‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 73 sur 124 · C. Littoral de l’Océan Atlantique . 920k j · texte numérisé non relu

C. Littoral de l’Océan Atlantique . 920k j

U. — de la Manche et du Pas-de-Calais . 940k \

Soit ensemble . 2.910 —

(1) Jonathan Franeklin, la Vie des animaux , poissons, mollusques , p. 11.

PISCICULTURE MARINE

Si nous admettons que la pêche côtière s’y exerce à une distance de 6 kilomètres seulement des côtes, nous trouvons, de ce fait, une

superficie totale d’environ . 1.746.000 hect.

2° Le parcours en navigation maritime (de l’embouchure à la limite du reflux), sur l’embouchure de nos fleuves et rivières, longueur 1000 kilom. environ sur une largeur moyenne de 150m, soit encore. 15.000 —

3° Enfin, en étangs lacustres d’eau salée ou saumâtre :

A. Sur le littoral de la Méditerranée (Corse comprise) . 68.639h 1 .n,

B. — de l’Océan (golfe de Gascogne) .... 32.415h ) ’ 0

C’est-à-dire que le domaine de la pisciculture marine peut s’étendre sur. 1.862.054 hect.

soit une surface neuf fois environ plus étendue que celles des eaux douces.

Une partie de cette étendue appartient à l’océan Atlantique (1,126,000 hectares), dans lequel circulent d’abord le grand courant du Gulf-Stream, d’une température relativement élevée et qui apporte des myriades de mollécules animales et végétales empruntées aux Tropiques; puis les courants secondaires de Rennel et de la Manche à l’embouchure de l’Elbe ; à l’océan soumis à des alternatives de marées et à de» variations considérables de niveau sur ses bords.

Une autre partie (635.000 hectares) appartient à la Méditerranée, dans laquelle n’existe qu’un courant littoral de surface dont l’existence même est fortement contestée, et où les marées ne sont que des dénivellations à peine sensibles, irrégulières, presque exclusivement déterminées par les vents des diverses directions.

À un autre point de vue, il faut encore partager ces eaux en deux catégories: les eaux fortement, franchement salées, appartenant aux mers qui baignent nos côtes, soit 1.746.000 hectares; puis les eaux saumâtres, c’est-à-dire les eaux salées additionnées ou privées d’eau douce, moins ou plus salées que les premières, les embouchures maritimes (15.000 hectares) et les étangs saumâtres (101.054 hectares) soit ensemble 116.054 hectares. Ces eaux saumâtres subissent nécessairement de grandes variations dans leur degré de salure : à marée basse les fleuves ne charrient que de l’eau douce jusqu’au-delà de leur débouché dans la mer; à marée haute, au contraire, c’est l eau de mer qui y domine en refoulant les eaux douces et élevant, dans cette partie de son cours, le niveau général du fleuve. Quant aux lagunes, généralement séparées de la mer par des dunes plus ou moins élevées, elles communiquent avec elle par une ou plusieurs ouvertures (graux, chenaux, etc) plus au moins larges, profondes et permanentes ; d’un autre côté, elles reçoivent soit des cours d’eau douce, soit des eaux douces de suintement provenant des terres; de sorte qu’en hiver, c’est l’eau douce qui y domine sous l’action des pluies; en été, par suite de l’évaporation se produisant sur une large surface d’eau peu profonde, c’est l’eau plus ou moins salée qui les recouvre. Il en résulte qu’il faut distinguer :

1° La mer, baignant le littoral et qui nous appartient jusqu’à une distance variable des côtes;

2° L’embouchure maritime des fleuves et rivières qui se mesure jusqu’à une ligne parrallèle aux rivages;

3° Les lagunes ou étangs saumâtres, bassins abandonnés par la mer au continent.

§ 2 Consommation du 'poisson de mer. — La consommation en viande de toutes sortes s’élève constamment en France, comme chez tous les peuples civilisés, et les eaux sont appelées à fournir un supplément plus ou moins important à cette consommation, suivant la situation, le climat et les mœurs de chaque État. La viande de poisson, plus demandée, a déterminé des pêches plus fréquentes, plus industrieuses, s’exerçant dans un rayon plus étendu ; il en est résulté corrélativement une diminution dans le produit en poids de la pêche et une augmenta-

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lion dans son produit en «argent, ou plutôt, bien qu*on enlève à la mer un poids chaque année moindre, de poisson, le produit en argent de la pêche, reste le même ou parfois s'élève. Ce sont les chemins de fer qui, fournissant des moyens de transport infiniment plus rapides, ont permis d’expédier la chair si délicate des poissons dans des contrées où jusque la, elle ne parvenait jamais à l’état frais. Voici la consommation de quelques villes, à diverses époques, en poisson de mer frais, crustacés et mollusques réunis :

Consommation

Consommation

Années.

Villes.

totale.

par tète.

Paris .

Montpellier .

Marseille . .

Ainsi, à mesure que le bien-être général augmente, on consomme plus de viande de boucherie dont le prix s’élève parallèlement ;on cherche alors une économie et une variété dans le poisson de mer ; les pécheurs, pour se procurer celui-ci, s’aventurent plus loin, mettent en œuvre des engins plus perfectionnés, emploient des bâtiments mieux organisés et diminuent leurs équipages. Ces bateaux plus nombreux prennent chacun moins de poisson qui leur revient à un prix plus élevé, mais dont le prix de vente se trouve limité par celui de la viande de boucherie. En 1820, la pêche côtière employait 8,200 bateaux jaugeant 42.000 tonneaux, montés par 31,300 hommes, et rapportait 13.600.000f; en 1874, elle comptait 20.400 bateaux jaugeant 100.000 tonnes, montés par 67.000 hommes, et rapportait 73.000.000f. C’est-à-dire que le nombre des bateaux s’était accru de 140 %> le jaugeage de 138 %> le nombre des marins de 114 % et le produit en argent de 114 %• Et tous les pécheurs, ceux de la Méditerranée surtout, font entendre des plaintes amères sur la rareté croissante du poisson, des crustacés et des coquillages. Or, la pêche côtière est le privilège des inscripts maritimes (plus de 120.000 hommes), privilège fort équitable accordé en compensation des obligations auxquelles ils sont tenus envers la marine militaire de l’État. C’est la Méditerranée surtout, qui, moins favorisée que l’Océan, élève ses doléances : l’Océan plus vaste, communiquant avec toutes les autres mers, traversé non loin de nos côtes par un vaste courant d’eau chaude, paraît moins épuisé.

C’est que l’imprévoyance paraît être le lot commun de l’espèce humaine ; nous demandons à la nature, sans trêve ni repos, ses produits de tous genres, nous préoccupant peu de sa lassitude et de son épuisement. C’est qu’on n’a songé que dans ces derniers temps, à établir des cantonnements d’interdiction temporaire afin d’aider au repeuplement; c’est que les réglements de pêche à la mer sur les dimensions des poissons capturés sont difficiles à faire exécuter; c’est que, tandis qu’on autorise la pêche au chalut ou bateaux-bœuf, qui dépeuple les fonds, on a prohibé, de 1854 à 1875, l’établissement des madragues qui protègent le repeuplement et capturent un poisson de passage si ardemment poursuivi par nos voisins les Italiens et les Espagnols.

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§ 3. Production du poisson. — Le remède au dépeuplement est en effet multiple : 1° défendre en tout temps la pêche aux filets traînants ; 2° mettre successivement, dans chaque quartier maritime, en interdit temporaire, certains cantons de fraye et de refuge; 3° établir des viviers ou réservoirs dans lesquels une partie des poissons capturés pourront être entreposés vivants, afin de régulariser la vente et la consommation et de maintenir les prix ; 4° pratiquer l’élevage en captivité et la domestication pour augmenter la production ; 5° enfin, étudier si les procédés de fécondation artificielle de la pisciculture d’eau douce sont ou non applicables aux poissons de mer.

La science et la pratique doivent avoir chacune leur part dans la réglementation de la pêche maritime, jusqu’ici à peu près exclusivement administrée par les officiers supérieurs de la marine, dont il sera sans doute permis de mettre en doute l’entière compétence à ce sujet. Ainsi, on parle souvent de grandes prairies sous-marines, et on connaît A peine leurs situations, on affirme qu’elles constituent des frayères et on n’y à jamais vu d’œufs de poissons ; c/est même en invoquant ce spécieux prétexte qu’on à réglementé, sur nos côtes, la récolte du warecli, et privé, sans aucun profit pour personne, l’agriculture de la Bretagne et de la Normandie d’un engrais aussi précieux qu’abondant. Il y aurait donc lieu d’étudier scientifiquement et sans parti pris ces questions importantes, maintenant surtout que les appareils sous-marins et la lumière électrique permettent si facilement d’explorer le fond des mers.

Quant à l’autre question, à l’application de la fécondation et de l’élevage artificiel aux poissons de mer, les uns affirment et les autres nient sa possibilité, mais d’instinct, par intuition et sans preuves aucunes dans un sens ni dans l’autre. En tous cas, si les procédés de fécondation et d’élevage ne peuvent être employés, s’il est vrai qu’aucun appareil connu jusqu’ici ne puisse permettre à la fois de renouveler suffisamment l’eau des bassins tout en empêchant la fuite des alevins récemment éclos, on peut du moins facilement recueillir le frai d’un grand nombre de poissons dans la plupart des anses et des baies et le déposer en viviers oh on le soumettrait à un élevage artificiel et à la domestication. Ainsi, il serait aisé à l’administration de la marine d’améliorer, dans une très-large mesure, la condition des inscripts maritimes en leurs faisant sur le littoral des concessions gratuites pour y établir des réservoirs à poissons et des viviers d’élevage. Malheureusement, la curieuse organisation de ces viviers, dans le bassin d’Arcachon et les travaux de M. L. Vidai, à Port de Bouc, sur la Méditerranée, sont trop peu connus.

Dès 1864, M. L. Vïdal installait, dans le canal de Bouc (qui fait communiquer l’étang de Berre avec la Méditerranée), une succession de viviers dans lesquels il entreprit d’élever et de domestiquer des muges, bars, surmulets, sargues, daurades, soles, etc, aussi bien que des huîtres, moules, clovisses, chevrettes et crabes. Il ne tarda pas à reconnaître l’indispensable nécessité de préserver ses élèves des grandes chaleurs de l’été et des froids intenses de l’hiver, dans ces parcs delà profondeur d’un mètre à peine, par des abris flottants faits de cadres en bois léger sur lesquels on clouait des nattes de sparterie. Puis, il fut amené à chercher un mode d’alimentation artificielle qui consiste en poisson frais et coupé en morceaux, en moules dépouillées de leurs valves, en crabes écrasés, etc.

Les viviers de Port de Bouc avaient, en carré 25 à 30 mètres superficiels, sur une profondeur de lm,50 au plus, avec une bande latérale de hauts-fonds recouverts de 0m,25 à 0m,30 d’eau seulement. Ces bassins étaient formés de cadres en bois disposés en forme de cages, engagés jusqu’en dessous du fond dans des pieux à rainures, et recouverts de toile métallique galvanisée. Chacun de ces viviers était traversé par un courant à peu près continuel et contenait 250 bars (Labrax lupus) de divers âges et de 0ra,15 à 0m,50 de long, soit en moyenne 10 pois-

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sons par mètre carré superficiel ; ou de 6 à 800 muges (mugil cepbalus, capito, abeo, auratus, etc.), de la taille de 0m,25 à 0m,40. Ni le bars ni le muge ne se reproduisant dans ces viviers, les élèves provenaient d’alevin recueilli à la mer. Après cinq années de stabulation, le bars atteignait le poids de Ik,500 à 2 kilos; après trois ans, le muge mesurait 0m,40 de long et après cinq ans, de 0m,45 à 0n50. Malheureusement, M. L. Vïdal détourné de la pisciculture par d’autre études (photochromie) abandonna, en 1875, ces travaux intéressants sur lesquels nous aurons à revenir quant à d’autres sujets.

Il ne faudrait pas confondre ces viviers à stabulation avec les réservoirs à poissons installés à Arcachon depuis longtemps déjà et qu’à si bien décrits M. Millet. Ces derniers sont des bassins convenablement creusés, avec hauts et basfonds. abrités et renouvelés, dans lesquels on introduit une quantité d’alevins suffisante pour les peupler. Mais les prisonniers doivent, ici trouver d’eux- mêmes toutes leurs ressources dans le milieu où ils vivent, et on a dû adapter, dans ce but, des dispositions spéciales. Chacun des viviers creusé dans le sol et isolé par des levées en terre, communique avec le bassin d’Arcaclion par une écluse munie de vannes à coulisses et d’une manche. Les vannes servent à introduire le fretin et à renouveler l’eau, et aussi à vider plus ou moins complètement le vivier; la manche sert à pêcherie poisson pour la vente. Sur les hauts-fonds de ces bassins, on installe, pour le muge, des pâturages de Ruppia (maritima, spiralis seu rostellata-zosteracées) dont le poisson broute les petites feuilles en y recueillant sans doute les nombreux petits mollusques qui y ont cherché le vivre et le couvert. Dans ces viviers, entrent le bars, le muge, la daurade, l’anguille, le carrelet, la sole, etc.

Les principaux de ces viviers ont été installés par MM. Javel, Larrieu, de Boissière, Douillârd, de l’Escalopier, de Festuguière, sur les communes d'Arès, Andernos, Lanton, Audenge, Malprat et le Teich. M. de Boissière, recueille, par année moyenne, sur une superficie de 100 hectares, 30.000 kilos de poisson, 300 kilos par hectare, avec un bénéfice net de 25.190 fr. soit 251 f.90 par hectare.

En 1874, les réservoirs à poissons du Bassin d’ Arcachon ont expédié sur les marchés (Bordeaux, Libourne, Dax, Bayonne, Pau, Tarbes, Bagnères, etc.) 97.662 kilos de poisson valant 109.503 fr.

Une partie de l’étang d’Arcachon a été merveilleusement utilisée par l’installation de ces viviers à poissons et aussi, comme nous le dirons plus loin, par celles de claires à huîtres; le reste est exploité par la pêche libre. (Le Bassin d’Arcachon couvre une superficie de 14 660 hectares). Le poisson de mer y entre en avril et encore en septembre, à l’état d’alevin; il en sort en juillet et encore en octobre, fuyant la chaleur ou le froid. On attire le fretin dans les viviers par un courant de sortie que l’on y établit à marée basse ; prisonnier, on l’élève et on l’engraisse.

La nature a doté le littoral Méditerranéen d’une immense surface (68.000 hectares) d'étangs plats, peu productifs, souvent insalubres et que des dépenses minimes permettraient de convertir, sinon en viviers semblables à ceux d’Arcachon, tout au moins en réservoirs analogues à celui de Comaccio situé aux embouchures de Pô et qu’à décrit M. Coste. Si, le long de la Méditerranée, les marées font défaut, on a la ressource des dénivellations, tantôt accidentelles, tantôt régulières, qui se produisent sur la mer et sur les étangs et qui permettraient de renouveler l’eau et de doser sa salure. Quant à l’alevin, rien de plus facile que de le recueillir sur le littoral ou dans les graux. Un Italien, M. le Chevalier d’Erco, avait exhibé à l’Exposition universelle de 1867, le plan d’immenses réservoirs à poissons, installé par lui à Prado, près de Trieste, sur 112 hectares.

M. Bouchon-Brandely nous apprend que, en 1868, à Ostende, M. de Smet

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eut l’idée d’installer, à côté de ses parcs à huîtres, un bassin réservé à l’élevage des turbots, soles, barbues, anguilles et aussi de crevettes destinées à servir de nourriture à tous ces poissons. Il constata qu’au bout de neuf mois, les turbots capturés à l’état d’alevin avaient atteint 0m,18 de longueur et les barbues 0™,21 ; il est parvenu à obtenir des poissons plats d’une taille et d’un poids presque phénoménaux. Ayant observé que ses poissons ne mangeaient que les crevettes jeunes et dédaignaient celles plus âgées, il leur a substitué de la viande ou du foie de bœuf coupés en morceaux, attachés à des cordes surmontées de flotteurs, et ce nouveau genre d’alimentation réussit à merveille. Tout le monde connaît maintenant la manière dont est exploitée la lagune de Commaccio; nous nous contenterons donc de l’indiquer succinctement.

La superficie de cette lagune est d’environ 30.000 hectares; sa profondeur moyenne varie de 1 à 2 mètres; elle est enceinte par les deux bras du Pô, au nord le Reno, au Sud le Volano. Ce grand lac reçoit l’écoulement de tout le terrain compris entre ces deux rivières et celui d’une partie de leur bassin ; en hiver, les eaux de la lagune s’élèvent au-dessus du niveau de l’Adriatique. On peut y introduire à volonté l’eau douce, par des écluses pratiquées sur les deux rivières; l’eau de mer y est amenée, du port de Magnavacca, par de nombreux canaux ramifiés et également munis d’écluses (80 canaux et 20 écluses). L’ensemencement s’opère naturellement ; à l’époque de la montée, c’est-à-dire de février à mai, on ouvre toutes les écluses sur la mer, par lesquelles se précipitent le jeune frai d’anguilles surtout, puis des Bars ou loups, des Muges, des Daurades, des Athérines aquadelles, etc. En mai, la montée achevée, on- renferme les écluses. Lorsqu’on veut pêcher, chaque année, d’août à décembre, après avoir formé en avant de chaque écluse, au moyen de claies de 1 m,30 de long sur 2m,30 de haut, des chambres ou labyrinthes, on établit le courant vers la mer : les anguilles sollicitées parleur instinct et décidées par le courant, vont se faire prendre dans les filets du labyrinthe. Cette manufacture de poissons a été organisée à une époque déjà ancienne : en 1597, la lagune de Commaccio, appartenait à la célèbre maison d’Este qui en tirait un revenu brut de 297.000 fr. en 1792, son produit était monté à 331.000 fr. ; il était, en 1865, parvenu à 381.524 fr. soit brut, 12f,80 par hectare. L’exploitation exige le concours de 520 hommes, savoir : 300 pour former une brigade d’exploitation, 120 formant une brigade de police pour la surveillance, et 100 pour constituer une brigade manufacturière et administrative ; en outre, 4.000 hommes, femmes et enfants, soit près de la moitié de la population de la petite ville de Commaccio, située au milieu de la lagune, vivent de la pêche ou de la préparation du poisson.

Le produit en poisson est assez variable : il a été, de 1781 à 1785 inclus, de 714.004 kilos; de 1798 à 1813, de 976.560 kilos; de 1813 à 1825, de 765.985 kilos ; en 1833, de 483.780 kilos; et en 1865, de 494.652 kilos. Le pioduit de cette dernière année à été ainsi utilisé : poisson vendu frais 123.062 kilos valant 57.536 fr. ; poisson séché, salé ou fumé, 371.570 kilos valant 323.988 fr. soit ensemble 374.652 kilos vendus 381.524 fr.

Il semble donc y avoir, depuis un demi-siècle, une appréciable diminution qui se relie sans doute à l’appauvrissement général de la Méditerranée. Le produit de 1865 porte à 0f,772 le kilog. de poisson, presque exclusivement des anguilles; on vend, autant qu’on le peut, le poisson à l'état frais que sept à huit lignes de chemins de fer, en rapport avec Ferrare, permettent de distribuer rapidement dans toute l’Italie; le reste est fumé, salé ou séché dans des ateliers spéciaux et fournit du travail à la population durant une partie de l’hiver.

Dans la lagune de Commaccio, un kilogramme de montée d’anguilles, comprenant 3.600 jeunes individus, acquiert, en trois ou quatre ans, le poids de 6.000 kilos et la valeur de 24.000 francs. Un kilogramme de montée de muges

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contient environ 20.000 jeunes individus qui, un an après, ayant atteint le poids de 0k,440 l’un, en moyenne, mais réduits de moitié en nombre, fournissent un poids de i4 à 1500 kilos valent de 5 à 600 francs.

Les anciens, nous l’avons dit déjà, connaissaient les viviers et on trouve dans le de nisticâ, de Collumelle, des détails assez précis sur les précautions à prendre pour l’installation des Piscines , c’est le nom qu’on leur donnait : « la » piscine sera taillée dans le roc ou construite sur le rivage, avec du mortier de » Signa. De quelque manière qu’on la fasse, l’eau doit y être renouvelée par » le flux. Nous regardons comme excellente toute piscine qui est située de » manière que le flot arrivant de la mer y remplace celui qui l’a précédé et ne la » laisse pas séjourner dans l’intérieur delà pièce d’eau. » M. de Champeaux (1) regarde « la construction des viviers sur plage comme présentant des difficultés » à peu près insurmontables. » Il estime que « ces établissements doivent éga- » lement créer des obstacles à la navigation, s'ils sont placés dans les parties » avancées de la mer. » Enfin' il pense que « le barrage des anses peut, à cer- » tains égards, modifier le régime des courants et, par suite, produire des alté- » rissements. »

« Tous ces inconvénients, poursuit-il, disparaissent si le vivier est placé à l’in- » térieur des terres, dans les parties où il peut être mis facilement en commu- » nication avec la mer par un canal. Dans ce cas, il n’est plus nécessaire que » le renouvellement de l’eau ait lieu à chaque marée ; pendant les mortes eaux, » on pourra suppléer à l’absence du flot par des machines hydrauliques, faciles » à établir au moyen des nombreux appareils que la science mécanique permet » aujourd’hui d’employer. » Tel est en effet, à peu près, le système que nous conseillerions d’employer sur les bords de la Méditerranée où les conditions générales diffèrent, à quelques égards de celles que l’on peut constater sur le littoral océanique.

Nous avons vu que le littoral de l’Océan, sur le golfe de Gascogne, présentait, rangés sur une ligne parallèle au rivage, vingt deux étangs, petits ou grands (de t à 14.000 hectares) couvrant une superficie de 32,415 hectares. Ces étangs, d’existence relativement récente, sont dus à l’amoncellement, sous forme de dunes plus ou moins larges (6 kilomètres en moyenne) et plus ou moins hautes (35 mètres en moyenne) des sables que l’Océan rejette sans cesse sur le rivage où le vent s’en empare pour le transporter vers l’Est. Ce cordon littoral presque ininterrompu, de l’embouchure de la Gironde jusqu’à celle del’Adour, empêche l’écoulement des eaux vers la mer et en remplit toutes les cuvettes naturelles que peut présenter le sol. Ce n’est que par des chéneaux étroits, peu profonds et irréguliers que l’eau douce peut s’écouler, à marée basse, tandis que la mer y remonte plus ou moins loin à marée haute. Seul de ces étangs, le bassin d’Arcaclion (autrefois Arcasson), reçoit une petite rivière, la Leyre, et, comme sa profondeur, à marée basse, est de 4 à 5 mètres et de 8m,50 à 9m,50 à marée haute, que sa superficie est de 14.660 hectares, qu’enfin, il communique avec la mer par un large canal, on pourrait à bon droit l’appeler lac salé. Les autres étangs de la même contrée n’ont qu’une superficie moindre, (bien que quelques uns conservent 3.600 hectares, comme celui d’Hourtins et de Carcans, ou 2.341 hectares comme celui de la Ganau, Batejon, Bateurlot et du Porges, ou 5,800 hectares comme celui de Cazeaux ou de Sanguinet, ou enfin 3.957 hectares comme celui de Biscarosse, du Gasteet de Parentis), ne sont alimentés que parles ruisseaux sans importance mais très-nombreux, se vidant les uns dans les autres et ne communiquant qu’indirectement avec la mer ; les eaux en sont presque

(1) Comptes-rendus officiels des jurys sur V Exposition universelle de 1867. Paris, tome XII, p. 454-455.

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douces, ce qui est la principale cause de leur insalubrité. Ilne serait sans doute, relativement que peu coûteux, de les mettre par un tunnel souterrain à travers les dunes, en communication directe, régulière et facultative avec la mer et de les convertir ainsi en réservoirs, au moins temporaires; la salubrité de la contrée, sa richesse agricole et industrielle ne pourraient qu’y gagner.

Nous avons dit aussi que le fond du golfe du Lion nous offrait 42 étangs le plus souvent subdivisés sous des noms différents, couvrants ensemble une surface de 32.415 hectares, plus huit autres en Corse, occupant 4.070 hectares ensemble 36.485 hectares. De ces étangs, plusieurs présentent une étendue considérable (étangs de Berre 15.000 hectares, de Yalcarès 8.000 hectares, de Mauguio 3.151 hectares, de Thau 5.441 hectares, de Sijean 4.933 hectares, de Leucate 4,979 hectares, etc.). Sauf ceux de Berre et de Thau, leur profondeur est peu considérable et on peut les dire à fond plat; leur communication avec la mer ne se fait que par des graux ou chénaux étroits, peu profonds et que le sable obstrue souvent; quelques-uns sont même complètement isolés de la Méditerranée. Le plus grand nombre n’est alimenté d’eau douce qu’en hiver, soit par quelques torrents que le soleil méridional dessèche de bonne heure au printemps, soit par l'écoulement ou le suintement naturel des eaux de pluie tombées sur leur bassin ; il en résulte qu’en été, l’évaporation s’exerce activement sur une surface étendue, recouverte d’une eau peu profonde et qui ne se renouvelle pas, que le degré de salure de cette eau augmente en même temps que son niveau s’abaisse. En hiver, au contraire, la mer y pénètre lorsqu’elle est grosse, rouvrant les graüx déjà rétablis par les étangs gonflés, et, de cette alternative prédominance des eaux douces et salées, résultent la disparition successive des faune et flore palustre et salée et, par conséquent, l’insalubrité constante de ces masses d’eaux.

Le littoral du golfe du Lion nous présente bien, comme celui du golfe de Gascogne, un cordon littoral , mais les dunes qui l’y forment, outre quelles sont fréquemment interrompues, n’atteignent guère, au maximum qu’une hauteur de 45 mètres sur une base de 50 mètres et en moyenne, 5 mètres de haut sur une base de 45 à 20 mètres. En hiver, les eaux de pluie élèvent le niveau de l’étang, les chaleurs de l’été l’abaissent, relativement à celui de la mer; les graux s’ouvrent en hiver et non toujours au même lieu, la mer les élargit et les creuse ou les comble ; ils sont à sec en été. Quoi de plus facile et de moins coûteux que de mettre la mer et les étangs en communication constante, au moyen de canaux munis d’écluse; quoi de moins coûteux que de les alimenter à volonté, en hiver comme en été, d’eau douce ou d’eau salée au moyen d’appareils hydrauliques dont les vagues fourniraient gratuitement la force motrice; pour celui de Valcarès, il serait aisé d’y jeter une partie du petit ou même du grand Rhône, ce qui le placerait exactement dans la même situation que la lagune de Commaccio, entourée par les deux branches du Pô, le Reno et le Yolano. C’est ainsi que M. L. Vidal, conseillait déjà, en 4866, d’ouvrir deux canaux, entre le Rhône et le Valcarès, l’un aux environs de Beaujeu sur le grand Rhône (4 kilom. de parcours), l’autre aux environs du château d’Avignon, sur le petit Rhône (6 kilom. de parcours).

Ayant ainsi assuré par une alimentation facultative, la constance de niveau et de salure de ces étangs, il deviendrait tout simple de les exploiter ainsi que nous l’avons indiqué pour la lagune de Commaccio, par le repeuplement natu-, rel et la pêche aux bordigues, et en même temps, d’établir sur leurs bords, des viviers réservoirs à l’instar de ceux d’Arcachon. Privilège de la pêche, concession des viviers à installer, reviendraient de droit aux inscripts maritimes auxquels l’État aurait à faire quelques avances comme il aurait à faire les frais d’amélioration et d’installation sur ceux des étangs qui lui appartiennent. Ceux

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ressortissant de la propriété particulière seraient exploités de même, après travaux semblables, aux frais et bénéfice des propriétaires ou de syndicats collectifs. Le résultat serait une amélioration dans le sort des inscripts, dans la salubrité d'une riche et spacieuse région, la production d'une plus grande quantité de viande de poisson dans ces étangs jusqu’ici peu productifs, une dépopulation moindre et un repeuplement plus actif de la mer même.

D’une manière générale, l’un des principaux avantages que présentent ces réservoirs c’est que, lorsque les mauvais temps empêchent les pêcheurs de nos côtes de sortir du port, les propriétaires de viviers informés par le télégraphe peuvent expédier leur poisson dans les grandes villes sans avoir à redouter de concurrence et tout en régularisant la consommation. Nous citerons comme viviers-réservoirs ceux établis à Luçon (Vendée) par M. Labbé, à Challans (Vendée) par M. Bouché, à Sarzeau (Morbihan) par M. de Pozzi, à Quimper (Finistère) par M. de Cresolles, etc.

Chercherons-nous à apprécier le produit actuel des principaux de ces étangs en argent et en poids? Voici quelques chiffres bien modestes que nous avons pu réunir : en 1872, l’étang de Pérols (239 hectares, dans celui de Mauguio), appartenant aux deux communes de Pérols et de Palavas, était affermé 1200 francs, pour la pêche et la chasse des oiseaux aquatiques ; l'étang de Larnel (192 hectares, dans celui de Mauguio) appartenant à la commune de Lattes, était affermé 3.500 francs ; l’étang de Maguelonne (210 hectares, même lieu) appartenant à M. Fabreje, était affermé 3 500 francs; on y avait, en 1863, pêché plus de 50.000 kilos d’anguilles ; l’étang de Vie (315 hectares, même lieu), propriété privée, riche en poissons et particulièrement en anguilles, bars et daurades, était affermé 9.000 francs. En résumé, des 3.151 hectares constituant l’étang de Mauguio, les deux cinquièmes afférant à la propriété privée, soit 1260 hectores (le reste appartient à l’État), sont affermés pour environ 18.000 francs, ce qui, pour la surface entière, supposerait 45.000 francs ou 14 francs par hectare pour loyer de la pêche et de la chasse. Sur l’étang de Thau, bien mieux disposé par la nature et d’une contenance de 5.441 hectares, la pêche, monopole exclusif des marins inscripts formant un ensemble de plus de 400 familles et possesseurs de 260 barques, a fourni un produit en argent de 725,456 francs, en 1872, soit 135 francs par hectare, produit fort élevé, comme on voit.

Outre la pêche à la mer et celle en étangs, il y a encore la pêche en embouchures maritimes ; celles de nos fleuves et rivières les plus importants comprennent environ 1000 kilomètres mesurés depuis la mer même (ligne réunissant les deux rivages) jusqu’à l’endroit précis où les grandes marées font sentir leurs effets. Voici, pour les principaux cours d’eau la longueur kilométrique, d’après les réglements administratifs, de ces eaux ressortissant du Ministère de la marine : l’Aa, 6 kilom.; la Seine 125k,700 mètres; le Blavet 15k,l 00 mètres; la Loire 53 kilom. ; la Sèvre Nantaise 43k,900mètres ; la Sèvre Niortaise 21 kilom.; la Charente 29k,500 mètres; la Gironde 102k,040 mètres; la Dordogne 58k,200 mètres; l’Adour 30k,424 mètres.

C’est là surtout qu’on pourrait recueillir, non pour la consommation, mais pour le repeuplement, le frai d’anguilles (montée, civelle), si abondant en certains fleuves, la Loire, par exemple, en avril et mai. Ce sont de fructueux cantonnements de pêche, ces embouchures saumâtres que doivent forcément traverser les poissons migrateurs, soit pour gagner l’eau douce, soit pour redescendre en eau salée; muge gris(mugil capito), muge céphale (m. céphalus), saumon (salmo salar), truite saumonée (salmo trutta), éperlan (osmerus éperlanus), alose (alosa clupea), alose finte (a. finta), blennie cagnette (blennius cagnotus), grande lamproie (petromyzonmarinus), anguille (murœna anguilla),

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plie (pleuronectes platessa), sole (solea vulgaris), daurade (chrysophrys aurata), etc. ; puis, parmi les crustacés, la crevette rose (palœmon serratus), la crevette grise (crangon vulgaris).

Cette pêche spéciale emploie environ 2.500 bateaux montés par 4,500hommes et produit à peu près 1.300.000 francs, soit 325 francs par homme et 520 francs par bateau. La pêche côtière qui met en œuvre 20.000 bateaux montés par 67.000 hommes,- produit environ 70 millions de francs, soit 1 .050 francs par homme et 3.500 francs par bateaux, mais elle exige des hommes forts, vigoureux, dans toute l’énergie de l’âge, et Dieu sait au milieu de quels dangers ; tandis que la pêche des embouchures est en quelque sorte réservée aux vieillards et aux enfants et n’emploie des barques que d’un faible prix. Enfin, les pêcheurs côtiers sont, le plus souvent groupés en équipages opérant pour le compte d’un armateur propriétaire des bateaux et des engins et qui prélève, tout d’abord, environ le cinquième du produit brut, tandis que les pêcheurs d’embouchure sont presque toujours propriétaires de leurs barques et de leur matériel et n’ont à partager avec personne. Enfin, nous parlerons dans la IIIe partie, de la pêche des pauvres, de ceux qui n’ont pour matériel que leurs bras et un filet à mains, la pêche à pied.

La plupart des pêcheurs passent chaque année, des marchés avec des marchands de poissons à qui ils doivent livrer, à des prix déterminés d’avance, le produit de leur pêche de chaque jour; c’est ce qui explique pourquoi la population des villes maritimes, si elle est en abondance fournie de poissons communs, ne peut que difficilement se procurer les poissons fins et les pièces d’extra qui sont en général expédiées sur Paris où ils trouvent des acheteurs à hauts prix. L’une des pêches les plus chanceuses, c’est la- pêche du thon sur les rivages de la Méditerranée ; après 15 jours ou trois semaines de complet insuccès, il arrive souvent que toutes les barques d’un petit port comme celui de Palavas, auprès de Montpellier, reviennent chargés jusqu’aux bords : le thon descend alors à 0f,50 le kilogramme et les pêcheurs conduisent leurs barques à Cette, à Aigues-Mortes et même à Marseille : si la pêche a été abondante sur toute la côte, ils ne trouvent point à vendre et sont obligés de rejeter leurs thons à la mer. Nous avons été plusieurs fois témoins de ces faits à Palavas, et il ne paraît jamais être venu à l’esprit d’aucun des habitants de Montpellier d’établir dans ce petit port de pêche une confiserie de thon.

§ 4. Production des crustacés. — Les crustacés comestibles les plus communs et les plus recherchés sur nos côtes de France (Océan et Méditerranée) sont les suivants :

Les crabes : étrille (portunus puber), maïa (maïa squinado), tourteau (platy carcinus pagurus) faucheur (oxyrhincus phalangium), enragé (carcinus ménas), etc., dont quelques-uns atteignent 0m,22 de diamètre, dont les autres et en particulier le dernier, si recherché des Languedociens et des Provençaux dépasse rarement 0m,08 à 0m,10. On les trouve dans nos deux mers.

La langouste commune, (palinurus quadricornis) commensal de l’Océan et de la Méditerranée mais plus commune dans cette dernière mer où elle peut atteindre jusqu’à 0m,60 de longueur et 6 ou 7 kilos en poids. C’est surtout sur les côtes de la Corse et sur celles de Gênes, qu’elle paraît se plaire.

Le homard commun (homarus seu astacus marinus) commun aussi aux deux mers, mais surtout abondant dans l’Océan où il atteint jusqu’à 0m,50 de longueur et 6 à 7 kilos en poids. C’est sur les côtes de la Bretagne et de la Normandie qu’il paraît le plus abondant.

La chevrette, crevette de mer, crevette grise, chardon ou crangon (crangon vulgaris) commune aux deux mers et qui pénètre dans les étangs (Thau, Berre,

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Arcaclion, etc.) et dans les embouchures des fleuves et rivières où elle remonte assez haut.

La crevette , crevette rose, crevette à dents de scie (palœmon serratus) des

Fig. 8. — Langouste femelle.

deux mers, mais surtout de 1 Océan, l’espèce le plus recherchée pour la finesse de sa chair et sa taille plus forte (O111, 08 à 0m,10 de long'). Le palémon squiile ou palémon salicoque (palœmon squilla) assez abondant sur les côtes de Pro-

vence, plus rare [sur celles du Languedoc, très-

rare dans les étangs. Le palémon de Trillien (palœmon trilianus) de la Médierranée, plus rare que les précédents.

Le penèe] caramote (penœus caramote) trèscommun dans la Méditerranée, très-recherché pour la consommation locale; sa chair est très-délicate; on le sale et on le transporte dans le Levant où il est l’objet d’un certain commerce.

Fig. 9. — Crabe tourteau. Le nika comestible (nika edulis), très-abon¬

dant sur les côtes des Alpes-Maritimes, du Var et des Bouches-du-Rhône ; il se vend toute l’année sur les marchés de Nice, de Toulon et de Marseille et est fort estimé des Italiens et des Provençaux.

La consommation des crustacés, en France, est considérable, bien que les chilfres officiels nous manquentpour la constater rigoureusement. M. Lemoussu, vers 1858, l’estimait à 360.000 kilos de langoustes et homards, qui, au poids moyen de 0k,800, représenteraient 450,000 pièces ; et à 360,000 kilos de chevrettes, crevettes et salicoques, qui, au poids moyen de 10 grammes, représenteraient 36 millions d’individus. Nous pensons qu’on peut aujourd’hui, sans aucun danger d’exagération, doubler ces chiffres en tenant compte de tous les crustacés consommés sur les lieux de pêche et dans les villes du littoral, aussi bien que de ceux exportés vers l’intérieur du pays. Mais, à ce compte-là, les crustacés, les gros crustacés surtout (langoustes et homards), ne tarderont pas, malgré leur merveilleuse fécondité, à disparaître comme ont disparu les huîtres, jusqu’au jour, où l’on s’occupera industriellement, comme pour ces dernières, à les multiplier et à les élever en domestication, ce que l’on a commencé à faire sur quelques points du littoral.

Considérant les homards seuls, nous trouvons que la France a exporté net déduction faite de l’importation), en 1863, 131.315 kilos, valant 328.287 francs

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et représentant environ 164.144 individus; et en 1864, 51.721 kilos seulement, valant 129.302 francs et représentant à peu près 64.651 pièces. En 1826, les homards valaient 0f.50 le lulog; en 1863, 3 francs; en 1864. 2f,50 ; en 1877, ils ne valaient plus que 2 francs. Le haut prix s’explique naturellement par la rareté et le bas prix par l’abondance. C’est que les prix élevés éveillent et stimulent l’industrie.

En effet, on compte maintenant, dans les quartiers ou sous-quartiers maritimes du littoral océanique, une douzaine de parcs à crustacés, dont 3 dans celui de Paimpol, 3 dans celui de Quimper, 2 dans celui de Lorient, 1 dans celui de Bayonne et 1 dans celui de Toulon. Les homards et langoustes pêchés dans le quartier de Brest sont expédiés en Angleterre ou à Cherbourg. Dans le quartier de Quimper, se trouve le vivier-laboratoire fondé en 1862 à Concarneau, par M. Coste, avec l’aide de M. Guillou, pilote de la marine ; c’est là que M. Gerbe fit ses belles études sur les phyllosomes et les homards qu’il reconnut être des formes et des âges différents du même animal. Aujourd’hui, cet établissement continue à appartenir à M. Guillou qui a passé des marchés avec un grand nombre de pêcheurs de la Manche, du Pas-de-Calais et de la mer du Nord: dans le quartier de Paimpol, 22 bateaux de Loguivy vont faire, tous les ans la pêche aux homards et langoustes à l’île de Seins. On lui expédie régulièrement, de ces points, et jusque des côtes norwégiennes, un grand nombre de homards qu’il entrepose dans ses bassins, pour les expédier, soit régulièrement à des commerçants de grandes villes, soit sur commandes à des particuliers de toutes les contrées de la France. Deux syndicats à Pont-l’Abbé, pratiquent la même lucrative industrie. Dans le quartier de Lorient, M. de Cressoles, peu après, établissait sur une superficie de 70 hectares, des viviers-réservoirs, dans lesquels il peut entreposer plus de 100.000 homards et langoustes. Cet établissement et un autre voisin mais moins important, avaient importé, en 1874 28.000 de ces crustacés et en avaient livré à la consommation 27.000 valant 68.000 francs. Dans le quartier de Morlaix, nous trouvons encore le réservoir de Primel.

Dans le quartier de Bayonne, auprès de Biarritz, un ancien capitaine de vaisseau, M. Silhouette, après avoir constaté que la conservation de la langouste en captivité est des plus faciles, installa un parc dans lequel il entretient un certain nombre de ces crustacés très-friands de poisson, a-t-il remarqué, mais qui, sous l’action de ce régime, ne tardent pas à diminuer de poids, tandis qu’ils augmentent d’un tiers en quinze jours, réduits aux animalcules contenues dans l’eau de mer et aux algues qui croissent dans les bassins. Dans le quartier de Nice, un maître d’hôtel de cette ville, M. Vassal, eut l’idée heureuse, vers 1863, de barrer par une grille en fer l’entrée de la petite crique de Saint-Jean, après en avoir obtenu la concession ; il entoura ensuite son petit parc d’une muraille et le ferma d’une porte. Il acheta des langoustes pêchées sur les côtes de Corse et qu’amènent les bateaux à vapeur à chacun de leurs voyages e entreprit de les conserver ainsi jusqu’au moment de leur vente dont il choisissait le moment opportun et le plus favorable pour lui, tout en maintenant les prix et régularisant la consommation.

La pêche de la crevette (on confond généralement sous ce seul nom les crevettes grises et roses, c’est-à-dire les crangons et palémons) se fait principalement dans les quartiers de Dunkerque, Calais, le Havre, Honfleur, sur les côtes de l’ile anglaise de Chausey, Vannes, l’île d’Yeu, aux sables d’Olonnes (Saint- Gilles-sur-Vic), Arcachon, le fond du golfe du Lion, puis les étangs de Salces, de Thau, du Valcarès et de Berre. La pêche s'en fait, au large sur de petits bateaux; ou à pied, dans les flaques d’eau à marée basse, au moyen debouquetons, trubles ou liuxenaux ou de filets appelés rets. En 1862, un pêcheur de

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Saint-Gilles-sur-Vic inaugura le premier la pêche aux crevettes en bateau ; dès 1864, dix bateaux du même pays suivaient son exemple; dès 1864, on envoyait chaque jour à Paris 64 kilos de ces petits crustacés, soit pour 180 jours de pêche, 11.520 kilos vendus à 3 francs le kilog, 46.483 francs ; en 1862, leur prix était de 1 franc seulement le kilog. à Saint-Gilles.

La crevette crangon pénétrant volontiers dans les étangs saumâtres et pouvant s’y reproduire, selon toutes probabilités, rien ne serait plus facile que de la multiplier et de l’élever en captivité dans des viviers spéciaux. La crevette rose paraît plus délicate, mais comme son prix est notablement plus élevé, elle vaut la peine qu'on tente sa multiplication et son élevage artificiels.

§ 5. Production des mollusques. — La faunule des mollusques comestibles est beaucoup plus nombreuse que celle des crustacés sur nos côtes. Elle compte ;

Dans la famille des mytilacés : la moule comestible ou commune (mytilus edulis);

Dans la famille des cardiacès : la praire double (venus verrucosa) ; la praire simple (venus sulcata); la clovisse de Toulon (tapes decussata); la clovisse de Cette (tapes texturata); la Bucarde, Sourdon ou Coque (cardium edule);

Dans la famille des ostracès : l’huître (ostrea edulis, etc.); la Palourde ou pèlerine (pecten jacobœus); l’anomie selle de cheval (anomia epbippium); le spondyle pas d'âne (spondilus gœderopus) ; la pétoncle (pectunculus pilosus) ;

Parmi les acéphales enfermés : la mye des sables (mya arenaria) ; le manche de couteau (solen vagina) ; la pholade dactyle (pholas dactylus) ;

Parmi les Tuniciers : l’ascidie violette ou Biju (acidia cytiia ; la cynthie (cintliia rustica, microcosmus) ;

Au nombre des Céphalopodes : le calmar ou encornet (sepia loligo) ; la seiche officinale (sepia oificinalis) le poulpe ou pieuvre.

Dans la famille des gastéropodes pectinibr anches : le vignot (littorina littorea); le buccin ondé (buccinus undatus; le murex érinacé (murex érinaceus).

Parmi les scutibranches : l’ormier, lialiotide ou oreille de mer ou sigaret (haliotis tuberculata) ;

Enfin, parmi les cyclobranches : la patelle ou Aie (patella Yulgaris).

A. La moule (mytilus) nous offre un assez grand nombre d’espèces dont les unes sont communes à l’Océan et à la Méditerranée, les autres spéciales à cette dernière : la moule proprement dite (mytilus edulis), les modioles (modiolus), les lithodomes (lithodomus).

La moule comestible est remarquable par un pied dilatable et contractile à l’aide duquel elle peut marcher, à l’aide duquel surtout elle peut s’attacher. Elle peut parcourir, sur une surface lisse, environ un mètre par minute. Un organe spécial secrète des fils (byssus) qui lui servent à se fixer aux parois des rochers et à se hâler sur ce point fixe. Ses deux valves triangulaires à charnière latérale sont maintenues dans un maximum d’écartement par des muscles qui les rapprochent en se contractant.

La moule vit en société, en bancs comme les huitres. Du temps de Duhamel, du Monceau (1759), on connaissait : une moulière dans le port du Crotoy; deux autres à Saint-Valéry-en-Caux, l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest; une au Havre au lieu dit le Rotin, etHonfleur, et un second sur les rochers de Villerville; plusieurs petits à l’entrée de la baie d’Isigny, à la Hougue, etc. Aujourd’hui, sauf ceux des rochers du Calvados, tous ces bancs sont à peu près épuisés, bien qu’on trouve des moules un peu partout, tant sur l’Océan que sur la Méditerranée. Les moulièrcs exploitées par le syndicat de Pouliguen ont été détruites de 1867 à 1872; celles de Saint-Gilles-sur-Vic ont été détruites, temporairement, croit-

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on, par l’eau douce et les sables en 1873. De là, la nécessité d’établir des moulières artificielles.

En 1235, une barque pontée, chargée de moutons, montée par un fermier Irlandais, Patrick Walton et deux compagnons, vint naufrager sur les rochers de la pointe de l’Escale, à quelques lieues de la Rochelle ; les hommes et quelques moutons furent sauvés, et les descendants des uns et des autres sont restés dans le pays. Walton s’établit, comme chasseur d’abord, puis comme pêcheur à Esnandes, au sud-est de l’anse de l’Aiguillon, et y créa à force d’observation patiente, une industrie qui subsiste encore presque sans modifications, l’élevage des moules sur bouchots. Quant aux moutons, croisés avec la race indigène, ils sont devenus ce qu’on nomme dans le Poitou, la race des marais.

Fig. 10. — Bouchots à moules, boucholeur et son acon dans la baie de l’Aiguillon.

L’anse de l’Aiguillon, abritée de l’Ouest et du large par l’île de Ré, est un lac vaseux dans lequel sont décantées les eaux de la Dive, de la rivière de Luçon de la Sèvre Niortaise et du canal de Villedoux. Sa superficie est d’environ 1.800 hectares; sur ses bords on compte les communes de l’Aiguillon, Saint- Michel en l’Herm, Charron, Esnandes et Marcilly. Son fond qui découvre à chaque marée, que la mer recouvre ensuite d’une hauteur moyenne de lm,80, est formé d’une boue liquide et sans fond. La partie septentrionale, sillonnée par quatre chénaux offre un sol de vase verte presque fluide; la partie méridionale est composée de vases noires plus ralfermie ; c’est sur celle-là que sont installés les bouchots.

1 On appelle bouchots un ensemble de deux rangées de pieux bruts (0m,25 de diamètre, 4m,50 de longueur totale, dont 2m,40 hors de vase, espacés de 0m,30 à 0m,60), reliés entre eux par des claies et des fascines et disposés en forme de Y dont la pointe est dirigée vers la mer; chaque branche de ce V présente une longueur de 200 à 250 mètres. Vers la mer, on plante simplement le3 pieux à 0m,40 ou 0m, 50 l’un de l’autre, sans les clayonner. Ce sont eux qui servent de collecteurs de naissains. Pour circuler en tous sens et sans dangers sur cette | vase molle et profonde, les Boucholeurs emploient un petit bateau spécial ou » plutôt une caisse en bois, taillée en pirogue à l’avant et sur lequel ils posent (un pied, tandis que de l’autre chaussé de bottes de marais, ils se poussent à la [surface du limon liquide.

1 La moule est hermaphrodite comme l'huître ; chacune, au dire de Leu-

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venhoeck, produit en février et mars, environ 2.000 œufs qui, couvés dans les replis du manteau, éclosent en avril et mai, et, grosses comme une graine de lin et de même forme, déjà armées de leur byssus, s’en vont bientôt, flottant

Fig. 11. — Radeau collecteur de naissain (moules).

à l’aventure après avoir abandonné la retraite maternelle ; de ces jeunes mollusques, les uns servent de pâture à de nombreux ennemis qui en sont trèsfriands, notamment au limaçon de mer (turbo littoralis) et à une foule de

Fig. 12. — Bouchots d’aval. Fig. 13. — Bouchots bâtards.

poissons, les autres sont enfouis dans la vase, un certain nombre se fixent sur les corps solides qu’ils rencontrent. Pour les recueillir, on met en usage, non-seulement les pieux d’aval, mais aussi des collecteurs formés d’un radeau flottant, un double cadre de poutrelles sur lequel on fixe, tantôt verticales,

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tantôt horizontales, des planches de bois dur ou constituant des sortes de persiennes dont les lames peuvent pivoter sur un axe ; ces appareils servent non-seulement à colliger le naissain, mais- même ensuite, étant amenés dans les parcs d’élevage, à continuer et achever leur éducation jusqu’à la vente.

Lorsqu’on emploie les pieux collecteurs, il faut aller en juillet y recueillir en le détachant à l’aide d’un crochet, le naissain alors gros comme un haricot, qui s’enlève par plaques: ces paquets de naissain sont placés par poignées dans de vieux morceaux de filets que l’on referme en forme de bourses que l’on attache dans les interstices des clayonnages des bouchots d’amont; ces filets ne tardent pas à se pourrir, mais les jeunes moules se sont déjà fixées à l’aide de leur byssus, et forment bientôt sur toute la palissade, une couche continue et serrée, que l’on dépresse lorsqu’il en est besoin en transportant l’excédant sur les bouchots bâtards ou milloins situés entre ceux d’aval et d’amont, et les y fixant par le même procédé. Tant que les moules sont jeunes, elles souffrent d’être découvertes d’eau et exposées à l’air durant les marées basses et le flux; quand elles sont plus âgées, à un an par exemple, elles en souffrent moins. Dans la Méditerranée où ne se produisent que des marées accidentelles et peu sensibles, les moules s’attachent aux rochers, depuis la surface ordinaire des eaux calmes, jusqu’à 0m,40 de profondeur et ne paraissent pas souffrir de l’absence de marées.

C’est sur les bouchots d’amont que se fait la récolte, de juillet à janvier (durant tous les mois dont le nom ne contient pas d’r), à l’opposé des huîtres qui ne se mangent que de mai à fin d’août. A l’époque du frai (ier février à 20 avril) les moules sont maigres et dures ; les plus délicates sont celles qui occupent la partie supérieure des clayonnages. Au moment de la récolte, les moules ont en moyenne 16 à 24 mois d’âge. Elle atteint alors 0m,08 à 0m,09 de longueur, 45 à 50 grammes de poids dont 10 à 20 grammes pour les coquilles, 20 à 25 pour l’eau et 5 à 10 pour l’animal lui-même. La moule paraît atteindre des dimensions et un poids plus forts dans la Méditerranée que dans l’Océan.

Chaque bouchot dont nous l’avons vu, les côtés ont en moyenne 225 mètres de long, sous un angle de 45 degrés, occupe une superficie de 22 ares environ; il coûte 2.400 francs de frais de première installation et annuellement 1 .250 francs de frais d’entretien, surveillance et exploitation : il produit (à 150 kilos par mètre de longueur de clayonnage) 675 Idlos de moules à 3 francs les 100 kilos soit ensemble 2.025 francs brut et net 663f,50; soit par hectare brut 12.900 franes et net 3.615 francs. En 1835, il n’y avait dans l’anse de l'Aiguillon que 250 bouchots ou 112.500 mètres de clayonnage; en 1846, 340 bouchots ou 153.000 mètres; en 1854, il y avait déjà 520 bouchots ou 234.000 mètres; aujourd’hui, il y en a environ 550 soit 247 500 mètres occupant une surface de près de 500 hectares et produisant brut : 1,120.000 francs et net 365.000 francs. V

On a dû chercher à imiter sur un grand nombre de points du littoral, une industrie si simple et si lucrative; mais la culture des moules en bouchots semble exiger la réunion de plusieurs conditions spéciales dont la principale paraît être une protection naturelle ou artificielle contre les flots venant du large; aussi ne trouvons-nous qu’une seule entreprise en voie de réussite, celle des bouchots récemment établis (1875) entre le cap Horner et la pointe du Hourdel près de Cayeux-sur-mer, à l’embouchure delà Somme. L’idée première semble en avoir surgi à la vue des résultats obtenus sur ce même lieu, par M. Rozé, dans ses parcs à moules dans lesquels on avait constaté la reproduction naturelle de ces mollusques.

Sur la Méditerranée, le mode d’élevage devait se transformer : dans cette mer en elfet, nous l’avons déjà dit, il n’y a point de marées régulières; en outre, TOME vin. — NOUV. TECH. 23

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les tarets très-nombreux détruisent très-rapidement le bois, et d’un autre côté, les moules refusent de s’attacher sur les surfaces métalliques.

Dans le golfe de Tarente (mer Ionienne) où le fond est vaseux et où se trouvent des moulières naturelles, on recueille le naissain sur des collecteurs formés de cordes en jonc ou en alfa tendues sur des piquets au-dessus des frayères; la fraye a lieu du 1er mars au 15 avril; six mois après, on relève les collecteurs pour en détacher les jeunes moules qui ont alors acquis la grosseur d’une petite amande et que l’on fixe à des cordages pendant verticalement d’un radeau placé ensuite en eaux profondes; ces cordages ont souvent 10 à 12 mètres de long et les moules prospèrent sur toute cette longueur, mais ne se reproduisent que sur les hauts fonds. C’est surtout la moule improprement appelée moule rouge (modiala barbata) que l’on cultive à Tarente.

A Port-de-Bouc, M. L. Vidal qui a fait tant de tentatives pour développer la pisciculture dans le bassin méditerranéen, employa d’abord des claies en fer posées dans des pieux de bois à rainures ; puis, afin de remplacer les marées absentes, il imagina de faire pivoter ces claies sur un axe afin de leur faire subir des émersions et des immersions successives: en 1871, il était amené par l’expérience à abandonner le système des claies mobiles ou fixes pour cultiver l’huître sur des surfaces horizontales recouvertes d’une faible épaisseur d’eau, et parsemées artificiellement de pierres à formes irrégulières ; enfin, il reconnaissait que les intermittences dans l’immersion étaient plutôt nuisibles qu’utiles. Les moules qui se développent spontanément sur presque tout le littoral de la mey Méditerranée (sauf aux environs de Nice), dans les étangs de Berre, de Thau, etc., ne pourraient-elles devenir la base d’une industrie aussi peu exigeante que lucrative, dans tous ceux de ces étangs dont la salure est comprise entre 1° et 4° B, et où la hauteur d’eau est comprise entre 0m,40 et 0m,50, l’ensemencement pouvant facilement se faire à peu près partout, soit dans les étangs déjà peuplés, soit sur les rivages, à l’aide de fascines collectrices?

En effet, la production de nos côtes ne paraît point nous suffire, puisque nous importons chaque année environ un million de kilogrammes de ces coquillages, l’huître du pauvre, qui proviennent du littoral de l’Angleterre et surtout de la Belgique.

B. Praires (vénus ou cythérées) : nous avons vu qu’on en pêchait, sur nos côtes pour les consommer, cinq espèces, savoir : la praire doublé des marseillais, vénus à verrues ou clonisse, (venus verrucosa) ; la praire simple (venus sulcata, seu cardita sulcata) ; la clovisse de Toulon (Tapes decussata) ; la clovisse de Cette (Tapes texturata) et la vénus fauve (cytherœa chione), toutes communes à l’Océan et à la Méditerranée, mais beaucoup plus communes dans cette dernière.

La praire double ou clonisse est très-rare aujourd’hui ; on la rencontre au cap d’Arcachon, et, mais très-rare, dans l’étang de Thau ; elle n’est abondante que dans le bassin de la réserve du port de Marseille. Il y en avait autrefois un banc naturel dans ce port. « Une année, les clovisses disparurent » du port et la désolation fut générale dans la population. Leséchevins prirent » une généreuse initiative et en envoyèrent chercher au loin des quantités » considérables et de la meilleure qualité. On les jeta par paniers (couffes) dans » le lieu qui, depuis ce temps, fut appelé la réserve, car ce fut ün endroit » réservé. On défendit pendant un certain temps d’y pêcher et l’on ne put » le faire après, que dans de certaines conditions ; le commandant du port fut » chargé de faire exécuter les réglements et reçut, pour cela, de la ville, une » gratification annuelle qui, m’a-t-on dit, est encore payée aujourd’hui à ses » successeurs. » (1) La praire double très-estimée à Toulon et à Marseille, s’y

(l)Ch. Bretagne, Bulletin de m Société zoologique d'acclimatation, avril 1863, p. 185-18

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vend selon sa dimension, de 1 à 2 francs la douzaine; elle est de0m,025 à 0m,05 de diamètre; elle vit sur les sables vaseux à des profondeurs de un à 2m,50.

La praire simple (cardita sulcata), commune dans la rade de Toulon, a été transportée en 1877, par MM. Gasquet dans leurs nouveaux parcs de la presqu’île de Giens où elle se plaît et se reproduit. La clovisse de l’Océan (Tapes decussata) abondante à Toulon, sur le littoral breton de la Loire-Inférieure et sur les côtes du Bordelais, se vend de 0f,20 à 0f30 le cent; elle a la coquille dure et foncée et se plait sur les fonds sablonneux et dans les eaux limpides. La clovisse de Cette (Tapes texturata) a la coquille plus mince, plus tendre, de couleur moins foncée; elle se plait sur des fonds terreux et dans les eaux un peu troubles; abondante dans l’étang de Thau, elle y devient de plus en plus rare par suite de pêches exagérées. Tous ces mollusques sont mangés crus, comme succédanées de l’huître, cuits en coquilles ou encore cuits avec des herbes, l’épinard surtout.

Le round-clam américain (venus mercenaria) si abondant sur les côtes orientales des États-Unis dans les golfes et baies non loin de l’embouchure des rivières depuis le cap Cod (42° lat. N. Etat de Massachussets), jusqu’au cap Agi (25° lat. N. État de la Floride), peut atteindre jusqu’à 0m,10 de large, autant de long et 0m,06 d’épaisseur; il se plait sur les sables vaseux, par des fonds de 2 à 8 mètres de profondeur. Les américains en consomment crus, en guise d’huîtres, des quantités considérables, et en font en outre des conserves en boites.

C. La bucarde comestible, sourdon ou coque (cardium edule), très-abondante dans toutes les mers ; on la trouve en grande quantité dans le bassin d’Arcachon où les femmes en pêchent chaque année pour une valeur de 10 à 12.000 francs, et comme elle se vend à Paris 0f,10 le litre, à Bordeaux 0f,la le cent, il s’en suit que ce seul chiffre représente environ 725.000 de ces mollusques. La bucarde habite dans les sables du littoral où elle s’enfonce jusqu’à 0m,08 à 0m,12: ses valves très-bombées lui donnent la forme d’un cœur. La chair en est un peu coriace, mais assez savoureuse. On en exporte de Saint-Brieuc, des quantités considérables en Angleterre. Ce mollusque vit et se reproduit dans les étangs saumâtres.

D. Le 'pétoncle flammulê (pectunculus pilosus), très-abondant sur les rivages de nos deux mers vit à une assez grande profondeur, 2 à 12 mètres, sur les fonds de vase sablonneuse ; le pectunculus glycimeris est aussi commun aux deux mers, mais le pétoncle violacescens est spécial à la Méditerranée. Ces mollusques sont bien inférieurs à la bucarde et surtout aux praires, comme délicatesse et tendreté. Les pétoncles abondent dans tout le golfe du Morbihan et leur valeur augmente chaque année, et aussi sur toute la côte orientale des îles de Ré et d’Oléron, à l’embouchure de la Seudre entre la pointe du Mute de loup, la pointe d’Arvert et l’île de Noie.

E. La palourde ou pèlerine , peigne ou coquille de Saint-Jacques (pecten jacobœus) fort commun dans la Manche où il atteint d’assez grandes dimensions et jusqu’à 0m,10 à m0,15 de diamètre, se mange cuit après qu’on a enlevé l'estomac et les intestins et constitue, lorsqu’il est assaisonné de beurre frais et de fines herbes un manger délicieux. On mange aussi quelquefois le peigne à côtes rondes (pecten maximus) et le peigne operculaire (pecten opercularis) ; mais leur chair est coriace et peu savoureuse. Ces mollusques vivent par 1 à 2 mètres de fond sur le sable, non loin des rivages sur lesquels ils viennent souvent faire des incursions; on en pêche dans le quartier de Lorient, où on le nomme colish, de grandes quantités qu’on expédie sur les marchés de l’intérieur. La plupart des espèces de peignes sont dioïques et notamment le pecten jacobœus, c’est-àdire que chaque animal est unisexué; quelques espèces pourtant sont hermaphrodites.

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F. V anomie selle de cheval (anomya ephippium) se trouve sur les côtes de l’Angleterre, de la Bretagne et de la Méditerranée. Les habitants du Languedoc préfèrent ce mollusque aux huîtres. Le pied tout à fait rudimentaire est remplacé par un bras musculeux sortant d’entre les valves par une échancrure et qui sert à l’animal à se fixer sur les rochers. On lui donne encore le nom de anomye pelure d’oignon, à cause de la transparence de sa coquille.

G. Le spondyle pas d'âne (spondylus gœderopus), d’assez grande taille, vit attaché sur les rochers, et est spécial à la Méditerranée; il se mange comme l’huître bien qu’il soit beaucoup moins délicat ; on lui donne même souvent le nom d’huître épineuse.

H. La mye dessables (mya arenaria) nommée soft-clam, par les américains, est un excellent comestible pour l'homme et un appât précieux pour la pêche de la morue. On la trouve en France dans les parages de Dunkerque, notamment dans le bassin de chasse du port de cette ville ; on en rencontre des bancs naturels et fort peuplés sur le littoral des États-Unis, dans la baie de Massachussetts, à l’embouchure du Charles-River, en face de Boston. Elle préfère les sables vaseux, par des fonds de t mètre à lm,50. La coquille atteint jusqu’à 0m,10 de diamètre. Elle fraye en juin et juillet et ne se développe qu’assez lentement.

I. Le solen commun ou manche de couteau (solen vulgaris, seu vagina), se rencontre sur toutes nos plages; ce mollusque est coriace et sans délicatesse; il sert d'appât pour la pêche des maquereaux et surtout du merlan. Il vit dans le sable au bord de la mer, et s’y enfonce profondément et rapidement à marée basse.

J. La pholade dactyle (pholas dactylus) appelée pitaut en Normandie, dail en Poitou et en Saintonge et datte de mer en Provence, est nombreux sur le littoral de l’Océan à partir de l’embouchure de la Loire jusqu’à Biarritz et sur tout celui de la Méditerranée. Ce mollusque vit dans la pierre où il se creuse luimême un canal qui lui sert d’habitation. Tiré de son gîte, il offre une chair comestible d’un assez bon goût, mais d’une odeur particulière et assez peu agréable.

K. L'ascidie violette, appelée encore violet ou outre de mer (ascidia cytliia), que l’on rencontre dans certains parages de la Méditerranée, était fort goûtée des anciens qui la mangeaient après l’avoir fait confire dans le vinaigre ‘et de la menthe, ou fraîche et assaisonnée de vinaigre. Les Provençaux ont conservé la mêmè estime pour ce mollusque sans coquille. Il vit au milieu des prairies sous-marines dont il broute les herbes, par des fonds de lm,50 à 2 mètres ; il ne fuit pas les eaux mi-salées et un peu vaseuses des embouchures. MM. Gasquet l’ont réintroduit dans la rade de Giens où il avait été abondant autrefois, mais où l’avaient détruits les filets traînants. L 'ascidie sillonée (ascidia sulcata, seu microcosmus) est encore une espèce comestible de la Méditerranée, de même que la cynthie rustique (cynthia rustica) appelée biju sur les côtes du Languedoc et que recherchent un assez grand nombre de personnes.

Le ‘ calmar ou en cornet (loligo vulgaris seu sepia loligo) très-apprécié en Provence, est en effet, le plus délicat des mollusques céphalopodes; on en fait à tort peu de cas sur les bords de l’Océan. La seiche (sepia officinalis), appartenant à un genre voisin, est un des ingrédients de la bouillabaisse chère aux marseillais; elle atteint parfois jusqu’à Om,35 de longueur et on mange sa chair, un peu plus coriace et moins savoureuse que celle du calmar, mais encore fort bonne. Le poulpe , très-commun sur les côtes de nos deux mers, en été surtout où il détruit beaucoup de crustacés, atteint jusqu’à 0U',16 de longueur du corps, et avec les bras jusqu’à 0m,70 à 0m,80. Sa chair est tiès-dure et avant

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de la livrer à la cuisson; il faut la frapper violemment et longtemps de bâtons ou de couperets, pour en amortir les fibres.

M. Le vigneau ou vignot (littorina littorea, seu littoralis), qui porte le nom de vignot en Bretagne et en Poitou, et celui de vignette en Saintonge et en Gascogne, fourmille sur nos côtes océaniques ; il est reconnaissable à sa coquille arrondie de couleur brune avec stries longitudinales et noirâtres. On le mange cuit dans l’eau ou cru et vivant, après l’avoir extirpé de sa coquille à l’aide d’une épingle. Le buccin onde (bucinus undatus) à coquille spirale blanche, ondée sur les premiers cercles de chaque tour d’hélice ; il atteint de 0m,03 à 0m,04 de long sur 0m,02 à 0ra,025 de diamètre. Il est très-commun sur nos côtes où on le mange cru ou cuit. Le murex érinacè (murex erinaceus) constitue pour les habitants du littoral méditerranéen, un mets assez estimé ; ce mollusque entre aussi dans la confection de la bouillabaisse; sa viande est dure et peu savoureuse pourtant.

N. L haliotide, ormier, oreille de mer ou sigaret, cofish en Bretagne, mother of pearl en Angleterre (haliotis tuberculata), doit son nom à sa forme large, allongée presque plate et assez semblable à la conque de l’oreille humaine. Ce mollusque qu’on pourrait dire nocturne, est très-commun sur les côtes rocailleuses de la Méditerranée et un grand nombre de personnes le mangent avec plaisir.

O. La patelle vulgaire (patella vulgata), très-commune sur le littoral de la Manche et appelée flie par les normands, se rencontre fixée sur les rochers à marée basse; on l’en détache à l’aide d’une fine spatule de fer que l’on introduit vivement sous sa coquille. On mange le fiie cru, mais alors il est trèscoriace, ou mieux cuit. Les riverains du golfe morbihannais excellent dans la confection d’un excellent potage composé de l’eau dans laquelle on a fait cuire la patelle privée de sa coquille et où nage l’animal lui-même.

P. U huître (ostrea). est un mollusque bivalve, acéphale bien connu de tous. Les deux valves inégales, l’une plate, l’autre convexe, s’articulent au moyen d’une charnière dépourvue de dents ou de lames saillantes, mais munie d’un petit ligament interarticulaire qui tend sans cesse à écarter les coquilles, tandis que, à l’aide d’un muscle unique inséré sur chacune d’elles par ses deux extrémités, l’animal peut les tenir hermétiquement appliquées l’une contre l’autre ou les entrouvrit1 à divers degrés. Ces valves ou coquilles, presque exclusivement composées de carbonate de chaux (98 °/o) sont formées de feuillets lamellaires superposés et plus ou moins gauffrés ou frisés sur leurs bords; à l’intérieur, elles sont nacrées ; à l’extérieur, elles sont plus ou moins bombées, circulaires ou oblongues, droites ou recourbées, minces ou épaisses.

L’animal lui-même occupe la concavité de la valve inférieure. Il est d’une organisation très-simple : sa bouche est cachée dans l’espèce de repli formé par la réunion de la partie supérieure des deux lobes du manteau; cette ouverture est accompagnée de tentacules (palpes labiaux) fort semblables aux branchies qui sont développées et recouvrent tout l’abdomen. Le cœur est placé sur la masse intestinale et reconnaissable par la couleur brune de son oreillette; l’anus s’ouvre entre les lobes du manteau et au-dessus du muscle adducteur des valves, lequel occupe à peu près le centre du corps.

L’huître est hermaphrodite, c’est-à-dire que chaque animal réunit les deux sexes et se féconde lui-même. L’ovulation a lieu de mai à fin août; la ponte a lieu un mois plus tard, de juin à fin septembre, les œufs passant de l’oviducte dans un repli du manteau où ils subissent une sorte de seconde incubation au milieu d’une abondante mucosité. Ces œufs alors de couleur blanche, forment deux masses crémeuses qui font dire aux gourmets que l’huître est grasse et

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lui donne en effet un aspect fort appétissant. Du blanc, ces œufs passent au jaune, puis au violet, au brun et au noir. A partir de ce moment, les embryons ont atteint leur maturité et peuvent vivre d’une existence indépendante. Aussi ils ne tardent pas à quitter le refuge maternel* et, presque microscopiques encore, mais déjà pourvus d’un appareil natatoire spécial et provisoire (un bourrelet charnu muni de poils vibratiles), ils se dispersent dans les flots; c’est ce qu’on nomme

le naissain. Chaque huître adulte fournit de un à deux millions de ces embryons, mais beaucoup sont entraînés au hasard et dans des lieux inhospitaliers par les courants; d’autres sont étouffés dans la vase ; le plus grand nombre sert de pâture à une foule d'ennemis (poissons, crustacés, annélides, polypes) ; ceux - là seuls ont chance de se sauver, qui trou* vent à leur portée un corps solide rocher, pierres, coquilles, etc., sur lequel ils peuvent se fixer à l’abri des courants. Dès ce moment, la jeune huître commence à secréter ses valves, se fixant par la base de l’inférieure qui est en même temps celle concave, et suit les phases de son développement que voici en moyenne ; à l’éclosion, taille 0m,0002; à six mois 0m,009; à un an O®, 045 de diamètre; à deux ans 0m,075; à trois ans 0m,07; pour l’huître comestible de nos mers, bien entendu.

Le genre huître (ostrea) présente un grand nombre d’espèces, dont nous ne dénommerons que les principales :

1° L’huître des Dardanelles (ostrea crescens) : valves légères et sans chambre intérieure ; la valve supérieure plissée, toutes deux arquées, chair fine. Selon M. Lamiral, il serait intéressant d’importer cette huître dans nos étangs méditerranéens où la salure ne varie que de 1°,50 à 2°, 50 B;

2° L’huître Adriatique (ostrea adriatica) longue de 0m04, se plaît sur les fonds rocailleux; coquilles minces, obliquement ovales, subrostrées, planes en dessus; un côté intérieur denticulé près de la charnière; se trouve dans le golfe de Venise;

3° L’huître cuiller (ostrea cochlear), longue de 0m,035, se plaît sur les fonds de gravier, dans la Méditerranée ; coquille ovale, oblongue, épaisse, à valve supérieure concave, presque sans lamelles, nacrée de rose en dedans ;

4° L’huître d’Alger (ostrea ruscuriana) ; coquille épaisse, ovale, oblongue, le crochet inférieur en capuchon; le bord supérieur droit; bordure d’un pourpre noir sur la nacre blanche interne ; la valve supérieure souvent percée par les animaux marins; se trouve sur les côtes de l’Afrique septentrionale;

5° L’huître courbée (ostrea curvata) ; longue de 0m,04, la valve supérieure concave ; les deux valves recourbées vers chacune de leurs extrémités en forme de berceau et étroites ; se tient en moyennes profondeurs ; dans la Méditerranée;

6° L’huître de Virginie (ostrea virginiana) ; coquille étroite et comme triangulaire, très-épaisse; impression musculaire violette à l’intérieur; atteint jusqu’à 0m,20 de long sur 0m,08 de large; Océan Atlantique, côtes de l’Amérique septentrionale (36° à 42° latit. N.) ;

7° L’huître canadienne (ostrea canadensis); coquille large, étalée, très-blanche,

Fig. 14 et 15. — Embryon de l’huître.

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lamelleuse, oblongue ; la valve supérieure un peu convexe; Océan Atlantique, vers l’embouchure du fleuve Saint-Laurent; on la croit une variété de l’huître de Virginie ;

8° L’huître Boréale (ostrea borealis) ou de New-York, plus petite, plus contournée de forme que la virginiana; valves d’un blanc crayeux ou légèrement verdâtre à l’intérieur, impression musculaire violette comme dans la virginiana; Océan Atlantique, côtes de l’Amérique septentrionale; on la croit comme l’huître du Canada, une variété de celle de Virginie;

9° L’huître feuille (ostrea folium), coquille ovale de couleur fauye en dehors, atteignant 0m,15 à 0m,20 de longueur; Océan Indien et Amérique méridionale.

Fig. 16. — Huître pied de cheval ('ostrea hippopus) A, valve supérieure vue de dessus; B, la même

vue de côté.

10° L’huître des arbres ou des mangliers ou huître parasite (ostrea parasitica), du Sénégal, de l’Afrique et des Indes Orientales; valve supérieure d’un blanc violacé; atteint jusqu’à 0m,15 de longueur;

11° L’huître mytiloïde (ostrea mytiloidesj, des grandes Indes, s’attache comme les deux précédentes aux racines des arbres qui vivent sur les bords des fleuves près de leurs embouchures;

12° L’huître tuberculée (ostrea tuberculata) ; coquilles ovales, cunéiformes;

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la valve supérieure plate, l’inférieure creusée en capuchon vers le sommet, couverte en dessous de tubercules semi-globuleux et laciniés; atteint jusqu’à 0m,I2 de longueur; se rencontre dans l’Archipel Indien (de Timor), le golfe Persique, etc. ;

Nous pourrions y joindre un grand nombre d’espèces étrangères (ostrea

brasiliensis , gibbosa, cornucopia , radiata, hyotis, etc.); ce serait sans grande utilité.

Venons à celle que Ton rencontre le plus fréquemment sur nos côtes, aussi bien dans l’Océan, la Manche, le Pas-de-Calais et la mer du Nord, que dans la Méditerranée; c’est :

13° L’huître comestible (ostrea edulis) à coquille orbiculaire, bien connue de tous, et qu’il est, pour cela, inutile de décrire,

Fig. 17. — Huître de Cane al a ou gravette (ostrea plicata). semble avoir fourni

plusieurs variétés (en

zootechnie, on dirait races), par modifications de l’âge et des milieux. Ce sont :

14° L’huître pied de cheval (ostrea hippopus) (fig. 16, A, B) à valves légères, épaisses et lourdes; on atout lieu de supposer que c’est une huître comestible, vivant isolément sur la vase, et devenue trèsâgée; on la trouve à Boulogne -sur -mer, dans la rade de Brest, dans le bassin d’Arcachon, sur divers points de la Méditerranée. Elle atteint parfois le poids de 0k,300 et plus, sa chair est dure, coriace et manque de délicatesse ; on l’emploie surtout en conserves. M. Lafosse dit avoir obtenu à la Hague, des hybrides de l’hippopusavec l’edulis; si ce sont deux variétés d’une même espèce, ce serait fi*- ,s- ~ Ilultre d’0stendo (0. Britannica),

simplement un croisement; néanmoins croisement ou hybridations, le fait nous paraît peu croyable, s’appliquant à des animaux hermaphrodites chez lesquels la fécondation est interne;

\ 5° L’huître de Tréguier (ostrea lesnica) à valves très-riches en matières organiques, minces, foliacées, de couleur violette avec des rayons blancs divergents de la charnière vers les bords;

16° L’huître anglaise (ostrea britannica) ou d’Ostende, (fig. 17, B) à coquille

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ronde-ovale, régulière, à la fois mince et résistante, de petite taille. Océan, Manche, mer du Nord;

17° L’huître plisséeou gravette (ostrea plicata), (fig. 18) du bassin d’Arcachon ; coquilles assez minces, la supérieure souvent concave, présentant des ondulations sur les bords ; forme assez irrégulière, taille moyenne ou même petite.

L’ostrea plicatula, que l’on trouve par groupes ou isolément, attachée sur les rochers mais non en bancs ou gisements, dans la rade de Toulon, dans le golfe de Gênes, dans la baie de Naples, et sur les côtes d’Afrique, si elle n’est la même que celle-ci, n’en est probablement qu’une sous-variété; la coquille en est petite, rugueuse, irrégulière, garnie à l’intérieur d’une nacre légèrement verdâtre, avec la valve inférieure tres-profonde ; elle est rare à Toulon, mais très-recherchée à cause de sa saveur exceptionnelle. Peut-être en est-il encore de même de la petite et délicieuse huître que l’on pêche dans l’étang de Leucate, dans les parages de Narbonne et aux environs . .

des îles dHyeres; sa coquille peut

atteindre 0m,10 à 0m,12 de longueur, elle est légère, résistante et translucide, bien nacrée a l’intérieur, rend un son cristallin quand on la frappe et présente

des gaufïrures sur le bord externe de ses lamelles ; elle est très-estimée pour sa saveur délicate.

1 8® L’huître du Portugal (ostrea angulata) (fig. 19), ou du Tage acclimatée àArcachon (lig. 20) ; petite à valves minces, la supérieure plane. On croit qu’elle a été apportée d’Angleterre sur les côtes Portugaises, par les soins du marquis de

Fig. 20. — Huître d’Arcachon (0. Angulata). Pombal , alors mi¬

nistre (vers 1760) ;

19° L’huître crêtée ou de Toulon (ostrea stentina), de très-petite dimension, à coquille relativement épaisse et de forme bizarre, plissée, avec les deux valves fortement embouquées ; elle habite les fonds de 2 à 3 mètres, non loin des plages, parmi les rochers et les cailloux, depuis le golfe du Lion, jusqu’à Toulon, la Corse et l’Italie ;

20° L huître lamelleuse (ostrea lamellata) des côtes et lagunes de la Corse, de

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celles de Cette, de la Nouvelle, d’Espagne, etc.; elle aime les fonds vaseux ; elle est de grande taille et néanmoins de goût assez fin; elle vit par groupes de 6 à 10 individus ; ses coquilles sont épaisses etlourdes;

21° L’huître lactée ou Polacestion (ostrea lacteola), de la Méditerranée.

En termes généraux, les huîtres du Nouveau-Monde sont oblongues, tandis que celles européennes et africaines sont assez régulièrement orbiculaires. Toutes ces huîtres sont comestibles, en dehors delà saison du frai et des diverses conditions où elles ont pu acquérir des propriétés vénéneuses; mais, tandis que celles à coquilles épaisses et lourdes sont consommées sur les lieux de pêche, celles à valves petites et minces peuvent seules donner lieu à ce commerce intérieur qui les distribue sur tous les points de la France.

Buckland nous apprend que le rapport de la partie comestible, c’est-à-dire du mollusque lui-même, au poids total, est dans les huîtres du Pas-de-Calais, de un dixième; dans celles de File de Ré, de un vingtième seulement. M. Delesse (1), donne le tableau suivant, malheureusement trop restreint.

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