I. Travaux d’assainissement
1° Travaux d’ assainissement des landes de Gascogne. — Dans les départements de la Gironde et des Landes, il existe une étendue de terrain de près de 8,000 kilomètres carrés, compris entre la mer et les vallées de la Gironde et de l’Adour, qui il y a vingt-cinq ans étaient incultes et inhabités. De loin en loin on trouvait des chaumières isolées et quelques bouquets de buis. En hiver, le terrain environnant était submergé. 11 existait donc là un vaste désert insalubre. En effet, le plateau des Landes presque horizontal est formé d’un sous-sol imperméable recouvert d’une couche de 0m,60 de terre maigre et sablonneuse. En été, il n’y a aucune source ; en hiver, les pluies duren tsix mois et les eaux ne trouvant pas d’écoulement restent stagnantes jusqu’à ce que la chaleur les ait évaporées.
En 18o7, une loi prescrivit l’assainissement et la mise en valeur des landes communales des départements de la Gironde et des Landes formant la majeure partie du territoire inculte et insalubre. Les travaux se sont étendus depuis à 32 communes et comprennent une surperficie de 107,811 hectares pour la Gironde. Dans les Landes ils se sont étendus à 1 10 communes sur une surface de 183,714 hectares; soit au total 162 communes et une superficie de 291,323 hectares. Ces travaux consistent dans l’établissement de 2,197 kilomètres de voies d’écoulement ayant une largeur moyenne de 3 à 6 mètres au plafond et une pente de 0m,002 à 0,001 par mètre.
Du côté de l’Océan, comme les eaux sont arrêtées par une chaîne de dunes bordant le littoral sur 120 kilomètres, on a ouvert un collecteur de 12 mètres de largeur au plafond qui relie entre eux les étangs formés au pied des dunes. Ce collecteur donne ainsi issue aux eaux du versapt.
Les travaux d’assainissement, exécutés dans les départements de la Gironde et des Landes, seront entièrement terminés en 1878. Ils auront coûté 893,470 fr. La valeur des landes ensemencées était, au commencement de 1877, de 80,264,600 fr. Dans ce chiffre ne figurent que les landes communales. Les 330,000 hectares ensemencés par les habitants représentent une valeur de 123 millions. Ces opérations ont eu pour effet d’enrichir les communes et de leur permettre de réaliser des améliorations importantes , telles que la création d’écoles, la construction de mairies, etc., et l’établissement de chemins vicinaux.
Au point de vue sanitaire, le pays a été complètement transformé, les fièvres qui le ravageaient ont entièrement disparu.
2° Travaux d'amélioration de la Bombes. — Le plateau delaÜombes (arrondissements de Bourg et de Trévoux, Ain) est à une altitude de 300 à 260 mètres au-dessus du niveau de la mer; son sol est silico-argileux et imperméable. Il existe dans cette région de nombreux étangs représentant une surface de 19,215 hectares pour une étendue totale de pays de 1 12,723 hectares (non compris les cours d’eau et les chemins). Les chemins établis en contre-bas du sol. sans fossés d’écoulement et sans empierrement, étaient couverts d’eau pendant
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une partie de l'année. 11 en résultait un état sanitaire des plus mauvais. En été, les rives des étangs, alimentés par les eaux de pluie, venant à se découvrir, il se manifestait des miasmes paludéens et des fièvres nombreuses. Pour remédier à cette triste situation, on entreprit depuis 1853 des travaux ayant pour but le curage et l’amélioration des cours d’eau de la région de la Dombes.
On créa un réseau de 25-2 kilomètres de routes agricoles. On chaula les terres au fur et à mesure de la construction de ces routes et on transforma ainsi rapidement la culture de la contrée. Actuellement l’ensemble des chemins exécutés et projetés comprend :
289,250 mètres de ligues terminées.
40,017 — — en cours d'exécution.
25,848 — — non encore commencées.
Total . . 303,715 mètres.
On creusa des puits publics pour se procurer de l’eau en abondance et de bonne qualité. Jusqu’en 1802, les habitants ne se servaient que de l’eau fournie par des puits peu profonds alimentés par les infiltrations des étangs; c’était là une cause d’insalubrité. Enfin, en 1806, on ouvrit le chemin de fer de Lyon à Bourg. Cette ligne qui traverse la Dombes était fort utile au point de vue de l’agriculture et de l’assainissement de la contrée.
On mit en culture 0,001) hectares d'étangs; actuellement on a supprimé 10,462 hectares d’étangs. Toutes ces opérations ont transformé l’agriculture : à la place du seigle et de l’avoine, on cultive le froment, on a créé des prairies artificielles ; on cultive des plantes sarclées et des vignes. Les résultats obtenus se traduisent par une plus-value considérable pour les terres. Là où en 1830 on obtenait un revenu de 8 à 10 fr. par hectare, on trouve à affermer aujourd'hui à raison de 50 à 100 fr. par hectare. Quant à la mortalité, elle a diminué dans une grande proportion. Les cas de fièvre sont aujourd’hui peu nombreux et sans gravité.
3° Travaux d’assainissement et d’irrigation de la plaine du Forez. — La plaine du Forez, bordée par les montagnes du Beaujolais, la chaîne du Forez, les plateaux de Neulize et de Saint-Étienne, a une longueur de 40 kilomètres, une largeur de 20 kilomètres et une superficie de 62,000 hectares. Elle est traversée par la Loire qui la divise en deux parties inégales. La pente générale de la [daine, du sud au nord, est d’environ 1 m ,23 par kilomètre; des bords du fleuve, le terrain s’élève jusqu’au pied des massifs montagneux à raison de 4 à 6 mètres par kilomètre. Cette plaine a été de tout temps insalubre et peu fertile, cela tient à la faible pente du sol, au mauvais état des cours d’eau qui sont encombrés par les terres et les graviers descendus des montagnes, enfin à la nature du sous-sol argilo-siliceux qui est imperméable.
L’état fâcheux de cette contrée était encore aggravé par le genre de culture qu’y pratiquaient les habitants et par l’existence de nombreux étangs remplis d'eau pendant deux années pour l’élevage du poisson, puis mis à sec pendant les deux années suivantes pour la culture des céréales. Ces marais naturels ou artificiels causaient des fièvres intermittentes ou pernicieuses. Depuis l’année 1825, l’administration locale avait fait commencer des études d'assainissement, mais ce fut en 1837 seulement que l’avant-projet fut adopté par l’administration supérieure. Ce projet comprenait le dessèchement des étangs insalubres, le curage des cours d’eau, puis l’exécution d’un grand canal d’irrigation qui devait permettre la transformation d’une partie du sol assaini en prairies.
Si on jette les yeux sur une carte, on remarquera que la partie de la plaine du
LES CANAUX D’IRRIGATION
Forez située sur la rive gauche de la Loire est traversée par deux cours d’eau, la Mare et le Vizézy, auxquels correspondent deux bassins que l’on est en train d’assainir. Le premier, le bassin de la Mare, comprend une superficie de 13,312 hectares. Les quinze communes intéressées de ce bassin se sont formées en syndicat pour l’exécution des travaux et appellent à leur aide les propriétaires qui retirent un avantage immédiat des travaux d’assainissement. La dépense évaluée à 340,000 francs ne sera pas dépassée. Les propriétaires y contribuent pour 3/6, l’État pour 2/6 et le département pour 1/6. Les travaux sont à peu près terminés; on a curé les cours d’eau, ouvert des fossés d’assainissement et supprimé presque tous les étangs insalubres.
On peut déjà s’apercevoir des heureux résultats de ces travaux :
Les fièvres paludéennes sont devenues plus rares et moins dangereuses, et la production agricole s’est accrue dans une grande proportion. On estime à 23 0/0 ou à 4,300,000 francs la plus-value qui en résulte pour la propriété foncière dans le syndicat. Cette somme représente sept à huit fois la dépense occasionnée par les travaux d’assainissement.
Dans le second bassin (celui du Vizézy), le syndicat est formé de 10 communes : les dépenses sont évaluées à 273,000 francs pour l’assainissement de 8,212 hectares. En ce moment, la moitié des travaux est exécutée. Les résultats obtenus sont appréciables. Comme dans la plaine de la Mare , on constate une amélioration hygiénique qui ne sera complète qu’après la disparition de tous les étangs. Ces travaux d’assainissement sont complétés par la construction d’un canal d’irrigation qui distribue les eaux de la Loire jusque sur les points les plus élevés de la plaine, et dont nous donnerons la description plus loin.
On compte mettre ainsi en prairies 10,000 hectares. La plus-value moyenne des terres est de 3,000 francs par hectare. Avant l’irrigation, la valeur moyenne de l’hectare était de 1 ,200 francs.