‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 70 sur 95 · ANIMAUX DE BASSE-COUR · texte numérisé non relu

ANIMAUX DE BASSE-COUR

L’origine du coq et de la poule se perd dans la nuit des temps. Il en est de même de l’époque A laquelle ils ont été réduits par l’homme en domesticité, ainsi que les divers hôtes de la basse-cour, parce qu'elle remonte à la plus haute antiquité.

Cet oiseau est aujourd’hui répandu sur toute la terre à l’état de servitude ; il vit sous toutes les latitudes, et ligure avec avantage parmi nos bons serviteurs, à cause du tribut qu’il nous paye constamment. Tout est utile chez lui : la plume, les œufs et la chair; aussi son éducation est-elle fort lucrative.

Il est encore impossible de pouvoir classer l’espèce galline d’une façon rationelle. Tant que nous n’aurons que des probabilités sur les questions d’origine et de provenance, force sera d’aller un peu à l’aventure. En pareille occurrence, j’ai cru bien faire en établissant une classification fort simple, c’est-à-dire en divisant les races en deux groupes principaux : races françaises et étrangères, et en subdivisant ces dernièresen deux sections: races européennes et exotiques.

Races françaises.

La poule commune (gallina domesiica ) estla plus répandue en France et en Europe; on la trouve chez toutes les nations de cette partie de l’ancien continent où clic forme le fond des basses-cours, car les poulaillers modèles ne constituent qu'une fort rare exception. Les poules de cette sorte sont, en général, de moyenne grosseur ; leur plumage est de toutes les nuances. Elles sont vives, alertes, rustiques, courageuses, bonnes pour la ponte et l’incubation; mais, en regard de ces brillantes qualités, on est forcé d'avouer qu'elles sont coureuses et portées à ravager les cultures, quelles aiment à pondre et à couver en secret, que leurs œufs sont petits et contiennent une grande quantité d’albumine ou blanc, le jaune étant en petite proportion. Les personnes qui ne sont pas en situation de pouvoir élever des espèces perfectionnées doivent toujours rechercher les sujets à pattes noires, roses, bleues, etc., et repousser ceux qui offrent des pattes jaunes dont la chair est plus coriace.

La poule sans croupion offre quelques points de ressemblance avec la poule Wallikiki décrite plus loin; elle est assez répandue en France et notamment dans les départements du Nord où elle est appelée poule picarde et vulgairement poule à cul rond, poule sans queue.

Laponie de Crèvecœur porte le nom du village du Calvados où on la trouve trèspure. Lecoq(pl. I, p. 424 et 4"2ü fig. 1) est fin, pourvu d’une très-grosse huppe qui retombe en arrière et de chaque côté de la tête, et de beaux favoris; la poule est joufllue et cravatée, pond beaucoup et de bonne heure, couve mal et casse souvent ses œufs. Cette race se distingue encore par la crête rudimentaire à mamelons rouges et disséminés dans la huppe, le bec lin et pointu, le corps arrondi et trapu, le dos presque horizontal, les membres gros et courts, les ailes grandes, le vol léger, la queue moyenne, les pattes fines et de couleur noirâtre, les doigts au nombre de quatre, le ventre bas, les os petits et légers, l’abondance de la

(1) Avec la collaboration de M. Georges de Bonald.

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chair, le poids do 3 à 4 kilogrammes obtenu à l’âge adulte, la facilité d'engraissement. Elle se recommande donc aux éleveurs par sa précocité et sa délicatesse; à deux mois et demi les poulets peuvent être mis à l'engraissement et à cinq mois celui-ci est complet. Le Jardin d'acclimatation possède trois variétés de la race de Crèvecœur : la noire, la bleue et la blanche', ce s deux dernières sont moins estimées et répandues que la première. La race de Crèvecœur, la durham de la basse-cour, est très-recherchée des amateurs étrangers et français. Elle était une des mieux représentées à l'Exposition universelle.

On pense généralement que les variétés du Merlerault, de Cnu.r, de Gournay ne sontfque des ramifications de cette espèce.

Fi-. 2.'i. — Coq de llondan.

La poule de Houdan, ainsi appelée parce qu'elle a pris naissance dans le village de ce nom. situé en Seine-et-Oise, est bien connue pour la beauté de ses formes et la qualité de sa chair. Londres et Paris s'approvisionnent en partie, dans l’arrondissement de Manies où l'on compte par centaines de mille francs les produits de l'élevage de cette poule. On remarque chez elle les caractères suivants : taille de ;><) à 00 centimètres, tête grosse, crête presque toujours double, cou long, corps trapu, bréchet proéminent, hanches hautes, croupion gros et élevé, jambes de couleur blanche légèrement rosée, pattes pourvues de cinq doigts, dont deux postérieurs ne portent pas toujours également sur le sol; le plumage mélangé de noir, blanc, jaune-paille et verdâtre, porte ordinairement la désignation de caillouté; la couleur trop foncée ou trop claire doit être rejetée, et bien qu’en Angleterre les amateurs semblent préférer la couleur tirant sur le noir, je ne la conseille pas. Les os sont petits et légers, la graiss

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disséminée, le poids de 3 kilogrammes et plus, la ponte abondante, les œufs gros et blancs, la chair, blanche, tendre et savoureuse. Le coq (fig. 23), est un bel animal. La poule est joullue et cravatée et porte une huppe aussi forte que celle du coq; celte huppe est un peu moins grande que celle de la poule de erèvecœur. Elle pond bien et couve mal ; elle est rustique, facile à élever et donne de magnifiques poulardes. La poulette se livre à laponte dès le mois de janvier; ses œufs sont d'un beau blanc et ont une valeur considérable. Rien n’est plus agréable à l’œil qu’une basse-cour de poules de Houdan bien choisies, à la huppe gracieusement relevée, au plumage papilloté.

Fig. 20. — Coq de la Flèche.

La poule de la Flèche fait partie des plus belles races françaises. Le coq est très-fort (fig. 2f>), très-grand et solidement implanté sur des jambes nerveu ses; il n’est pas rare d’en rencontrer qui atteignent de 0m,G0a0m,70 delà partie nférieure des pattes à l’extrémité de la tête; la crête forme deux cornes séparées surmontées d'un épi peu apparent; barbillons longs, oreillons aussi blancs (pic possible, bec court, recourbé et orné d'un crêtillon; le plumage est entièrement noir avec reflets verdâtres, sans aucun mélange de rouge ou de marron, et pour ainsi dire collé à la peau, ce qui fait paraître l'oiseau moins gros qu’il n’est réellement. Cet animal fournit les pièces les plus volumineuses qui soient livrées au service de la table ; le coq adulte atteint jusqu'à 6 kilogrammes, mais il lui faut de l'espace pour se développer. La poule est douce, pacifique, assez lionne pondeuse, mais ne couve pas. Les œufs sont blancs et gros. La race de la Flèche est très-répandue dans la Sarlhe, ce qui lui a encore fait

donner le nom de poularde du Mann. Par scs qualités elle a acquis une réputation européenne et justement méritée. L’art d’élever et d'engraisser les poules est pratiqué sur une haute échelle dans tout le pays manceau où chacun, riche comme pauvre, citadin comme paysan, s’occupe à tirer des bénéfices de cette industrie. Par sa beauté, sa bonté et le bénéfice qu’elle rapporte, cette race s’est promptement introduite dans les départements de Maine-et-Loire, d'Indre-et-Loire, de la Charente, de l'Indre, du Lot, du Tarn, de la Haute-Garonne, etc.

La poule du Mans proprement dite a beaucoup d’analogie avec la ficchoisc; parmi les caractères particuliers qui permettent de la différencier, je mentionne sa crête frisée, volumineuse, se terminant en pointe et en arrière, sa tête dépourvue de huppe, son corps plus fort et moins haut sur pattes.

La poule à courtes pattes se trouve dans le Maine cl la Bretagne; le plumage est noir ou caillouté. On en distingue deux variétés, l’une à crête simple, l'autre à crête double, toutes deux remarquables par la ponte, la facilité à prendre la graisse et l'excellence de la chair. Le plumage noir et les pattes bleues sont généralement recherchés.

La poule de la liresse (pl. I, fig. 4), est principalement cultivée dans les arrondissements de Bourg et de Louhans, où l’on fabrique les poulardes dites de Bresse que l’on expédie non-seulement sur les pays environnants, Lyon et Genève entre autres, mais encore en Allemagne et en Russie. Les caractères de la poule delà Bresse sont indiqués par la tête qui est moyenne, le bec recourbé, le corps rond et allongé, la queue et les ailes longues, les pattes de couleur plombée, l'épiderme blanc, les os relativement petits, l’engraissement facile et prompt. Elle n'a pas de huppe, est douce, sédentaire, et ne fait point de ravage dans les jardins. Les caractères extérieurs tirés de la crête, du plumage, etc., sont trèsvariables. On ne tient compte, dans la Bresse, que de la conformation, et l'on admet à la reproduction tous les individus vigoureux, au poitrail large, au dos droit, aux membres courts. La variété Loubannaise se prête le mieux à la perfection; celle de Bourg a le plumage gris blanc.

La poule de Caussade . originaire du midi de la France, mérite d’être signalée; elle est très-rustique, facile à élever, excellente pondeuse, assez bonne couveuse, et produit des poulardes dont la chair fine et savoureuse ne le cède en rien aux produits les plus recherchés de nos basses-cours.

La poule de Barbé zi eux, spécialement élevée dans la région des Charcutes, est digne à tous égards d'être citée parmi nos bonnes races; elle prospère facilement dans nos fermes et produit des bénéfices fort rémunérateurs. La ponte abondante est relativement précoce. Cette race se prête facilement à l’engraissement et fournit une viande des plus succulentes.

Toutes les races précitées, les plus belles et les plus utiles sans contredit, rapportent à la France une somme considérable qui se chiffre par centaines de millions; chacun a pu constater qu'elles étaient bien supérieures à celles exposées en LS(i7, et que leur élevage avait fait de grands progrès depuis celle époque, grâce aux encouragements de l'État. En effet, dans les concours généraux et régionaux, les jurys ne priment que les sujets qui réunissent tous les caractères et toutes les qualités de leur race, et contribuent puissamment â la réalisation du succès indiqué. Jamais on n'avait vu de coqs pareils aux crèvecœur et aux tléchois exposés.

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Races étrangères.

Depuis quelques années, les nations étrangères nous ont fait connaître diverses races de poules extrêmement intéressantes et qu'il importe de mettre en relief. Plusieurs do cos volailles ont aujourd’hui droit de cité chez nous, prennent place dans toutes les expositions et figurent avec honneur sur nos tables. Les races étrangères se divisent en deux catégories: les races européennes et les races exotiques.

Races européennes.

La poule de Dorking (pi. I, fig. 3), appartient à l’Angleterre et tire son nom d’un village situé dans le comté de Surrey. Cette race a été perfectionnée au plus haut point par M. Fischer Hobbs, qui lui avait reconnu des qualités précieuses pour la tahle. Comme finesse de chair, aptitude à l’engraissement, rendement avantageux et élévation de prix, elle peut rivaliser avec celles de la Flèche et de la Rresse. Les caractères distinctifs de cette poule sont nombreux : taille élevée, de 50 à 55 centimètres; formes rpndes et belles; tête fine et bec court; crête simple, divisée en lobes irréguliers et se terminant en pointe; cou assez court et port de tête élevé et superbe ; poitrail noir, dos et encolure jaune-paille, ailes grandes, faucilles développées et bronzées ; ossature line, pattes petites, roses et à cinq doigts. Le mêle otfre une belle taille et un aspect grave, ses barbillons sont très-longs et très-larges. La poule est bonne pondeuse et couveuse; celles à plumage foncé sont recherchées en Angleterre. Les poussins sont très-délicats, craignent beaucoup le froid et l'humidité; faute de grands soins, ils restent chétifs et meurent assez promptement. Les Anglais mettent la dorking au-dessus de toutes les autres volailles. Los éleveurs la soignent avec sollicitude, et les grands seigneurs la cultivent comme oiseau d’agrément; aussi acquiert-elle des prix exorbitants dans les expositions publiques ou privées, et même sur les marchés. Les couleurs du plumage sont de plusieurs sortes, suivant les variétés; la plus répandue et la plus estimée en Angleterre est celle dite argentée.

Au concours qui a eu lieu en septembre 1877, à Ramsgate (Angleterre), et auquel un de nous assista * , on a beaucoup admiré une variété au plumage entièrement blanc et A crête grosse et frisée Cette race, bonne pondeuse, mais médiocre couveuse, s'acclimate difficilement, les poussins sont délicats et redoutent les temps humides et trop froids. Elle atteint des prix très-élevés. Nous rappellerons à ce sujet que lors de notre Exposition universelle de 1855, le prince Albert, époux de la reine d’Angleterre, refusa de céder un coq et deux poules dorking au prix de 1 ,800 francs.

La poule de Brédu, qu’on rencontre du côté d’Anvers et de Bréda, est encore connue en Hollande sous le nom de poule à bec de corneille, et présente quatre variétés: l'une noire, l’autre blanche, la troisième bleue e t la quatrième coucou, c’est-à-dire entièrement grisaillée de noir et de blanc. La Bréda noire est de belle taille et de formes bien accusées. Elle offre un petit épi de plumes sur la tête, une crête en gobelet, un camail épais, un plastron large, un prolongement des plumes du calcanéum en forme d’éperon, une patte emplumée au tarse, un plumage noir et, comme celui de corbeau, lustré de brillant noir et indigo, des os légers, une chair excellente et bien disposée à prendre la graisse. Le caractère remarquable de la poule de Bréda est dans l’aspect de la crête, qui détermine plutôt une cavité en forme de lasse à bords arrondis qu’un relief, et encore dans le développement des barbillons qui sont très-longs, ce qui présente

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un singulier contraste. La broda blanche et la bréda coucou ou poule deGueldre ne différent de la première que par le plumage. Les quatre variétés sont excellentes pondeuses, mais couvent peu; leur, œufs sont gros et exquis. Les poulets s'engraissent facilement et atteignent le poids de trois kilogrammes.

La poule de la Campine est originaire de la Belgique; son nom lui vient de ce qu’elle est particulièrement cultivée dans la contrée que l’on appelle Campine. Elle est moins grande que la poule de la race commune dont elle se rapproche beaucoup. Sa poitrine est étroite, sa queue grande et élevée, son plumage doré ou tigré de noir et de blanc. Le coq possède un air gaillard qui lui va bien. La poule est rustique, insensible au froid, peu bavarde, point friande, s’élève facilement, pond beaucoup cl de bonne heure de petits œufs, couve mal, engraisse promptement et donne une chair délicate. La variél é COUCOU désignée sous le nom de coucou de France est entièrement grisaillée.

La poule de Bruges ou d'Yprcs est une des plus grandes et des plus fortes de l’Europe. Son corps est gros et allongé, son plumage ardoisé ou noir, ses pattes noirâtres. Elle a la crête rudimentaire, ramassée et dirigée en arrière, la ligure rouge dépourvue déplumes, les barbillons volumineux, les ailes grandes, avec le dessus marqué de rouge, les plumes de la queue développées, la chair blanche et très-savoureuse. La poule de Bruges est rustique et bonne pondeuse, car elle commence à pondre en janvier et ne finit qu’en octobre; ses œufs sont gros; elle est bonne mère et prend grand soin de ses poussins.

La poule de Hambourg est de taille moyenne; elle a la tête forte et aplatie en dessus; la crête frisée et hérissée de petites pointes; les yeux entourés d’un cercle de plumes brunes qui recouvrent aussi les oreilles; les oreillons nacrés, les cuisses et le ventre noirs et veloutés, la démarche grave, des taches noires, rondes et larges sous la poitrine, les jambes et les pattes 00010111’ de plomb, à l'exception du dessous des pattes qui est noirâtre, un poids de 2 kilogrammes, la ponte excellente, par contre l’incubation nulle. La poule de Hambourg comporte plusieurs variétés dont voici les principales : Hambourg pailletc-argentc et Hambourg paillelé-dorè. Le coq de Hambourgdoré est plus petit que l’argenté et sa pèlerine est composée de plumes jaunes, longues et fines.

La poule de Badoue appartient-elle à la Hollande plutôt qu’à l’Italie? 11 est possible (pic son nom, au lieu d'indiquer une provenance, n’ait aucune signification. Celle race présente une belle taille, un port gracieux, un plumage abondant, une tête surmontée d'une huppe grosse de la couleur du reste du corps, garnie de plumes longues, abondantes, rondes chez la poule et rayonnant dans tousles sens, élancées chez le coq, cachant les yeux et le devant de la tête, se partageant par le milieu et retombant à droite et à gauche, un bec fin et de couleur plombée, une queue haute et relevée, dépourvue de grandes faucilles, mais formée de petites à droite et à gauche, des pattes fines assez basses et de la couleur du bec. La crête, les oreillons et les barbillons manquent; la huppe se développe sur une masse charnue qui prend le nom de champignon. La poule est douce, bonne pondeuse et mauvaise couveuse; ses œufs sont blancs, de grosseur moyenne, rarement fécondés, car on compte à peine vingt éclosions sur cent œufs. Le plumage des poussins vient tard, ce qui les rend délicats et expose l'éleveur à bien des soins à l’époque des saisons froides et humides; la huppe oblige l’amateur à soigner relie volaille en dehors de la basse-cour et à la tenir en volière, la pluie et la boue lui étant absolument contraires. On cultive surtout les variétés suivantes: blanche, jaune, dorée, argentée, chamois et coucou. Cette dernière est régulièrement grisaillée de noir et de blanc comme hi poule de Cucldre. La Hollande possède une autre variété dite de Badoue hui-

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landaise, qui est plus petite que la vraie padoue et qui n’a ni crête ni oreillons. Elle est surtout remarquable par sa huppe blanche, tranchant sur son plumage noir ou bleu cendré et ses barbillons volumineux. Cette charmante variété excite 1 étonnement des personnes qui la voient pour la première lois.

La race sibérienne (pl. I, fig. 2), a été récemment introduite en France. — Il ny a pas bien longtemps qu’on s’occupe sérieusement de gallinoculture eu Russie. Il parait qu'on y a surtout pensé, parce qu’on éprouva une certaine difficulté à se procurer les vingt mille poulets servis au repas populaire donné à Moscou par l'empereur Alexandre 11, lors de son couronnement, le 19 août I8o6. Mais, depuis, de grands progrès ont été réalisés en Russie, et il y a un établissement gallin modèle à Péterkoff, près de Saint- Pétersbourg. —

La race andalouse (fig. 27), est la seule race espagnole qui nous intéresse. De la taille de 90 centimètres, d’un pennage noir, brillant et vert à la croupe , le coq relève sa queue composée de nombreuses et longues faucilles, redresse fièrement son col, et sa tête, ornée d'une crête droite et dirigée un peu en arrière, ofi’re un bec noir et presque droit, des pattes élevées et de couleur bleuâtre, et atteint le poids de 3 kilog.

;>00 grammes. La poule a la crête simple, dentelée, souvent renversée; le pourtour des yeux est d’un blanc farineux, l’oreillon blanc et

assez développé à son pourtour.

. 1 1 , r 1 ig. il — Coq espagnol.

Aucune race européenne ne possède ce signe caractéristique de la ponte à un degré aussi éminent ; notre poule delà Flèche est celle qui s’en rapproche le plus. La poule espagnole couve peu et, comme la dorking, craint l’humidité. Elle réussit très-bien en France, surtout dans le Midi, et doit être classée parmi les plus précieuses espèces de l'Europe, à cause de sa rusticité, de la faculté avec laquelle Vile pourvoit à sa nourriture et surtout à cause de sa ponte hâtive et des plus abondantes. Il existe encore une variété grise de cette espèce.

Races exotiques.

La punie de Jérusalem est toute d’agrément. On ne connaît rien de certain sur son origine et pas grand’chose de ses caractères. Selon les uns elle est blanche, avec le camail foncé, la queue noire etlapatle bleue; selon les autres, elle est rosée et marquée de taches noires espacées.

La poule de Brahma-Poolra se trouve particulièrement sur les bords du

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fleuve qui porte ce nom et qui traverse le royaume d'Annam. Nous la connaissionsavantde l’acclimater; elle fut introduite, en 1853, dans le Royaume-Uni, et quelque temps après en Hollande, en Belgique et en France. Cette poule n’est en réalité qu’une variété de la cochinchinoise, mais une variété plus belle que le type. A sa première apparition dans nos contrées, l'engouement pour celle race fut peut-être exagéré, témoin le prix fantaisiste de 2,300 fr. qui fut

Fig. 28. — Coq cocliincliinois.

donné d'un] coq bralima-pootra, lauréat du concours de 1850 à Paris. Elle se distingue par un corps volumineux, et enlevé de terre, le dos horizontal, les ailes courtes, la queue de petite dimension, le cul d’artichaut développé, les pattes de couleur jaune-safran, grosses et garnies de plumes; le plumage blanc et gris; le pennage de la tète, du cou et de la queue plus foncé; tête allongée et (inc, bec jaune, crêle petite et basse; ponte très-abondante cl précoce, œufs de couleur légèrement rosée, de moyenne grosseur; aptitude reconnue pour la ponte, l'incubation et l’élevage; poulets meilleurs que ceux provenant des eochincbiuoises. Celle volaille a ensuite été un peu négligée en faveur des races normandes que l'on croyait pouvoir habituer à une étroite captivité, erreur qui n’a pas tardé à être reconnue, et actuellement les brahmas sont assez recherchés

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des amateurs qui ne peuvent pas disposer d’une grande place indispensable aux crèvecœurs.

La race cochinchi noise (fig.28 et 20), mieux appelée chinoise puisqu'elle a été importée de Shanghaï d’abord en Angleterre, puis chez nous, est d'une taille élevée et d’un volume assez considérable pour peser jusqu’à a kilogrammes sans passer par les phases de l'engraissement. La tête est petite et la crête droite, dentelée et pas très-prononcée; les barbillons et les oreillons petits et rouges,

Fig.] 29. — Poule cochinchinoise.

le dos large et légèrement cambré, la queue et les ailes courtes, les jambes hautes et garnies de plumes, le tarse jaunâtre et le plumage varié. Le coq est plein de hardiesse et sa démarche est lente et grave . La douceur , la patience , la rusticité, la fécondité, la ponte prolongée, le sentiment de la maternité, telles sont les qualités qui recommandent la poule cochinchinoise. Comme la race précitée, celle de la Chine excita tout d’abord un tel engouement, résultant un peu de rapports exagérés et d’intrigues commerciales, qu’elle demeura hors de prix et que chacun voulut en avoir un spécimen. 11 fallut bientôt en rabattre, et I on reconnut que la poule chinoise est peu gracieuse, qu’elle est courte et mal proportionnée, qu'elle mange beaucoup, engraisse difficilement, donne des œufs petits et n’a qu’une qualité secondaire comme rôti. Aujourd’hui, le nombre en la beaucoup diminué. Lors de l'importatiou de l’espèce, le fauve était le seu type connu ; on eu trouve actuellement trois autres variétés : blanche , noire et

coucou; les deux dernières proviennent du croisement avec la race de Bréda et participent aux qualités de celle espèce. Ce procédé d’amélioration communique à nos variétés d’Europe les qualités de la cocliinchinoise, en même temps qu'il provoque chez celte dernière l'amélioration de la chair et la facilité de l'engraissement. C’est à ce titre seul que nous conservons la race de Shanghaï. Toutes les variétés cochinchinoises sont généralement Lien représentées à toutes les exhibitions, surtout la fauve et la blanche. A l’Exposition universelle de Paris, la faveur s’est attachée à la variété blanche, dont un coq a été vendu 1,250 francs.

La poule de Langsliam présente quelque ressemblance avec celle de Cochinchine noire, et a été nouvellement acclimatée en France par les soins intelligents qu’on a su lui donner au Jardin d’acclimatation du Bois de Boulogne.

La poule du (lange a le plumage blanc, la ligure rouge, les barbillons de même couleur, la crêté double et recourbée en arrière, les faucilles abondantes; elle est rustique cl bonne pondeuse.

La poule malaise est assez connue en Europe; elle est grande et forte. Chez elle, la tête est grosse avec quelques tubercules rougeâtres simulant une crête triple, le cou long, le bec et les pattes de couleur jaunâtre, le corps gros et régulier, les ailes et la queue grandes, les jambes hautes et nues, l’épiderme jaunâtre, la chair assez dure, la ponte médiocre. Le coq malais compte au nombre des coqs de combat ; ses ongles sont solides, son allure est inquiète et querelleuse, sa physionomie cruelle, son œil féroce, son plumage noir au poitrail, rouge sur le dos. La poule est moins batailleuse, mais ne peut cependant entrer dans nos basses-cours, car sa reproduction n’offre rien d’avantageux.

La poule de Baillant est extrêmement répandue dans la Grande-Bretagne et en France où l’on apprécie sa précocité, sa fécondité, sou aptitude à pondre et à couver dans toutes les saisons, son dévouement maternel, toutes qualités qui la font spécialement rechercher par les faisandiers. Le coq, fier et belliqueux, ne porte pas de faucilles et laisse pendre ses ailes; sa crête est double, oblongue et pointue en arrière. Les variétés sont au nombre de cinq : argentée , dorée, rouge, blanche et coucou.

La poule de Cambodge est naine, à pattes courtes et nues, à ailes traînantes et à couleurs variées. Le coq est fin ; la poule est douce, familière et pond beaucoup d’œufs proportionnés à sa taille.

La poule de Yo-ko-hama est blanche et à queue longue et traînante; la crête est irrégulière, double et peu épaisse, les barbillons courts. Cette race, nouvellement introduite, rappelle par son corps allongé les formes du faisan.

La poule nègre es! petite, a le plumage blanc et soyeux et la peau noire, une demi-huppe rejetée en arrière, la crête noire, frisée et double chez le coq, les oreillons bleuâtres, l’ondeuse et couveuse excellente, celle race n’a rien des autres volailles. Croisée avec la race naine blanche, elle a produit la poule de soie à peau rouge. On lui confie ordinairement les œufs de faisan.

La poule Walliliilii est originaire de Ceylan et manque complètement de queue. On en cultive quatre variétés : la fauve, la noire, la bleue et la blanche.

La poule japonaise, dite encore rare à duvet, vit en Chine et au Japou. Taille semblable à notre poule commune, plumes pareilles à des poils, épiderme rouge : tel est son aspect.

La poule naine de Nangusahi présente une crête simple, grande et dentelée, des joues et de longs barbillons rouges, des pattes courtes, un pennage blanc, des ailes tombantes cl une queue relevée cl à plumes verdâtres.

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La punie naine de Java esL jouflluo et cravatée, possède une crête double et petite, une queue sans faucilles. On en connaît deux variétés : la blanche et la noire, pondant bien et couvant encore mieux.

La poule d'Egypte est remarquable par sa belle taille, son plumage varié et sa fécondité ; mais elle est si mauvaise couveuse qu’il faut faire éclore les poussins dans des fours. Ce mode produit encore environ 40 millions de poulets.

La poule nègre Mozambique occupe une partie de la région orientale de l’Afrique; elle rappelle, avec beaucoup moins détaille, le port de la race cockincliinoise. La crête est petite, le pourtour des yeux, les barbillons, les pattes, la peau, les os mêmes sont noirs; le plumage, de pareille couleur, est soyeux, rarement blanc. La poule pond de petits œufs, couve bien ; le coq s’occupe des petits poulets lorsque la femelle commence à pondre. Au dire de M. Aerts, la poule ramasse les matériaux propres à faire son nid et les transporte sur son dos, où ils tiennent parfaitement à cause de la qualité soyeuse de son pennage.

La poule naine pattue de Madagascar est petite, de couleur variée ou d’un blanc mat, à crête simple et dentelée ; elle possède une rangée de plumes sur le côté externe des pattes. La poule est féconde, bonne pondeuse, excellente mère, familière ; ses œufs sont petits, ronds et délicats. Espèce cultivée en France comme agrément.

L’Amérique, après avoir reçu d’Europe les diverses volailles du Vieux-Monde, nous réexpédie les oiseaux qu'elle a su approprier à son sol et chez lesquels ont été développées de remarquables aptitudes. Parmi les races de poules américaines les meilleures pondeuses, on remarque les leghorns. C’est presque la poule légendaire que nos paysans appellent « Pond tous les jours. » Ses caractères sont les suivants : taille élevée, corps moyen, tète petite et allongée; bec et pattes jaunes ; crête forte, dentelée et droite cliez le coq, et tombante cliez la poule, oreillons allongés et rouges, cbair délicate. 11 y a des legborns marron doré et des legborns blancs. Ces derniers sont les meilleurs, car les plumes blanches ont toujours de la valeur pour le plumassier. On peut voir des spécimens de ces intéressantes volailles au Jardin zoologique d’acclimatation du Bois de Boulogne, qui les a fait venir de l’Amérique pour compléter la collection de volailles qu’on admire dans la poulerie de l’établissement.

La poule mexicaine, la seule qui soit remarquable dans toute l’Amérique du Nord, se distingue par les caractères suivants : corps court, crête grande, simple et droite, joues dégarnies et rouges, bec fort, caroncules grandes, soudées et ne formant qu’une peau divisée en deux lobes, oreillons grands et blancs, pennes de tête et du cou de couleur orange, celles du dos marron avec quelques flammes orangées, les autres noires, poitrine développée, ventre volumineux, croupion plat et large, queue liaute avec plumes faucillées, jambes grosses et à écailles bleuâtres, doigts longs à l’exception de celui de derrière, éperons robustes mais peu acérés, ongles courts. Par sa grosseur, l’excellence de sa chair et de scs œufs, sa rusticité, sa prédisposition à l’engraissement, sa qualité de bonne couveuse, la poule mexicaine mérite toute l’attention des éleveurs.

La poule brésilienne n’est guère connue que depuis une dizaine d’années ; elle a la crête cramoisie et rudimentaire, le plumage varié, mais souvent d’un bleu mat, la queue petite et les pattes de couleur rosée. Elle passe pour être trèsféconde.

La poule de Bahia, désignée depuis longtemps sous le nom de cul rouge , parce que scs ailes, son cou et surtout son croupion se couvrent tardivement de plumes, possède une forte taille, un bec gros et recourbé, des hanches saillantes, un croupion élevé, un plumage roux ou fauve, un bec et des pattes jau- TOME II. — NOÜV. TECH. 28

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nâtres, une peau rosée. Elle est féconde, rustique, sédentaire et familière, mais n'a pas beaucoup de tendance à l'incubation.

Les races océaniennes habitent Java, Sumatra et les îles Moluques, et ont en général une forte taille, une crête rudimentaire, un plumage noir à reflets métalliques et soyeux. Les poules pondent de gros œufs, mais sont peu fécondes.

La catégorie des animaux de basse-cour n'a pas été un des moindres attraits de l’Exposition internationale universelle des animaux domestiques. Les progrès réalisés par les efforts des exposants viennent prouver l’utilité incontestable des concours agricoles, et, je le redis, l'administration ne peut que se louer d’avoir fait bénéficier de scs encouragements cette branche de l’économie domestique si importante et pourtant délaissée pendant trop longtemps.

L’élevage des animaux de basse-cour, et des poules en particulier, a pris beaucoup d'extension, surtout dans la classe aisée de la société. C’est par centaines (pie l’on compte aujourd’hui les personnes riches qui s’occupent personnellement de l’éducation des belles volailles. Les unes, les moins habiles, suivent les concours régionaux, tandis que les autres, les plus instruites et les mieux outillées, fréquentent les concours généraux de Paris et sont venues à l’Exposition. M. Lemoine fait partie de ces dernières 11 a remporté 8 premiers prix, 5 seconds, 8 troisièmes, 1 quatrième, 2 supplémentaires et 3 mentions honorables; en total 27 récompenses, et, pour couronnement, le prix d'honneur, objet d’art de la valeur de 500 francs.

Il n’y a guère que quatre ou cinq ans que cet éleveur s’est livré sérieusement à la production des races gallines de choix, et il est arrivé en peu de temps au succès le plus complet, gr;\ce à son entente de la matière été sa surveillance de tous les instants. J’ajoute qu'il est admirablement secondé par Mme Lemoine, une femme comme chacun en désire une pour son frère ou son meilleur ami.

Je voudrais pouvoir décrire ici leur établissement de Crosne, mais l’espace m’est trop ménagé pour cela. En attendant la réalisation de ce projet, j’intercale dans ce travail quatre des principales vues de leur exploitation lpl.II, fig. t, 2, 3 et 4) , et je termine en disant que Crosne est un charmant village qui louche à Montgeron, station du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, à une heure de Paris, et que M. Lemoine est aussi aimable que bon agriculteur.

Nous connaissons les poules, occupons-nous mainlenant de la manière de les élever, nourrir et engraisser le plus économiquement possible.

C’est vers l’âge de six mois que les poules commencent à pondre. Quand elles sont nées en février, mars ou avril, elles pondent en automne ; lorsqu’elles sont nées plus tard, elles ne pondent qu'au printemps suivant. L’aptitude prédominante chez la poule c'est la production des œufs. Une poule bonne pondeuse ne donne pas dans sa vie plus de 600 œufs : 801a première année, 120 la deuxième, 120 la troisième cl 80 la quatrième. Comme dans les années suivantes la ponte diminue progressivement, le bon sens commande de mettre à la réforme les poules âgées de cinq ans, la durée de la vie étant de huit années. Autrefois, le poids moyen de l'œuf était de 44 grammes, il varie aujourd’hui de 60 à 83 grammes. La production annuelle, dans les espèces perfectionnées, peut atteindre 200 œufs du poids de 68 grammes l’un, soit 800 œufs pesant ensemble 51,500 grammes pour une période de quatre années, après laquelle elle donne encore, convenablement préparée pour la vente, l’excellente poule au pot « rêvée par Henri IV » pour son peuple qui n’y goûta jamais.

La poule qui veut pondre a la r.rôle rouge, l’œil vif, l'appétit vorace; elle cherche le lieu où elle puisse se cacher afin de soustraire son œuf aux regards de •'homme. Quand le besoin la presse, elle va au pondoir, s'y arrange cl y accom-

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plit sa fonction. La joie qu’elle ressent après sa délivrance est indiquée par un cri de soulagement et de triomphe; le coq prend part à cette joie et entonne à son tour un chant d’amour. Certaines poules mangent leurs œufs et parfois ceux de leurs compagnes; il importe de les sacrifier au plus vite. Dans un but de conservation, on doit recueillir les œufs deux fois par jour et les placer dans des lieux frais afin d’éviter l’évaporation des liquides qu’ils contiennent. On reconnaît qu’un œuf est frais à sa teinte blanche et à son vernis luisant; à la lumière, les liquides qu’il contient sont clairs et transparents. Les vieux laissent voir vers le gros bout un vide résultant de l’évaporation de l’humeur séreuse, et, quand on les tourne avec vivacité, les mouvements sont saccadés et irréguliers.

Les œufs clairs proviennent de la ponte d’une poule qui n’a aucune communication avec lecoq, ou d’un mâle qui, par accident ou maladie, est devenu infécond. Au point de vue industriel, ils valent mieux que les œufs fécondés, parce qu’ils sont aussi bons, supportent très-bien les voyages et peuvenL parfaitement attendre l'époque de la vente la plus avantageuse ; mais, au point de vue de la reproduction, ils ne valent rien du tout. 11 faut donc s’assurer parfois que les coqs remplissent bien leur devoir auprès des femelles et qu’ils 11e se bornent pas à faire le simulacre de la fécondation. C’est souvent faute de cette surveillance qu’011 voit tant d’œufs rester clairs dans les couvées. Ceux qui sont destinés à l’incubation doivent être conservés dans du son ou de la sciure de bois ; lorsqu’ils doivent être transportés, il faut les prendre frais et leur faire éviter le plus possible les secousses des voitures. Par des moyens factices, et qui n’ont rien de cruel, l'homme peut augmenter la ponte des poules. Le premier et le plus simple est d’établir un poulailler dans une étable ; le second est de chauffer le poulailler avec un poêle et des tuyaux analogues à ceux des serres, et d’y répandre une chaleur constante de 15 degrés. Les poules aiment le poulailler chaud, et il y a longtemps que les paysans mettent à profit le premier moyen indiqué et en obtiennent un surcroît de 30 œufs.

Il est quelquefois avantageux pour le producteur de suspendre la ponte de ses poules à une époque où les œufs sont abondants, pour la reporter au temps où ils sont rares. Pour reculer la ponte du printemps à l’été, de l’été à l’automne et de cette dernière saison à l'hiver, il 11e s'agit, au dire de M. Mariot- Didieux, que d’avancer le temps de la mue : pour cela on arrache le plumage à plusieurs reprises. O11 empêche une poule de couver en la baignant plusieurs fois, en la privant de nourriture et en la mettant sous une mue. Après un jour de ce régime, elle court çà et là et ne pense plus à couver.

La poule qui est prête à couver décèle sa position par de petits cris répétés et bien connus des éleveui's ; elle aime son nid, le garde et le défend. C’est alors qu’on la prend et qu’on la porte au couvoir pour essayer si elle est bien décidée. Un œuf d’essai est placé avec elle, et on attend jusqu’au lendemain. Après avoir levé avec précaution le couvercle, si la poule est douce, c’est l’indice d’une bonne disposition que l'on met à profit en ôtant l’œuf d’essai, et en le remplaçant par les œufs qui doivent éclore ; si elle se montre sauvage, il faut la remettre dans le poulailler. Tout doit être préparé ù l’avance, alin de ne pas faire languir les poules. Pour quelques couvées, un compartiment séparé suffit; pour un grand nombre il faut un appartement en rapport avec le nombre des poulets. Le grand bruit, le jour éclatant, les entrées et les sorties bruyantes, sont autant de causes de trouble et de dérangement pour les travailleuses. Les paniers à couver doivent être placés à une hauteur convenable et porter une étiquette qui indique le nom des espèces, le nombre des œufs et la date de la mise à couver ; avec cela il est facile de surveiller les éclosions. Au bout de dix jours, il convient de se préparer au mirarjc des œufs. On pratique alors dans le volet de la fenêtre une fente de trois centimètres de largeur sur

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laquelle on adapte un verre de vitre; on attend que le soleil ne donne pas sur la fente, on s'enferme dans le couvoir et on opère ainsi : on prend un œuf avec l'extrémité des doigts de la main gauche et par le petit bout, on pose la main droite en travers sur le bord supérieur de l’œuf et l’on regarde près de la fente. L'n peu d'exercice démontre promptement si l’œuf est clair ou fécondé, ou si l’embryon est vivant ou mort. Si l’œuf est fécondé et l’embryon vivant, l’œuf est opaque ; s’il est transparent, cela dénote qu'il est clair; si l’embryon est mort, l'œuf est troublé. Le vingtième jour, c’est-à-dire la veille de l'éclosion, on tient prêt un panier pour transporter les poussins. Le lendemain, on se rend au couvoir, on enlève chaque poule en ayant soin de lui ouvrir les ailes où elle place souvent des poussins que l’on aperçoit avec les coquilles à côté d'eux. Quand il reste des œufs, on replace la poule dessus, et à l’entrée du panier les petits qu'on avait retirés, car il faut les laisser avec leur mère encore pendant vingt-quatre heures, temps pendant lequel ils peuvent parfaitement se passer de nourriture. Le lendemain, la poule est enlevée de nouveau avec les mêmes précautions; tous les poussins sont placés dans le panier, et, après les avoir portés sur le lieu d’élevage, on leur donne une mère pour quinze sujets environ. Il est bien rare qu’un poulet ne puisse briser sa coquille ; on ne doit même jamais l’aider dans cette opération, car tel sujet qui n’a pas la force de sortir naturellement est fatalement destiné à périr de bonne heure. Un poussin met une heure à éclore, un autre deux jours; il convient de laisser la nature conduire cette œuvre à bien.

MM. Jacque, Gérard, Adrien, Tricoche et Carbonnier ont construit les premiers incubateurs, laissant à MM. Voitellier, Rouillier et Arnoult, etc., le soin de compléter leur œuvre. Depuis plusieurs années, les inventeurs des bydro-incubateurs ont parcouru la France et fait connaître leurs instruments A tous les visiLeurs des concours régionaux. Plus de couveuses, poules ou dindes, plus de non-valeurs, et augmentation de la production des œufs et des poulets. D’un autre coté, moins de dépense de nourriture. ParLout le profit. La simplicité des appareils en rend la conduite facile. De l’eau à faire chauller deux fois par jour, retourner les œufs de temps à autre, et voilà tout. Au bout de trois semaines les poussins sortent de la coquille. La couveuse, a dit M. Joubcrt dans un rapport adressé à l'Académie nationale agricole, manufacturière et commerciale, est un véritable instrument de ferme aussi solide qu’une baratte, pouvant être mise entre les mains d'une simple paysanne après un court apprentissage.

Les œufs que l’on veut faire couver, aussi bien d’une manière naturelle qu'artificielle, doivent être le plus frais possible ; il faut x’ejeter ceux qui ont plus de quinze jours en été, de trois semaines en hiver. On ne peut reconnaître les œufs fécondés avant la mise en couvée que le dixième jour par le mirage au volet et le quatrième avec les instruments inventés par MM. Bouillier, Arnoult et Voitellier, on voit le germe sous la forme d’une araignée rouge. Si les œufs ne sonL pas fécondés et datent seulement de plusieurs jours au moment de la mise en couvée, ils ne semblent pas renfermer de jaune.

L'élevage des poussins sous la conduite de leur mère est le plus usité en France, bien qu’il ait le désavantage de ne pouvoir être pratiqué qu’en petit. La saison la plus convenable est le printemps. On a vu qu'il faut laisser les poussins pendant vingt-quatre heures sans s’occuper de leur nourriture; cependant, quand il y a inégalité dans l’incubation, il faut jeter quelques miettes de pain aux premiers-nés qui s'en emparent aussitôt. Lorsque la couvée est dans toutes les conditions voulues, on place la mère sous une cage appelée mue ou benâle, de un mètre de hauteur, de trois mètres de circonférence, munie d’un couvercle mobile, à claire voie et à barreaux assez écartés pour permettre aux poussin s

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de sortir et de rentrer à volonté, ce qui donne à la ménagère la facilité (le surveiller la petite famille et aux jeunes poulets celle de manger dehors sans craindre que la mère n’accapare toute la nourriture. Le dixième jour, la mue n'est plus nécessaire et la liberté complète est accordée à toute la famille. S’il fait froid, la mue doit être placée dans une chambre ou dans un lieu bien abriié; s’il fait chaud, il faut la mettre dans un coin à l’ombre ou bien la couvrir avec une toile. Cinq fois par jour, on dépose sous cette cage une assiette contenant de l’eau, fraîche en été, dégourdie en hiver, de la mie de pain, des jaunes d’œufs, des larves de mouches, des vers de terre hachés, du lait pour les petits et du grain pour la mère. L’essentiel n'est pas de distribuer d’abondantes rations, mais de la renouveler régulièrement et souvent, les jeunes oiseaux croissant rapidement lorsqu'ils ne soutirent pas. Le troisième jour, on remplace la nourriture précédemment indiquée par du blé, du chènevis ou du millet; le septième, on permet, pendant plusieurs heures, la promenade de la poule et de sa progéniture, en ayant bien soin de tenir la mue amplement approvisionnée d’aliments. À cette époque, les plumes des ailes et de la queue commencent à pousseb; c’est la première crise de la vie; aussi, comme les jeunes sujets ont besoin de beaucoup de soins, faut-il les prései’ver du froid et de l’humidité et veiller à ce qu’ils mangent convenablement. Malgré tout, les poussins se mouillent, les plumes restent couvertes d’une viscosité gluante qu'il importe d’enlever avec un petit lavage à l’eau tiède, des frictions sèches et l’exposition au feu. A quinze jours, les petits poulets peuvent aller à la bassecour où ils mangent du blé, des pâtées, des vers, de la viande, etc. C’est souvent à cette époque que la poule sèvre ses enfants en les rebutant, en s’éloignant d’eux, en les frappant même quelquefois. A un mois, ils n’ont plus besoin de soins particuliers; l'essentiel est de veiller à ce qu’ils mangent lorsqu’on appelle les autres volailles pour la distribution des aliments. A six semaines, ils pourvoient toutà fait à leur entretien. A trois mois on fait le triage des poulets; les animaux de choix sont conservés; ceux qui sont mal conformés ne rapportent jamais ce qu'ils coûtent, c’est pourquoi on les mange ou bien on les prépare pour une vente prochaine. Ce n’est guère qu’à cinq mois, quand la croissance est terminée, qu’il est possible de soumettre les individus de choix à la pratique de l’engraissement.

La nourriture joue donc un grand rôle dans l’élevage des volailles. Certaines races, excellentes dans leur pays d’origine où elles sont l’objet de soins rationnels, dégénèrent promptement dans des contrées voisines et analogues lorsqu’on ne les soumet pas à leur alimentation primitive.

A la campagne, quand la poule vague tout autour des maisons, elle trouve en abondance des graines, des détritus, des épluchures, d'innombrables insectes, etc. ; mais lorsqu’elle vit constamment dans une basse-cour étroite ou dans une volière, elle peut à la rigueur se contenter d’une nourriture plus uniforme. Les criblures des céréales, le sarrasin, le maïs, la vesce, les pois, le chènevis, le tournesol, les résidus de farine, les pâtées avec les tubercules, les légumes et les herbes cuits ou crus, les insectes, les vers, la viande, les résidus de brasserie et d'amidonnerie et mille autres choses peuvent, isolément ou réunis, former la base de l’alimentation des volailles. Dans chaque pays, la ménagère sait trouver, suivant les ressources dont elle dispose, la nourriture la plus économique ; elle s’etforce de la rendre échauffante aux époques de production et pendant les jours froids et humides, et rafraîchissante le reste du temps. L’essentiel est de consulter la santé des volailles et les prix du marché ; c’est sur la rémunération que se base la distribution des aliments. L’avoine, l’orge, le millet, le sarrasin, la vesce et le chènevis conviennent aux poules qui veulent pondre. Quand la femelle recherche le coq, il faut la

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rafraîchir; lorsqu'elle le fuit, il convient de l’échauffer avec le chèncvis; si elle tourne à la graisse, il importe de retrancher le sarrasin et de se servir de chèncvis ; si elle devient maigre, il est bon alors de lui rendre le sarrasin. Le petit blé n'est avantageux que lorsqu’il ne eoûte pas cher; dans le cas contraire, il vaut mieux le remplacer par du sarrasin, qui est beaucoup plus nourrissant. L’orge doit être concassée; le riz cl le maïs deviennent plus profitables quand ils sont cuits. I.a farine d'orge, le son, les pommes de terre, les légumes et les herbages cuits et préparés au petit lait où ;ï l’eau de vaisselle constituent des pâtées très-nourrissantes et fort recherchées de la gent gloussante. On peut régler les repas des poules renfermées de la manière suivante : le premier, à 6 heures du matin en été, et à 7 heures en hiver; le second, â 1 1 heures dans la belle saison, et à midi dans la mauvaise ; le troisième, qui est toujours le moins abondant, vers les 2 ou 3 heures du soir.

Le poulet, avant quatre ou cinq mois, peut ôtr amis en chair, mais non engraissé, attendu qu’il faut, pour la réussite de cette opération, que le sujet ait atteint toute sa croissance. L’engraissement proprement dit des jeunes poulets n’cxisle pas. On les met en chair seulement, et dans cet état ils sont tendres et excellents à manger, sans avoir le goût fin des volailles dont on s'est spécialement occupé. Pour amener les poules de trois à cinq mois à cet état, il n’est pas nécessaire de les enfermer dansune épinette ; on peut les laisser en liberté et leur donner manger trois fois par jour, leur abandonnant ce qu'elles récoltent à titre de superflu. Quelques personnes ont l'habitude de distribuer la nourriture à des heures régulières et dans de petits parcs ou enclos; les animaux s’habituent très-bien à ce régime et arrivent en trois semaines à pouvoir faire bonne figure sur la table.

L’engraissement des poulets adultes n'est parfait qu'au moyen des épineltes; on peut, il est vrai, le commencer pendant quinze jours parle procédé indiqué ci-dessus. Afin de tirer tout le parti désirable de l’épinelte, il convient d’y placer à la fois toutes les volailles qu’on veut engraisser ; le tapage des nouvelles venues peut, en effet, troubler le repos des autres, entraver leur engraissement et les empêcher d’arriver ensemble au degré désiré. En conséquence, toutes les fois qu’on enlève plusieurs volailles de l’épinette, il est urgent d'attendre, avant de remplir les cases, que les autres aient atteint leur perfection. Il existe deux manières d’engraisser les volailles dans les épinettes : la première, en laissant la mangeoire toujours pleine ; la seconde, en enlevant la mangeoire après que la bête cesse de picoter, et en fermant I'épinctte pour que le travail de la digestion ait lieu dans l’obscurité et le silence. Il ne faut jamais donner la pâtée en excès, car ce qui reste est inutilement perdu par suite du dégoût qu’il inspire aux volailles. Il convient aussi de distribuer la nourriture trois fois par jour et à la même heure ; les poulets habitués à celte régularité mangent avec plus d’appétit.

L’engraissement par empalement est usité à la Flèche où l'on produit de si belles poulardes. On choisit d’abord des poules en bon état de chair, vierges, de six â sept mois, à viande blanche et à peau souple et tendre. On empâte dès le premier jour, et, pendant une durée de temps qui varie de seize A vingt jours, on renouvelle deux fois dans la journée celte opération. On emploie pour cet engraissement de la farine composée de trois parties de blé noir et d’une partie d'avoine blutée avec soin, on la pétrit avec du lait et on en forme des pfttons que l’on introduit dans l'estomac de la manière suivante : une femme place sur ses genoux la poule, elle lui ouvre le bec et maintient l’animal ; une autre personne enfonce le pâton avec le doigt et le pousse aussi loin que possible. Afin d’éviter le séjour de quelques fragments de pûlons dans le gosier, ce qui pourrait occasionner des maladies aux volatiles, il faut avoir soin de les tremper dans du

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lait et de presser doucement le cou de la volaille au-dessus du pâton que l’on fait descendre. Au début de l’engraissement, on donne à chaque repas 2 pàtons, puis 3 et 4, enfin on arrive progressivement jusqu’à 10 ; mais il importe, avant d’empâter la poule, de bien faire attention au jabot et de s’assurer que la dernière pitance a été convenablement digérée. Toutes les volailles peuvent être avantageusement engraissées par ce moyen qui, en somme, est moins coûteux; que l’épinetle. Avec dix livres de la farine précitée, on peut amener la volaille à un parfait état de graisse. On reconnaît qu'une poule est arrivée au degré désirable quand elle a la peau blanche, la croupière lourde et beaucoup de graisse sur les épaules.

L'engraissement par entonnage est plus commode et plus rapide que le précédent. On se procure, pour opérer de la sorte, un entonnoir eu fer-blanc dont l’ouverture supérieure a 0m,10 de largeur et 0m ,06 de profondeur, et le goulot 0m,25 en haut et 0™ ,015 en bas. Ce dernier, qui est destiné à entrer dans l'œsophage, est coupé en diagonale et pourvu d’un rebord. La farine qui sert à confectionner non plus un pâton, mais une bouillie épaisse, est la même que pour le mode d'empâtement. On prend l’animal par les ailes et on lui plaoe la tête entre les genoux et en haut; puis on lui ouvre le bec et on introduit rapidement tout le goulot de l’entonnoir, tenant alors cet instrument et la tête de la main gauche. Ceci fait, on verse de la bouillie dans l’entonnoir, on tâte Je jabot, et, après que cette poche est reniplie, on met le sujet en place pour passer à un autre. Les repas se font trois fois par jour: à quatre heures du matin, à midi et à huit heures du soir. La quantité d’aliments dont ils se composent est d’environ un huitième de litre. On en donne la moitié le premier jour, les deux tiers le second, et la totalité de la ration le troisième et les suivants. Pendant tout le temps de l’opération, les poules demeurent dans des caisses situées dans un endroit calme, obscur et tempéré. Il faut suivre les progrès de l’engraissement, et sacrifier les individus qui restent stationnaires, car ils pourraient tomber malades et même succomber, ce qui serait contraire aux intérêts de l’éleveur.

M. Odile Martin, inventeur breveté d’un système mécanique d’engraissement pour les volailles, après avoir expérimenté pendant de longues années ses procédés à Cusset près Vichy, a installé ses appareils au Jardin d’acclimatation du Bois de Boulogne. Les volailles ainsi engraissées sont de bonne qualité.

Après les machines à engraisser viennent celles à plumer les volailles, à trier les plumes et à les séparer du duvet. La première a paru à Philadelphie. Cette machine ressemble, à première vue, à une grosse machine à coudre revêtue de son couvercle. Au centre est le mécanisme, commandé par une pédale et un volant logés comme dans les machines à coudre. L’organe principal est une roue de 30 centimètres de diamètre, dont la largeur à la circonférence est de 5 centimètres; les bords sont garnis de doigts ou ramasseurs en caoutchouc, disposés et mus de manière à saisir et pincer tout ce qu’ils rencontrent en passant au-dessus de la table, et à s’ouvrir en abandonnant les plumes une fois qu’ils arrivent en dessous. Le duvet est entraîné par un courant d’air sur un plan incliné qui le conduit dans le sac spécial. La plume, tombée dans une trémie en forme de V, est ramassée par une main automatique et formée en paquets qu'il reste à attacher et à empiler dans une caisse placée derrière la machine. Dans l’opération, la personne assise, le pied sur la pédale, met l’appareil en train, prend la volaille par les pattes, la pose sur la table, puis la tourne, la retourne et la présente en tous sens, de manière à ce que les doigts en caoutchouc attaquent bien également les diverses parties du corps. L’inventeur dit qu’il peut parfaitement plumer un poulet en une minute, en faisant marcher la machine avec le pied. Mais il vaut mieux; pour un travail prolongé,

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employer deux personnes : l’une à la pédale, l’autre à la manipulation des volailles; il est alors facile de plumer un cent de volailles en trés-peu de temps.

La question du poulailler mérite notre attention. Les volailles qui souffrent du vent, de la pluie, du froid, etc., ne donnent que de médiocres bénéfices à ceux qui les entretiennent dans ces mauvaises conditions.

Les habitations des poules peuvent être établies de bien des manières, suivant la richesse et le goût des éducateurs, et suivant aussi l’emplacement dont ils disposent et le mode d'élevage qu’ils ont adopté. Pour le citadin comme pour le paysan, pour l’amateur comme pour l'éleveur sérieux, il existe des règles hygiéniques qu’on ne peut violer sans porter un coup funeste A l’entreprise commencée. Le point de, départ de l’élevage des volailles est donc la construction raisonnée du poulailler; aussi allons-nous nous étendre quelque peu sur l’étendue, l’exposition, la distribution intérieure et les soins journaliers qui conviennent au logement des poules.

Les propriétaires qui se livrent à l’exploitation des races de luxe font la dépense d'un parc. On désigne sous le nom de parc un terrain plus ou moins spacieux, pourvu d’une clôture et dans lequel se trouvent : l'habitation proprement dite, un hangar qui abrite les poules en hiver quand on nettoie le logement, et qui se x’elie généralement au poulailler afin de ménager un passage à sec aux volailles ; puis des augettes, des perchoirs, des pondoirs, en un mot tous les accessoires nécessaires. La dépense la plus importante consiste dans les matériaux et la main-d'œuvre des clôtures. Les meilleures sont en briques, mais elles coûtent cher; les moins dispendieuses sont faites avec des planches, des perches de sapin reliées entre elles, ou tout simplement des haies. L'essentiel est qu’elles atteignent la hauteur de tm,;>0, et qu’elles empêchent la fuite des prisonniers ailés. Du côté du nord, l’entourage exige un peu plus de hauteur afin de préserver le parc de la froidure; pour les autres côtés, il peut être plus bas et simplement à claire-voie. Pour un parc convenable, le terrain doit avoir au moins 30 à 40 mètres de superficie, de telle sorte que les animaux ne soient ni trop entaâsés, ni trop au large, Les fermetures hermétiques et la bonne exposition, voilA ce qu'il importe de considérer par-dessus tout. De Perlhuis, qui vivait au commencement de ce siècle, disait : si un poulailler est trop froid, les poules n’v pondent point ; s’il est trop chaud ou trop humide, elles sont exposées A des maladies; si les murs ne sont pas recrépis avec soin, ^les insectes et les souris troublent le sommeil des volailles et les empêchent de prospérer. Les poulaillers bien établis sont toujours exposés au soleil levant, afin de procurer la prompte évaporation de la rosée. Quel que soit le nombre de volailles que l’on nourrit, il est urgent que l’habitation demeure séparée des écuries, des bouverics et des bergeries, A cause des démangeaisons que les poux des volailles occasionnent parfois aux grands animaux domestiques ; qu’elle soit suffisamment aérée, afin que l’air ne se vicie jamais; qu’elle ait ses parois intérieures unies, pour ne pas donner passage aux fouines, aux belettes et aux rats et ne pas receler d'insectes; qu’elle soit pourvue d’une charpente tégère et d'ouvertures grillées.

Le poulailler bien aménagé est divisé en deux partie», dont l'une est réservée aux couveuses et l’autre aux poules qui ont des poussins. Les deux compartiments peuvent communiquer au moyen d’une petiteporte qu’on ferme A volonté et, dans ce cas, avoir chacun une issue sur la cour. Les augettes et les abreuvoirs sont indispensables dans un poulailler ; il en est de même des juchoirs placés en amphithéâtre, les plus bas A 20 centimètres du sol, les plus hauts A \ 3 centimètres du toit, et des nids de poules en bois ou en osier, séparés les uns des autres, placés de manière que les poules qui se nichent dessus ne puissent souiller de leurs ordures celles qui se trouvent au-dessous. Dans les poulail e

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construits on pierre, on ménage dans l’épaisseur des murs des niches ayant 25 centimètres sur chaque face et comprenant deux ou trois rangées.

L’entretien journalier du poulailler est de la plus haute importance, si l’on veut conserver les volatiles en santé. On veillera dans le parc au renouvellement du gazon, à la propreté des endroits sablonneux où les poules vont picoter, se poudrer et se débarrasser de la vermine. A l’état normal, la poule en avale au moins 2 grammes par jour dans le but, d'une part, de faciliter la digestion, et, d’autre part, de procurer à son organisme les sels qui lui sont indispensables, et à scs œufs les éléments calcaires dont la coquille a besoin pour se former. Chaque matin, dans le poulailler, on enlèvera les ordures qui seront jetées au loin, on remplacera le sable mouillé par du sec, on renouvellera la paille, on fera des aspersions de solution de sulfate de fer qui agit comme désinfectant, on donnera de l’eau fraîche, phéniquée ou ferrugineuse, afin d'éloigner les agents morbides, on distribuera des aliments nouveaux; tous les quinze jours, il faudra racler et laver les murs et les perchoirs, enlever les araignées, nettoyer à fond les augettes et les abreuvoirs; à la lin de chaque année, il sera bon de boucher toutes les fentes, badigeonner les murs avec du lait de chaux, peindre les portes et fenêtres, en un mot, de prendre toutes les précautions désirables.

Tout ce qui est enlevé du poulailler constitue un fumier composé par b/(i au moins de fiente de poulet, dont nous fixons la valeur à t fr. par an et par poule. Voici, d’après le journal la Basse-Cour, la meilleure manière de le préparer pour qu’il produise bon effet. Déposez votre fumier dans un endroit où les poules ne pourront le gratter; ensuite, arrangez votre tas de fumier en forme un peu aplatie, puis arrosez-le avec des égouts d’étables ou purin, ayant soin que votre tas de fumier soit bien traversé et imbibé partout. Vousle laisserez en cet état deux ou trois jours; vous prendrez une râlelette et une pelle, et vous brasserez votre terreau comme on brasse un fumier ordinaire, mais le plus menu possible, comme du noir animal si vous pouvez ; votre opération terminée, remettez votre engrais en tas, il s’échaulfera bien : deux ou trois jours après vous poui’rez l’employer. Cet engrais ainsi préparé vaut le bon noir animal de raffinerie que l’on vend 14 à 15 fr. l'hectolitre, et il le remplace lorsqu’on plante des choux, à la dose de trois à quatre doubles-décalitres par boisselée,la terre étant suffisamment préparée et fumée par ailleurs.

L’amélioration des volailles a pour but non-seulement de conserver à nos races la corpulence, la qualité de la chair, l’aptitude à pondre et à engraisser, mais encore de développer au plus haut point toutes ces qualités, suivant les habitudes des contrées et les débouchés que l'on y trouve : ici, et c’est le cas le plus fréquent, les pondeuses jouissent d’un honneur mérité, là, les couveuses sont plus recherchées, partout on apprécie la précocité et la qualité de la chair. On peut toujours former une excellente basse-cour avec un ou plusieurs types choisis dans nos races françaises.

Les poules de Crèvecœur, de Houdan, de la Flèche, de la Bresse ont le double avantage d'exister partout et d'être à la portée des petites bourses; cela les recommande au choix des éleveurs qui, avec un couple de l une des espèces précitées, sont à même de se monter selon leur goût. Elles peuvent servir de souche aux pays qui ont besoin de renouveler leurs poulaillers, n’ont ordinairement rien à gagner au croisement, et doivent être entretenues par la sélection. Cependant, apporte M. Mercier, si elles ne peuvent s’habituer au sable et aux limites de votre basse-cour, ni oublier le sol riche et herbé où elles jouissent d une très-grande liberté, placez six ou huit de ces poules, bien choisies, avec deux beaux coqs brahma, et vous ne tarderez pas à obtenir des sujets vigoureux, pondant beaucoup d’œufs blancs et gros, et produisant d’excellents

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poulets et de bonnes poules couveuses. Ces nouveaux venus conformeront leur existence au caractère de votre localité.

La pintade, encore nommée poule perlée, poule de Numidie, poule de Guinée, a le double mérite d’embellir nos basses-cours et de nous procurer un mets exquis. On lui reproche avec raison son humeur sauvage etcbicanière, sa manie de pondre en deliors des habitations, ses cris désagréables; malgré cela, son élevage serait encore avantageux et agréable, si elle n’était pas si délicate pendant son premier âge. Les caractères de la pintade sont les suivants : tour de l’œil, joues et nuque recouverts d’une membrane blanche plus développée chez le mâle que chez la femelle, bec. nu, excroissance cornée placée sur la tète et un peu dirigée en arrière, plumage noir et ardoisé, recouvert de nombreuses taches blanches. On connaît quatre principales variétés de pintades domestiques : la grise, la blanche, la lilas et la panachée. Les grands éducateurs en possèdent encore plusieurs autres nouvellement introduites : la pintade à tiare, de Madagascar, à joues bleues, du Sénégal, inilrée, éi huppe, vulturine, etc. La plus douce et la plus sociable est la pintade couronnée.

La ponte donne 100 œufs par année quand on a soin de les enlever au fur et à mesure de leur arrivée; l’incubation exige le concours d’une poule ou d'une dinde ; l’éclosion a lieu du vingt-huitième au trentième jour. L’élevage des pintadeaux doit se faire sous une mue dans un lieu sec et chaud. Même nourriture que pour les faisandeaux, cependant on peut leur donner de meilleure heure le chènevis et le froment. Comme les jeunes dindons, les pintadeaux souffrent beaucoup au moment de prendre le rouge. Les pintades perebentsur lesarbres, reçoivent la même nourriture que les dindons, mais ne peuvent pâturer seules aux champs à cause des désordres quelles occasionnent.

Le dindon, le dernier venu des oiseaux exotiques, est originaire de l’Amérique et descend du dindon sauvage, qui vit encore en troupes nombreuses dans lesforêtsdece pays. Son introduction a eu lieu en Angleterre sous Henri VIII, en France sous Louis XII, et plus tard dans toute l’Europe. La captivité a singulièrement altéré la belle couleur du dindon sauvage et a produit quelques variétés : la blanche, la grise, la jaspée, la rouge, la noire, et enfin celle à' Italie recommandée par le Jardin d’acclimatation, ainsi que par des amateurs compétents, à cause de ses aptitudes incubatrices. Les dindons noirs et cuivrés sont les plus forts ; les premiers sont plus répandus, mais les seconds plus jolis. Le dindon blanc, un peu plus délicat et difficile à élever que les précédents, est néanmoins trop négligé. Cet animal possède süus le ventre, notamment entre les pattes, des plumes que l'industrie emploie pour fabriquer du faux marabout et dont elle l'ait grand cas. Les dindons n’ont pas besoin d'être renfermés, comme les poules, pendant la nuit; ils se perchent sous un hangar et cela suffit. Ils protègent les autres volailles contre les oiseaux de proie qu'ils combattent.

La ponte commence en avril et donne une quinzaine d'œufs ; elle recommence après la mue, dans le courant d’aoôt, mais elle n’est plus que de dix â douze a»ufs seulement. L’incubation dure de vingt- six â trente jours. Le choix des couveuses, le mirage des œufs et tous les soins précurseurs de l'élevage sont absolument les mêmes que pour la poule. Les dindes sont bonnes couveuses et on peut leur confier de quinze â dix-huit œufs. L’élevage du premier âge est fort difficile à conduire â bonne fin. Aussitôt nés, les dindonneaux doivent être placés dans une chambre suffisamment chauffée pendant au moins une semaine, et nourris comme les poussins; puis on les accoutume peu à peu à l’air libre, on surveille leurs petites promenades, et on leur distribue des pâtées confectionnées avec de la farine, des recoupes, de la laitue hachée. Ce n’est que

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quinze jours après leur naissance que les petits prenncnlleur vol, pour se percher et passer la nuit à côté de leur mère. Us se nourrissent de fraises des bois, d’insectes, de sauterelles, quand on les laisse courir il droite et à gauche; ils ont encore l’habitude do se rouler dans les fourmilières abandonnées, pour nettoyer leurs plumes et se débarrasser des parasites qui ne peuvent supporter l’odeur de l’acide formique que les fourmis ont laissé à terre. Dans leur jeunesse, il faut les préserver de la pluie et de l’humidité, les bien sécher près du feu et leur faire avaler des breuvages toniques quand ils semblent pris de faiblesse. La crise du rouge leur est funeste. La Picardie, la Normandie, la Lorraine, le Berry, la Bourgogne, la Saintongc et le Houergue sont les provinces les plus adonnées à l'élevage du dindon et particulièrement du dindon noir.

Le dindon, dit sauvage, vivant aujourd’hui en domesticité dans nos bassescours, prend beaucoup de faveur à cause de la venue facile des dindonneaux. Le père et la mère s’eD vont dans les bois qui avoisinent les habitations, la ponte et la couvaison s’opèrent, et un beauj jour on voit arriver toute une nouvelle famille qui n'a rien coûté sous tous les rapports. Pour engraisser les dindons, il suffit de les renfermer pendant deux ou trois semaines, et de les nourrir de son mouillé, de pommes de terre et de farine de maïs. On peut encore leur donner des faines, des châtaignes et des glands crus, broyés avec de la farine de maïs. Ces oiseaux sont gourmands et prennent vite la graisse, et il est bien inutile de les chaponner.

Dès la plus haute antiquité l’histoire fait mention de la colombe, de son utilité et de son existence près de l’homme. La colombe de l’arche revenant au toit hospitalier en est le premier exemple. Les peuples anciens l'offraient à Vénus et l’attachaient à son char. 11 est question du pigeon dans un menu de repas datant de la quatrième dynastie égyptienne. Les Grecs et les Romains aimaient beaucoup cet oiseau et le faisaient venir jusque de la Perse. Au moyen âge les seigneurs se le réservèrent, et le droit de colombier devint un des privilèges de la noblesse jusqu’aux jours de la tourmente révolutionnaire, où l'innocent pigeon porta la peine des fautes qu’il n’avait pas commises. Le peuple des campagnes, jaloux de détruire tout ce qui lui était un souvenir de l’ancienne servitude, se rua sur les pigeonniers de haut vol qui lui fournissaient annuellement plus de deux millions de kilogrammes- de viande saine et à bon marché. Les colombiers furent détruits. Puis, des lois furent édictées qui, se faisant l’écho d'accusations exagérées contre l’instinct pillard du pigeon, restreignirent son élevage; moins sévères qu’on ne le croit, elles portèrent cependant à cette industrie productive un coup dont celle-ci ne s’est pas encore relevée.

Le pigeon comprend une multitude de races domestiques et semi-domestiques.

La France possède trois espèces de pigeons : le pigeon ramier, le pigeon colombin et le pigeon biset, souche de tous les pigeons de colombier.

Le pigeon ramier ( columba patumbus) , dit encore pigeon des bois, pigeon sauvage, est connu de tout le monde. C’est un bel oiseau qui niche sur les arbres,. ne produit qu’une ponte par an, se nourrit de glands et de graines, possède un caractère farouche, se môle rarement avec les pigeons domestiques, et, même quand on le prend jeune, ne s’apprivoise que difficilement. Ses caractères principaux sont ceux-ci : dessus d’un brun cendré, derrière et côtés du cou d’un vert irisé, ua. demi-collier blanc, rémiges brunes bordées de blanc, rectrices cendrées terminées de noir, devant du cou et poitrine d'un brun vineux, parties inférieures blanchâtres, taille 0m,48 centimètres.

Le pigeon colombin (columba ænas) ressemble au ramier et au biset. 11 niche sur les arbres, émigre à l’automne vers l'Égypte et la Barbarie, revient au prin-

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temps et recherche les départements forestiers. Sa nourriture et sa manière de vivre sont les mêmes que celles du ramier. Signes distinctifs : dessus d’un brun cendré, tête d’un gris bleuâtre, nuque et cêtés du cou d'un vert violet fi reflets cuivrés, croupion et couvertures des ailes d'un gris clair, avec deux taches noires sur chaque aile, grandes rémiges noires bordées de blanc, dessous du cou cl poitrine d'un roux vineux, abdomen blanchâtre. Les jeunes ont des couleurs moins nettes. Il a environ 0m,33 de longueur, 0m,70 d’envergure et 0m,14 de longueur de queue.

Le pigeon bizet ( columba livia) forme tous les pigeons de colombiers et de volières : parties supérieures d’un cendré bleuâtre, croupion blanc, cou d’un vert brillant, longues rémiges noirâtres, les moyennes et les grandes couvertures des ailes d'un cendré bleuâtre terminées de noir; deux taches noires placées sur chaque plume forment sur les ailes deux bandes transversales. La poitrine et le ventre d'un cendré bleuâtre, rectrices bleuâtres terminées de noir, les latérales marquées de blanc, taille 0^,36 centimètres.

Ses nombreuses variétés sont très-répandues, on en compte au moins vingt que l’on divise en grosses variétés comestibles, moyennes variétés comestibles, variétés de volière et variétés voyageuses.

Le romain et le pigeon de Montauban sont compris dans la première catégorie.

Le romain, très-répandu en liai ie où l’on pense qu'il descend des anciens pigeons de la Campanie, est remarquable par la grosseur et la force de ses membres ; il n’est pas très-productif. 11 a les jambes, la prestance et les longues ailes des turcs, deux fèves charnues â la base du bec et un petit liseré rouge sur la paupière autour des yeux. 11 mange beaucoup, s’éloigne très-peu, donne de quatre à cinq couvées par an, et produit des pigeonneaux délicats et de fort poids. Il comprend plusieurs variétés : fauve , bleue, chamois, noire, rouge, 'piquée, etc. En général les romains bleus exposés â l’Esplanade étaient défectueux, ressemblaient aux mondains, possédaient des yeux de coq, c’est-à-dire noirs avec la pupille trop large et la conjonctive rouge. Quelques-uns étaient patins et trop chaussés. Les chamois offraient une grande longueur de corps, de beaux yeux et une jolie couleur; les fauves atteignaient de lm,10 à lm, 20 d'envergure, chiffre exigé en Angleterre où les amateurs les paient 10 livres sterling.

Le pigeon de Montauban, tantôt blanc, noir, fauve on gris, est rustique, a le vol moins lourd que le précédent et atteint une grosseur qui parait plus considérable qu’elle ne l'est en réalité à cause de l’abondance du plumage. Cet oiseau, remarquable par le développement des caroncules du nez et du ruban verruqueux de l’œil, a le cou moins allongé que le romain, l’iris cerclé de jaune, parfois une coquille à l'arrière de la tête; il enfle sa gorge en roucoulant. La fécondité lui est échue en partage, il est donc très-recommandable.

Les moyennes variétés comestibles comprennent les pigeons qui peuplent nos colombiers : bagadais, mondains, pattus, cavaliers, etc.; ils nous intéressent au premier chef, et nous les recommandons tout particulièrement au point de vue pratique. Leur nourriture, qu’ils vont chercher au loin, est économique; leur production est abondante, quoiqu’iuférieure à celle de certaines variétés de volière.

Le bagadais est haut et épais; il a le bec charnu et légèrement recourbé, les narines développées en forme de morilles, les caroncules très-larges et un cou allongé. On en distingue sept variétés : le bagadais ordinaire, le grand et le petit balave, le cygne, le têtard, le pierre à télé grise. Le batave, importé de batavia, est de grande taille, avec un plumage bleu cendré ou noirâtre,

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Le mondain tient à la fois du bizet et du romain. Trois variétés seulement : grande , moyenne et petite. Toutes trois complètement domestiquées, tidôles et acceptant toute nourriture, mais incapables de la chercher. Le moyen mondain est plus estimé et plus répandu, parce qu’il est très-proliliquo et peut donner jusqu’à une couvée par mois, pendant les huit mois de la bonne saison, ce qui lui a fait donner le nom de pigeon du mois.

Le pigeon patin ressemble au mondain. Son nom indique qu’il porte des plumes aux pattes. Quatre variétés : patlu ordinaire, limousin, plongeur et luné.

Le cavalier semble provenir du romain et du boulant dont il tient la faculté d’entier son jabot à volonté ; il roucoule, présente des fèves sur le bec, un liseré autour de l'œil, un iris noir et des ailes longues et croisées. Le cavalier ordinaire est blanc, le cavalier faraud blanchâtre et maillé de noir sur la gorge.

Les pigeons de volière, qui sont à la fois un gracieux ornement pour les parcs et jardins et une précieuse ressource pour T alimentation, comprennent de trèsnombreuses variétés parmi lesquelles on remarque les boulants, les culbutants, les volants, les tunisiens, les espagnols blancs et noirs, les manteaux herminés, les polonais, les queues de paon, etc., etc.

Les boulants se dilatent le jabot par l’air, ce qui augmente beaucoup leur grosseur. On reconnaît le boulant vineux, gris, chamois, piqué, cendré, ardoisé, marron, rouge, bleu, souffleur, harnaché jaune, etc. La plupart de ces variétés étaient bien représentées à l’Exposition.

Le culbutant, au plumage varié, est ainsi nommé parce qu’il tourne sur luimême verticalement, jusqu’à six ou sept fois en prenant son vol. Il est d’origine indienne ou persane. Le culbutant ordinaire ressemble assez au biset; le lomblaire est noir ou panaché, et le savoyard chamarré de blanc, de noir et de fauve. Le pigeon tournant décrit des cercles en volant comme un oiseau blessé à l’aile; il offre un fdet autour des yeux, un iris noir, un plumage gris et des pieds chaussés. Deux variétés : tournant frappeur et tournant batteur.

Le volant, the carrier-pigeon des Anglais, ressemble au bizet. Plus svelte et plus allongé que ce dernier, il va très-loin chercher sa nourriture, ce «qui le fait préférer à ce dernier pour le peuplement des colombiers. 11 porte un filetrouge autour des yeux, dont l’iris est blanchâtre; il est lidèle à sa femelle et à son domicile et pas farouche. Sept variétés : commun, pic, messager, à cou rouge, anglais , hollandais et huppé.

Bec large et court, tête carrée et dite crapaudée, bande rouge autour des yeux, œil souvent perlé, cou délié, jambes courtes, pied chaussé, voilà la description du charmant pigeon dit polonais. Il y en a de noirs, de blancs, de rouges, de bleus, de chamois, de huppés, etc., tous peu féconds et de petit rapport.

Taille petite, bec mince, ailes pendantes, pieds nus, queue composée de vingtquatre à trente-six plumes qui se relèvent et s’étalent, tel est l’aspect du pigeon paon . Les sujets exposés de cette race étaient ramassés et très-renversés, possédaient beaucoup de plumes à la queue : quelques-uns, agités d’un certain tremblement qu’on ne s’explique pas encore, se renversaient comme des boulants dont on se sert souvent avec avantage en croisement. Il y a des pigeons paons blancs, noirs, bleus, blancs à queue noire, noirs à queue blanche.

Les pigeons capucins, crava tés, coquilles, hiron telles, étincclés, bouvreuils, etc., renfermaient des exemplaires de toutes couleurs et d’une beauté remarquable.

Nous avons eu cette année une exposition exceptionnelle de pigeons voyageurs. Tout le monde sait que cette race est une des plus fécondes. En outre, les ser-

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vices qu’elle est appelée à rendre parla rapidité de son vol lui valent à juste titre l'attention universelle. Grâce à ce merveilleux instinct, qui lui fait retrouver son nid à d’énormes distances, la race des pigeons voyageurs est devenue aujourd'hui un élément indispensable à la stratégie moderne, et commence à être enfin comprise en France, grâce aux efforts d’un certain nombre d’éleveurs et de Sociétés colombophiles. C'est surtout pendant la dernière guerre qu’on a été frappé de Futilité des pigeons employés comme messagers et de leur instinct merveilleux. Mais que nous sommes loin de connaître et d’apprécier cet intelligent oiseau comme le font nos voisins les belges, chez qui le pigeon voyageur a détrôné tous les autres! Peut-être serait-il à propos, pour le choix de quelques membres du jury des grands concours de Paris, de faire appel aux lumières des personnes qui, au ministère de la guerre, étudient spécialement les services que les pigeons voyageurs sont appelés à rendre à Y art militaire par la vitesse de leur course, supérieure à celle des trains les plus rapides. L’an dernier, nous fûmes témoin d’une course émouvante sur la ligne de Douvres à Londres, entre le train express qui porte les dépêches du continent et un pigeon qui était chargé d'un message pour l’ambassade de France. Cet oiseau, nourri dans un colombior de la Cité, appartenait à la plus belle espèce des « belges voyageurs. » Au moment où le train quittait la jetée de l'Amirauté, à Douvres, un employé français le mit en liberté par la portière du railway. Le pigeon s’éleva aussitôt dans les airs à une hauteur d’un demi-mille; on le vit tournoyer quelques instants, puis partir à tire d’ailes dans la direction de Londres. De son côté, l’express, qui ne s’arrête à aucune station, marchait â toute vapeuravec une vitesse de 60 milles à l’heure. Au début, les chances semblaient être contre l'oiseau, et lesemployés du chemin de fer prédisaient déjà que le petit messager serait battu parla puissante machine du railway. Mais le pigeon eut bientôt reconnu sa route et pris la ligne droite, en passant entre Maidstone et Siltingsbourne, ce qui lui donnait une avance de 6 milles 1/2; la distance qui sépare Douvres de Londres n’étant que de 70 milles à vol d’oiseau, tandis que par le chemin de fer elle est de 76 milles 1/2. Quand le rapide lit son entrée dans la gare de Cannon-Street, le pigeon était déjà dans son colombier depuis vingt minutes, c’est-à-dire qu’il était arrivé avec une avance équivalente à 18 milles.

La quantité considérable de variétés obtenues dans la gent colombine a été critiquée par plusieurs écrivains qui ne recherchent que les sujets les plus stables au colombier, les plus féconds, les plus précoces, les plus rustiques, les plus charnus, etc. F,n principe, je préfère aussi 'les individus les plus profitables à la consommation, mais je ne vois aucun inconvénient à la création de ces jolies variétés qui charment les yeux et occupent les amateurs riches. La pièce de cent sous n’est pas tout en ce monde.

Le pigeon est classé parmi les monogames, c’est-à-dire ceux qui seconlcntent d'une seule famille; il est, en outre, regardé comme l’emblême de la fidélité et de la douceur, alors qu’il est toujours disposé à violer son contrat et à en venir aux mains sous le plus léger prétexte. Infidélité et bataille, telle serait mieux sa devise.

On accouple les pigeons en toute saison, mais le printemps est plus favorable.

Il est urgent que les époux soient du même Age; s’ils se conviennent, le mâle ne tarde pas à roucouler autour de sa femelle, à entamer des négociations avec elle, et, une fois la résistance vaincue, à effectuer son rôle.

La ponte commence à six mois; l’incubation cstalternativement faite par le père et la mère. Aussitôt éclos, rapporte M. Mercier, les jeunes pigeons sont, d’abord, réchauffésparlc mâle ctla feincllcqui leur dégorgent ensuite, danslebcc,une pâtée liquide, pendant huit jours; ensuite ils y mélangent quelques grains à moitié macérés, puis simplement ramollis, et enfin seulement détrempés. Lorsque les

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pigeonnaux sont assez forts pour sortir du nid et commencer à voler, les parents les chassent pour s’occuper d’une autre couvée. Les deux petits d’une couvée sont souvent un mêle et une femelle, mais, comme il y a de nombreuses exceptions à cette règle, on est plus certain d’être fixé à cet égard en attendant l’époque des amours. Les pigeonneaux que l’on ne désire pas conserver peuvent être mangés lorsqu'ils ont un mois. On peut compléter leur engraissement en les plaçant dans l’obscurité et en leur faisant avaler de petites boulettes de farine de mais, pendant huit jours, comme on fait pour les volailles du Mans.

Les pigeons de volière doivent toujours être séparés, d’abord pour éviter les querelles, et ensuite pour obtenir des produits bien purs.

Le blé, le sarrasin, l’orge, les lentilles, la jarrosse, la vescc, etc., forment la base de la nourriture des pigeons. Les salaisons exercent un heureux effet sur leur santé. Qu'on leur donne une queue de morue salée, qui suffit à cinquante individus, un maquereau 'ou tout autre poisson desséché, on les verra bientôt s’acharner dessus et le déchiqueter à coups de bec.

L’eau viciée est une des plus grandes causes de la mortalité de ces oiseaux.

Homère, le premier, parle de l’Oie; puis viennent Aristote, Pline, Columelle, Vegèce, etc. A Rome, l’oie était sacrée et vouée à Junon; plus tard, elle sauva

Fig. 30. — Oie sauvage.

Fig. 31. — L’Oie de Guinée.

le Capitole et grandit encore dans l’estime des habitants de cette ville. Du temps de Pline, les Gaulois élevaient d’immenses troupeaux d’oies, surtout dans les contrées con-espondant à. la Picardie, à la Flandre et à la Belgique, et les conduisaient jusqu’à Rome, où l'on finit par apprécier leur chair et par les élever sous d’immenses filets. « Les Romains, gens pratiques, inventeurs de l’engraissement, reconnurent les bons cfiets de ce régime appliqué à l'oie. Le poète Martial chanta les qualités du foie de l'oie engraissée, gonflé dans le lait et dans le miel, suivant la méthode de Mctellus Scipion. » Nil liovum sub sole. Les

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plaines de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique septentrionales et les régions polaires sont la patrie de l’oie, oiseau migrateur. A l’époque des grands froids, elle descend par bandes disposées en triangle ou en ligne droite vers des climats plus doux, et remonte vers le pèle pour pondre et couver.

L’oie fait partie de la classe des palmipèdes, ayant les doigts unis par une membrane et les pieds disposés en rames. A l’état sauvage, elle est monogame. Dans la polygamie, le jars ne suit qu'une seule couvée. Elle habite le bord des eaux plutôt que les eaux elles-mêmes, et ne montre pas des habitudes aussi aquatiques que le canard. Ses jambes placées moins en arrière, sa marche plus

aisée, sou bec plus court marquent nettement la différence d’habitation. Elle est herbivore, peu vagabonde et facile à conduire et à ramener. L’oie manque de grâce. Le pied large et plat, les jambes écartées, raides et courtes, la démarche titubante eL heurtée, des ailes qu’elle secoue comme de grands bras, le corps lourd, mal assis, un cou immense qu’elle tend comme une perche, un bec ouvert à tout propos, lente et brusque, indolente et effarée, loquace et bruyante, tout cela lui a valu de passer pour l'emblème de la stupidité.

L’oie comprend deux espèces : l 'oie sauvage et Voie domestique, et cette dernière comporte deux variétés principalement élevées en France : Voie cendrée et l'oie de Toulouse.

L’oie cendrée est le type de nos oies domestiques, c’ést elle qui a fourni toutes les petites races que nous possédons, et à qui appartient spécialement le nom d’oie commune; elle se trouve dans tous nos départements où elle réussit sans soins particnliers.

L’oie de Toulouse est incontestablement la meilleure, la plus productive et la plus belle des deux. Ses caractères les plus saillants sont sa grande taille, son fort volume, scs formes épaisses et trapues, son allure pesante, ses pattes courtes, ses fanons amples, qui régnent sous le plastron et le ventre, à tel point que l'abdomen traîne à terre. Elle s’engraisse facilement en trente-cinq jours environ à l'aide du mais et atteint 8 à 10 kilos. Nous sommes fiers de rappeler qu'au dernier concours de llamsgate, le premier prix a été décerné à un lot d’oies de Toulouse , batlant une paire d’oies anglaises entièrement hlanches, cotée sur le catalogue pour le prix de vente excentrique de 500 livres sterling (12,500 francs). 11 n'est pas rare d’obtenir, dans cette variété, des foies gras du poids de lk,500 et même de 2 kilos dont on fait à Toulouse, Périgueux, Rodez, Albi,etc., des terrines ot des pâtés si estimés. Sa supériorité se maintient sans effort.

Les amateurs possèdent encore l'oie frisée du Danube, l’oie à pieds pâles, l’oie à bec court, l’oie à front blanc, l’oie de Guinée, (lig. 31), l’oie à cravate, (lig. 32), l’oie barrée de l'Inde, l’oie d'Egypte, (fig. 33).

La ponte est abondante, trente œufs au moins chez l’oie commune, de 50 à 60 chez l’oie de Toulouse, à moins qu'on ne la laisse couver, ce qui arrête la ponte ; l’incubation dure à peu près un mois. L'élevage des premiers jours

Fig. 32. — Oie à cravate.

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exige plus de seins qu'on ne le croit. Au fur et à mesure de l’éclosion, il faut mettre les oisons en lieu chaud et dans un panier garni de laine; puis on tient renfermés dans ce même lieu la mère et les jeunes, pendant une semaine; on donne aux oisons une nourriture légère composée de farine d’orge, d’herbe tendre et hachée, de lait ou d'eau grasse. A dix jours, s’il ne fait pas froid, on peut d’abord les lâcher dans la cour et les laisser ensuite aller à l’eau; à deux mois, ils vont avec leurs parents chercher leur nourriture sur les étangs, dans les prairies et dans les champs. L'engraissement dans la Haute-Garonne, l’Ariége et l’Alsace commence à six mois et se conduit de la même façon qpe pour les poules, à cette différence près qu’on n’entonne pas de la bouillie, comme à la Flèche et ailleurs, mais bien du maïs en grain. L’opération, pour être menée à bonne fin, exige environ vingt-cinq jours; une habile engraisseuse peut gorger douze oies en une heure. C’est à cette industrie que l’on doit les fameux pâtés de foie gi’as.

Fig. 33. — Oie d’Égyple.

On gave les oies deux fois par jour ; quelquefois, dès le dix-lniilièmejour, le foiea pris le développement recherché. On tue l’oie, sa chair est livrée fraîche à la consommation ou conservée et son foie vendu aux pâtissiers, dont les terrines s’en vont porter jusqu’en Russie la gloire de la gastronomie française.

Le logement des oies doit être sec, propre et bien abrité. Pour être plus rustiques et moins difficiles à entretenir que les gallinacés, ces bêtes exigent qu’on ne les abandonne pas tout à fait.

La visite des expositions qui se succèdent confirme une remarque qu i! sera bon de mettre eu saillie, à savoir : les éleveurs qui s’y préparent ne connaissent qu’une chose, produire leurs animaux dans l’état de graisse le plus complet. Cela n’a été d’abord qu’une tendance, dit M.Gayot, aujourd’hui c’est un fait général. Il a envahi tous les esprits et la pratique universelle au détriment des facultés spéciales ou plutôt des aptitudes spécialisées. C’est la faute des jurys dont les décisions ont fatalement ouvert cette voie unique, exclusive aux exposants. La pondeuse grasse ne pond pas plus activement que la laitière grasse ne sécrète abondamment; quand l’animal fait de la graisse, il l’accumule en lui au préju- TOME II. — NOÜV. TECH, 29

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dici! de tuule autre production quelconque. I.a sécrétion exubérante de ce produit diminue d’une manière notable, ou tarit à son profit la source vive de tous les autres.

Fig. 34. — Canard sauvago.

Le cananl s’est rallié tout de suite à l’homme comme les autres animaux de la basse-cour. Sa légende au xne siècle, en France et en Angleterre, est fort curieuse. Ne sachant d'où provenaient les innombrables volées de canards qui

Fig. 35. — Canard musqué.

s’abattaient sur leurs plages, les habitants de l'Irlande, des pays de Galles et de Cornouailles les faisaient naître par des moyens plus rapides que les moyens naturels. D’après leurs idées, ces oiseaux sortaient des fruits d'un arbre, puis

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Fig. 36. — Canard pilet.

du bois de sapin pourri, puis encore des épaves de barques naufragées, des mousses, des algues, des plantes marines décomposées; enfin, rapporte M. Pel-

Fig. 37. — Canard huppe.

letan, « ce fut un animal marin qu’on chargea de la génération du canard ; l’anatife , conque anatifère ou porte-canard , fut considérée comme du frai de canard sauvage, ou «frai de cannehote, » disent les Normands. Des naturalistes

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affirmèrent aussi avoir entendu sortir des valves de l'anatife le cri des jeunes canards. Et aujourd’hui encore, pour bien des pêcheurs bretons et normands, la chose n'est pas douteuse.

Le canard comprend les espèces de produit et celles d’agrément.

Les premières sont au nombre de deux : le canard sauvage et le canard domestique avec ses variétés, le canard commun, le canard de Rouen, le canard d'Aylesbury et celui du Labrador. Les grands éleveurs possèdent encore le canard hollandais, le polonais blanc, le mignon, le pingouin qui a la tête verte, le corps gris sale, les membres postérieurs placés très en arrière, ce qui lui redresse le corps et lui donne une marche analogue à celle du pingouin (oiseau de mer), d’où son nom, et une foule d’autres espèces d’agrément: mandarin, de la Caroline, de Bahama, nyroca, etc.

Les petits canards d’agrément ne peuvent vivre en liberté sans l’enlèvement de la dernière phalange d’une aile. Ejoiulés, ils reproduisent souvent assez bien, mais parfois l’opération paralyse l’action du mâle en détruisant son équilibre naturel; sur l’eau, cet inconvénient disparait. La cane craint les importuns ; elle 11e pond bien que dans de petites cabanes situées il une faible distance de l’eau, comme on le remarque au Jardin d’acclimatation.

Le mâle se distingue de la femelle par quatre plumes moyennes de la queue qui sont relevées en boucle. Dans toutes les espèces de canard, le mâle est beaucoup plus gros que la femelle, particularité entièrement opposée à celle qui existe chez les oiseaux de proie, dont les mâles sont d’un tiers plus petits que les femelles.

La race commune ou petite race est celle qu’on trouve partout. Coureurs et vagabonds, ces canards sont dispendieux à nourrir, plus exigeants pour l’eau et moins productifs puisqu’ils viennent rarement au poids de I kilogramme. Le canard de Rouen atteint facilement le poids de 2 kilogr., est fécond, précoce et fort avantageux pour les intérêts de l'éleveur. Son plumage est quelque peu variable comme celui de la race commune. Ou doit rechercher pour cette espèce la longueur du corps, les pattes larges et fortes, le plumage entièrement mélangé de gris avec la tête verte chez le mâle, jaunc-paille foncé et noir chez la femelle, enfin, choisir de préférence les canes sans collier blanc. Le canard d’Aylesbury, entièrement blanc, se rapproche beaucoup par son volume de la race de Rouen; son bec ainsi (pic ses robustes pattes sont d’un jaune clair ; sa chair est délicate et son élevage facile.

Attribuons une mention toute spéciale au canard du Labrador, au plumage noir à reflets verdâtres, très-rustique et prolifique, et dont la viande est trèssavoureuse. Son bec et ses pieds sont noirs; sa tète est d’un vert brillant. Cetle variété est à la fois un gracieux ornement pour nos étangs cl un excellent produit pour nos basses-cours; elle donne des œufs d’un blanc-vert marbré de noir. Les canetons sont des plus faciles à élever: tout leur est bon. Placés dans un milieu analogue, on a vu bien des fois des canards de Kouen périr là où les Labradors résistaient. Toujours en chair, ils n’ont pas besoin d’être engraissés. Aucune autre race 11'a une qualité de viande qui lui soit supérieure. Elle se rapproche un peu de celle du canard sauvage, avec bien plus de délicatesse. Au point de vue de l'alimentation, le Labrador peut lutter avec nos meilleures espèces et, en bien des circonstances, il les dépasse. On ne saurait trop insister sur les ressources qu’offre l'élevage de ce canard aux personnes qui habitent la campagne. On a longtemps pensé à tort qu'il était monogame. Une suite d'expériences consécutives ne laissent aucun douteà cet égard, et, comme dans nos races les plus communes, un mâle suffit à cinq ou six femelles. On a remarqué que le mâle du Labrador sc croise volontiers avec la cane ordinaire,

LA BASSE-COUR

Lundis que la femelle n'a jamais été fécondée par aucun canard autre que celui de race pure.

Le canard de Barbarie, appelé encore canard musqué à cause de l'odeur qu’il exhale, a le plumage d’un vert bronzé, et le bec orné de caroncules. Il est gros, sa chair détestable; aussi n’est-il guère employé que pour les croisements avec lapelite variété qu'il grossit et qu'il rend propre à la production des foies gras. Chez les canards domestiques la huppe ne constitue pas une variété distincte, car les canards huppés peuvent reproduire des sujets non huppés. Le canard sabreur, qui ressemble à l’ordinaire, est huppé; le normand ne porte presque jamais de huppe. Cet ornement est aussi bien l’apanage de la femelle que celui du mâle.

La poule commence dans le mois de mars et se continue pendant trois mois, à raison de cinq œufs par semaine, lorsqu'on a soin de les enlever à la cane; l'incubation se fait ordinairement à l’aide de poules cL dure de trente à trente et un jours. « Le mâle domestique, relate M. Pelletan, ne s’occupe pas delà couveuse ni des couvées; aussi, dans beaucoup de pays, on le supprime après la ponte pour le remplacer par un jeune au printemps suivant. Cette pratique est souvent justifiée par la lubricité de certains canards, et le canard de Barbarie en est un exemple; ne trouvant plus assez de canes inoccupées pour satisfaire leurs besoins amoureux, ils s’adressent aux poules qu’ils tourmentent de leurs obsessions grotesques et que parfois ils tuent, parce qu'elles leur résistent. »

L’éducation des canetons demande de la surveillance. Aussitôt éclos, on doit les tenir dans un endroit séparé pendant une quinzaine de jours, car autrement ils se feraient écraser par les hôtes de la basse-cour. On les nourrit avec de la farine d’orge, des pommes de terre écrasées et de l’eau de vaisselle; à côté de cette pâtée, on place de l'eau dans une assiette plate afin qu'ils apprennent à barboter. A six mois, ils sont adultes, et c’est à cette époque qu’on peut les engraisser. L'engraissement se fait, en Normandie, avec de la pâtée de sarrasin; dans la Haute-Garonne, avec du maïs; dans d’autres endroits, on emploie des pâtons pour les gorger. Le régime de la cage est indispensable. Les logements des canards ne sont généralement pas bien tenus. Quoique peu difficiles, il faut néanmoins à ces animaux des habitations propres et des litières sèches et fréquemment renouvelées.

Les lièvres et les lapins appartiennent à l'ordre des rongeurs et forment deux espèces.

Nous dirons, avec M. Gobin, que le lièvre se distingue zoologiquement par les oreilles, d’un dixième environ plus longues que la tête; par sa queue, qui est à peu près de la même longueur que la cuisse, et blanche avec une ligne noire en dessus; par son corps plus ou moins allongé; par sa tête comprimée ; par sa poitrine étroite relativement au bassin ; par la longueur considérable de ses membres postérieurs, comparés aux antérieurs. Généralement, il ne se terre point. La base porte de quarante à quarante-deux jours, met bas des petits qui, dès leur naissance, sont couverts d’un épais duvet et sont aptes à courir tout de suite.

On connaît un assez grand nombre de variétés dans cette espèce: le lièvre commun ou timide, le lièvre des glaces, A' Mande, de la Méditerranée, d’Egypte, A' Asie, du Brésil, etc.

II existe deux sortes de lapins : le lapin sauvage et le lapin domestique. Tous les naturalistes s'accordent pour admettre que le premier est la souche du second. Quoique la domestication du lapin soit excessivement ancienne, et surtout fort connue, on ne saurait cependant en préciser l’époque dans les pays tempérés.

Comme tous les animaux dès longtemps conquis par l’homme, le lapin

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domestique n’est pas un, mais multiple; subissant les influences diverses de milieux très-variés, il a éprouvé des modifications profondes d’où sont résultées des races et des variétés. On rencontre partout les nuances de gris clair, foncé, ardoisé; toutes les robes blanches, noires, rougeâtres, isabelle, café au lait et pie. Le poil noir franc est le plus rare, le gris clair et le roussâtre sont les plus communs. Dans cette première division de l’espèce, trois variétés principales se détachent par leurs caractères tranchés cl persistants: le lapin bélier , le lapin nicard, niçois ou provençal et le lapin commun. Le premier est le géant de l’espèce et le second le nain.

Le, lapin bélier a reçu les noms suivants : double smuth, double lope, lope à rames, lope à cornes, lope parfait, etc., etc., selon qu’il est élevé çà ou là, qu’il a une oreille plus tombante que l’autre, et diverses futilités pareilles; il comprend quatre variétés : la prise, la blanche, la noire et celle dite chamois. Quoique le plus volumineux, ce lapin n’est pas à beaucoup près le plus pratique. Ce n’est qu’au prix d’une nourriture dispendieuse qu’on arrive à le développer d’une façon normale, et il en résulte une dépense en pure perte, puisque la peau n’acquiert pas plus de valeur, et que l’exagération des os de la tête n'accroît point le rendement en viande.

Le lapin commun présente de nombreuses différences au point de vue de la couleur de son poil. Cette espèce, à la fois rustique et productive, offre le double avantage d’être peu coûteuse et facile à nourrir. Son infériorité actuelle lient au peu de soins qu’on lui accorde et à la qualité peu élevée des aliments qu’on lui donne. 11 appelle donc d’importantes améliorations. Celles-ci sont d’autant plus désirables que l’espèce est très-féconde et apporte de grandes ressources à l’alimentation publique. Que de familles d’ouvriers et même de petits employés trouvent dans le lapin la meilleure partie de leur nourriture! Une lapine convenablement traitée peut élever et mener à bien iiO petits par an; c’est une production d’au moins 125 kilog. de viande. Il convient encore d’ajouter que le fumier du lapin a une grande puissance fertilisante, celui de dix lapins angora, dans un petit ménage, suffirait à engraisser le petit jardin potager et à en accroître considérablement les produits. Encore un avantage pour ceux qui ne possèdent pas de bestiaux et n’ont pas le moyen d'acheter d’engrais.

Tout à côté des innombrables variétés du lapin ordinaire, prennent rang le lapin à fourrure et le lapin à! Angora. Sous la première qualification, se classent : le lapin riche ou argenté, originaire de l’Asie et surtout des monts Himalaya, et le lapin blanc de Chine.

Le mérite particulier du premier est dans son pelage. D’un gris argenté plus ou moins foncé, son poil est plus long, plus doux, plus soyeux au loucher que celui des variétés du lapin commun. Sa peau est estimée des pelletiers qui la vendent souvent en guise de petit gris, nom d'un petit écureuil du Nord assez recherché par les amateurs de fourrures. Une particularité dans l’espèce qui nous occupe: à sa naissance le lapereau est noir et il n’arrive à la couleur grise argentée, qui est sa couleur normale, qu'à l’âge adulte. Comme on n'ohtient aucun produit précieux sans attention, on est obligé d’élever le lapin riche avec plus de soin que les autres; son habitation doit être saine, sans humidité et chaude sans excès.

Le lapin blanc de Chine est encore improprement appelé lapin polonais, lapin de Russie, lapin de Windsor, etc. 11 a le poil ras, les veux rouges comme le lapin angora, et souvent le bout du nez et les pattes noirs. Ses dimensions le classent parmi les moyens ou même parmi les petits de l’espèce ; il est assez rustique pour vivre dans les garennes ou dans les clapiers ouverts. Sou poil est d’un plus beau blanc que celui de notre lapin blanc coin-

LA BASSE-COU U

mun ; il a aussi plus de finesse et plus de brillant. Transporté de Chine en Russie, il y a peuplé d’immenses étendues. Sa fourrure, imitant l’ hermine , en avait pris le nom, qu’elle a dû troquer depuis contre celui de fausse hermine, plus juste et plus loyal.

Le lapin angora est originaire d’Asie, comme la chèvre et le chat connus sous la même appellation. Son poil long, soyeux, fin et toulfu, constitue son principal mérite et son principal produit. Lorsqu’il a été privé de sa toison, en tout ou en partie, le lapin angora est frileux ; le froid l’éprouve et lui nuitbeaucoup. La vie en commun remédie un peu A l’inconvénient ou l'atténue notablement. Son poil, travaillé sans aucun apprêt, conserve toutes ses propriétés électro-hygiéniques, et est un excellent remède contre les douleurs, indépendamment de l’avantage qu’il a de conserver une chaleur douce et forte.

La vache, la chèvre et le lapin sont les animaux des pauvres ; toutes les fois qu’ils sont bien soignés, et c’est le cas le plus ordinaire, ils apportent l’aisance dans les petits ménages

Une cour, un coin de la basse-cour, une partie de grange, un bâtiment quelconque, un petit hangar, un faux grenier, une baraque, voire un tonneau, une boite, une caisse telle quelle, servent d'ordinaire au logement du lapin. Comme l’a fort bien exprimé M. Alexis Espanet, du moment que l'homme se substitue à la nature pour exagérer A son profit une production quelconque, il doit multiplier ses soins et sa surveillance ; son action doit être plus directe, sous peine de manquer son but. Il doit obvier aux inconvénients de l’encombrement, aux infections résultant des miasmes accumulés. Tandis que le moindre recoin suffit A deux ou trois lapins, il faut, pour un plus grand nombre, un local aéré et une plus grande propreté, un renouvellement plus fréquent des litières, et mille soins journaliers. '

Comme les garennes, les clapiers sont ouverts ou fermés. Le clapier ouvert s’établit dans un espace clos de murs assez hauts pour que les animaux étrangers ne puissent pas y pénétrer. La meilleure orientation est celle du levant ; on s'en écartera le moins possible. Dans cette sorte de clapier, nous considérons la cour et les cabanes. La cour forme préau. C’est l’espace découvert destiné aux animaux dont li vie "doit se passer en commun, ou plutôt dont la plus grande partie de l'élevage peut se faire sans inconvénient en famille. Le sol sera pavé ou sablé et couvert de litière. 11 ne faut plus dans la cour que des râteliers en forme de V, couverts d’une planche qui abrite la nourriture contre le mauvais temps. Au pourtour des murs, on établit des cabanes sous appentis. On en fait pour les mâles destinés à la reproduction, pour les femelles pleines, pour les nourrices et enfin pour les produits qui, âgés de trois mois, doivent quitter l’existence libre de la cour et la vie en commun pour la préparation A la vente, pour l’engraissement.

Aucun animal n’est plus prodigue que le lapin, aucun ne gâche plus de nourriture, si l'on n’y met bon ordre. Dès qu'il est repu, il prend plaisir A gâter et A salir tout ce qu'il n'a pu consommer. Quatre lapins mangent autant qu'une vache, dit le proverbe; cette fois le proverbe ne dit juste qu’au figuré. Quatre lapins peuvent gâter en un jour la ration d'une vache, sans possibilité de tirer aucun parti de cette masse d’aliments piétinés et salis, mais cinquante lapins ne mangeront pas plus qu'une vache, si on met la nourriture qu’on leur destine A l’abri de leur imprévoyance ou de leur mauvais instinct. Ceci mérite une très-grande attention ; on voit comment des éducations peuvent devenir onéreuses lorsqu'elles devraient être profitables. Il ne faut leur donner A manger que deux fois par jour. Quoique mangeant beaucoup de choses, ils deviennent difficiles quand on les panse trop souvent et qu’on ne leur distribue que des

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aliments de choix. Les aliments frais, les herbes ou fourrages verts ne doivent être administrés ni chargés de rosée, ni mouillés par la pluie. En cet état, ils provoquent la météorisation, ou la diarrhée, ou des irritations d’entrailles, tous accidents à éviter; car, loin de conduire à bien les éducations, ils les mènent au pèle opposé. Récoltez donc à l’avance par la pluie, et même en tout temps, les plantes mouillées, cL déposez-lcs sur une claie en un lieu sec et aéré, où l'évaporation puisse se faire, ou bien' mêlez par couches successives le vert et le sec, les fourrages frais à la paille ou au foin. Les elfets d’une nourriture trop aqueuse sont particulièrement à redouter.

La privation complète et par trop absolue de la boisson est préjudiciable au lapin qui a besoin de boire en certaines circonstances, par exemple, lorsqu’il est exclusivement au sec, lorsqu’on le sèvre, et, pour les mères, après la misebas et pendant toute, la durée de l’allaitement. Les petits en sevrage se trouvent bien également de boire sous peine de souffrances se traduisant par le temps d’arrêt qui se produit dans la croissance. Us aiment le lait et le son mouillé.

La durée de la gestation étant d’un mois, on marque la date du mariage. Connaissant par elle le jour de la délivrance, on se trouve toujours renseigné quant à l’époque du dernier nettoyage de la cabane. On donne une litière propre et douce, et on fait le calme autour [de l’habitation. Bientôt la petite bête confectionne le nid et puis, l’heure venue, l’œuvre suprême s’accomplit. Une fois délivrée, la mère ferme l’entrée du nid et veille avec sollicitude ;ï côté de sa petite famille. Plusieurs fois par jour, mais surtout la nuit, elle vient se placer au-dessus du berceau de façon que les lapereaux, attirés par l’odeur du lait, puissent saisir les mamelles et téter. Ils y sont suspendus et si fort attachés par la succion que la lapine, surprise et s’éloignant avec brusquerie, les entraîne souvent hors du nid.

Quand la mère est bien nourrie, les lapereaux se développent rapidement. Us peuvent être sevrés du 30° au 33e jour, c’est-à-dire peu après la nouvelle fécondation de la mère. II ne faut pas engraisser le lapereau destiné à la consommation, mais bien plutôt lui donner une viande abondante et de bonne qualité. C’est la chair perfectionnée, tendre et juteuse, qui doit prédominer et non la graisse, ainsi que cela n’est que trop ordinaire aujourd’hui chez tous les animaux que nous soumettons à l’engraissement. Dans les Flandres, les cultivateurs préparent un lapin dans quinze jours par le procédé suivant : On fixe un bout de planche contre le mur à un mètre du sol, et on y sert à l’animal une nourriture copieuse composée de pain de seigle avec du lait, d’avoine et de trèfle sec. Le lapin ainsi placé ne bouge guère, tant il a peur de tomber, ce qui favorise beaucoup la production de la graisse. Ce mode d’engraissement rapide, ajoute le même auteur, exige une certaine attention : la nourriture dont on se sert amène parfois un état de constipation qu’il faut combattre avec un peu de nourriture verte.

La castration appliquée aux lapins mâles donne de très-bons résultats; sous son influence, ces animaux se revêtent d’une fourrure plus touffue, prennent plus de développement, profitent davantage de la nourriture qu’ils consomment, et leur chair devient plus tendre, en même temps qu’elle perd cette senteur forte et désagréable dont elle est imprégnée, surfont à l’époque du rut. En outre les lapins émasculés peuvent être réunis sans inconvénient aux femelles, ce qui rend l’élevage plus facile et moins dispendieux. Mais il faut avoir la précaution de les mettre à l’abri des lapins entiers, qui les maltraitent d'autant plus qu’ils restent sans défense contre leurs attaques. La castration se pratique sur le lapin, à l'âge de 3 à i mois, par le procédé d’excision simple, avec des ciseaux. Il faut se garder d’exercer la moindre pression sur le cordon testicu-

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laire, parce que, chez les lapins, l’anneau inguinal, normalement très-dilaté, donne facilement passage à l’intestin. Au rapport d’Hurtrel d’Arhoval, la castration par arracheme.nt est chez cet animal très-souvent suivie de hernies mortelles.

Nous terminons par le Icporide:

« Le lièvre, si hon, si beau, si original par sa fourrure, sa célérité, la finesse extraordinaire de l'ouïe, aura bientôt disparu ; le peu qui en reste est abruti. » Cette remarque, dit M. Michelet, n’est que trop légitimée par les faits. Tout conspire contre lui et pousse à sa perte. L’espèce entière est en voie d’anéantissement. On s'adresse donc à l’art pour le préserver d’une ruine totale. Des essais ont été tentés. Ils sont de deux sortes : les uns sont sortis d'un élevage A demi-sauvage, dans des enclos d'une certaine étendue, rappelant en tout les garennes closes ; les autres intéressent la reproduction et l’élève en état de captivité très-étroite. La hase ne porte que 2 ou 4 petits au plus ; la lapine domestique met au’monde des nichées de 8 à 12 lapereaux en moyenne. Ce fait bien constaté, l'expérience semble avoir démontré aussi qu’il y a avantage à marier le bouquin à la lapine plus qu’à procéder par l'accouplement inverse. Le lièvre est plus prolifique avec la femelle du lapin qu'avec la base, mais la lapine passe pour moins féconde dans son union avec le bouquin qu’avec l’étalon de sa race. En captivité, les choses de l’accouplement entre les deux espèces sont menées en tout comme il est usuel de faire entre animaux de l'espèce domestique. Les sexes demeurent isolés ; les rapprochements ne sont permis que lorsque les femelles montrent des désirs. La réunion se fait à la nuit tombante pour durer jusqu’au jour.

Le léporide n'est pas un cire de raison. De fructueuses amours entre lièvres et lapins sont à coup sûr une rareté, un résultat tout exceptionnel. Il convient néanmoins de continuer les essais.

Les léporides croissent très-rapidement. Ils vivent en tout comme le lapin, et comme tous les animaux du monde, chez eux la qualité de la chair est, incontestablement, en raison même de la qualité des nourritures qui la produisent.

Les cliiens.

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LES CHIENS (1)

Les expositions canines sont venues les dernières. No soupçonnant pas l'importance des diverses éducations que les canidés comportent dans lcurensemble, l'administration leur refusa scs encouragements jusqu’au jour où, menacée de plus en plus par l’initiative privée, elle les admit au même titre que les autres animaux domestiques.

Les organisateurs des quatorze exhibitions partielles d’animaux relégués à Billancourt, en IN67. ne pouvaient plus négliger l’espèce canine qui, trop complètement livrée à elle-même, retombait aussi un peu trop complètement dans l'oubli. Hélas! ce ne fut pas une exposition, mais un chenil de hasard. Elle aurait pu avoir un caractère à part et présenter à l'étude des points spéciaux. Elle n'a pas visé si haut. Si elle a excité quelque curiosité, elle n’a, par contre, otf'crt aucun intérêt. Elle a laissé toute chose en l'état; cent expositions pareilles n’avancent pas les questions pendantes. Ceci aura été l'étrange fortune de Billancourt de n'avoir eu l’ombre d'utilité en quoi que ce soit.

Nous n’aimons guère la critique, et nous voudrions ne pas sortir de notre ligne de conduite ordinaire et nous faire l’écho des plaintes acerbes exhalées par tous les journaux contre M. Krantz. Mais, comme les concours de chiens ont désormais en France, aussi bien qu’en Angleterre et dans les diverses contrées de l'Europe, leurs lettres de grande naturalisation, il importe de signaler cet accord unanime de la presse et des visiteurs, et de montrer comment « un programme mal conçu et rédigé par des mains inexpertes, un classement incohérent où la même race se trouve distribuée dans plusieurs catégories différentes, une confusion fâcheuse de mots ou de noms appliqués d'une façon impropre, une publicité insuffisante et mal dirigée, une époque défavorable choisie pour le concours, » étaient peu faits pour inspirer de la confiance et provoquer un grand rassemblement d’amateurs et d’éleveurs.

Par une innovation empruntée â la Société d’acclimatation et qui deviendra probablement la règle dans les futures exposilionscanines, les catégories avaient été formées suivant l’emploi des animaux exposés; il y avait ainsisixdivisions : chiens de garde, chiens de chasse à courre, chiens de chasse â l’arrêt, lévriers, chions do luxe et d’appartement, et chiens exotiques.

Le genre chien forme cinq espèces : le chien proprement dit. canin familiaris ; le loup, canin lltpun; le renard, canin vulpcs; le chacal, canin anreun ; la hyène, canin liyœna, hi/œna pic ta, caninpirlun, et plusieurs autres analogues vivant dans des contrées plus au moins éloignées de l’Europe.

Le chien comprend trois types principaux : le type sauvage, le type libre et le type domestique. Ce dernier, de beaucoup le plus important, se divise en quatre races bien définies, subdivisées, â leur tour, on variétés naturelles, bâtardes ou métisses.

La conformation du chien sautage ressemble à celle du chien libre, et encore à celle du chien domestique dont le corps est élancé, la tête allongée, les oreilles droites, le museau pointu et le pelage fauve ou grisâtre. Il fait sa demeure dans

(1) Avec la collaboration de MM. Georges de Bonald et Félix Mabit.

des cavernes naturelles. Il recherche les vastes prairies, qu'il occupe par tribus, en Amérique principalement. La femelle éprouve le besoin du rut en hiver, elle porte trois mois, mais rarement davantage, et chaque portée produit de quatre à cinq petits, tandis que la femelle domestique peut porter à toutes les époques de l’année, et en général deux fois par an, en été et en hiver. Le chien sauvage vit de guerre, etil donne la chasse aux sangliers et aux taureaux. Il a l'instinctde la sociabilité, marche toujours en troupes conduites par un vieux mâle et montre de la prudence, en recherchant les endroits découverts et en ne s’engageant que rarement dans les bois. L'entente entre eux est parfaite, et la défense leur réussit aussi bien que l'attaque. Le chien sauvage s’apprivoise assez facilement, c’est ce qui le distingue des autres animaux du genre.

Le chien libre est celui qui a recouvré son indépendance depuis un nombre assez considérable de générations. Il s'en trouve dans presque toutes les contrées de l’Amérique et dans quelques circonscriptions de l’Afrique et de l’Inde. Les chiens libres sont loin d’avoir perdu les traces de leur longue servitude; en eflet, leurs couleurs varient d’un sujet à l’autre, et ils rentrent facilement dans l’état de domesticité. Ils vivent quelquefois en familles de deux cents individus, habilenl de vastes terriers, et chassent de concert. Réunis, ils ne craignent pas d’attaquer les animaux les plus vigoureux et de se défendre contre les carnassiers les plus forls.

Le chien domestique occupe le haut de l'échelle. La recherche des aliments et de la sécurité, qui fait la principale condition de l’existence des chiens sauvages et libres, n’est plus, comme le marque Cuvier, qu’une condition secondaire de la vie du chien domestique. Ce n'est plus en poursuivant une proie qu’il obtient sa subsistance, ce n’est pas en fuyant ou bravant le danger qu’il peut s’y soustraire, mais en se consacrant au service de l’homme qui pourvoit à tous ses besoins. De ce service résultent des empreintes différentes qui caractérisent les races, aussi pourrait-on, jusqu’à certain point, juger de la civilisation d’un peuple ou d’une de ses classes par les mœurs des animaux qui lui sont associés.

Chez le chien l’ouïe et la vue sont excellentes. L’odorat est très-développé, cette délicatesse de l’organe olfactif lui donne un discernement que l’on ne rencontre dans aucune espèce d’animaux, sans en excepter l’homme. Cette qualité dépend de la grosscur.du museau, et non de la longueur; les museaux allongés ou trop courts ne jouissent pas de la propriété de l’odorat; les moins aptes à la chasse sont les lévriers et les dogues. L’intelligence dont les chiens sont pourvus semble également due à cette disposition anatomique; les lévriers et les dogues en sont le moins largement dotés. Le nez du chien est toujours Irais et humide; la chaleur et la sécheresse de cette partie sont des causes do mauvaise santé. L’organe du tact est à la peau, le siège du toucher aux lèvres et aux extrémités digitées des membres.

A l’état sauvage, le chien se nourrit de chair, ce qui l’a fait classer par les naturalistes dans la famille des carnivores; mais la domesticité ayant réduil ses instincts divers et modifié son tempérament, cct animal est devenu pour ainsi dire omnivore, puisque dans nos maisons il vit indiiféremmenl de viande, de pain, de lait et de végétaux farineux. Pas difficile pour sa nourriture, le chien joue le rôle d’expurgateur, en débarrassant la voirie de toutes les matières putrescibles qu'on y jette tous les jours. La langue du chien est longue etdouce: chez lui, l’action de boire s'appelle laper. Pour remplir cette fonction, il plonge légèrement sa langue dans l'eau, puis, par un mouvement contractile, il creuse cct organe à son centre, le relève à ses bords de manière à former un godet qui contient le liquide et l’apporte à la bouche. Cette cavité, artificiellement

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produite, 11e contient que très-peu d’eau, et oblige le chien à mettre beaucoup de temps pour satisfaire sa soif. L’eau, introduite ainsi lentement, s'échauffe assez pour qu'il n'éprouve aucun inconvénient résultant du froid subit qu’une grande quantité d’eau, avalée tout d'un coup, produit dans l’intérieur du corps des autres animaux, alors cpi’ils sont très-échauffés.

Le chien aboie; le ton et la durée de l’aboiement varient suivant les variétés et selon l’état de santé. Lorsqu’il a perdu son maître ou qu’il s’est égaré, il hurle d’une manière plaintive. Dans la rage, la voix est complètement changée, le timbre n’est plus le même, aussi, les vétérinaires et les personnes quiontdcs meutes reconnaissent-elles assez aisément cette affection sans voir l’animal; rien qu’en l’entendant aboyer. A l’état sauvage, il n'aboie pas, mais hurle à l’instar des loups; sa vie, se rapprochant beaucoup de celle de ces derniers, lui fait prendre le cri lugubre des habitants des bois. Dans les pays chauds, on remarque un fait assez extraordinaire qui se passe sur les chiens amenés des contrées tempérées : au bout de quelque temps, ils deviennent demi-sauvages et perdent complètement la voix. Ou pense qu’ils n’ont pas perdu la faculté de l’émettre, mais seulement l'habitude; obligés, pour subvenir à leur existence par la chasse, de surprendre une proie toujours aux aguets, ils gardent le silence. Le fait contraire se produit chez les loups qu'on tient enfermés dans les ménageries avec les chiens ; on en a vu qui, au bout d'un certain temps, aboyaient et portaient la queue en trompette.

Les oreilles sont grandes, moyennes ou petites, tombantes, demi-tombantes ou droites, selon que les individus qui les portent appartiennent à l’une ou l’autre des races canines. I.a queue est le plus habituellement composée de dix-huit vertèbres, mais elle varie souvent dans sa longueur. Le chien la porte haute et redressée, cauda recurva , tandis que le loup la porte basse, cauda incurva , et le renard droite, cauda recla.

Les membres antérieurs ont cinq doigts : quatre dont la réunion est commune et sur lesquels l'animal s’appuie et marche, d’où son nom de digitigrade , et un rudimentaire situé à la face interne des membres. Les postérieurs n’en ont que quatre, les rudimentaires n’existant pas. Le chien est donc pcntadaclylc et têlradaclglc. Chaque doigt est pourvu d’un ongle allongé, obtus et non rétractile; aussi ne sert-il pas de défense ù l'animal, comme chez le lion, le tigre et le chat : il n’est utile que pour la locomotion. I.a plante du pied est garnie de tubercules; quoique fort résistante, elle Unit par s’user à la suite de courses pro longées, par un temps chaud ou sur un sol pierreux. Les allures du chien sont au nombre de trois: le pas, le trot et le galop ; il passe indifféremment de l’une à l’antre, suivant son désir, son besoin ou l’excitation qu'on lui donne. Lorsqu’il marche, cet animal porte son Corps de travers; ce fait est surtout visible dans l’action de trotter. La raison qui le porte à marcher de la sorte est due à l'irrégularité du mouvement. En effet, la progression des membres postérieurs est plus étendue que celle des antérieurs, qui, lorsqu’ils se déplacent, embrassent moins de terrain. Les postérieurs viendraient donc heurter les antérieurs, si l’anima! ne se déplaçait sensiblement, mais son instinct admirable l’avertit de ce défaut de régularité. Il porte son arrière-train de travers et fait de la sorte passer naturellement les membres postérieurs à côté des antérieurs. Ils se posent ainsi obliquement près de ces derniers, sans les heurter, et régularisent la marche. Si le cheval pouvait apporter une semblable modification dans le jeu de ses membres, il s’éviterait bien des atteintes.

Quelle que soit la rapidité de sa course, il sue peine; sa langue est pendante et accompagnée de beaucoup de salivation. Cette hypersécrétion des glandes salivaires explique l'action lente des globules sudorifiques. De plus, en allongeant et retirant fréquemment la langue, il favorise l'évaporation et peut se

LES CHIENS

jeter à l’eau sans être incommodé. On a prétendu qu'il ne suait pas, en se basant sur la rareté extrême de la sueur. C’est une erreur, car on aperçoit Celle-ci, lors des grandes chaleurs et durant les vives actions, perler en petites gouttelettes sur les poils courts des chiens à robe lisse. La peau des chiens est poreuse, comme celle des autres animaux, et elle remplit les mêmes fonctions, mais dans des proportions beaucoup moins grandes. Cet animal exhale une odeur peu agréable qui, n’ayant d'analogie avec aucune autre, doitêtre appelée sut generis. Lorsqu'il veut se coucher, il tourne plusieurs fois sur lui-même avant de s’affaisser; il dort l’oreille au guet et rêve souvent. Jeune, il urine comme les chats, en fléchissant les membres de la région postérieure; adulte, il lève une jambe et projette son urine le long d’un obstacle quelconque. La chienne possède ordinairement dix mamelles, six ventrales et quatre pectorales, mais les exceptions ne sont pas rares.

Aucune espèce ne présente un pelage aussi varié que celui du chien ; la domesticité a multiplié les robes. Les nuances simples se mélangent à l’infini, et la nature des poils ras ou longs, rudes ou soyeux, vient encore apporter de nouvelles différences. De son temps, F. Cuvier avait observé que le chien des pays froids porte deux sortes de poils; les uns, courts, fins et laineux adhèrent immédiatement à la peau, comme le duvet de nos oies domestiques, tandis que les autres, soyeux et longs, couvrent les premiers et forment la partie extérieure du manteau de l'animal. Cepoil laineux disparait dans les contrées équatoriales où le double vêtement n'est plus de saison. Les races à poils très-longs sont ordinairement moins bien constituées, moins actives et moins résistantes à la fatigue. La préférence qu’on leur accorde n’ost pas rationnelle au point de vue de l’utilité, garde ou chasse, elle ne peut s’expliquer que par l’attrait que présente la robe. La taille, la structure et les formes du chien sont difficiles à dépeindre et ne peuvent figurer cpic pour ordre dans les généralités, ce qui s’applique il l'un étant souvent l’antipode de l’autre.

Très-facile à la campagne, l'élevage du chien rencontre beaucoup de difficultés à la ville. Les propriétaires citadins, vivant généralement dans l’aisance, donnent il leurs chiens les débris d’une table trop confortable, et leur constituent ainsi un régime qui détruit leur santé. Si on ajoute à cela la réclusion dans les appartements, le manque d’air et d'exercice, on s’explique très-bien pourquoi ils sont atteints de l’affection désignée sous le nom de maladie des chiens. On a beau leur prodiguer les soins les mieux entendus, on n'obtient que de rares résultats. Sur dix chiens élevés en ville, la moitié succombe; souvent encore, dans ce dernier nombre, quelques individus restent longtemps affectés de la chorée ou d’éruptions cutanées. A la campagne, les propriétaires moins riches nourrissent leurs chiens plus maigrement. La soupe, le pain, le lait que ces animaux reçoivent sont les éléments qui leur donnent une bonne santé. L’herbe qu’ils mâchent tous les jours, quand le besoin s’en fait sentir, leur conserve le ventre libre, condition indispensable pour mener à bien leur élevage. L’exercice continuel et l’air pur sont des auxiliaires dont le concours n’est point dédaigner non plus. La durée de la vie des canidés est de douze à quinze ans, rarement plus. On a vu des sujets atteindre l'âge de dix-huit à vingt ans, mais c’est une exception ; certains animaux vivent moins de. douze ans, usés qu'ils sont par les travaux fatigants qu’ils ont accomplis. Le premier signe de la vieillesse, qui commence à dix ans, consiste dans l’apparition des poils blancs sur le front, autour des yeux et sur le museau; le second, dans l'ébranlement des dents, surtout des incisives, qui deviennent mousses, inégales et noires, et tombent les unes après les autres. Puis arrivent l’excavation des flancs, l’abaissement du ventre, la chute des organes de la génération chez les mâles, la raideur des membres, la salivation parfois abondante, la recherche des coins

ANIMAUX DOMESTIQUES

obscurs, le regard terne et parfois la perte de la vue. Certaines maladies, dites de \ieillesse : alopécie, asthme, conjonctivite chronique, obésité, rhumatismes, plusieurs altérations de la peau, avec plaies, et diverses autres affligent le vieux chien qui sent mauvais el devient souvent insupportable.

Jusqu’au xixc siècle, on croyait fermement (pie le chien descendait du loup, du renard et du chacal. Dans son traité de la chasse, Xéuophon, qui vivait 400 ans avant notre ère, a établi sur ces bases la première classification des chiens; il en reconnaissait trois espèces : les rliicns loups, servant ;ï la garde, les chiens renards etles chiens castors servant à la chasse. Aristote, le plus grand naturaliste des temps anciens, celui qui doit être considéré comme le véritable créateur de la zoologie, partagea cette manière de voir, notamment en ce qui concerne le chien renard, qu’il appelle chien de Laconie. Hullon, les deux Cuvier, les deux GeolFroy Saint-Hilaire, de lllainville, M. de Quatrefarges, etc., combattirent ces doctrines et montrèrent que les animaux précités ne sont pas de la même espèce que le chien,' et, par conséquent, que ce dernier ne descend pas plus d’eux qu'il n'est le produit de leur croisement supposé et archiséculairc.

La multiplicité des formes el des proportions chez le chien est un des plus sérieux arguments à opposer à ceux qui veulent voir en lui le fruit du concours de diverses espèces. Pour expliquer, par la diversité des origines, l'existence de toutes nos races canines, il faudrait, suivant Fr. Cuvier, admettre près de cinquante espèces souches. Au moins quarante de ces espèces supposées ne se trouvent nulle part ailleurs, ni dans la faune actuelle, ni dans la faune fossile.

L'abandon d'une origine remontant au loup, au renard el au chacal fut la conséquence des nouvelles doctrines professées parles savants modernes. Cependant, beaucoup de gens, témoins de l’accouplement du chien avec le loup, persistèrent à croire que plusieurs variétés canines résultaient de cette union. Les alliances entre ces deux animaux se voient de temps à autre, en dehors de toute intervention quelconque et sans la moindre participation humaine, mais c’est une exception. Le chien el le loup se font plus souvent la guerre qu'ils ne se recherchent, el, dans Fimmense majorité des cas, les hybrides issus de leur rapprochement ont, quoique féconds entre eux, une courte existence. Dispersés ça et là, ils s’accouplent avec l’espèce pour laquelle ils ont le plus d’affinité, chien ou loup, plus souvent le loup, el finissent par disparaître, en se confondant avec le type préféré. L'instinct, qui est différent chez le chien el le loup, se reproduit dans leurs descendants el leur donne une nature particulière, penchant vers l’un ou vers l’autre, car le mélange des caractères ne peut guère avoir lieu en proportion égale, et le fort l’emporte sur le faillie. C’est le chien sauvage qui, par scs nuvurs, ses habitudes, son caractère, se rapproche le plus du loup; malgré ces rapports, il ne peut être confondu avec lui. L’examen des formes extérieures démontre qu'ils n’appartiennent pas à la même espèce. Quelle que soit la dégénéraliou du chien sauvage, il porte toujours la queue en l’air, ce que ne fait pas le loup. Il lie s’accouple qu’aecidcntellcmeut avec.ce dernier dont le naturel est fort dissemblable du sien : il recherche les clairières, fuit les bois, s'apprivoise, change complètement de manières dans la domesticité, qui reste sans effet sur le loup. On ne peut donc établir aucune comparaison entre le chien domestique et le loup, pour prouver que le premier vient du second, lorsqu’on voit le chien sauvage, qui, bien plus que le domestique, se rapproche du loup, offrir cependant des caractères si tranchés qu'ils repoussent toute assertion tendant à refuser au chien une origine particulière.

On voudrait encore faire descendre le chien d'un modèle unique créé en Asie et venu de ce pays en Europe, par voie d’extension et d’immigration, sans mettre en regard de cette théorie celle des apparitions sur toute la surface du globe,

LES CHIENS

au fur et à mesure que la terre offrait à chaque espèce ses conditions de vitalité. Buffon regardait le chien de berger comme le plus près du chien sauvage, c’est-à-dire de l’état de nature ; il le prit pour modèle du premier chien et en fit la souche de$ autres. Plus tard, on interpréta dans ce sens les hiéroglyphes et les figures anciennes des monuments assyriens, égyptiens, etc., représentant des chiens à museau pointu. Cette doctrine compta beaucoup d’adhérents jusqu’au jour où l’avancement des sciences et les découvertes modernes firent envisager tout autrement la question. De ce que, sur les tombeaux égyptiens, on n’avait remarqué qu’un animal grêle, élancé, à nez allongé, à oreilles droites, sorte de mâtin ou de lévrier antique, canis leporarius œgyptius, que l’on rencontre en grand nombre ehez les peuplades africaines et nommé lévrier arabe, chien de chasse africain, canis Leporarius arabicas, il ne s’en suit pas nécessairement que cet animal doive être le seul représentant de l’espèce, mais qu’il a subi le premier les effets de la domestication en Orient. On le choyait au point de l’embaumer et ces momies canines retirées, en assez grande quantité, des nécropoles de l’Égypte, indiquent bien qu’elles ont été contemporaines de la civilisation asiatique, mais rien de plus. On s’est trop hâté de juger, car des fouilles récentes nous ont appris, d’une part, que beaucoup de monuments, de peintures, de monnaies, de cachets, etc., portaient l’empreinte de doguins et de chiens de chasse, genre braque, et, d’autre part, que les terrains d’alluvions volcaniques de l’Auvergne contenaient des fossiles de chiens de chasse. M. de Rougé a découvert récemment le tombeau d’un des plus anciens rois deThèbes, nommé Autef. Sur les bas-reliefs on voit des chiens en tout semblables aux nôtres. Ces diverses figures hiéroglyphiques fournissent donc la preuve évidente qu’il n’y avait pas qu’un seul spécimen canin au commencement de la vie et même de la civilisation. Du reste, d’où proviendraient les autres modèles de chiens, puisque les primitifs n’ont pas varié, s’il n’y avait pas eu d’autres types inconnus et vivants? En considérant cette métamorphose comme possible, les hommes auraient vu et constaté les modifications, successives et daus tous les sens, éprouvées par cette race unique, pour arriver à fournir toutes les variétés que nous connaissons. Ils restent muets. Contrairement à cette doctrine qui assigne à la gent canine une origine commune puisée dans le chien de berger, on sait aujourd’hui quelle n'a jamais eu l’uniformité supposée, car les apparitions ont été multiples, et qu’elle a constamment accompli son évolution naturelle, à l’instar des autres habitants de la terre. C’est par la domesticité, nous apprend Daubenton, qu’on a développé dans les chiens, naturellement séparés en quatre branches, les propriétés qu’ils ont apportées avec eux à l’état natif.

Le bagage scientifique légué par les Grecs n’a pas beaucoup aidé les savants à rechercher l’origine du chien ; celui des latins, au contraire, nous a été d’un plus grand secours. Pendant la longue période du moyen âge, tout porte à croire que le nombre des variétés canines était plus considérable qu’autrefois, mais l'obscurité dont est entourée toute cette époque de barbarie ne permet pas la moindre affirmation. Ce n’est que depuis la Renaissance, et surtout depuis Charles IX, que la lumière s’est faite dans l’espèce.

Faute de recherches satisfaisantes dans les archives du passé, les écrivains modernes ont exalté les mérites du chien, dans tous les temps et dans tous les lieux. Il convient d’être impartial et de raconter les faits sans exagération, aussi bien d’un côté que de l’autre. Le chien n’a pas fait l’homme, comme disent les enthousiastes, et celui-ci ne serait pas resté dans la barbarie si son compagnon l’y avait laissé, attendu qu’il aurait su s’en tirer sans lui. C’est en avançant de pareilles paradoxes qu’on est arrivé à formuler cet aphorisme abracadabrant : « Ce qu'il y a de meilleur dans l’homme, c’est le chien. » De même que l’homme n'est arrivé à la civilisation, c’est-à-dire au développement

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