes sont de longueur moyenne, linos et nettes, ios quartiers de derrière pleins et proportionnés, la fesse bien remplie; la queue convenablement plantée, complètement recouverte de laine, doit tomber jusqu’aux jarrets. Il y a une tendance dans cette variété à une légèreté comparative des quartiers antérieurs ; mais les éleveurs soigneux travaillent avec succès à faire disparaître ce défaut. Le cou et la poitrine doivent être bien pleins, les côtes arrondies derrière les épaules; la toison pèse 1,800 gr. environ; les brebis donnent de 22 à 30 kilogr.de viande nette, les moutons de 30 à 35 kilogr. Le ebeviot est plus allongé que le mouton de bruyères à face noire ; cette circonstance, jointe à une ditférnce analogue dans leurs toisons, a donné naissance à la dénomination que l’on a adoptée, dans certaines parties de l’Ecosse, pour les distinguer, de moutons longs et de moulons coitrls; le produit du croisement entre les deux variétés s'appelle mouton demi-long (halflong). » Il s’engraisse facilement, mais laisse à désirer sous le rapport de la précocité; la vie diu'e qu’il mène et les soins que prennent les agriculteurs de lui conserver sa rusticité ne sont pas de nature à le conduire de bonne heure à la boucherie.
Les animaux de celte variété n’ayant pas été tondus, le jury n'a pas cru devoir les examiner; ils n’ont donc pas reçu de récompenses.
Le mouton à tête noire, blachfaced est moins satisfaisant que le ebeviot sous le rapport des formes, mais encore plus rustique, qualité indispensable sur les monts Grampians qui s'étendent de l'est à l'ouest de l’Ecosse et dans les ôrcades. les Hébrides et les îles Shetland. La face et les jambes du bélier sont noires, l’œil vif, la tête ornée, entre les cornes, d’une petite houppe de couleur plus claire, le museau allongé, la poitrine étroite, les côtes plates, la toison courte et jarreuse. La brebis ressemble beaucoup au bélier, mais ses cornes plus petites ne se contournent pas en spirale; elle porte deux ou trois jours de moins que celles des autres races, et les agneaux naissent armés de cornes de 2 à 4 centimètres de longueur. Poids de la toison, 1,400 grammes; de la chair nette, 30 kilogrammes.
Deux éleveurs, MM. Duncan et Beattie, le premier, du comté id’Argyle dans les monts Grampians, le second, d'Irlande, se sont partagés les quatre prix affectés aux blackfaced.
<■ L'Irlande possédait autrefois diverses tribus ;'i longue et moyenne laine, issus de la race-mère du Nord ; les principales étaient celles de Galwav, de kilkenny et de Wicklowou de Gottagh. Elles ont toutes disparu aujourd’hui d'une manière à peu près complète par le croisement avec le soulhdown cl ledisliley, qui réussissent admirablement sous le climat chaud et humide de l'Irlande. »
En Suède et en Norwége, la faveur est aux leicestcr, aux southdowns ét à leurs dérivés.
Le type français de la race du Nord est constitué par la variété flamande. Ainsi que son nom l'indique, elle habite les Flandres belge et française, d'où elle s’est étendue, d’un côté, tout le long du littoral, jusqu'à l’embouchure de la Seine, et même jusque dans le Calvados et la Manche, et, d'un autre côté, vers les départements de l’est. On la trouve encore dans la Saiutongc, où elle a été amenée par les premiers dessécheurs de marais, et où elle est connue sous le nom de race champenoise parce qu’elle vil dans les prairies de la Champagne de Cognac. Museau pointu, lèvres minces, bouche très-fondue, joues grosses, oreilles larges et pendantes en arrière, tête chauve, œil petit et à paupière tombante, laine grossière et pendante, mèches longues et pointues, toison lâche et chargée de suint, taille variée mais toujours grande, tête grosse, cou long et
AN I. MAUX DOMESTIQUES
mince, poitrine étroite, eûtes plates, épaules minces, garrot élevé, ligne du dos et des reins longue et un peu fléchie, râble étroit, croupe longue et assez musclée, gigot descendu, flanc large, ventre volumineux, membres forts et longs, squelette développé, achèvement tardif, poids moyen de CO à 90 kilogrammes, tels soht les caractères de la bête à laine des Flandres. Pendant fort longtemps, elle a joui d’une réputation proverbiale à cause de sa fécondité extraordinaire et de son aptitude à l'engraissement. La première qualité n’a jamais existé que dans l'imagination des écrivains; quant à la seconde, elle est réelle. La moyenne du rendement est de .76 en viande et de 17,70 en suif, pour 100 du poids vif; mais la chair, surchargée d'os, à grain grossier et peu savoureuse, laisse beaucoup à désirer, et cela est d’autant plus regrettable que le rapport de la quantité relative est très-élevé, et que la toison, malgré son poids, ne peut entrer que dans la confection des matelas.
En se propageant, les moutons flamands se sont modifiés suivant la fertilité du sol où ils vivaient. On les distingue en artésiens, cambrésiens, vermandois, picards, normands, selon qu’ils habitent l'Artois, les environs de Cambrai, le territoire de Saint-Quentin, la Picardie, la Normandie. Les bêtes flamandes, proprement dites et les artésiennes sont de plus grande taille que les picardes, mais ne sont guère plus lourdes, à cause de la longueur de la laine qui les fait paraître volumineuses. A part ces différences de poil, toutes ces tribus possèdent les caractères indiqués plus haut. Les contrées septentrionales avec leur sol fertile, leur climat doux et humide, sont plus favorables à l’accroissement du corps et ii la précocité des animaux qu’à la finesse de la laine. « On a cherché à perfectionner les formes du corps pour la production de la viande, par les moutons anglais qui possèdent cette aptitude à un degré plus éminent encore, eten même temps à conserver dans les produits de ces alliances l’épaisseur de la toison. Les résultats obtenus à cet égard ont répondu aux espérances. Presque tous les élèves issus de ces alliances réunissent les avantages des variétés anglaises à la rusticité des indigènes accoutumées à un régime plus dur. Tout en conservant la taille de leur mère, qui souvent est supérieure à celle des moutons anglais, ils empruntent à leur père, de race anglaise, la largeur, la profondeur et surtout la structure avantageuse du corps, une aptitude plus grande à l'engraissement et le caractère plus distingué des laines anglaises. » Cette opération a été unanimement approuvée; c’est du reste la meilleure manière de remplacer la variété flamande, en la faisant absorber par le leicester qui lui donne une ossature légère, une tête et une encolure fines, un garrot épais, des lombes larges, etc., etc. En Allemagne, et notamment dans le Hanovre, le Mecklembourg, la Souabe, la Franconie, il n'est pas rare d’obtenir 6 livres de laine lavée par brebis mère, 7 et 8 livres par mouton et par bélier. Cependant ou ne doit compter que sur une moyenne de a. Pour améliorer plus promptement encore la variété flamande, on a livré des brebis à des béliers dishley-mérinos, et fondé dans le Pas-de-Calais la bergerie de Montcavrel. La variété flamande diminue progressivement et disparaîtra bientôt, laissant à sa place des métis-mérinos remarquables par l'abondance et la qualité de la viande et par le poids et la finesse de la toison.
Les départements’ du rayon de Paris, des plaines du nord, du nord-est et de l'est possèdent tous une tribu primitive de la race du Nord, accompagnant la bête bovine du littoral de la mer du Nord et de la mer Baltique, et prenant, comme cette dernière, le nom du pays qu’elle habite. De même qu’il y a les tribus bovines ardennaise, lorraine, alsacienne, comtoise, il y a aussi les tribus ovines ardennaise, lorraine, etc. Les décrire n’avancerait à rien, d’abord parce qu’elles ne diffèrent pas plus du flamand que les variétés bovines ne
L’AGRICULTURE
s'éloignent elles-mêmes de ee groupe dans leur espèce, et ensuite parcequ elles disparaissent progressivement, absorbées qu’eilcs sont par le leicester, le soulhdown et le mérinos dont les envahissements suivent les progrès de la culture.
Dans la région de l'Ouest comprenant la .Normandie, la Bretagne, le Maine, l’Anjou, la Vendée, la Sainlonge, les troupeaux, du même sang que ceux dont la description précède, sont fort négligés et ont peu de valeur.
On trouve en Bretagne deux sortes de moutons; les uns sont grands, couverts de laine commune, offrent les caractères particuliers aux flamands et aux poitevins dont ils ont la taille, et sont désignés sous le nom do race bretonne. Au premier abord, on les prendrait pour des dishlcys, quand ils sont couverts de leur volumineuse mais grossière toison. Ces derniers jusqu'à présent, n’ont guère pénétré en Bretagne. Leur tempérament délicat, le besoin qu'ils ont d'une nourriture riche et à leur portée, seraient des obstacles sérieux à un entretien profitable. La laine des bretons s'allierait cependant bien à celle des dishleys, elle y gagnerait à la fois en finesse et en longueur. Dans la Mayenne, le dishley s'est plus répandu.
Les autres sont petits et appelés moulons de prés sales: ils offrent la plus grande analogie avec les moutons à tête noire d’Ecosse, ce qui prouve qu'ils se rattachent à la même race que ces derniers. Museau fin, lèvres minces, bouche petite, joues plates, oreilles moyennes et horizontales, cornes grosses et à spires allongées, tête chauve, œil petit et vif; laine rude, souvent plus ou moins brune ou rousse entièrement, quelquefois mélangée de brins de ces couleurs et de brins blancs en diverses proportions; toison ouverte en mèches pointues, fortement mêlée de jarre qui domine au col, au garrot et aux cuisses; laille petite, tête fine, ordinairement marquée de brun ou de roux dans sa plus grande étendue ; conformation générale médiocre, mais gigots bien musclés ; membres grêles, petits et très-agiles, tachetés comme la tête, voilà le portrait du présalé. Tant qu’on ne pourra pas nourrir plus copieusement les troupeaux de la Bretagne, le mieux sera de conserver la petite race de ce pays, qui est sobre et rustique par excellence; impossible de songer à produire de fortes races tant qu’on n'aura que le pacage sur les landes pour passer l'hiver.
On a essayé d’améliorer la laine par le croisement avec des béliers à toison plus douce, et il serait certainement facile de faire porter aux troupeaux de la laine plus line, mais le moyen mis en pratique pour arriver à ce résultat sera toujours de peu de valeur tant qu’il ne donnera pas aux produits des formes plus épaisses. En raison du climat humide et pluvieux, en raison aussi de la nourriture insuffisante, les métis ont de la tendance à contracter la pourriture, ce qui implique la nécessité de croiser prudemment avec les béliers à laine line et de nature délicate. Le meilleur parti qu’on puisse tirer des moutons bretons, c'est de les unir d’une manière continue avec les soulhdowns. afin de les remplacer par ceux-ci. L’opération a été commencée à Grand-Jouan et y est achevée depuis longtemps; la voie ouverte parM. Riefiel est la bonne, il faut la suivre. Quelques éleveurs, particulièrement sur les lais de mer, ont quelques bons troupeaux. Le soutlulown est acclimaté; son poids moyen, (pii atteint de 10 à •’io kilog. , ne ressemble guère à celui des anciens petits moutons qui ne dépassaient guère 20 à 2a kilog. C.es considérations touchent aux circonstances présentes, car si la production de la viande s’est élevée suivant une progression arithmétique, la consommation a toujours pris les devants en suivant une progression géométrique. Nous sommes loin du temps où, dans beaucoup de communes de Bretagne, le boucher, avant d’abattre un bœuf et même un veau, s’inquiétait par avance du placement des morceaux. Ce n’est pas nous, dit un breton, M. de la Morvonnais. qui nous en plaindrons.
ANIMAUX DOMESTIQUES
l.;i population ovine du reste de la région de l’ouest est peu nombreuse, car la propriété territoriale est extrêmement divisée, par suite de la richesse du sol. On se livre particulièrement à l'engraissement, sans souci d’améliorer l'espère, ce (jui serait pourtant grandement favorable à la production de la viande. La variété poitevine s'y divise en tribus de taille et de corpulence diverses, plutôt que dissemblables au fond par l'aptitude. Autrefois, on reconnaissait deux sortes de moutons poitevins: celle de la Plaine s’étendant sur les Deux- Sèvres, et celle de la Gâtine vivant sur les terres de la Vienne. Les moutons de la Plaine, valent encore mieux que ceux de la Gâtine, parrequ’ils sont convenablement soignés et nourris. « La grosse tête du mouton poitevin, entièrement chauve, aux oreilles plantées bas et dressées. 'presque tout en face, a la physionomie stupide. La toison, absente sur la plus grande’ partie d’un col long, ne descend qu’exceptionnellement au delà de la moitié de la hauteur du corps; les parois latérales et inférieures du ventre, ainsi que les membres, en sont dépourvues; elle est formée de laine frisée très-commune. Les membres, longs et forts, sont très-agiles. Le grand mouton poitevin semble taillé pour la course, et il est bon marcheur. C’est un mouton de parcours sur des terrains calcaires, il est beaucoup trop osseux et sachairsentsouventlesuint.il a cependant une propension à l’engraissement facile. » A mesure que F agriculture, progresse, la nature animale se développe et la variété poitevine, si défectueuse là où elle est complètement abandonnée au régime de la pauvreté auquel elle est si bien façonnée, se relève, et sous le rapport de la conformation, qui s’améliore, et sous le rapport du rendement en viande, qui s’accroît. — Bien qu’en certaines parties de la région, la variété se montre plus productive et un peu moins défectueuse que sur d'autres, il y a peu à attendre du mode de reproduction par simple appareillement. L’amélioration partirait de si bas qu'elle serait nécessairement très-lente. Le jour où les ressources alimentaires le permettront, il n’y aura pas à hésiter sur le système à adopter. On commencera par faire des produits pour l'engraissement, et quand l’agriculture aura transformé la contrée, en fécondant la plus grande partie de son territome, on substituera peu à peu, par progression, à la bête indigène, qui ne payerait plus alors ses frais, une bête productive et donnant des bénéfices d'autant plus assurés qu'elle remplira mieux les conditions bien connues aujourd'hui de la bête à viande. —
La variété limousine « se trouve sur une zone qui s'étend de l’est à l'ouest, depuis les Gévennes jusqu’à l'Océan, sur cette ramification de la chaîne appelée plateau central par les géologues, et qui commence aux monts d’Auvergne pour aller finir en s'abaissant progressivement au plateau de Gâtine. C’est le renflement qui sépare le bassin de la Loire de celui de la Garonne. Cette variété, qu’on appelle encore mar chois ", a mené jusqu’à ces dernières années une existence assez misérable surles sols granitiques delà Creuse et de la Haute-Vienne. La taille est petite, la poitrine étroite, les épaules un peu plates, l’encolure ténue, la tête fine ; le poids de la toison, généralement blanche et quelquefois brune ou noire, dépasse rarement I kilogramme. C'est une variété robuste sobre et agile. Ce qui tendrait à prouver que la marchoise et la limousine ne sont point originaires de leur centre actuel d’habitation, comme les différentes variétés dont je viens de parler, qu’elles ont dû subir un déplacement à l’instar des bêtes bovines de la Creuse, de la Haute-Vienne, de l’Auvergne, etc, dont le berceau était le marais de la Vendée, c’est qu’on leur voit acquérir un développement de plus en plus considérable, à mesure qu’elles se rapprochent du côté plus fertile du littoral. De petite taille et d’un poids très-faible sur les sols granitiques du plateau central, elles deviennent grandes et fortes sur les terrains calcaires du Poitou et de la Saintonge, où elles se confondent avec la variété
L’AGRICULTURE
poitevine. La variété limousine, que nous voyons s’étendre au sud, à l'ouest et au sud-ouest, a des relations non moins suivies avec la région du Centre. Comme le prétend avec raison M. Lcfour, les aiilucnts ou sous-afluents de la Loire, tels que la Creuse, la Vienne, la Gartempe, constituent des liassins dans lesquels descendent les troupeaux des arrondissements d’Aubusson, de Bourganeuf, de Limoges, de Boussac, etc. Les moutons marcliois s'étendent d’Aubusson vers la vallée de l'Ailier; en tirant vers la Châtre, ils prennent plus de dévcloppemenl et se confondent avec les berrichons.
Le mode d élevage est exclusivement celui du pâturage, avec absence de toute idée d amélioration. Quelques tentatives de perfectionnement ont eu lieu avec des ncw -kent-bcrriclions de la Charmoise. Le plus sage avec une variété si
heureusement douée, sous le double rapport de sa bonne conformation et de son squelette léger, serait de lui faire acquérir plus d’ampleur, de poids et de précocité par la gymnastique fonctionnelle et la sélection, sur ce sol dépourvu de calcaire et ne donnant du blé qu’en petite quantité, grâce à la marne el à la chaux.
La variété berrichonne (fig. 16) termine lasérie des variétés. se raltachantau type français de la race du Nord. « Au milieu de la région des mérinos français, c’està-dire sur le versant méridional du plateau de l’Orléanais, jusque dans les vallées de la Loire et de ses affluents, dont plusieurs ont été longtemps réputées pour leur insalubrité, notamment la Sologne et la Brenne, existe une variété qui a joui longtemps d’une grande réputation. Le pays qu’elle habite semble en eiret la terre promise des moutons, qui, dans ce pays, seront toujours, vraisemblablement, le bétail privilégié des exploitations rurales. La Sologne et le Berri sont voués aux moutons, ainsi que toute la partie centrale du bassin de la Loire. On a coutume d’y distinguer deux races aux moins, sans compter celles auxquelles on a donné des noms locaux, dans la Nièvre et ailleurs. La vérité est que les raisons alléguées, pour établir les distinctions, si mauvaises quelles
ANIMAUX DOMESTIQUES
fussent, n’existent même pas. Ce sont des raisons de taille, de développement, surtout de coloration de la face et des membres qui se rencontrent également partout. » Les conditions si diverses du sol du Cher et de l’Indre, formé tantôt de plaines sèches et calcaires, tantôt de terrains bas, siliceux et couverts d’étangs, quelquefois de sols compactes, humides comme les terrains de la Châtre et de Sainl-Amand, ont amené des différences dans la race, différences plutôt apparentes que réelles et qui ont servi à créer des dénominations inutiles. Parmi les diverses branches de cette grande famille ovine, la variété de Crévant seule marque spécialement.
Le berrichon-solognot a tenu le premier rang avant l’importation du mérinos. M. Lefour croit pouvoir affirmer qu’à une époque éloignée une importation de mérinos et un croisement avec cette race ont eu lieu du côté de Brion, dont les animaux ont eu longtemps une réputation de finesse. La tête est chauve jusqu’à la nuque exclusivement, longue, pointue et relativement fine, avec une bouche petite et un museau effilé; le plus souvent elle est marquée de taches brunes rousses, petites et rares chez les moutons du Berri, larges et embrassant même les pattes chez ceux de la Sologne, où elles sont à tort considérées comme un signe distinctif de la race; la toison est formée de laine commune frisée; les mèches sont pointues et s’étendent sur tout le corps vers la moitié des jambes; la taille varie suivant la fertilité des lieux, mais ne dépasse jamais la moyenne : elle serait plus communément petite; la rusticité est grande, la sobriété remarquable, la chair très-savoureuse. De même que les variétés et tribus flamande, artésienne, picarde, etc., seront prochainement absorbées par le leicester et le mérinos, de même le berrichon-solognot est en train de disparaître : le mérinos et le southdown lui disputent le terrain depuis le commencement du siècle, le serrent de très-près et finiront par l’englober. Son existence n’est plus qu’une affaire de temps. Autrefois les races ovines de cette contrée étaient élevées en vue de la production de la laine, c’est vers la production de la viande que l’élevage se dirige à présent; ce fait implique la nécessité d'améliorer le sol et d’assurer aux troupeaux des récoltes considérables de fourrages.
Le type berrichon de Crevant réside dans une partie du terz’itoire de l’Indre, dont la Châtre tient le milieu. Le mouton de Crévant a la tête désarmée, privée de laine, mouchetée, plutôt droite que busquée ; son corps est long, fort et plein, avec un dessus large et un garrot épais. La supériorité de ce type, rapporte l’écrivain précité, est due tout à la fois à des ressources fourragères plus abondantes, assurant un régime plus égal, et aux soins mieux entendus qui accompagnent toujours l’accroissement de valeur d’une race. Cette vérité saute aux yeux. 11 y a eutre tous les éléments agricoles d’une contrée une corrélation inévitable, absolue, et nous voyons qu’à l’époque actuelle, autant que dans le passé, la population ovine du Berri est l’expression réelle, le résultat logique de la constitution agricole. Au temps où nous sommes, il convient plus que jamais que les troupeaux soient la plus haute expression des circonstances locales, et non plus seulement la résultante de leurs forces amoindries.
La l’ace barbarine vient la seconde dans l’ordre descriptif. Elle est, dit-on, originaire de la Caramanie, province de l'Anatolie, en Asie mineure, pays fertile qui donne au mouton barbaresque une taille plus élevée que celle d’aucune race européene, une toison très-abondante et une chair assez bonne. Elle est cultivée dans nos départements méridionaux. Dans la plaine de Nîmes, on s’est particulièrement attaché à cette espèce qui, suivant quelques auteurs, auraient été importée d’Afrique, il y a un siècle environ, par un évêque d’Agde. Sur les points où le mérinos ne se plait pas, elle est d’un rapport passable. C’est une race qui mange beaucoup, prend difficilement la graisse et demeure tardive; en TOME II. — NOUV. TECH. 25
L’AGRICULTURE
revanche, elle est très-fécoudc, car la plupart des gestations sont doubles, et la brebis, qui est bonne laitière, donne beaucoup de fromage. Elle est en outre très-rustique, et, chose fort à considérer, ne craint ni la pourriture, ni le pissement de sang, maladies fréquentes et qui déciment trop fréquemment les troupeaux des autres races. La tête est forte, pourvue de laine à son sommet et fréquemment marquée à la face de taches noires; les oreilles sont longues et larges, souvent tombantes, et au moins horizontales; la toison, en mèches longues et pendantes, est grossière et faiblement ondulée.
La queue a conservé chez nous son même développement. Parmi les savants, les uns disent que la substance qui la forme a plus de rapports avec le beurre qu’avec le suif, et qu'elle sert, chez les Orientaux, comme matière butyreuse dans la préparation des aliments; les autres soutiennent avec raison qu'elle n’est pas autre chose que de la graisse ordinaire. Le développement de la queue est parfois si considérable qu’il atteint le poids énorme de plusieurs kilogrammes. Cette sécrétion exubérante de graisse, dans certaines parties du corps, se rencontre chez quelques animaux des pays chauds; elle pourrait peut-être bien constituer une réserve accumulée par l'organisme dans les moments de pâture abondante pour fournir à l'alimentation pulmonaire dans les instants de disette, malheureusement trop fréquents sous ces climats. Les pâturages salés paraissent favoriser la production de la matière adipeuse et son dépôt sous la queue. Cette partie donne un mets assez délicat chez l’agneau, mais trop gras chez l’animal adulte, ce qui fait qu’on n’entretient que des brebis, les mâles étant sacrifiés de bonne heure. L’attention des naturalistes a été de tout temps attirée par cette particularité. D'où le nom de mouton à large queue donné à l’espèce, qu’on appelle encore mouton de Syrie. Ce type habitait le pays des Hébreux dès la plus haute antiquité et composait leurs troupeaux. On le retrouve encore représenté sur tous les monuments du peuple juif.
Cantonnée dans un rayon assez peu étendu, cette race â grosse queue ne semble ni perdre ni gagner du terrain. Elle a ses avantages bien définis, qui naturellement la défendent contre l’abandon; mais ils ne sont pas si importants qu’on désire les acquérir et la race ne se propage plus; elle se maintient seulement.
La race barbarine ne figurait pas à l’Exposilion, le programme ne l'ayant pas admise à concourir, par erreur sans doute, car elle est plus intéressante pour nous que le cbeviot, le blackfaced et diverses autres variétés anglaises qui n’existent positivement que de nom et qui, cependant, avaient chacune leur catégorie.
La race ibérienne ou pyrénéenne embrasse tout le bassin de la Garonne et ses affluents. Elle est limitée au sud par les Pyrénées, à l’ouest par l'Océan, au nord par la Dordogne, à l’est par les Cévennes, et elle s’étend en Espagne, en Portugal, en Italie, dans lebassin du Danube et en Grèce. Eu ces divers pays, elle a reçu une multitude de dénominations locales. En France, les noms les plus connus sont ceux des prétendues races du Larzac, des Causses, du Lauraguais, /les Landes, de la Gascogne, de l’Ariôge, du Dauphiné, etc., etc. Quelle que soit la désignation, c'est toujours le même type spécifique, et il faut s’exprimer ainsi : race Ibérienne, variété du Larzac, variété du Lauraguais, variété des Landes, etc. Le type ibérien est facile il reconnaître partout. « ÎSous nous trouvons en face de ce fait curieux, mais non point difficile à prévoir, dit M. Sanson, d’une concordance parfaite entre les migrations des populations humaines et celles de leurs animaux domestiques, aux premiers temps des sociétés. Celte concordance dérive d'une loi si sûre, que de l'origine des types humains, on peut sans crainte de se tromper déduire celle des lypes animaux, et réciproquement. Les populations du midi de l’Europe en fournissent une preuve éclatante, sur
ANIMAUX DOMESTIQUES
laquelle il n’est point besoin d’insister, mais qu'il est cependant bon de signaler. » Le mouton ibérien occupe le même territoire que le bœuf du même nom dont j’ai fait la description. Tous deux ont été importés en France par les mêmes hommes, et comptent aujourd’hui parmi nos espèces animales. Les races ovines, barbarine, ibérienne et mérinos ne sont donc point ce qu’on appelle autoehlhones, mais elles n’en occupent pas moins une place importante chez nous, le mérinos principalement.
Le mouton pyrénéen a la physionomie peu intelligente des têtes busquées, avec ses oreilles basses et éloignées des yeux. Son crâne est pourvu de laine jusque sur le front. Sa face est le plus souvent marquée de taches brunes ou rousses, mais la toison, formée de laine dure et grossière, est parfois trèsblanche, en mèches pointues et bouclées, et recouvre tout le corps jusqu'au niveau des articulations du genou et du jarret. La taille est généralement audessus de la moyenne, parfois grande, 80 centimètres au garrot, les membres sont relativement longs, de moyenne grosseur, agiles et souvent marqués, comme la tête, de taches brunes. Les brebis sont bonnes laitières. Le croisement southdowna été plusieurs fois essayé, sans beaucoup de succès.
Le Lauraguais, dont la capitale est Castel naudary, dans l'Aude, est une petite contrée favorable il la production du blé et des fourrages ; depuis longtemps le mouton y prospère et améliore même de proche en proche les troupeaux des arrondissements voisins; d’où l'origine de la race et le nom de l’endroit où elle se reproduit avec supériorité. Aussi, M. Gayot écrit-il, avec raison, que c’est toujours le même système et le même fait. « Le fait, c’est un degré de fécondité naturelle du sol plus élevé; le système, c’est de voir prendre les produits de ces terres privilégiées pour les multiplier ailleurs sur des terrains moins fertiles Le fait a une signilication mal interprétée, le système est faux de fond en comble. On sait pourtant qu'un animal obtenu par une alimentation abondante dépérit promptement sous l'intluence des conditions opposées, tandis qu’un animal qui a vécu sur des terres misérables s’améliore, lui et sa postérité, quand il est transporté sur un sol fertile. » Les cultivateurs du Gers, du Lot-et- Garonne, du Tarn-et-Garonne ont introduit chez eux le mouton lauraç/uais avant d’avoir transformé leurs cultures, de sorte que cet animal, n'ayant pas conservé sa valeur première, a fait croire qu’il était d’une race particulière et qu’il ne venait bien que dans l’airondissement de Castelnaudary, tandis qu’il est du même type que les moutons des départements voisins, où il prospérerait également s’il était convenablement soigné. Le lauraguais est fréquemment croisé avec le mérinos.
Le mouton du Larzac ou des causses, et non du causse, se trouve sur les plateaux calcaires et schisteux (ou ségalas) de l’Aveyron (fig. 17). Il occupe un territoire assez considérable et forme une population d’environ six à sept cent mille têtes, répartie principalement dans les ammdissements du Yigan, de Lodève, et surtout de Milhau et de Saint-Affrique.
En 1760, le nombre des brebis laitières était de 50,000; à cette époque, la production du fromage s’élevait à 300,000 kilogrammes, tandis que la présente est de 3,000,000; le rendement moyen par bête se trouvait de 6 kil. au lieu de 12 à la, en 1875. Sobre et rustique, la brebis du Larzac se recommande surtout par l’activité de ses mamelles ; elle fournit tout le lait avec lequel est fabriqué le fromage de Roquefort. Ce n’est plus une bête à laine, c’est une bête à lait, et il ne faut pas s’en plaindre, car la valeur qu’elle crée par ce produit dépasse de beaucoup celle que donne actuellement la brebis de Rambouillet.
Vers les premières années du siècle, c’est-à-dire au moment où l’on commença à cultiver les prairies artificielles dans le midi de l’Aveyron, la brebis
L’AGRICULTURE
du Larzac différait à peine des races communes; dès qu’on put mieux la nourrir, on vit augmenter considérablement la sécrétion du lait, produit important dans la contrée. Dès lors, les fermiers apportèrent plus de soins à conserver pour la reproduction les agneaux issus des meilleures brebis. En même temps que le lait augmentait, la toison gagna aussi en poids et en linessc; mais on se préoccupa peu des formes du corps qui sont restées défectueuses. On retrouve chez la brebis du Larzac les traits observés sur plusieurs races de vaches réputées bonnes laitières : une poitrine étroite et sans profondeur, un liane large, un gros ventre, des épaules et des cuisses minces, et en même temps le pis très-
Fig. 17. — Bélier du Larzac.
développé, la peau souple et line. Les mêmes causes produisent les mêmes elfets chez l'une et l’autre espèce; l’agneau comme le veau, dans les races laitières, est sevré trop tôt et mal alimenté dans sa première jeunesse : sa charpente se fait mal. La brebis, comme la vache laitière, est nourrie à outrance, sa panse et son ventre s’élargissent, et comme elle doit rendre en lait presque l’équivalent de ce qu’elle consomme, il en reste trop peu pour que les autres parties du corps se développent en proportion. Ces vices de conformation ne sont nullement dos conditions indispensables à l’aptitude laitière. Il y a quel que temps, le comice agricole de la Cavalerie, tenait un concours pour récompenser les meilleures brebis du Larzac, et s’occupait de leur amélioration sans altérer l’aptitude laitière. 11 s’agissait, en outre, de combler une lacune vraiment regrettable dans le programme des concours régionaux du Midi. Ce programme n’accorde aucune place aux bêtes ovines laitières. Or, la race ibérienne, en général, et la variété du Larzac en particulier, présente à côté de ses imperfections, cette importante qualité qu’elle est laitière et que la brebis, après avoir nourri
son agneau, donne encore de 50 à 100 litres d’un lait excellent. La taille, le volume et le produit de la brebis du Larzac varient selon la fertilité des lieux où elle est nourrie ; de là deux sous-races que l’on a voulu distinguer mal à propos, celle des vallons et celle des plateaux. Les agneaux nés sur les plateaux et conduits jeunes dans les vallons environnants où l’herbe est meilleure, y prennent plus de développement et ne diffèrent pas de ceux qui sont nés sur les sols fertiles. Le bélier du Larzac communique les qualités laitières de sa race aux brebis communes. Le rayon dans lequel est produit le fromage de Roquefort s’étend tous les jours; les nouveaux fermiers qui adoptent cette industrie ne changent pas leurs troupeaux, ils se bornent à donner à leurs brebis communes des béliers du Larzac; au bout de peu de générations l’identité est complète.
Les bôtes du Larzac sont peut-être les seules au moyen desquelles on puisse utiliser les arides plateaux calcaires du Lot et de l’Aveyron. Rustiques et sobres elles vivent de l’herbe presque invisible qui se fait jour entre les pierres, là où le southdown et le disldey mourraient en quelques jours de faim et de soif. Elles donnent en moyenne 2 kilogr. de laine par tête et par an, et 45 kilogr. de viande à leur troisième année.
La mode, plus que le besoin, a fait pénétrer le southdown et le maintient dans le sud-ouest, malgré les difficultés que présente son acclimatation. Il fut un temps où les soulhdowns purs de la ferme-école des Hautes-Pyrénées séjournaient dans la montagne et grattaient la neige pour trouver leur pâture, et se portaient bien. Dire qu’ils valaient ceux de MM. de Béhague, Nouette-Delorme, etc., ce serait altérer la vérité. M. Léon Léouzon raconte que certains éleveurs progressifs essayèrent d’améliorer la variété des causses par le mérinos, alors que celui-ci était en grande vogue. Le général Solignac voulut créer une race ayant les qualités laitières de l’une et la toison fine et lourde de l’autre. Au point de vue de la production du lait, c’était une faute, car la race mérine est peut-être la moins laitière de toutes. Malheureusement son exemple fut suivi; mais on ne tarda pas à s’apercevoir qu’on faisait fausse route, et on s’arrêta à temps dans cette voie dangereuse des croisements qui conduisaient fatalement à la destruction des précieuses qualités de la race. Aujourd’hui, on a compris que le moyen le plus sûr de tout améliorer sans rien perdre, c'est la sélection : choisir pour l’accouplement les bêtes les mieux conformées, vêtues de la plus belle laine, et possédant, pour les femelles, toutes les qualités d’excellentes laitières; de plus, nourrir convenablement, surtout dans le jeune âge, et mettre en pralique les soins que réclame l’hygiène.
Le type ibérien, représenté à l’Exposition par les variétés lauraguaise et du Larzac, n’offrait rien de bien remarquable. Les éleveurs du Midi ont trouvé sans doute la route trop longue et les dépenses trop fortes. La mauvaise conformation, l’excessive maigreur formaient l’apanage de ce côté du concours; quelques rares sujets indiquaient cependant ce que peut la sélection et la bonne nourriture.
La quatrième et dernière race ovine, aujourd’hui française, est la race mérinos, d’origine asiatique (fig. 18).
Abandonnant les points obscurs de l’histoire, l’opinion la plus commune attribue d’abord aux Romains, ensuite aux Maures, plusieurs importations de bêtes ovines, prises sur le littoral africain. A l’époque de son introduction en Espagne, cet animal n’avait pas la toison fine qu’il posséda plus tard et qui constitua sa principale qualité. Ce n’est que vers le xive ou xvc siècle qu’il est question du mérinos, dont les Espagnols se réservèrent la possession jusqu'à la fin du siècle dernier. La production de la laine et la fabrication des draps donnèrent des profits assez considérables pour tenter les princes et les seigneurs de s’emparer de celte branche importante de richesse, et de se faii'e
L’AGRICULTURE
accorder à titre de privilège la propriété des bergeries, ce qui eut lieu. Des surfaces immenses, presque sans population, furent abandonnées aux troupeaux, <;l les domaines particuliers soumis au droit de parcours établi par suite de la migration des troupeaux du nord au sud, pendant la saison chaude. Indépendamment de ces troupeaux transhumants, d’où vient le nom de la race ( merino , errant), il en existait d'autres sédentaires.
Convoité par tous, le mérinos a fini par sortir d’Espagne et par se répandre
l’ig. 18. — Bélier mérinos.
dans des contrées bien différentes, et où l’on craignait même qu’il ne réussît pas. La crainte n’était pas fondée, car, loin de perdre ses qualités, il s’est au contraire perfectionné au plus haut point. Le premier essai d’importation des mérinos en France avait été fait par Colbert, mais il échoua parce que le besoin de laine fine n’existait pas et surtout parce que l’ensemble des circonstances agricoles n’était pas favorable à l’élevage projeté. En 1776, Daubenton reprit les idées de Colbert, poursuivit ses essais pendant sept ans et demeura convaincu que c’étaient les mérinos qui convenaient le mieux pour l’amélioration des races françaises. Enfin, en 1786, fut fondée la bergerie nationale de Rambouillet, où l'on établit un troupeau de moutons espagnols, qui furent bientôt propagés dans toute la France. Dix autres bergeries furent créées plus tard, afin de fournir aux éleveurs des animaux reproducteurs et de leur faire voir comment ces derniers pouvaient prospérer dans dps conditions différentes de climat et de sol. Leur existence fut de courte durée; seule, la bergerie
ANIMAUX DOMESTIQUES
de Rambouillet fonctionne toujours, et continue de rendre des services, qui pourraient être singulièrement augmentés au moyen d'une impulsion sage et rationnelle. Les bêtes de Rambouillet furent vendues presque chaque année aux enchères publiques. Le prix moyen a été de 1793 à 1834, de 462 francs pour les béliers, et de 183 francs pour les brebis. Eu 1825, des brebis furent payées plus de 700 francs, et un bélier atteignit le prix de 3,870 francs.
Le mérinos habite présentement en Europe, en dehors de l’Espagne et du Portugal, de vastes régions dont les principales sont l’Autriche, la Hongrie, la Ravière, le Wurtemberg, la Saxe, la Prusse, la Russie, etc. On sait qu’il a été introduit, dans ces derniers temps, en Amérique et en Océanie, où ses descendants acquièrent chaque année de nouveaux terrains, au bénéfice de l’humanité.
« Dans l’Europe occidentale, dit M. Sanson, il n’a pu s’étendre fructueusement au delà d’une certaine longitude, voisine du littoral océanien ; le climat ne lui est pas propice, et toutes les tentatives ont échoué. On avait cru trouver un rapport entre les besoins de sa constitution et la nature des formations géologiques. Le mérinos, prétendait-on, ne prospère que sur des terrains calcaires, et une analyse attentive a montré qu’il vit très-bien sur des terrains non calcaires, et végète sur d’autres calcaires. Le plus grand nombre de ceux où il est exploité en France appartiennent en réalité à l’époque tertiaire du globe ; mais indépendamment de la contre-preuve qui vient d’être fournie, cela n’a plus aucune signification, dès qu'on songe que c’est là le cas de la presque totalité de notre pays. Le fait constant, seulement, est que quelle que soit la constitution géologique, le mérinos disparait à dater du moment où l’on entre dans la zone du climat océanien, dont les caractères météorologiques pourront bientôt être exactement précisés. Du côté de l’ouest, il ne dépasse guère chez nous les limites des départements de l’Eure, de Maine-et-Loire, et de la Vienne. Vers l’est il s’étend jusqu’au sud de la Hongrie, depuis les limites orientales de la Prusse. »
La tête du mérinos plus ou moins volumineuse relativement à sa taille, suivant la variété à laquelle il appartient et suivant le mode de culture auquel il a été soumis, est toujours pourvue de laine, au moins sur le crâne ; cette laine s’étend le plus souvent sur les joues et sur le front, de manière à couvrir les yeux, et parfois même jusque sur le bout du nez ; chez les mâles, la peau du chanfrein présente ordinairement des plis transversaux ou des rides, et à partir du menton, sous la gorge, un pli longitudinal plus ou moins pendant, appelé fanon, qui s’étend le long du cou jusque entre les membres antérieurs. Les cornes, quand elles existent, ce qui est le plus ordinaire, portent des sillons transversaux très-rapprochés, et se terminent en pointe mousse et aplatie, après avoir formé au moins deux tours de spirale, embrassant l’oreille qui est implantée bas, large et pendante. Les spires sont parfois tellement serrées de chaque côté de la tête, que la face se trouve comprimée entre les deux cornes. La toison, toujours formée de fdaments fins et très-nombreux, à inflexions trèsrapprochées, d’une longueur variable, en mèches volumineuses et plus ou moins tassées, imprégnées d’un suint onctueux, recouvre parfois toute la surface du corps et va jusqu’aux pieds. C’est par là, du reste, que les mérinos varient le plus et que leurs variétés sont distinguées.
Le mérinos soyeux de Mauchnmp est une simple modification de la race mérinos. — En 1828, un cultivateur du département de l’Aisne, M. Graux, trouva dans un troupeau un agneau mâle ‘complètement différent des autres par la longueur et le brillant de la mèche, et aussi par sa conformation singulière. Cet agneau provenait d’un père et d’une mère de race mérinos pure, et M. Graux eut la bonne idée de le conserver à Mauchamp. Il accoupla donc son
L'AGRICULTURE
bélier avec des brebis mérinos; il eut deux agneaux, un mâle et une femelle, qui élaient tout à fait semblables à leur père. Enfin, à force de persévérance, il obtint des croisements 142 bêtes âgées d’un mois à un an. Jusqu’en 183a et 1836, les animaux de cette nouvelle race péchaient tous par les formes, à tel point queM. Graux les croyait peu propres à l’engraissement; â partir de cette époque les defauts commencèrent lentement à disparaître. La toison qui était très-longue, avait la mèche très-pointue et la laine peu tassée. Elle ressemblait au poil des chèvres de Cachemire par le brillant et la douceur, en même temps que par la blancheur, et elle avait de plus la finesse que n’a pas le poil. Elle présentait encore un avantage sur le poil, c’est que les brins de laine étaient plus réguliers, pas mélangés de jarre, et prenaient par conséquent la teinture plus régulièrement. Les animaux de la variété de Mauchamp sont très-recherchés maintenant dans les environs de Paris où ils répondent aux besoins de la consommation actuelle, produisant une laine plus fine et meilleure que les moutons anglais, et ayant en outre les qualités recherchées pour la boucherie. Les béliers portent de 3 à 4 kilog. de laine lavée et les brebis environ 2 kilog., leurs formes se sont développées, le rein est devenu très-droit et les pattes torses ont disparu, le cou n'est pas si long que celui du mérinos, il n’a plus de plis ; les brebis ont la tête petite et élégante. Ils sont très-vigoureux, et en général plus robustes que les animaux de Rambouillet; ils s’engraissent si facilement que les brebis sont souvent trop grasses au moment de l’agnelage. Les agneaux qui naissent ont le poil de la tête et des pattes plus ondulé et plus brillant que les mérinos. 11 est très-facile d'obtenir de jeunes agneaux
du poids de 50 à 60 kilog. à l'âge de douze mois ; et quand on les livre au
boucher, ils obtiennent la préférence sur tous les autres, et par la qualité de leur viande et par le rendement. Il faut donc espérer que les agriculteurs français ne voudront pas laisser péricliter une variété qui pourra leur rendre de si grands services. Les éleveurs de l’Australie et du Cap savent parfaitement l'apprécier, car ils viennent tous les ans faire leur choix dans les troupeaux du
Chùtillonnais, qui ont été améliorés par les béliers que les éleveurs du pays
ont pris à Gevrolles, sans le vouloir avouer pendant longtemps.
L’exhibition ovine était remarquable sous tous les rapports; mais elle brillait principalement sous le rapport du nombre et de la qualité des sujets de la race mérinos. Les étrangers étaient loin de valoir ceux de France, et beaucoup de prix ont été retenus. Nos éleveurs avaient amené des animaux aussi parfaits que possible, mais, en général, pourvus de cornes très-développées. Ces derniers prétendent que les mérinos à cornes sont doués d’une plus grande fixité de race, tandis qu’on ne sait jamais, avec ceux qui n'en portent pas, quelle sera la valeur de leur descendance, même après un accouplement des mieux entendus. Cette assertion n’est pas exacte, et rien jusqu’à présent ne vient justifier la présence de ces appendices depuis longtemps supprimés dans d’autres races. C’est seulement par habitude que les producteurs étrangers demandent des mérinos à cornes, et pour contenter leur clientèle que les éleveurs français les conservent, car on peut verser du sang anglais dans les veines du mérinos et néanmoins conserver les cornes de cet animal, ce qui prouve l’inutilité de la précaution. Examinés au point de vue de l’abondance et de la finesse de la laine, les plus beaux animaux étaient ceux de MM. Lefebvre-Poisson, Japiot-Cotton, Roger, Leroy, Gouache-Baret, Duclert, Chevalier, Thirouin, Hulin, etc. ; appréciés sous le rapport du développement et de la conformation, les meilleurs étaient ceux de MM Japiot-Cotton, Monlenot-Beau, Chevalier, Delizy, Leroy, Conseil-Lamy, Balaille, Terrillon Lemoine, etc. M. Japiot-Cotton, le premier éleveur de la Cûte-d’Or, a reçu la croix en récompense de ses longs et intelligents services. Cette décoration ne s’est pas trompée d’adresse.
ANIMAUX DOMESTIQUES
La population ovine de l’Algérie est représentée par deux races, la barbarine et la mérine, et par leurs métis, vulgairement appelés barbarins par les colons. Le gouvernement entreprend la propagation du mérinos, et en entretient un troupeau à Benchicao, aux environs d’El-Aghouat. Tout d'abord ce troupeau n’a pas réussi ; mais l’insuccès était dû au manque de ressources premières et au mauvais choix des animaux. Quelques colons opèrent le croisement continu du mérinos avec le barbarin, et préparent ainsi l’absorption de ce dernier. Cette opération, relate M. Bellefond dans le Journal de l' Agriculture, présente de si grands avantages pécuniaires quelle semble destinée à devenir une nouvelle source de richesses pour notre grande colonie, dont les immenses plaines du sud sont merveilleusement appropriées à la production des moulons. Pourquoi, dans un avenir prochain, ne verrait -on pas se réaliser en Algérie ce qui existe aujourd’hui en Australie? Pourquoi n’y verrait-on pas aussi des troupeaux de 20,000 moutons mérinos, comme il s’en trouve dans la colonie anglaise ?
Cette idée était celle de M. E. Tisserand. Chargé d'examiner les moyensles plus propres à favoriser l’amélioration des troupeaux indigènes, il a d’abord étudié sur place le système d’exploitation de la terre et les conditions économiques de l’agriculture algérienne. La nature du sol et du climat imposent, dit-il, au cultivateur, dans la région des hauts plateaux et des montagnes, le système pastoral el l’obligation de transhumer, afin de trouver l’eau et l’herbe nécessaires aux animaux. Pendant l’été, il doit se tenir sur les plateaux les plus élevés, occuper les pâturages des montagnes et se diriger vers le nord. Pendant l’hiver, il recherche, au contraire, les plaines du sud, que les pluies vivifient et font verdoyer. 11 suit de là qu’il faut à l’Algérie des troupeaux composés d’animaux bons marcheurs, et parmi ces animaux bons marcheurs, M. Tisserand n’en voit pas de mieux appropriés au climat de la colonie que les mérinos, donnant principalement de la laine et subsidiairement de la viande. Quant aux races de boucherie proprement dites, il n’y fautpas songer. Les animaux gras, précoces, ne peuvent pas marcher, coûtent cher à transporter, et perdent beaucoup en route, pour peu que le trajet soit grand; ainsi un mouton de 30 à 35 francs paye plus et est exposé à plus de pertes pour son voyage d’Alger à Marseille qu’une balle de laine de o à 600 francs de valeur ! Voilà pourquoi la grande source de richesse de l’Algérie sera encore longtemps dans la production et l’exportation des laines fines, auxquelles s’ajouteront accessoirement celles de la viande. L’aptitude naturelle de l’Algérie à produire des laines fines n’est pas d’ailleurs à dédaigner. Si la France a de grands besoins en viande, elle en a aussi de considérables ou laine fine. Elle en importe annuellement pour 150 millions de francs qu’elle paye aux colonies anglaises. Ne serait-ce pas un heureux résultat que de pouvoir donner à l’Algérie ces 150 millions? Rien n’empêche celle-ci de devenir, sous bien des rapports, l’Australie de la France.
Toutes les races ovines du sud: mérinos, barbarine, ibérienne, etleurs variétés du Roussillon, du Lauraguais, de Larzac, de la Grau, de la Provence, etc., etc., passent l’hiver dans leur région respective ; en été, elles s’en vont dans les montagnes. La transhumance est appelée un jour à disparaître sur les parties qui peuvent être reboisées, parce qu’elle nuit à la végétation forestière des montagnes ; mais elle n’en existe pas moins encore aujourd’hui, et elle nécessite, delapartde bergers de la région du sud, des soins que n’ont pas besoin d’avoir ceux des autres régions. Pendant que toutes nos espèces animales se sont transformées plus ou moins en raison des circonstances économiques, le mouton est resté à très-peu de chose près, dans le midi, ce qu’il était autrefois. « Ce n’est pas que l’on se soit mépris sur 1 utilité de son amélioration, mais c'est que le régime auquel il est soumis s’y oppose. Les progrès seront lents, tant que l’on n’arrivera pas à produire sur place la nourriture d’été et que les bêtes à laine devront trans-
L’AGRICULTURE
humer. La rusticité et la robusticité qu’exige la transhumance sont des qualités qui ne s’allient pas facilement à celles qu’on recherche de plus en plus, comme la précocité et la conformation. Le développement des irrigations est la condition indispensable de changements sérieux. »>
Dans la description qui précède des types spécifiques naturels, je n’ai tenu aucun compte des nombreux métis qui se produisent accidentellement partout, non plus que de ceux créés par les éleveurs avec une intention zootechnique déterminée. Les premiers n’ont aucun intérêt pratique pour nous ; les seconds font l’objet des paragraphes qui suivent.
Les métis peuvent être divisés en deux catégories principales, les métis anglomérinos ou dishley-mérinos, et les métis anglo-berrichons ou new-kent et routhdov ns-berrichons. Je rappellerai, en commençant, que tous les métis, quels qu’ils soient et quelque soin qu’on ail pris pour les former, n’ont que des caractères individuels fort instables et très- précaires, comme tout ce qui lutte contre les lois naturelles. La connaissance du type de leurs ascendants purs auxquels ils ne manquent point de revenir bientôt, quand ils se reproduisent entre eux, suffit pour les faire déterminer. Et c’est ainsi que l’ordre se maintient dans les phénomènes naturels, malgré toutes les tentatives faites pour le troubler.
M. Yvart, le premier, eut l’idée de croiser le bélier anglais de leicester avec la brebis mérinos, dans l'iutention bien arrêtée de créer une race nouvelle, quoique ce problème fnt impossible à résoudre. A la suite d’opérations poursuivies sans relâche à Alfort, puis à Montcavrcl, puis à llaut-Tingry, il obtint des métis extrêmement remarquables, car ils avaient la toison du mérinos et la conformation du dishley. Les troupeaux de dishley-mérinos prospèrent généralement partout et donnent de beaux bénéfices, notamment aux éleveurs de l’Artois, de la Brie, de la Beauce, etc. « Dans le principe, le nombre et la qualité des dishley-mérinos faisaient croire à leur supériorité éternelle sur les mérinos purs, et bien rares étaient les écrivains qui pensaient autrement ; aujourd’hui, les partisans du mérinos pur forment une nombreuse cohorte. Cet animal est parfois en détresse comme au dernier concours de Chartres, parce que la tête n’a pas été assez remaniée par les éleveurs de la région. Mais si on oublie cette physionomie peu avenante, pour jeter un coup d’œil sur l’ensemble, on voit, dit M. Gayot, une conformation pleine et harmoniée; des membres sensiblement raccourcis, notablement élargis et épaissis dans les régions supérieures, chargées de chair; une poitrine vaste et bien descendue, profonde aussi; la côte allongée; le rein étonnamment large, le gigot long, épais, charnu, et tous ces plis de la vieille race, ceux du fanon et ceux de l’arrière, à peu près disparus, tandis qu’ont persisté, en s’atténuant aussi, ceux du cou, et la laine a conservé son caractère et scs qualités. »
En 1877, au concours de Chartres, dans la sixième catégorie ouverte aux croisements divers, on a vu avec regret une exhibition de coltswold-mèrinos, environ une dizaine. « L’insuccès est immense, rien de plus complet â rebours. Si les soins et la nourriture n’ont pas manqué, si le berger a été droit son chemin, il faut dire que deux races n’ont jamais été plus antipathiques l’une à l’autre, que jamais rencontre n'a été moins indiquée et plus malheureuse. »
Les métis anglo-berrichons sont au nombre de quatre : les dishley-berrickons, les new-kent-berrichons, les southdowns-berrichons et les cottswold-berrichons. Ainsi que nous le verrons tout à l’heure, un est seulement appelé à dominer, le southdown-berriehon, tandis que le dishley, le new-kent et le eottswold paraissent à peu près sans avenir, et ne serviront probablement jamais à l'amélioration de l’espèce ovine du centre de la France. Pour l’instant donc, les southdowns-berrichons ont l’avantage, mais il pourrait encore se faire, si la race
ANIMAUX DOMESTIQUES
berrichonne doit disparaître, que sa succession fut partagée, au moins par portions égales, entre le southdown et le mérinos perfectionné. II faut de la viande aux éleveurs du Berri. C'est au mélange du sang de leur variété avec l’une ou l’autre des deux précitées qu’ils pourront attribuer leur première réussite, et c’est à l'implantation définitive de ces deux types passés à l’état presque pur, par suite de croisements continus, qu’ils devront leurs derniers et plus grands bénéfices.
Les dishlcy-berrichons ont été constitués en principe par M. Saulnier, qui exploitait une ferme près de Chàteauroux. Cet habile fermier entretenait son troupeau par une combinaison du métissage et du croisement de retour, opération exigeant beaucoup de soin et d'habileté. Un autre éleveur de mérite, M. le baron Augier, voulut imiter M. Yvart et créer, comme lui, une race de moutons. Naturellement le dishley fut choisi pour croiser les brebis berrichonnes, et à force d'habileté et de persévérance, M. le baron Augier put exposer des individus assez réussis qu’il appelait race de Serruelles, du nom de son château situé dans le Cher. Il mourut croyant emporter avec lui la consolation d’avoir fait beaucoup de bien pour son pays, tandis que son départ pour 1 autre inonde précédait de. fort peu la dispersion de son troupeau.
Les new-kenl-berrichons ont été fondés àlaferme delaCharmoise,près Pontlevoy, dans le département de Loir-et Cher, par M. Malingié-Nouel. Voulant étudier la valeur du bétail, il tut amené à examiner les différentes races de bêtes à laine, et cette étude l’intéressa. Il fut surtout frappé de la remarquable facilité des moutons à accepter les diverses situations du sol au point de vue de la fertilité, depuis le plus riche où ils prospèrent jusqu’au plus aride où ils sont seuls possibles. Deux voies s’ouvraient devant lui, la production de la laine, ou celle de la viande; après mûres réflexions, il se décida pour l’adoption d’une race de boucherie. Il alla en Angleterre en 1838, et ramena de ce pays un troupeau île new-kent. Le métis nev-kent-berrichon présente les caractères suivants : taille moyenne, ossature fine, tête petite et sans cornes, poitrine et rein larges, côtes rondes, croissance rapide, engraissement facile, sobriété grande, santé vigoureuse laine lassée et longue de 10 à la centimètres. Jusqu’en 1832, M. Malingié exposa ses produits sous le nom de new-kent-berriehons. A cette époque, lors du concours de Poissy, il les fit paraître sous la désignation de race de la Charmoise, ee qui constituait une désignation inexacte. JL Malingié a cru fixer la race, parce que la conformation du corps et l’aptitude, d’ailleurs très-remarquables, persistent sans déchéance sous l’influence d’un élevage bien conduit, quoique le type new-kent et le type berrichon apparaissent indifféremment chez les agneaux. Après la mort de son père, M. Paul Malingié, avec une extrême sollicitude, perfectionna son oeuvre et propagea ses idées. Plusieurs éleveurs du département créèrent à leur tour des troupeaux par l’accouplement du bélier de la Charmoise avec des brebis berrichonnes ou solognotes, et contribuèrent à répandre les reproducteurs mâles de ce type chez les agriculteurs des départements voisins. Si ces reproducteurs ne peuvent former une race constante, ce qui est prouvé par la science, il n’en résulte pas forcément qu'on ne puisse les employer industriellement et au même titre que les dishley-mérinos. La précocité et 1 engraissement facile, qui constituent la qualité essentielle de ces animaux, les rendent très-propres à fournir d’excellents sujets pour la boucherie, surtout si 1 on fait intervenir une sélection intelligente et un régime convenable.
Les southdown-ber ridions ont été mis en relief par MM. de Bouillé, de Béhague, de Pourtalès, etc. qui, dans les concours de boucherie et dans les concours régionaux, nous ont montré la merveilleuse aptitude de ces animaux à la production de la viande. Ce croisement a pris une rapide extension Les éle-
L’AGRICULTURE
veurs ont voulu obtenir par cette méthode des produits plus précoces, plus pesants et mieux conformés, et c’est en réglant le degré de croisement sur les ressources alimentaires qu'ils ont établi une sage proportion entre ces ressources et l’aptitude communiquée aux produits. 11 n’est nullement question ici de former une nouvelle race; on s'en lient uniquement à la production de métis de demi-sang, lesquels ne sont point admis à la reproduction ; ce sont de simples opérations industrielles, sans intervention de métissage, et qui demeurent stationnaires en attendant la substitution progressive de la race anglaise. La race locale se multiplie partout où la culture n’est pas avancée, et les métis sont exploités dans les terres plus fertiles ; c’est ainsi que l’exploitation du bétail suit une marche sûre et que les forces productives sont convenablement équilibrées.
Les collswold-berrichons sont peu connus et n’ont de chance de prospérer que sur des terres privilégiées où la culture intensive est la régie ordinaire. C’est dans de semblables conditions que M. Lalouel de Sourdeval, depuis lauréat de la prime d’honneur, a pu élever et engraisser à sa ferme de Laverdines (Cher) de remarquables cotlswold-berrichons. Mais comme ils n’ont point la faveur du public, le mieux est, en général, de s’abstenir de leur production.
Les aptitudes des moulons sont au nombre de trois. Pendant leur vie, ces animaux nous donnent leur toison et le lait des femelles ; après leur mort, ils nous livrent leur chair. Les organes qui produisent ces diverses substances travaillent au prolit de l’économie sociale ; ils fabriquent en réalité ces substances avec les aliments qu’on fait consommer, et l'art consiste à leur faire fabriquer ces produits aux meilleures conditions possibles.
La fonction économique de la production du lait est d’une importance secondaire. La laine constitue, malgré l'abaissement de son prix, un intéressant produit de l’agriculture. Comme je l ai exposé tout au long, il importe de ne pas rechercher la production des laines fines et courtes qui n’est autorisée que lorsqu'on ne peut faire autrement. La viande est aujourd’hui et deviendra chaque jour le produit le plus élevé des fermes de notre pays.
La qualité de la viande dépend de la race des individus et du régime auquel ils ont été soumis. Si nos races indigènes pures ou croisées sont en général moins précoces que les races anglaises améliorées pour la boucherie, elles se montrent en revanche supérieures A. celles-ci pour la qualité de la chair.
Le fonctionnement des aptitudes doit être subordonné aux nécessités du moment, puisqu’il est reconnu qu’on peut le modifier à notre avantage. Ceci établi, il reste à savoir, au sujet des deux aptitudes principales des moutons, toujours réunies dans une certaine mesure chez tous les individus de l'espèce, s’il est possible d’atteindre à la fois, dans chaque espèce, les meilleures conditions de perfectionnement de ces deux aptitudes; en d’autres termes plus simples, si la laine et la viande peuvent être produites par le même individu, dans les conditions du plus grand perfectionnement de ces aptitudes. Si les Anglais n’entreliennenL que des troupeaux à laine grosse, c’est parce qu’ils ne peuvent pas faire mieux. Ils ont, dans le temps, cherché à produire de belles toisons, en important d'abord le mérinos, en unissant ensuite le dishley avec le mouton du Kent ou du Glocestershire, mais le climat brumeux de leur île n'est favorable qu'à la venue de la viande, et ils ont échoué. Quand, par hasard, ils exposent des sujets à laine un peu moins rude et à toison plus étendue, ils ont bien soin d'en conserver la preuve en laissant au moment de la tonte une mèche sur les eûtes. Pour eux donc, la réunion de ces deux aptitudes est une chose fort désirable.
De ces considérations, il résulte premièrement que la fonction économique de la production de la viande, parmi celles auxquelles les moutons sont aptes,
ANIMAUX DOMESTIQUES
rencontre dans la situation du marché ouvert à la denrée les meilleures conditions de débouché; deuxièmement, que les laines les plus avantageuses à produire, en Europe, eu égard à ces mêmes conditions, sont les laines dites intermédiaires, ou celles qui joignent la finesse à la longueur du brin et peuvent, pour le dernier motil', être peignées et servir à la fabrication des étoffes lisses ; troisièmement, que les deux aptitudes aux fonctions ainsi reconnues économiquement les plus lucratives pour le producteur peuvent être réunies chez le même individu de l'espèce ovine qui présente, à l'état naturel, celle à la production de la laine fine.
Le mérinos est précisément celui qui remplit toutes les conditions favorables pour fournir le mieux la viande et la laine. Mais il n’est pas en faveur en haut lieu, et si on ne cherche pas à le faire disparaître, c’est tout au plus si l’on consent à lui laisser la libre disposition des pâturages méridionaux, dont il peut seul tirer un bon parti.
Les partisans de la production de la viande prétendent qu’il faut trois fois plus d’alimentation pour produire un kilogr. de laine que pour produire un kilogr. de viande. Qu’en savent-ils ? Oti sont les expériences sérieuses qui les ont conduits à ces résultats précis? La question capitale est de savoir ce que coûte à produire un kilogr. de laine et un kilogr. de viande, selon que l'on a affaire à telle ou telle race, à tel ou tel sol, afin d’arriver à la connaissance du bénéfice net A retirer de la production de l’une ou de l'autre denrée. Un agriculteur, fort des analyses de MM. Edward Heinden, Marker et E. Scliulz, qui ont trouvé 9,5 d'azote dans 100 de laine et 3.5 dans 100 de viande, a demandé dernièrement dans le Journal de ï Agriculture, comme un progrès très-désirable, la création du mouton sans laine. Ce à quoi, M. Villeroy a répondu sur le ton de la plaisanterie, qu’il faudra sans doute avoir des poules sans plumes et sans œufs, des vaches sans pQil et sans lait, de peur de porter atteinte à la production de la chair. Tant que le mouton vit, on le tond chaque année, et, outre l’engrais qu’il fournit pour les terres, c’est sa laine qui paye sa nourriture et donne un revenu au cultivateur; le mouton sans laine ne produirait que du fumier.
« Les mérinos aujourd’hui sont devenus presque aussi réguliers de forme que les types anglais améliorés; ils ont le système musculaire fortement développé; ils ont acquis la précocité et conservé leur riche et précieuse toison; peut-être ont-ils la laine un peu moins fine que celle des mérinos primitifs, mais telle qu’elle s’offre on l’apprécie dans le commerce et l’industrie, car les laines exotiques ne peuvent la remplacer dans toutes les applications. L’amélioration du mérinos est une œuvre essentiellement française, qui fait le plus grand honneur à nos éleveurs, lesquels en retirent également profit, car les béliers mérinos français sont achetés pour l’amélioration des troupeaux du monde entier. Cette amélioration attint son summum de qualité dans l’Aisne et la Côte-d’Or, où les éleveurs sont arrivés à démontrer, ce que tous les gens instruits sentaient et soutenaient, que le mérinos ne doit pas être détrôné par les races anglaises. »
Je résume ce travail dans les lignes qui suivent :
Le littoral de la mer du Nord et de la mer Baltique, dont est sortie la race bovine à courtes cornes et tachetée, a également donné naissance à une race ovine que l’on trouve presque toujours à côté de la première, et que j’appelle race de la mer du Nord et de la mer Baltique. Les besoins alimentaires qui ont transformé le vieux type bovin du littoral et créé le durliam, le hereford, etc., ont exercé une action semblable sur le mouton du littoral qui, en Angleterre, est devenu un leicester, un new-kent, un southdown. Ces nouveaux modèles d’un même type, soit seuls, soit croisés avec le mérinos, ont produit d’excellentes
L’AGRICULTURE
bêtes de boucherie et perfectionné les variétés ovines dans le Mord, l’Artois, la Picardie, la Champagne, l’Ile-de-France, la Bourgogne, etc., etc. Dans l’Ouest, où la culture du mouton est délaissée, nous retrouvons l'ancien modèle avec fort peu d’avancement et il faut arriver dans le Berri pour constater la présence de quelques bons troupeaux modifiés par le southdown.
A partie type précédent dont le caractère autochthone ne laisse aucun doute, les trois autres que nous possédons ne sont point originaires de France et ils y ont été amenés par les migrations humaines.
La race ovine ibérienne, semblable en cela û la race du Mord, occupe le même territoire que la race bovine de ce nom que nous avons étudiée dans la première partie, ce qui indique bien que l'envahissement des Pyrénées a été effectué par des hommes suivis de leur bétail.
Le mérinos est aujourd’hui un mouton essentiellement français et convenant admirablement à l’élevage. Il s’agit de savoir discerner les endroits qui lui sont favorables, la nourriture qui lui convient le mieux et les soins en rapport avec ses exigences.