‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 3)Chapitre 71 sur 95 · TOME II. — NOUV. TECH · texte numérisé non relu

TOME II. — NOUV. TECH

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complet de ses facultés physiques et morales, qu'après un nombre incalculable d’aimécs, de même, le chien, fidèle représentation de son maître en tout cl pour tout, n'est-il en possession de ses qualités que depuis la perfection progressive de l'espèce humaine. 11 suit l'homme et ne le précède pas; ce qu il sait, il le tient de l’éducation et des soins intelligents qu’il reçoit. Il est donc plus juste de dire : « Ce qu’il y a de lion dans le chien, c’est 1 homme. »

Jusqu'à notre époque, on a seulement estimé le chien pour sa vigilance, sa bonne garde des maisons et des troupeaux et son ardeur dans les combats. On le dressait tout spécialement à ces genres d’exercices, on en faisait un auxiliaire indispensable en ces temps de guerre perpétuelle, et rien de plus. L’animal se

Fig. 40. — Misère (1).

modelait sur son maille, cl n’allait pas au delà. C’est pourquoi, nous constatons que les écrivains gardent leurs plus grands éloges pour les chiens belliqueux, et font presque table rase de tout ce qui n’est pas exploit de guerre.

Dans l’espèce canine, le courage n’est plus l’apanage exclusif du mâtin et du dogue, beaucoup de sujets appartenant à d’autres races se signalent par leur audace et leur instinct guerrier. Tous les régiments français conservent le souvenir d’un ou de plusieurs chiens dont le concours leur fut précieux en campagne. Le Directeur de cette publication, ex-officier d’infanterie de marine, en racontant l’histoire du ü° bataillon de marche du 2e régiment, où il servait

(1) Il s’appelait. Misère. En 1870, n’ayant pu défendre son troupeau contre la voracité des Prussiens, il s’engagea comme éclaireur au !>c bataillon de marclio du 2e de marine. Il est mort au champ d’honneur le 2 février 1871.

comme sous-lieutenaut pendant la deuxième invasion, n’a point oublié le pauvre Misère (tig. 40). Grâce au bon souvenir qu’en a gardé M. Lacroix, cet animal a sa place dans les fastes militaires.

La mémoire, l'obéissance absolue, la reconnaissance, la fidélité, l’intelligence du chien, si vantées à présent, étaient moins connues des premiei’s peuples, et même dos Grecs et des Romains. Je l’ai déjà expliqué par les besoins auxquels l'espèce canine devait satisfaire et le peu d’avancement de la civilisation, et j'ajoute qu’Homôre appliquait l’épithète injurieuse de chien à l’homme qu'il voulait flétrir. Le nom de canis, donné aux parasites que l’odeur des mets allèche, aux gens de rien, résume un ensemble de vices excluant toute idée d’amitié entre le chien et l’homme. Diogène, lassé de la vie des hommes et vivant seul, reçut le surnom de cynique. Les disciples de Mahomet n’ont pas d’expression plus méprisante que celle de chien jetée à leurs ennemis. Certaines peuplades de l’Inde ont de grands chiens à l’oreille dressée et pointue, au museau aigu, à la queue en trompette, au pelage court et jaune, sorte de grand chien-loup, avec lesquels ils vivent côte à côte, sans caresses, sans échange d’amitié. On vit ensemble; l’homme donne la nourriture, le chien fournit la garde ; ils sont quittes. Telle est l’image des hommes et des chiens jusqu'à la Renaissance. Les qualités signalées en tête de ce paragraphe ont suivi une marche ascendante et toujours en raison du progrès humain, ce qui explique leur faveur actuelle, tandis que la cruauté et l'aptitude au combat, inutiles chez des peuples inventeurs des engins de guerre les plus raffinés, sont condamnés et repoussés, preuve évidente de la transformation des animaux suivant les besoins de la société. Aussi le gouvernement a-t-il proscrit les combats de chiens entre eux, et avec les taureaux, les ours et les ânes; il aégalement interdit l’élevage des boules-dogues, ce dont ne s’est pas douté M. Krantz.

Voyons donc le chien de notre époque. Cet animal comprend les sentiments de l'homme, non plus son maître, mais son ami avec lequel il se montre triste ou enjoué, suivant les sentiments qu’il découvre chez lui. A toute heure, il éprouve le besoin de s’attacher, de plaire et de rendre service. Cet attachement ne lui est dicté ni par le besoin, ni par la contrainte, mais uniquement par la reconnaissance et l’amitié. Ses caresses sont précieuses au malheureux qui, souvent abandonné du monde entier, n’a d’autre ami que lui dans l’adversité. Un artiste célèbre, s’inspirant de cette fidélité affectueuse, en a tracé un émouvant tableau connu de tous et appelé le convoi du pauvre. Le chien de l’aveugle, je ne dis pas d'aveugle comme le programme de l'Exposition, conduit adroitement le malheureux confié à ses soins, lui fait éviter tous les obstacles et, quelles que soient les difficultés qu’il rencontre, sait s’en tirer à son honneur et ne jamais prendre le Pirée pour un homme. Il est indifférent à la bonne chère,- et vit de privations. Il fait partie de la famille qui l’adopte, se couche aux pieds des grandes personnes, sert de monture et de jouet aux enfants, qui le tourmentent et le torturent parfois; malgré les souffrances qu’il endure, il est rare qu'il les rudoie, il reste couché et lèche humblement la main qui l’a battu. Jamais il ne repousse l'agression par l’agression ; il tâche d’attendrir et d’éloigner, parla supplication, un châtiment [immérité. Lorsqu’on lui confie la garde d’une habitation, sa fidélité ne fait jamais défaut ; il comprend sa mission, sent son importance grandir; on le voit veiller et faire la ronde. Il défend son maître et si ce dernier est blessé, il oublie ses propres souffrances pour le soigner avec sollicitude. Son amitié lui fait inventer toutes sortes de façons capables de le soulager. Il lèche ses plaies, se couche près de lui et le réchautl’e par la chaleur de son corps. Jamais il ne l’abandonne, et s'il le quitte un instant, c’est pour aller lui chercher du secours. On connaît la pantomime de cet animal pour montrer le danger qu’on va courir : sa manière d’agir,

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son regard, ses gestes ont l’air de prier de placer toute confiance en lui et de suivre scs conseils. On l’a vu bien des fois mettre sa sagacité entière en œuvre, tirer les gens par leurs vêtements et les conduire au lieu où gisait son ami blessé, mourant quelquefois. C’est surtout à la chasse que son intelligence admirable se manifeste. L'homme a compris de bonne heure la nécessité de l’employer et de le dresser à cet exercice. La force du chien est utilisée par les habitants des contrées froides pour le transport des hommes et des fardeaux en traîneau. On ne s’en sert plus guère, dans nos pays, que pour tourner la roue des couteliers et les tambours destinés à faire marcher les soufflets des cloutiers.

Les xviii0 et xixE siècles ont produit beaucoup de races de petits chiens. N’ayant plus besoin d’auxiliaires, on se fit des amis, même des joujoux pour les appartements. Ce sont les Anglais qui ont produit les variétés les plus étonnantes par la sélection, fort peu par le croisement; avec leur esprit de suite et leur persévérance, nos voisins sont arrivés, dans les petites bêtes, à des résultats prodigieux.

Toutes les brillantes qualités du chien pâlissent néanmoins devant la rage, cette horrible affection qui épouvante de plus en plus la population par sa fréquence, sa propagation rapide, son incurabilité, et les douleurs atroces qu’elle occasionne à l’hominc que le malheur a désigné à la morsure fatale. Après le passage d’un chien enragé dans une contrée, le nombre de ses congénères diminue par l’abattage des individus mordus, roulés, en un mot suspects, et par le froid jeté dans tous les esprits et tout à fait défavorable à l’élevage. Aujourd'hui, ce sont de véritables hétacombes de chiens; dès qu'on soupçonne un ou plusieurs de ces animaux d’avoir été seulement en contact avec un individu atteint ou soupçonné de la rage, on les visite â peine et on les sacrifie. La réaction s’opère donc, et, comme on le remarque, à l'engouement irréfléchi succède la prudente réserve. D'un autre côté, la police met un frein à la multiplication indéfinie de ces chiens sans maîtres, appelés chiens de rue , par des razzias journalières qui en diminuent encore le nombre. De plus, parmi les nouvelles mesures qu’elle met à exécution, figure l'obligation pour chaque possesseur de chiens, de faire porter à son animal un collier poinçonné, indiquant le nom et l’adresse du maître et un numéro matricule inscrit sur un registre ad hoc et conservé à la mairie. De la sorte, on reconnaîtra immédiatement le chien qui aura jeté la perturbation et commis des désordres, et on pourra enfin rendre son propriétaire responsable de tous les accidents survenus.

Le chien domestique comprend quatre races principales : le chien de berger, le chien mâtin, le dogue et le chien de chasse. Ces races se divisent à leur tour en variétés naturelles et métisses, ainsi qu’on le verra plus loin.

Le chien de berger (fig. 41) est le type du premier groupe. 11 occupait la plus importante place chez les peuples pasteurs, et il la tient encore chez la plupart des nations civilisées. 11 a traversé les âges sans s’altérer, car les variétés qui s’y rattachent ne se distinguent absolument que par la marque de la domesticité. Cet animal possède une taille généralement élancée, un pelage ordinairement long, rude, fauve ou noirâtre, des oreilles droites, un museau pointu et long, une queue horizontale, principalement le chien de toueheurs de bœufs. C'est le chien de la nature; il est fort intelligent, excelle dans la garde et la conduite des troupeaux, éloigne et combat parfois les loups. 11 est sobre, rustique, docile et plein d'alfcclion pour son maître. On reconnaît en France trois modèles de chien de berger. Le premier est adopté par les toucheurs de bœufs: ses formes sont fortes et massives, son poil noir et grossier, sa queue en panache. Le second est spécialement affecté au service des moulons : corps trapu, poil rude et bouclé; absence fréquente de la queue. Enfin, le troisième, très

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en vogue dans la Brie et appelé chien de Brie, ou Lnbrie tout court, est grand, couvert d’un pelage long, soyeux et de couleur isabcllc, il oreilles souvent tombantes. Ils ne forment pas trois races, comme on l’a insinué, par erreur sans doute, même pas trois variétés, mais simplement trois familles. La présence ou l’absence de la queue n’a aucune valeur distinctive, puisque le point de départ de cette anomalie est une amputation pratiquée sur touLe une série de générations. C'est encore l’histoire des braques dits du Bourbonnais. Dans les temps où les loups étaient nombreux, et où les chiens de berger avaient de fréquents assauts à soutenir contre eux, les bergers avaient et ont encore l’habitude de couper les oreilles et la queue des chiens, afin de donner moins de prise à leurs adversaires. C’est donc â la suite de ces mutilations successives que la queue a disparu. Le cou, autre partie vulnérable, est protégé par un collier en cuir épais, et garni de clous pointus à l'extérieur. Excepté

Fig. 41. — Chien de berger.

dans les localités où les loups se montrent encore, il est absurde de mutiler le chien de berger, attendu qu’on lui ôte inutilement de la grâce et de la distinction. Ces chiens sont des auxiliaires puissants ; ils empêchent les bœufs et les moutons de s’égarer, ils accélèrent leur marche et maintiennent le bon ordre dans les passages difficiles, car il suffit qu'une bête s’écarte pour que les autres la suivent. L’excès de travail et la poussière des routes fatiguent beaucoup ces animaux, qui réclament une nourriture copieuse et de bonne qualité, et qui, malgré cela, s’usent de bonne heure. Le chien de berger anglais est de plus petite taille que le nôtre, a le pelage noir et feu et soyeux, une belle queue en panache et les oreilles droites ou légèrement tombantes au bout, comme le col cassé de ses maîtres. C’est un messager rapide qui n’aime pas à attendre; il faut que l’animal égaré rentre sans retard dans le droit chemin. Notre Labrie n’est pas si vif; mais, il est, par contre, solide et capable d'une longue fatigue. Quand son maître lui indique le point à défendre, il y va souvent au petit trot, c’est l’omnibus de la marche moutonnière dont le Colley est l’express. Le Colley d’Ecosse a les mêmes formes élégantes, avec un pelage plus fourré. On

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estime chez ics deux le blanc au poitrail et à l’extrémité de la queue. Le chien de berger d’Amérique ressemble au Colley. En Afrique et en Asie, les variétés de chien de berger sont nombreuses, de toutes tailles et de toutes les couleurs, mais constamment douces des mêmes formes et du même poil hérissé.

On ne comptait que tl chiens de berger à l'Exposition, en y comprenant les toueheurs dont on avait, sans rime ni raison, fait une catégorie il part, dt sur 700! ti aux Anglais, G aux Français, partage égal des récompenses. En t867,M. Gayot se plaignait, comme je le fais en ce moment, du petit nombre des chiens de berger exposés, et se demandait si cette race n’était pas en train de disparaître. A voir comment les choses se passent, il est certain qu'elles marchent en sens contraire de la multiplication et de la perfection. La bêle à laine diminuant partout en France, l'importance du berger disparaît et, en même temps, celle de son chien. Ce sont les pays montagneux qui conservent le mouton, et les chiens dits de montagne, dont il est question plus loin, sont préférés à cause de leur force, pour combattre assez fréquemment le loup. De plus, l’élevage de la bête à cornes s'étant beaucoup développé, et celui du mouton tendant ;ï se faire à la bergerie, il faut moins de gardiens, puisque leur besogne est réduite au court accompagnement des bêtes de l'étable au marché, à la gare d’embarquement ou à l’abattoir. Nos trois modèles de chiens de berger avaient jusqu’à ce jour assez bien conservé la pureté de leur race, à cause de leur spécialité de service. Malheureusement, quelques familles se sont formées en empruntant la configuration et le poil du griffon et même de l'épagneul, et ne justifient pas leur raison d’être. Il faut garder au chien de berger la beauté qui lui est propre, soigneusement éviter de le mêler, car tout contact étranger le fait déchoir. La sélection suffit à tous les besoins de cet animal. S’il s’agit au contraire de perfectionner des .sujets qu’on destine à la garde des troupeaux, mâtins ou autres, son intervention est suivie des meilleurs effets. Le maintien du type est indispensable à la conservation des qualités, car aucun animal ne possède aussi complètement que le chien de berger les talents nécessaires à la gouverne d’un troupeau.

Les variétés naturelles du chien de berger, au nombre de cinq, occupent, à l’exception d'une seule, la partie la plus avancée de l’hémisphère boréal, et, comme il n’y a que peu ou point de troupeaux à conduire et défendre, leur rôle se trouve totalement changé. Le chien de Poméranie, c.pomeranus, dit encore chien-loup, loulou, est moins grand que le chien de berger français, mais plus que ce dernier se rapproche du Colley. Il a le museau pointu et effilé, les oreilles droites, la queue haute et enroulée en avant, le pelage blanc ou jaunâtre, rarement fauve, le poil court sur la tête, les oreilles et les pieds, et long et soyeux sur toute la surface du corps, la queue principalement. Cet animal est affectueux, attaché et bon gardien, Cette variété vivant dans une zone relativement tempérée, se rapproche, au point de vue du travail, du chien de berger qu’elle pourrait suppléer, si besoin en était. Il est aujourd’hui beaucoup moins répandu parmi nous. C’était le compagnon indispensable des conducteurs de voitures publiques et des bateaux à vapeur. Debout et attentif, il exerçait une surveillance active, et rien n’était dérangé, lui présent. Le chien de Laponie, c. laponiœ, ressemble au précédent dont il a la taille et les formes. Les Lapons attellent ordinairement leurs chiens à cinq ou sept, deux à deux ; le plus adroit est placé en tête pour conduire les autres. On les dirige au moyen de bâtons, et il faut, de la part de celui qui les conduit, une grande habitude de la besogne, car ces animaux, qui sont encore un peu rebelles, n'attendent que l'occasion de se dérober. Le chien de Sibérie, c. sibériens, ainsi que le chien des Esquimaux, présente les mêmes

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caractères que celui de Laponie : queue en panache et relevée en cercle, poils laineux, abondants et serrés, pelage varié par des taches noires ou grises irrégulièrement distribuées. Comme le chien de Laponie, il sert à l’homme de bêle de trait. C’est l’animal le plus malheureux de sa race. Employé à de rudes travaux, il ne reçoit qu’une maigre pitance de poissons, de chair corrompue; il est traité avec dureté. Ces mauvais traitements influent d’une manière sensible sur son caractère, car à l’inverse des autres chiens, il est voleur et grondeur. Les femmes qui le traitent avec douceur, s'en font facilement obéir; ce sont elles qui réussissent le mieux à les rassembler pour les mettre au traîneau. Ils sont attelés au moyen d’un système de courroies assez semblables aux bretelles des porteurs d’eau. C’est un collier formé de deux bandes de cuir qui passent autour du cou, sur la poitrine et s’attachent au traîneau. Le chef de file est très-habile et sait trouver les traces du chemin dans les nuits les plus noires. Ces animaux, dans le principe assez peu soumis à l’homme, ne craignent aucun châtiment dès qu’il s’agit de satisfaire leur appétit, pour ainsi dire insatiable. Durant la belle saison, les Esquimaux et les Samoyèdes n’attachent pas leurs chiens au traîneau et s’en servent pour la chasse. Le chien d'Islande, c. borealis, a beaucoup de rapport avec le chien-loup ; au lieu d’avoir les oreilles droites de ce dernier, les siennes sont légèrement rabattues au sommet. Cette variété de conformation est la seule que l’on constate. Il est très-précieux pour s’atteler aux traîneaux. Le chien de Chine, c. sinensis, ressemble beaucoup aux espèces décrites, et principalement au chien-loup, dont il ne diffère que par sa 'taille plus petite, son dos arqué, sa queue pendante, son poil long et noirâtre. 11 en existe un autre, comestible, paraît-il, et aussi laid que possible. Et dire que la maîtresse de celui qui était exhibé à l’Esplanade a obtenu une médaille d’or et 100 francs pour cette horreur-là ! ! Je ne lui demande pas une invitation à dîner pour le jour où elle fera rôtir cette affreuse bête.

Le chien matin, c. laniarius, est apteàremplir plus de fonctions que le chien de berger. Il est avant tout le chien de garde par excellence, mais il sait encore occuper l’emploi de gardien de troupeaux sans trop de désavantage. Presque autant que le chien de berger, il est demeuré semblable à lui-même, malgré les conditions les plu s diverses oii les circonstances l’ont placé. Il s’est modifié dans quelques endroits, quant aux dimensions, aux formes, au pelage, etc.; ses aptitudes se sont conservées partout aussi hautes. « Il est à la gent canine, sous le rapport de la multiplicité des services, ce que la lionne à tout faire est à la domesticité humaine. Il fait un peu de tout et s'en acquitte d'une manière satisfaisante. Son odorat est assez fin pour qu’on puisse l’appliquer à la chasse; il attaque bravement le loup qui le redoute, et coi/fe le sanglier. » Il poursuit également le gros gibier, et aussi les veneurs ne séparent-ils pointcet animal du chien courant, et le placent dans les meutes de vautrait. Le mâtin ne descend pas du chien de berger; il a, nous le savons, une origine particulière. Sa domesticité remonte à la plus haute antiquité, car il avait des statues à Babylone et à Ninivc plus de 000 ans avant notre ère et bien avant la représentation des figures du chien de berger, et, en comparant le type de cette époque à celui de nos jours, on voit qu’il est resté le même. En considérant un beau sujet de la race, on constate qu’il ne s’agit pas d’une simple ressemblance, mais d’une identité parfaite. Les caractères de la race sont les suivants : tête forte, le plus souvent allongée ; front aplati ; pariétaux tendant à se rapprocher en s'élevant au-dessus des temporaux; condyles placés sur la même ligne que les molaires : oreilles droites à la base et demi-pendantes dans le reste de leur étendue; taille longue et assez grosse; jambes longues et fortes; queue relevée; pelage court, de couleur fauve ou jaunâtre, mais parfois blond, gris, brun, ou

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noir uniformément, ou avec des rayures noirâtres, parallèles ou obliques entre elles et peu marquées. L’éducation du mâtin est nulle, l'animal se fait tout seul : ee qu’on lui demande est compris et exécuté en très-peu de temps.

Les tripiers, les suilliers, les couteliers, les cloutiers, les colporteurs, le6 marchands forains, et une foule d’autres personnes dont les ressources étaient trop modestes pour nourrir un cheval, se servaient autrefois de gros chiens mâtins et parfois de dogues pour traîner de petites voitures. Ce mode d’utilisation du chien n’est pas possible dans les grandes villes où la circulation est active, car ces véhicules légers entravent le mouvement et effraient les chevaux. Les chiens, en aboyant ou en se dérobant, ont très-souvent déterminé des accidents qui ont décidé les préfets à éloigner cet attelage des villes. Proscrit des centres animés, où il est plus nuisible qu’utile, l’attelage du chien ne peut être employé avec plus davantage sur une grande échelle qu’à la campagne.

Le mâtin forme huit variétés naturelles, et huit variétés métisses résultant de son accouplement avec le griffon, le basset et le chien de berger. Les premières sont l’œuvre de la nature et aussi de l’homme, qui s’est appliqué à obtenir certains caractères particuliers et à les fixer; les secondes sont le produit du croisement.

Le grand danois, c. danicus major, ne diffère du mâtin que par unetaille plus élevée, un museau plus fort et plus carré, des lèvres pendantes et notamment une plus grande perfection des formes. Le seul exemplaire présent à l’Exposition le démontrait péremptoirement. Il est grand, solidement charpenté et musclé, vif, alerte, bon gardien, hardi chasseur, attaquant bravement l’ours et l'élan. Comme le mâtin, il a sa place dans les meutes de vautrait. On le trouvé en Danemark, en Russie et dans le nord de l’Allemagne. On utilisait autrefois le grand danois à tous les travaux confiés aux chiens de forte taille ; en Flandre on l’attelait à de petites voitures. Ce mode de transport étant tombé en désuétude, l’animal qu’on y employait est d’abord devenu rare, puis a disparu en partie. S'il vit dans les pays du Nord ci-dessus indiqués, c’est qu’il y rend encore des services qui le défendent contre l’abandon. Le petit danois, c. danicus minor, est petit, comme son nom l’indique. A part cette dilfércnce de taille, les formes sont celles du précédent. Le danois moucheté, c. danicus varias, ou danois dalmatian, est de la taille du mâtin. L'iris de ses yeux est souvent en partie d'un blanc bleuâtre ; son pelage blanc, marqué de taches noires ou fauves assez régulièrement rondes, est fort joli; sa queue est grêle, relevée et recourbée. En Russie, on employait jadis le danois moucheté à la chasse des bêtes fauves, des ours et des élans; on lui préfère aujourd’hui des chiens courants. On s’en servait autrefois comme chien de luxe, et on le faisait courir devant les voitures et accompagner les cavaliers. L'habitude était encore de lui couper les oreilles au ras de la tête, ce qui lui donnait une physionomie toute particulière. La vogue dont a joui pendant longtemps cet animal peu intelligent a sensiblement diminué ; on en compte encore un certain nombre en Angleterre et quelques-uns en France. Les danois couronnés à l'Exposition ne devaient guère se douter qu’ils auraient cet honneur.

Le lévrier, c. leporarius, c. verlagus, vient du mâtin, et, comme ce dernier, figurait sur les monuments de la première civilisation. Cet animal est, après le grand danois, le plus grand et le plus svelte de tous les chiens. Sa vue est excellente, son ouïe très-fine, mais sou odorat est imparfait. « Il est beau par la finesse de sa structure; spécialisé pour une course rapide, il offre le spécimen du coureur parvenu à la perfection.il a la tête légère; le museau très-effilé; lo front bas, ce qui est occasionné par l’oblitération des sinus frontaux; les lèvres courtes; le regard doux; les oreilles à demi-tombantes; les jambes longues, fines

et sèches; les muscles énergiques et très-contractiles; le ventre relevé, d’où le nom de levretté donné à l’abdomen du cheval lorsque cette partie est retroussée ; la poitrine vaste et profonde; la queue longue, mince et peu charnue. Cet animal est dépourvu d'intelligence, peu susceptible d’éducation, très-sensible aux caresses, même des personnes qu’il ne connaît pas, et sans attachement pour son maître. Toutes les variétés de poils, relate M. A. Piehot, se rencontrent chez les lévriers : tantôt, il est long, ondulé et soyeux, comme dans les lévriers de Russie et de Sibérie ; tantôt, il est bouclé et laineux, comme chez certaines races du Kurdistan; tantôt, il est ras sur le corps et long sur les oreilles et la queue seulement, comme chez les lévriers de la Roumélie; tantôt, dur, comme chez le lévrier d’Écosse ; tantôt, complètement ras, comme chez les lévriers anglais; tantôt, rouge ou fauve, comme chez les lévriers des îles Baléares, qui ont une construction épaisse, assez de nez et que l'on emploie pour la chasse au lapin dans le Midi. Les différences de taille et de poil ne constituent donc pas des races, comme le voulait à tort le programme; les sloitghis sont des lévriers arabes; les scotch deerhounds, des lévriers écossais pour la chasse du daim, et les greyhounds, des lévriers anglais. Aux temps les plus reculés, le lévrier était le chien de chasse le plus en renom ; au moyen âge, rapporte très-justement M. de Noirmont, cet animal jouait encore le rôle le plus important dans toutes les chasses, depuis celle du sanglier jusqu’à celle du lapin. On en admettait trois sortes : les lévriers d' attache, les lévriers pour lièvres et les levvons. Notre division actuelle correspond à celle-ci : grands, moyens et petits lévriers. « La chasse aux lièvres avec les lévriers était déjà à peu près tombée en désuétude chez nous, lorsque la loi de 1844 est venue la ranger au nombre des chasses prohibées. Nos lévriers français ont disparu complètement, et l’on ne voit plus chez nous que quelques bêtes anglaises devenues purement de luxe, comme toutes les autres, du reste, dont le nombre va encore en diminuant tous les jours. » Le petit lévrier, levron, levrette, a été importé originairement d’Italie, d'Espagne et de Portugal en Angleterre, puis en France. C’est une jolie petite bête d'appartement. La levrette d’Italie est la plus distinguée de formes et de manières; sa robe est d'une seule couleur : fauve, jaune, grise, blanche ou isabelle. Le chien turc ou levron turc, c. œgyptius, tient le milieu entre le mâtin et le lévrier. Il a le museau long, les oreilles horizontales, le ventre relevé, les membres grêles, le poil noir et rare, la taille égale à celle du grand roquet. Lesson le nomme canis midus. Cet animal est peu intelligent, souffre de la température de notre pays et grelotte sans cesse. Il n’est pas beau; à vieillir sa ligure se ride et lui donne un air grimaçant. Il y a une autre variété de chien turc, dite chien turc à crinière, à cause d’un bouquet de poils allant de la tête à la queue chez les individus de cette famille.

Le terrier, canis vulpincivius , est un. lévrier raccourci, diminué de taille, à oreilles moins longues et un peu rabattues. 11 est petit, léger et pèse 3 à 4 kilogrammes au plus, mais robuste, entreprenant et courageux. La lenteur et la molesse du basset ont fait donner la préférence au terrier qui indique 1 endroit exact oii s’est fourré l’animal sauvage , va résolument le chercher, au péril de ses jours, dans la retraite provisoire ou définitive qu’il s’est choisie. Mais tout passe sur la terre. La manière de chasser le renard s’étant modifiée, il est rare qu’il faille chercher pour le trouver et creuser pour le prendre, ce qui a motivé la mise du terrier à la réforme. Une, au début, la variété s’est ensuite composée de quatre spécimens : le fox-terrier, le terrier d’Écosse, le skye-terrier et le toy-terricr. Le fox-lerrier a la même forme que le précédent, mais est encore plus raccourci que lui. Ce produit de la sélection accom-

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pagne les meules dans certains comtés où l'on ne bouche pas les terriers les jours de chasse; il est, de plus, très-ardent à la destruction des rats, d'où sa conservation partout malgré la fin de son rôle principal en Angleterre. Le terrier d'Ecosse ou terrier-griffon ressemble aux deux premiers pour les formes, et au griffon pour le poil. II offre à l'examen deux familles: l’une à oreilles pendantes, il poil rude et généralement gris, et rangée dans les chiens de luxe; l'autre à oreilles pointues et dressées, longue de corps, basse sur les pattes et couverte de poils longs et épais. Les terriers-griffons au nez fendu sont ordinairement blancs, avec les yeux bleus. La mode veut aujourd’hui qu’on ne touche plus aux oreilles des terriers. Le skye-terrier, ou terrier de l’ile de Skye, est encore plus long que les autres ; il ressemble â un basset qui aurait les oreilles grandes et droites. On voit l’opération qui a été effectuée. D’après Richardson, ce chien, excellent destructeur de vermine, est employé en Angleterre à la chasse au lapin. Les Romains en faisaient cas. Le ton-terrier, littéralement terrier-joujou , est généralement connu sous le nom de terriernain, petit rallier: c'est un gentil petit animal, du poids de 2 à 3 livres, à pelage noir et feu, parfois noir, jaune ou blanc, mais alors il est moins estimé. Il représente exactement les formes du terrier dont il est sorti ; seulement le crâne est plus rond, et les yeux plus proéminents. Ce petit mignon, très à la mode aujourd'hui, fait partie de la race du mâtin, et nul, plus que lui, ne donne d'exemple aussi frappant d’une diversité plus grande, d'une ransformationt plus rapide.

Les chiens de montagne, doux, fidèles, bons gardiens, ne remplacent pas les chiens de berger dans la conduite des troupeaux qui exige de la vitesse et de l'intelligence; ils sont spécialement consacrés à. la garde des habitations et des bestiaux qu’ilspréservent delà dent desanimaux sauvages. Parmi les plus remarquables, citons les chiens des Pyrénées, dont la taille est grande, les oreilles tombantes, le poil dur, long et fourni, le pelage blanc avec de grandes taches orange, couleur d'ocre ou grises, surtout à la tête, au cou et ù la naissance de la queue. Ce modèle est très-répandu dans toutes les montagnes du midi, du centre et en Espagne; il s’éloigne un peu du modèle primitif, en ce qui concerne les oreilles surtout, par suite d’une sélection constante apportée à son perfectionnement. Les chiens des Abruzzes, au rapport de M. de Xoirmonl, sont d’un blanc pur, ont les formes plus légères et plus élégantes que ceux des Pyrénées, avec les oreilles droites et un peu cassées du bout. Les troupeaux italiens de la campagne de Rome ont toujours une nombreuse escorte de ces chiens. Ils furent employés en France pour la chasse du loup, par le chevalier Antoine, porte-arquebuse de Louis XV, qui tua la terrible bêle de Gévaudan. Les chiens des Alpes ressemblent ù ceux des Pyrénées pour les formes générales, et à ceux des Abruzzes pour la direction des oreilles ; ils ont le poil plus long que les premiers cl les seconds, ù cause des grands froids qu’ils ont ù supporter. Les chiens qui accompagnaient autrefois les troupeaux de la Camargue, descendaient de ceux des Alpes et des Pyrénées, suivant que la transhumance avait lieu d’un côté ou de l'autre.

On rencontre dans le centre de la France, notamment dans le Uoucrgue, une précieuse variété de chiens de montagne, spécialement affectée à la garde des troupeaux. Dans les plaines des Causses et dans les terres du Sigala, ces vigilants gardiens rendent d'inappréciables services en préservant des milliers de brebis des attaques fréquentes des fauves. Grâce ù ces redoutables serviteurs, dont la taille est majestueuse, la structure solide et l'instinct toujours en éveil, les propriétaires de troupeaux considérables peuvent braver la férocité des loups, qui n’ont pas encore complètement disparu de ces contrées. La lig. 42 représente un des spécimens de celte espèce : le chien Vielvayssac-Carlos,

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originaire de l’Aveyron, qui a valu le 1er prix de la catégorie des chiens de montagne à son propriétaire, M. Georges de Bonald.

L’animal que les moines du Mont Süint-BevnCLvd dressèrent dans le principe au service du sauvetage des hommes perdus dans les neiges, nous apprend M. Hamilton Smith, était un chien de forte taille, à pattes fortes et massives, à tète ua peu grosse et babines légèrement tombantes, à pelage d un jaune ocre, un peu court et convenablement fourni. « Cette famille était renommée pour les services spéciaux qu'elle rendait depuis huit ou neuf cents ans aux voyageurs.

Fig. 42. — Vielvayssac-Carlos. — Cliien de montagne (d).

égarés ou en peine dans ce terrible passage des Alpes, dont elle a pris le nom. On la conservait avec soin en la reproduisant in andin, c’est-à-dire en dedans, ethien on faisait. Quoique née d'un croisement, elle s’appartenait à tous égards; elle était constante, et nul n’aurait songé à la marier au chien de berger pas plus qu’au mâtin, ses ancêtres, qu’elle ne l'appelait ni l'un ni l'autre. » Mais par suite d'une épizootie, vers 1820, elle disparut : un seul individu, un mâle survécut; les moines durent alors chercher de nouveaux auxiliaires et firent des importations do chiennes du Léonberg, analogues en tout à celles des Pyrénées. Tl en est résulté une nouvelle famille non moins bien douée que la première. Le chien actuel du Mont Saint-Bernard n’est que le chien de montagne perfectionné; on sait avec quel zèle et quelle intelligence cet animal sait trouver et sauver les voyageurs enfouis sous la neige. Ses membres, taillés avec une vigueur peu commune, se couvrent d’un long poil rude; ses larges pattes

(1)1" Prix. Médaille d’or à l’Exposition de Paris (1878) à M. Georges de Bonald.

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paraissent avoir été disposées de manière à n’entrer que difficilement dans les neiges ; sa physionomie est fière et intelligente, sa démarche imposante ; tout son ensemble est plein de force et de dignité.

Dans l’Amérique du Sud, il y a plusieurs variétés de chiens de montagne qui n’ont que rarement été introduites en France; elles ne valent pas les nôtres et sont particulièrement employées au traînage. C’est en le comparant au mâtin que les naturalistes ont décrit le chien de Terre-Neuve , canis aqualilis. Originaire, comme son nom l’indique, de l’Amérique du Nord, le chien de Terre-Neuve est une manière d'amphibie, qui se plaît à demeurer dans l’eau. On a profité de cette vocation pour l’appliquer au sauvetage des personnes en danger de se noyer. Il est dans l’eau ce que le chien du Saint-Bernard est dans la neige. Cet animal est de moyenne taille, sa robe est noire avec des taches blanches sur le cou et au front, sa tête plus large que celle du mâtin, son museau plus épais, ses oreilles pendantes, ses pattes fortes avec les deux doigts de devant unis par une sorte de membrane dans la majorité de leur étendue, son pelage long. M. Hamilton Smith dit qu’on l’emploie à Terre-Neuve au charriage des bois, et, pendant la saison de la pêche, qui est pour lui la saison morte, on le laisse errer et chercher sa nourriture à laquelle il doit pourvoir. La variété primitive était noire, à poil plutôt ondé que frisé, petite de taille, longue de corps et basse sur pattes, assez estimée et répandue en Angleterre. Les alliances avec le chien de montagne ont produit la variété nouvelle. LeS chiens du Labrador ne se distinguent de ceux de Terre-Neuve que par leur taille plus élevée, et leur couleur formée d’un mélange de gris et de brun doré. Tous les chiens d’eau exposés n’étaient pas authentiqués ; dans leur rang il y avait plus de déchet que de bonne marchandise. Pour donner satisfaction aux propriétaires qui vantaient outre mesure leurs élèves, il aurait fallu, ainsi que M. Gayot le proposait en 1867, juger l’artisan d’après son œuvre. La rivière n’était pas loin: on aurait rabattu la jactance de certains exposants et peut-être excité la curiosité des visiteurs, si, à certaines heures, on avait permis â ces amphibies de donner une idée de leur savoir-faire. Il semble que cette variété devrait être sinon dominante, au moins plus commune dans les localités où les cours d’eau sont traîtres et profonds. Le Terre-Neuve est naturellement un des préposés au sauvetage de l’humanité.

Le dor/ue, canis molossus, en anglais mastiff, par nos aïeux nommé alan, se distingue des trois autres têtes de colonne de l’espèce par les caractères suivants : taille élevée, tête grosse et large, crâne élevé dans la région cérébrale et presque excave à la face, sinus cérébraux considérables, front ridé, oreilles arrondies et rabattues au sommet, yeux ronds et sanglants, regard menaçant, museau gros et court, lèvres plus ou moins pendantes, cou épais et court, corps gros et allongé, poitrine large, reins solides, jambes fortes, queue droite, poil ras et serré. La grosseur de la tête de ce chien, explique Hamilton Smith, est due au volume des muscles de la mâchoire et à l’écartement de scs branches, et constitue le caractère le plus saillant de sa conformation. Ajoutons : intelligence médiocre ; caractère triste, cruel et rancunier; obéissance souvent douteuse ; attachement restreint. C’est, dans la force du terme, « un fort vilain monsieur ». Confiant dans sa force matérielle, le dogue emploie peu la ruse, et attaque de front, sans hésiter, avec une impétuosité dont il est souvent victime. Dans le combat, il s'échaude, et lorsque les luttes sont fréquentes, il arrive vite à la férocité. Il devient alors dangereux, non-seulement pour les étrangers, mais encore pour les gens de la maison. Caston Phœbus dit quelque part dans scs écrits : « J'ai bien vu alan qui tuait son maître. » Par les emplois qu’on a fait tenir au dogue dans les chasses, il se rapproche du chien courant; aujourd’hui,

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il ne figure plus guère que dans les meutes de vautrait. Qu’on laisse à ces conducteurs de bestiaux, plus brutes que les brutes qu’ils mènent, à ces valets de boucliers, plus stupides que les bœufs qu'ils abattent, la sotte gloriole d'avoir des chiens féroces. L’homme raisonnable doit vouloir que tout sur la terre soit traité avec douceur ; de cette manière, il n’aura pas de reproches à s'adresser si quelque malheur se produit chez lui ou dans scs étables. Eli bien ! le croira-t-on? c’est pourtant le dogue qui, après le chien de chasse, a le plus de célébrité. Plusieurs de ses familles sont renommées, et il a été installé à l’Exposition par le Commissaire général. Les dogues sont tous originaires des grandes chaînes de montagnes, principalement de celles des régions tempérées de l'hémisphère boréal et de l’ancien continent. Comme pour les chiens de montagne, il y en a de nombreuses variétés.

Le dogue de Bordeaux est de grande taille, avec une robe blanche, blanche et noire, ou fauve bronzé. « Le plus beau dogue est actuellement le dogue anglais , english mastiff', qui fut probablement importé parles Celtes dans le nord-est de l'Angleterre. » Les Romains, raconte M. Smith, en faisaient venir beaucoup pour les combats de cirque. Le prix d’honneur de cette catégorie a été attribué au superbe dogue Colonel, exposé par M. Parkinson. Le dogue d’Espagne, dit encore dogue de Barcelone, est plus petit que celui de Bordeaux. On l’emploie pour chasser le sanglier et pour exciter les taureaux dans les combats de cirque, où on les désigne sous le nom de perros de presa. Quand le malheureux taureau, bien que harcelé de toutes parts, n’atteint pas le degré de fureur voulu, la foule l'injurie, le déclare indigne de l’honneur qui lui est fait et appelle les chiens : Perros ! Perros! Ce dogue provient de ceux que les Espagnols employèrent dans les combats qu’ils livraient aux malheureux Indiens ; il a les formes légères, le pelage roux, la face noire comme le mastiff, la poitrine ouverte et le rein large et droit. Cet animal a formé le dogue de Cuba et ceux de l’Amérique du Sud. Le premier a été croisé avec les limiers anglais, ou bloodhounds, « afin de former une race employée à la poursuite des nègres fugitifs », chasse barbare et qui n’a pas été flétrie suffisamment. L’homme a dressé le chien à manger l’homme! Iiomo homini lupus, a dit Toussenel. On se rappelle le mot de cet Espagnol d'Haïti à cet autre brigand : « Prête-moi un quartier d'Indien pour le déjeuner de mes dogues, je te le rendrai demain ou après. » Si l’Amérique a tué l’Espagne, dit Toussenel, c’est qu’il y a une justice quelque part. Le mastiff du Thibel habite le pays dont il porte le nom. Il a le museau très-raccourci, le front haut, les oreilles étroites et petites, l’œil couvert, le poil long, touffu et de même nature que celui des autres animaux du pays, l’air rébarbatif, la physionomie étrange. En somme c'est encore un animal laid et d’apparence brutale.

Les trois variétés naturelles du dogue sont : le boule-dogue, le doguin, le carlin ; le bull-terrier est un métis.

Le boule-dogue, bull-dog ou chien-bœuf des Anglais, est très-anciennement connu dans les Iles-Britanniques, d’où il nous est venu. Cet animal, le plus court et le plus trapu de la race, a la tête grosse et ronde, les lèvres pendantes, la mâchoire inférieure proéminente, les dents incisives de cette région complètement découvertes, la mâchoire supérieure et le nez repoussés en arrière, ce qui lui permet de garder sa proie et de conserver la respiration, l’encolure énorme, la poitrine profonde, le rein court, les muscles puissants, là queue tantôt fine et recourbée, tantôt grosse et courte, tantôt enfin réduite en un tronçon aplati et déformé, la taille variable. Le boule-dogue avait été façonné pour les combats de taureau qui ont disparu des mœurs anglaises; du temps où ces combats étaient autorisés, on avait remarqué que l’instinct de combativité sc développait en raison du volume et du poids du corps de l’animal qui s’y

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livrait, ce qui poussait l’éleveur à le grandir petit à petit pour lui faire acquérir plus de force et de sauvagerie. Aussi était-il devenu fort dangereux. M. Picliot entreprit de réhabiliter cet animal. Il est, dit-il, « aussi affectueux que n’importe quel autre chien, et son intelligence est aussi développée que celle de toute autre race. » Ces choses-là ne se réfutent pas, chacun étant certaiu du contraire. « Dans ses combats, il est insensible à la douleur; » c'est vrai; frappez-le, il n'abandonne pas son adversaire, mais si cet adversaire est un homme, celui-ci est effroyablement mutilé. Puis cet auteur revient à un sentiment contraire, ce qui ne laisse pas que de beaucoup étonner-: « Le houle-dogue est une mâchoire vivante, construite pour mordre et ne point lâcher, » lien de plus exact; mais que devient le bras ou la jambe de celui qui est pris dans cette mâchoire vivante? Le petit dof/ue offre la conformation du dogue cl la tête du houle-dogue. Lèvres pendantes, pelage tirant sur le noirâtre, triste, peu sociable, tel est cet animal inutile ou à peu près. Le carlin ou mopse, mais mopsus, pud-dog des Anglais, est encore un dogue en raccourci, le plus petit du groupe. Il a la tête ronde, le front haut, les oreilles demi-tombantes, le museau court, le nez rejeté en arrière, le pelage isabelle, la figure d'un noir foncé jusqu’aux yeux, ce que l'on appelle le masque, la queue recourbée, les proportions mal harmonisées, l'allure disgracieuse ; il est, de plus, criard, sans intelligence ni attachement. Dans le Koyaume-Uni, il est encore assez recherché, mais en France, il disparait. Cinq exposants anglais, quatre français, dont plusieurs marchands, tous de Paris. L’exhibition de ces derniers se composait peut-être de cc qui reste de ees animaux sur notre territoire. Quelle aberration d'avoir pendant si longtemps adoré cet horrible petit monstre !

Dans son rapport sur l’exposition des chiens en 1867, M. E. Gayol, à qui j’ai succédé, mais que je ne remplace pas auprès des lecteurs du compte rendu de 1878, parlait du bull-terrier en termes tels que je n’ai qu’à reprendre sa description, n'en pouvant établir une plus juste et meilleure. — Qu’est-ce que le bull-terrier? un composé de boule-dogue et de terrier, qui n'est ni l’un ni l'autre et qui tient des deux à la fois. Eu l’espèce, quelle était sa raison d’être? Le boule-dogue est lourd, puissant, mordant et tenace ; le terrier est vif, adroit, souple, entreprenant, mais douillet, prompt à se rebuter lorsque la douleur le saisit. On s’est avisé de les combiner pour obtenir un animal plus complet. Cette tentative a réussi : elle témoigne du soin que mettent en Angleterre les producteurs d'animaux à déterminer le but qu'ils sc proposent, à définir le besoin qu'çl s'agit de satisfaire, afin de marcher sciemment vers le point cherché, en laissant le moins possible prise au hasard, afin, tout au moins, de n’opérer qu’avec la certitude de ne pas tourner le dos au résultat qu’ils ont en vue. Le bull-terrier est un chien à part, à la tête de bull-dog, au corps de terrier, rappelant bien mieux encore sa double ascendance par la perfection des facultés de l’une et de l'autre des deux races réunies. En effet, le bull-terrier est resté chasseur alerte, audacieux et habile, mais il est devenu dur au mal qu'il méprise et surmonte. Plus courageux que gros, il ne lâche plus l’ennemi quand une fois il l'a saisi, ce à quoi il excelle. Il nous semble appelé, dans un jour prochain, à remplacer avec avantage tous ees chiens sans nom qui peuplent nos maisons et nos fermes, sans autre mission que d'aboyer, plus ou moins intelligemment, et de nous avertir des allées et venues des étrangers. Il faut que ce vigilant gardien de maintes demeures soit en même temps le destructeur actif de toute celte vermine qui s’installe non loin de nos habitations, jusque dans nos dépendances et nos demeures, pour y vivre grassement aux dépens des moissons et des provisions, pour prélever aussi la dime sur certain petit bétail de la basse-cour. Grâce à la faculté qu'il a de rester lui-même

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en sc reproduisant, quand l'accouplement est bien dirigé, il s'est rapidement multiplié en Angleterre et de là chez nous. Mais peu judicieux que nous sommes, nous en faisons un chien de luxe, nous ne le mettons pas à sa place, et nous n’en Lirons qu'un faible parti. C'est maladroit. 11 devrait être maintenu en de petites proportions et soigneusement préservé de tout mélange qui serait une mésalliance. Nous le poussons trop de nourriture, le traitant comme une bête à graisse et nous le gâtons. 11 grandit ctsorL promptement de ses dimensions rationnelles. Les membres s'allongent aux dépens de l’ampleur, et la symétrie sc perd. En ne le maintenant pas dans sa forme, on ne lui nuit pas seulement au physique, on altère à un degré notable ses qualités intimes, ses aptitudes, sa valeur intrinsèque.

De même que tous les chiens peuvent être dressés à la garde des habitations et des troupeaux, de même la chasse est-elle une des aptitudes inhérentes à l’espèce canine. L’arrêt est un acte naturel au lion, an tigre, au renard, au chat, etc. ; ils arrêtent, mais s’élancent, tandis que le chien reste immobile. Le chien jeune et non dressé no lait pas autrement que ces animaux. C’est donc l'éducation seidc qui apprend au chien à découvrir le gibier sans l’effrayer, à l'indiquer du nez et de loin, à rester immobile et à attendre que le gibier parte seul ou que son maître lui donne l'ordre do le forcer. L’éducation du chien, c’est-à-dire son supplice, a été longue et difficile, puisqu'elle remonte à une époque lointaine et qu'elle a toujours été accompagnée de coups de fouet et de grains de plomb. Quoique tous chasseurs, les chiens ne sont pas pris indistinctement par l'homme dans ses poursuites contre lesdivers gibiers de terre etd'eau. Il existe parmi eux un groupe spécial qui sc fait remarquer par des aptitudes particulières et que pour cela on appelle chien de chasse, en anglais hoiind. Les anciens connaissaient la chasse et les chiens qui s’y adonnent; de'leur côté, les modernes n’ont point oublié que cette occupation était le premier des droits de l'homme et le plus ancien des arts. Les chiens de chasse ont donc été connus de tout temps et décrits convenablement par les écrivains de' toutes les époques. Cependant, la lumière n’a commencé à paraître un peu vive qu’à partir de Louis XI, et surtout de Charles IX. Dans ma description, les chiens courants viennent les premiers, parce qu'ils sont les plus anciens et qu'ils ont formé les chiens d'arrêt. Voici l’ordre que j’adopte :

1° Les originaires : Saint-Hubert et les trois autres races royales éteintes : chiens gris de Saint-Louis, chiens fauves de Bretagne et chiens Bauds ou Greffiers; 2° les dérivés du Saint-Hubert : chiens de Gascogne, de Saintonge, de Vendée et du Haut-Poitou, Géris, de Normandie, d’Artois, griffons de Bresse et de Vendée : tous chiens d'ordre, et la pépinière de nos meutes; 3° les chiens de second ordre ou de petit équipage : briquets, liarriers, beagles et bassets.

Les ebiens d'arrêt, issus des ebiens courants, arrivent après et comme suit : 1° les braques : race royale, chien sans queue du Bourbonnais, picard, bleu d’Auvergne, d’Anjou, de Navarre, Dupuy; 2" les épagneuls, grands et petits. Les variétés anglaises sont traitées en même temps que les nôtres, afin de bien saisir les différences qui les caractérisent réciproquement.

Le chien de Saint-Hubert, dit encore chien Ardennais, parait être la souche principale de tous les chiens courants de l'Europe occidentale. Les écrivains spéciaux s'accordent sur ce point qu’aucune preuve contraire ne vient détruire. Si l'on accorde confiance aux écrits du temps, Saint-Hubert aurait été chercher l’animal qui porte son nom parmi les plus beaux et les meilleurs chiens belges, éminemment aptes à détourner le sanglier; puis, il l'aurait encore amélioré et propagé partout autour de lui. Après sa mort, les abbés de Saint-Hubert continuèrent l'œuvre de leur fondateur, et des Ardennes, le chien noir se répandit

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en Hainaut, en Flandre, en Lorraine, en Bourgogne et jusque dans nos provinces méridionales où il servit à former les meutes de Gaston Phœbus. Cet animal était de moyenne stature et guatrœUlè, c’est-à-dire qu’il avait des marques rouges ou fauves sur .les yeux; le poil des jambes était de la même couleur, avec un peu de blanc seulement sur la poitrine, le corps long et peu râblé, les membres courts, forts et droits, les oreilles plantées bas, longues et bien tournées. Il était surtout remarquable par la finesse de son odorat, par son ardeur à chasser les animaux les plus difficiles et les plus dangereux, et sa santé à toute épreuve; mais malheureusement, il était peu disciplinable, violeur (querelleur), pillard, méchant pour l'homme, ce qui obligeait les piqueurs à le tenir très-sévèrement. Du temps de Saint-Hubert, il fallait empêcher la multiplication de l’ours, du loup, du sanglier, voisins fort incommodes, et, pour les jeunes Leudes, l’ardennais était un admirable auxiliaire dans cet apprentissage de la guerre, ce qui explique la recherche dont il fut l'objet durant les premiers siècles de la monarchie franque. On le tenait en grande estime pour le vautrait. Aussi les rois mérovingiens avaient-ils imposé aux moines de Saint-Hubert l’obligation de leur donner six chiens et six lices chaque année, et celte redevance fût exactement donnée jusqu’en 1789. Charles IX considérait aussi le Saint-Hubert comme le point de départ de nos chiens courants.

Si les Grecs, après la colonisation de Marseille, introduisirent leurs chiens courants, si les jeunes patriciens romains amenèrent les leurs en Gaule et en Germanie, après la conquête de ces pays, il est probable que tous ces animaux furent fondus en un seul type, remanié et définitivement fixé par Saint- Hubert. Ce type comprenait deux variétés : les chiens noirs et les chiens blancs. Les noirs étaient quatrœillés, s’attachaient surtout aux bêtes puantes cl restèrent préférés jusqu’à la fin du règne de Louis XI, c’est-à-dire tant qu’ils aidèrent nos aïeux dans la destruction des nombreux animaux qui peuplaient les vastes forêts de l’Austrasie et de la Neustrie et les rendaient dangereuses. Mais quand la chasse cessa d’être une nécessité absolue, on s’attacha aux chiens les plus droits dans la voie, les plus souples et les plus beaux. Aussi, Anne de Beaujcu, fille de Louis XI, mit-elle la variété blanche en honneur. A cette époque apparut Souillant, « de son temps le meilleur cl le mieux pourchassant. » Sous François 1er, les chiens Bauds ou Greffiers gardèrent encore le dessus, et les chiens noirs ne furent plus employés que comme limiers : puis, les uns et les autres se fondirent dans les chiens de Saint-Louis, les chiens fauves de Bretagne et les chiens Bauds, et formèrent trois nouvelles races royales.

Les chiens de Saint-Hubert n’existaient plus en France après la Révolution, et on désespérait de les reconstituer, sans se souvenir qu’ils habitaient en grande quantité les Iles-Britanniques. Les talbots, les bloodJwunds et les staghounds descendent des chiens de Saint-Hubert, importés d’abord par les Normands de Guillaume-le-Conquérant, et plus tard enlevés par les Anglais après la défaite de Jean II, dit le Bon, à la bataille de Poitiers. De plus, comme le roi Jacques I°r se plaignait à Henri IV de ce que ses veneurs ne savaient comment utiliser scs meutes françaises, ce prince lui envoya d’autres sujets éprouvés sous laconduito de MM. de Beaumont et Dumousticr. Puisqu’on avait des descendants nombreux authentiques sous la main, il ne s’agissait donc plus que de reconstituer le modèle primitif, opération beaucoup plus facile qu’on ne le croyait, et menée à bien par M. Le Couteulx de Canteleu. Nos éleveurs français savent maintenant où prendre leurs étalons cl leurs lices.

Charles IX nous donne l’origine des chiens gris, dits de Saint-Louis. « Le « roy Saint-Louys estant allé à la conqucste de la Terre-Sainte, fut fait prisou- » nier, et comme eutr’autres bonnes choses il aymait le plaisir de la chasse,

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» estant sur lepoint de prendre sa liberté, et ayant sceu qu’il y avait une race de » chiens en Tartarie qui estait fort excellente pour la chasse du cerf, il fait » tant qu’à son retour il en amena une meute en France. » Du Fouilloux se contente de nous apprendre que ces chiens gris étaient ceux dont se servaient anciennement les roys cle France cl les ducs (F Alençon, ce qui n’ôte rien à l’affirmation de Charles IX sur leur origine. La description qui nous en est faite par • deux auteurs démontre qu’ils avaient reçu dès leur époque une large sion de Saint-Hubert. Sous Charles IX, ils étaient devenus couleur de lièvre, -à-dire tirant plutôt sur le roux, et du Fouilloux ajoute que les meilleurs f ioute la race sont ceux qui sont gris , de même poil, comme de la couleur r la jambe d'un lièvre. Ce qu’ils avaient de bon venait donc du Saint-Hubert, . les avait ainsi modifiés par absorption. Ces chiens, qui étaient hauts sur nbes, avaient de grandes oreilles, le dos large et fort, le jarret droit et le ed très-bien fait. Mais on ne pouvait comparer leurs qualités olfactives à celles b. Saint-Hubert, ce qui expliquait près de Charles IX leur façon de chasser par indes randonnées. Du reste, pleins d’ardeur, l’œil d’un feu incomparable, et éissant spécialement à la voix de leur maître qu’ils distinguaient entre toutes, s redoutaient la chaleur, dit du Fouilloux, ce qui est surprenant avec leur origine orientale, mais ne craignaient ni les eaux, ni le froid. Très-rapides, si me bête se laissait approcher une fois, ils ne l’abandonnaient qu’à la mort, mais si l'animal rusait, Charles IX conseillait de les coupler et de les ramener au chenil. Sous Louis XIII, on en faisait encore grand cas. Cette race céda un peu le pas aux chiens de Saint-Hubert blancs, nommés greffiers, vers le milieu du xvu° siècle. Les chenils royaux n’en conservèrent guère qu’un petit nombre pour chasser. Certains gentilshommes en gardèrent quelques meutes mélangées pour le lièvre. Aujourd’hui cette race est fondue dans les chiens normands et peut être considérée comme entièrement éteinte.

D'après Charles IX, tous les chiens courants qui ne sont pas sortis des Saint- Hubert blancs ou noirs ou issus des chiens gris, sont des bâtards de l'une ou l’autre race. Cette affirmation est contredite par du Fouilloux, qui cite les chiens fauves de Bretagne comme une race très-distincte et très-estimée, et qui composait les meutes des ducs de Bretagne. Charles IX avait pourtant chassé dans ce pays. Leur grande analogie d’instinct, de goûts avec les chiens blancs, puisqu’ils ne se donnaient qu’au cerf, a suggéré à Charles IX qu’ils n'étaient que des dérivés de Saint-Hubert, croisés soit avec des races primitives de Bretagne, soit avec les chiens gris de Saint-Louis. Il est toutefois certain que, sous le roi Jean, cette race de chiens fauves était en grand honneur et composait une partie des équipages royaux. Ces chiens étaient, de grand cœur, entreprenants et de haut nez, gardant bien le change, et presque de la complexion des chiens blancs, excepté qu’ils n’enduraient pas si bien les chaleurs, ni la foule des piqueurs. Ils étaient d’une grande vitesse, préféraient le cerf à toute autre bête, comme les chiens blancs, mais étaient plus opiniâtres et plus difficiles à dresser. Les simples gentilshommes n’élevaient pas beaucoup de chiens fauves, parce que ces animaux faisaient peu de cas du lièvre et couraient trop aisément sus au bétail. Les meilleurs avaient le poil fauve vif, tirant sur le rouge avec une tache blanche au front ou au col. 11 y en avait aussi qui tiraient sur le jaune, estant de gris ou de noir, et ne valaient guère. Ces marques blanches sur le front et au cou, ces marbrures de gris et de noir indiquées par du Fouilloux, semblent donner raison à Charles IX, et indiquaient bien qu’ils provenaient des chiens noirs, blancs et gris. Beaucoup avaient la queue épiée, c’est-à-dire garnie de poils; d’autres avaient des ergots, et ceux-là formaient d’excellents

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