TOME T. — NOUV. TECH
INTRODUCTION GÉNÉRALE
» rafales, construisant péniblement attaché aux chapiteaux de lotus des » maisons... le tisserand est plus malheureux qu’une femme, ses genoux sont à » la hauteur de son cœur... le fabricant d’armes peine extrêmement... le » teinturier, ses doigts sentent mauvais... le cordonnier- est très-malheureux, il » ronge le cuir pour se nourrir... (1) » Le tableau n’est pas flatteur, mais il émane d’un vieux scribe qui veut dégoûter son fils des travaux industriels et l’engager à suivre la carrière des lettres.
Les outils du charpentier et du menuisier sont en bronze, la scie, les ciseaux sont emmanchés dans des manches d’acacia ou de tamarix, ou assujettis par des lanières de cuir, la règle, l’équerre, le pot à colle, la boite à clous, la corne à huile, le maillet se rencontrent dans les hypogées de Thèbes (2). Sir Gardner Wilkinson y a trouvé un ciseau de bronze dont le tranchant est intact quoique la partie qui reçoit le choc du marteau ait été refoulée (3). On a quelque raison de penser que les matériaux de granit étaient coupés au moyen de scies en bronze et à l’aide d’émeri ou d’une autre matière dure, car on a rencontré des blocs sciés dont la surface est empreinte d'oxyde de cuivre et qui semblent révéler ce mode de travail (A).
Les rois de la xne dynastie s’empressèrent de rétablir l’exploitation des mines d’or de la Nubie fermées sous leurs prédécesseurs et de reconquérir les gisements du Sinaï dont les possesseurs s’étaient, sous les dynasties précédentes, soustraits à la domination égyptienne. Outre les filons d’Ouaddy-Magarah on commença alors à exploiter ceux situés sur les escarpements de Sarabit-el-Kadem (a) où l’on a trouvé de nombreux amas de scories, des stèles gravées et les débris du temple d'Hathor, la vénus égyptienne, « la dame du cuivre ».
Tous les métaux appartiennent à cette période, l’étain est demeuré rare car on l’employait en ornements ainsi qu’on l’a vu sur certaines momies (6). Quoique la plupart des instruments soient encore en bronze, on en trouve cependant en fer et il est curieux de voir les bouchers d’alors aiguiser les lames de leurs couteaux sur des fusils d’acier de même forme que ceux d’aujourd’hui et comme eux suspendus à la ceinture. Malgré tout ce 'développement de l’industrie et du commerce la monnaie n’était pas encore connue; on pense cependant qu’un poids déterminé de bronze, Vouten, sous la forme d’un fd replié sur lui-même et pesant 91 grammes, pouvait servir d’unité monétaire (7).
L’architecture et les travaux publics reçurent sous cette dynastie une impulsion considérable : Aménémhé III construisit alors le labyrinthe et le lac Mœris, (égypt. meri, lac). Ce dernier ouvrage montre combien le régime du Nil avait été étudié et avec quelle sûreté les ingénieurs du pays appliquaient les lois de l’hydraulique. Au centre de l’oasis nommée aujourd’hui le Fayoum (égypt. pi-om, la mer) on creusa une immense réservoir artificiel de dix kilomètres carrés destiné à recevoir le trop-plein des eaux du Nil lors de l’inondation. Si cette capacité devenait insuffisante, on ouvrait la communication avec un lac naturel le Birkct-Keroun placé à l’ouest du fayoum et dans lequel se déversait l’excès des eaux du lac artificiel. De cette façon on diminuait la pression sur les digues et on accumulait, pour les jours de sécheresse, une précieuse réserve d’eau qui permettait d’arroser une partie de la rive gauche du Nil quand le niveau du fleuve venait à baisser.
La navigation fluviale et maritime était très-active ; les flottes égyptiennes par-
(1) Maspéro. Du rjmre épistolaire , p. 50, 62. — (2) Gard. Wilkinson, loc. cil. vol. III, p. 171. — (3) Gard. Wilkinson, toc. cit. vol. III, p. 249. — (4) Gard. Wilkinson, loc. cit. vol. III, p. 251. — (5) Chabas, ant. hist. p. 368. — (6) British. mus., gai. of antiquit. case 102. — (7) Chabas, loc. cit. p. 24.
L'INDUSTRIE HISTORIQUE
couraient la Méditerranée, elles naviguaient aussi sur la mer Rouge : une inscription de la xiii° dynastie gravée sur les rochers d ' el-hammamat sur la route de Kosseïr parle d’un grand commerce de pierres précieuses avec l’Arabie méridionale où l’Égypte semble avoir exercé une influence incontestée. Il nous reste les mémoires d’un égyptien, Sineh, racontant ses voyages dans .le pays qui fut depuis l'Idumée. Il lui arrive des aventures qui rappellent celle de Moïse chez les Madianites, il parle d’égyptiens qu’il rencontre chez le prince de l’Idumée et déjà établis dans ce pays (I). L’Égypte avait donc rayonné autour d’elle sur les mers qui l’environnent; par l’isthme de Suez elle avait étendu son influence sur le continent Asiatique. On était loin de redouter sur les bords du Nil l’effroyable catastrophe qui allait, pour de longues années, arrêter l’essor de la prospérité de l’Égypte et suspendre sa vie nationale.
La Chaldée. — Les vingt-cinq siècles dont nous venons d’esquisser à grand traits l'histoire industrielle n'avaient pas été féconds seulement pour l’Afrique du Nord-Est. A une époque presque aussi reculée que la date des premières dynasties égyptiennes, la Chaldée nous offre le spectacle d’une civilisation avancée et l’érection de monuments immenses. La nature des matériaux empêcha seule les palais des bords de l’Euphrate de résister comme les temples de l’Égypte aux efforts du temps et de solliciter aujourd’hui comme eux notre admiration.
Les monuments en granit sont encore en partie debouts à Thèbes, mais les édifices de Babylone en briques séchées au soleil ne sont plus que des amas de décombres. On avait conservé le souvenir et on a retrouvé de nos jours les vestiges de la célébré tour de Babel, la tour des langues de Borsippa : Nabuchodonosor avait achevé cette « tour à sept étages, temple des sept planètes que le premier roi a bâtie sans pouvoir en terminer le faite ». C’était une pyramide carrée à gradins, exactement orientée et construite en briques reliées avec du bitume (2). Un des plus anciens rois de la Chaldée, Likbagas, avait bâti à Ouroukh un temple immense dont les ruines éparses accusent encore une hauteur de trente-cinq mètres (3). Un autre roi, Hammourabi avait creusé un canal qui faisait encore au v° siècle l'admiration d’Hérodote (4), le canal royal, la grande artère de l’irrigation dans la chaldée supérieure.
Les nécropoles de la vallée de l’Euphrate nous ont fourni de précieuses indications sur la vieille industrie chaldéenne : le bronze est la matière qui constitue la plus grande partie de l’outillage, l’or et le plomb sont connus et en même temps que les outils et les armes de pierre, le fer nous apparait sous forme d’objets de parure, indice de sa rareté et de son haut prix ; la poterie y est modelée tantôt à la main, tantôt à l'aide du tour.
La Chine. — Les traditions chinoises attribuent la fondation de l'Empire du milieu aux cent familles venues du Nord-Ouest. Elles apportèrent parmi les miao-tseu , tribus thibétaines déjà en possession d’une métallurgie assez avancée, le fonds de civilisation alors commun aux peuplades des hauts plateaux de l’Asie centrale.
Suivant les historiens chinois, c’est sous Tche-che-li le 22e roi du 7e Ki que les hommes cessèrent d’habiter les cavernes; Tchin-fang leur apprit à préparer les peaux et à s’en faire des vêtements (5) ; Se-hoang imagina le système compliqué de l’écriture chinoise ; avant lui on se servait, comme le faisaient les
(1) Goodwin, Frasers magaz. 1865. — (2) Oppert, Eludes assyriennes, p. 91-132. — (3) Rawlinson, The five great monarch. t. I. p. 156. — (4) Hérodote, 1. I, c. exem. — (5) le P. Premaré, Les temps ant. au Chou-King, panth. litt. p. 25.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
anciens Péruviens, de cordes garnies de nœuds (I); Kien-Yuen le 7e empereur du 9e Ki inventa les chars, la monnaie de cuivre et la balance; Fo-hi les armes de bois, Chin-moung les armes de pierre, Tchi-Yeou les armes de métal. On fait remonter à ce même Chin-moung l'invention de la charrue et celle de l’emploi du sel, (3218 ans avant J.-C.)
Le premier empereur historique est Hoang-ti (2698 avant J.-C.) il imagina de creuser des troncs d’arbres pour en faire des pirogues, il découvrit les lois de l’aiguille aimantée et fabriqua « un char marquant le Sud ». C’est à sa femme, l’impératrice Loui-tscu que revient l’honneur d’avoir inventé l’art d’élever les vers-à-soie. Tchouen-Hio (2313) organisa le régime des eaux, il plaça à la tête de cette administration un de ses premiers mandarins, un autre fut chargé d’organiser le service des mines (2). Yu fit faire la statistique des productions des provinces orientales (3). Entre autres choses nous y voyons que sous son règne (2200) la montagne de Ta'i pays de Tsing (district de Tsi-nan-fou) produisait du chanvre, de la soie écrue et de l’étain. L’empereur Chun recevait en 2233 des princes d’Orient trois pièces de soie en tribut : on voit par là à quelle antiquité remonte en Chine l’industrie des soieries. La civilisation, de ce côté, ne le cédait donc guère à celle de l’Égypte et de la Chaldée.
Les Aryas. — En descendant les pentes du Pamir, les Aryas, les Japhétites, les Indo-Européens prirent à différentes époques des directions variées. Les tribus desquelles devaient sortir un jour les peuples celtiques et germaniques ainsi que les populations gréco-romaines prirent à l’Ouest et plusieurs d’entre elles passèrent en s’en imprégnant au travers des civilisations du Caucase. Les tribus qui devaient envahir l’Inde se dirigèrent vers le Sud et se heurtèrent bientôt aux Kouscliites établis dans les vallées de l’Indus et du Gange où ils étaient, depuis bien des siècles, en possession d’une industrie florissante et d’un grand commerce maritime. Ils occupaient alors, par eux-mêmes ou par les peuplades qui leur étaient apparentées, les rivages du golfe Persique et ceux de la mer de l’Inde jusqu’au détroit de Bab-el-Mandeb , Kuscha-stalah, la cité de Canoge, (4) et Taxacila sur le haut Indus étaient leurs villes principales.
On a conservé le souvenir d’une population qui, avant l’invasion Kouschite, avait occupé l’Hindoustan et le Dekhan jusqu’au cap Comorin et à Ceylan. C’était la population Dravidienne, représentée aujourd'hui par les Malabars, les Tamouls les Tclingas, les Karnates des côtes du Dekhan méridional et les Singkalais de Ceylan. L’examen philologique des mots communs à ces différents dialectes a permis à M. Caldwell de nous donner le tableau de ce qu’était la civilisation dravidienne primitive antérieurement à toute influence étrangère, à une époque dont on ne saurait exactement préciser la date. Ils avaient alors des « demeures fortifiées », connaissaient la « culture de la terre », la « filature et le tissage du coton ». Ils travaillaient le « fer », le « cuivre », le « plomb », 1 « l’or » et « l’argent ». Ils n’avaient pas de villes proprement dites, mais seulement des « hameaux ». Ils pouvaient naviguer en « canots » jusqu’à Ceylan. < Ils savaient compter jusqu’à « cent » et avaient en astronomie quelques connaissances élémentaires (5).
Les Aryas envahirent comme un torrent ce pays si riche et si populeux où, comme nous l’avons dit, dominaient les Kouscliites. Rien ne peut peindre le mépris avec lequel ce peuple pasteur, de race blanche, au culte éminemment
(1) le P. Premaré, Les temps ant. au Chou-King, panth. litt. p. 27. — (2) Pauthier, La Chine, p. 30. — (3) Chou-King, ch. III. p. 61. — (4) d'Eckstein. Joum. asiat, 1860, p. 233. — (5) Caldwell, A comparât, gram. of the dravidian. lang. p. 77-79.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
spiritualiste parle de ces Kouschites à la peau brune, à la religion pleine de cérémonies repoussantes.
Les Aryas n’étaient pas eux-mêmes dépouillés de toute civilisation industrielle, M. Pictet, en recueillant les mots restés communs à toutes les branches de la famille Indo-Européenne après leur dispersion, a montré quelle était leur culture à l’époque où ils étaient encore réunis dans leur séjour primitif.
Us connaissaient le « travail du bois », celui des « métaux »; le « forgeron »
avait un « marteau », des « tenailles », une « enclume de pierre », un
« soufflet »; il fabriquait des « couteaux », des « haches », des « houes », des « socs », des « armes » de guerre. Ils avaient appris la « filature » et le « tissage » de la « laine » et du « chanvre » et savaient « coudre » à l’aiguille. Ils vivaient dans des « maisons » renfermant des « meubles », ils avaient des « villes murées », des « routes carrossables », des « vêtements », des « chaussures », du « vin », de la « bière »; des « bateaux » à « rames », un « commerce » « d’échange ». Leur « année » était de 360 jours. (I).
Cette civilisation se trouvait néammoins inférieure à celle des Kouschites, des Dasyous aux villes de fer (2) dont les « marchands se rendaient vers la mer » (3). A une date un peu plus récente le Mahdbhârata, la grande épopée de l’Inde brahmanique nous montre la civilisation indienne portée à un point remarquable: on y voit les mineurs (4), les affineurs d’or (5), les machines de guerre, le commerce des soieries (6), les boutiques des marchands (7), les corporations d’arts et métiers (8), l'établissement des droits de douane sur les marchandises étrangères (9), l’irrigation et l’aménagement des eaux (10).
Les rois des Tcholas et des Pandyas apportaient en tributs, dans l’ancienne capitale du royaume d ’Oude, des perles et de l’étain (11). On voit par là quelle est l’antiquité des pêcheries de Lanka, aujoud’hui Ceylan. Quant à l’étain, il pouvait venir de cette même île puisqu’elle en contient des gisements, mais il pouvait aussi, et cela nous semble plus probable, être apporté par mer des mines de la Malaisie.
Les peuples du Nord Est; les Khasas, les Paradas, les Tanganas, etc., apportaient « à mesurer au boisseau » l’or des fourmis pipililta (12). On a fait beaucoup de commentaires sur ce passage : si l’on s’en rapporte au témoignage d’Hérodote (13), il s’agirait simplement de fourmis qui, amoncelant le sable, rendaient visibles les paillettes des alluvions aurifères. On en a donné aussi d’autres explications (14), mais en voici june que nous croyons nouvelle : Pline rapporte qu’on voyait dans le temple d’Hercule à Erytkréeles cornes de la fourmi indienne qui tire l’or dans le pays des indiens septentrionaux appelés Dardes (la) (le pays de darada, sansc. dara caverne), peut-être y a-t-il là une confusion sur quelques-uns des noms qui désignent la fourmi car nous savons que sur l’Aua on exploite encore aujourd’hui des laveries d’or avec les cornes poilues du Tsaim, sorte d’antilope Nilgau, les paillettes s’attachent facilement à la surface velue de ces cornes qui se vendent ainsi chargées d’or (16).
(1) Pictet, les origines Indo-Européennes, vol. II, p. 741-750. — (2) Rig-Véda. S. 2, hymn. xn. çl. 8. — (3) Rig-Véda, S. 1, hymn. v. çl. 2. — (4) Mahdbhârata. Adiparva T. 2, p. 18. — (5) Mahdbhârata. Adi parva, t. V, p. 486. — (6) Mahdbhârata. Adi parav t. II, p. 190. — Ramayana, Ayodhyakanda. 1. xxxvii, çl. 9-10. — (7) Mahdb. Adiparva. t. II, p. 214, 259. — (8) Mahdb. Sabha parva, vol. II, p. 336. — Ramayan. 1. xc, cl, 11-28. — (9) Mahdb. Sabha parva, vol. II, p. 339. — (10) Mahdb. Sabha parva, t. II, p. 325. — (11) Mahdb. Sabha parva, t. II, p. 516. — (12) Mahdb. Sabha parva, vol. II, p. 513. — (13) Herod. 1. in, c. 104. 105. — (14) Heeren. de la politique et du com. des peuples de l'antiq. t. I, p. 368-371. — (15) Pline. 1. xi, xxxvr. — (16) J. Prinseps. Asiatic. res. vol. 18, p. 281.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Mais l'activité industrielle était un legs des vaincus, les castes supérieures ne se donnèrent point au travail : on le voit par le mépris dont l’esprit brahmanique affecte de frapper le labeur des artisans sous toutes ses formes; le Kouschite, l’esclave, le coudra, l’ouvrier, est voué à l’abjection (1).
Pendant que les Aryas de l’Inde s’établissaient pour toujours au Sud, les Iraniens prenaient quelque temps après possession du pays auquel on a donné plus tard le nom de Perse. Leur civilisation cotoie naturellement celle des Aryas de l’Inde; mais ce sont des frères ennemis et les dieux des uns sont les génies malfaisants des autres.
Leur cosmogonie donne une explication de la découverte du fer qui peut être rapprochée de la mention rapportée plus haut du « fer de la terre » des traditions égyptiennes. Mcschia et Mcschizné ayant creusé le sol y trouvèrent un bloc de fer et, le frappant avec une pierre, lui donnèrent la forme d’une hache (2). C’est ainsi que les Indiens de l’Amérique du Nord surent se faire des outils avec les lingots naturels de cuivre natif qu’ils rencontrèrent sur la rive du lac Supérieur. Les Esquimaux utilisent aussi de cette manière le fer météorique, on peut sans doute en conclure que l’emploi des blocs de fer ayant une origine sidérale a précédé la découverte des secrets de la métallurgie proprement dite.
h’ Avesta nous montre que les métaux tenaient une certaine place dans les traditions Iraniennes, ainsi Khshathra-vairya (la royauté adorable), un des Amesha-Çpenta est chargé de veiller sur les métaux (3). Le fer est mentionné dans le Vendidat (4), l’étàin, aonya, s’y trouve aussi indiqué, mais les commentateurs ne sont pas d’accord à ce sujet (5).
Nous avons parlé plus haut de Zohak, l’homme aux serpents, il nous suffira d’ajouter ici, d’après la légende rapportée par Firdousi, que le forgeron Cavéh dont le nom seul, par ses éléments philologiques, rappelle le mythe Cabiriquc, prit l’initiative d’une insurrection ayant pour but de délivrer les Iraniens de la tyrannie Kouschite. En souvenir de ce fait, les Perses eurent longtemps pour étendard le tablier de cuir d’un forgeron.
Les Pasteurs. — Après avoir jeté un coup d’œil sur les civilisations asiatiques dans leurs plus antiques manifestations, revenons sur les bord du Nil où de grands événements viennent de s’accomplir.
Nous avons vu que les Kouschites occupaient les rivages Sud-Ouest du golfe Persique, les côtes de la Gedrosic et de la Carmanie. Sous le nom d ’Adites (6) ils dominaient dans le Yemen et au Nord-Est du golfe, mêlés aux hommes de Pount , à ceux qui furent plus tard les chananèens. Par leur activité commerciale, par leur culture industrielle, par leur hardiesse maritime, ceux-ci avaient amené les étrangers, et principalement les Égyptiens, à donner aux côtes de l’Arabie de l’Est et du Sud le nom de pays de Pount, origine des mots pœni, ooîvixot et phéniciens.
Sous l’influence d’une cause peu connue, que ce soit une invasion touranienne ou l’irruption des Aryas vers le haut Indus ou dans la Babylonie, une masse considérable de ces habitants des rivages du golfe Persique se lança tout à coup à travers l’Arabie, occupa la Palestine et inonda l'Égypte comme vingt-cinq siècles plus tard les hordes germaniques devaient se répandre dans les riches
(1) Manou, 1. i, 92, 1. ti, 31, 1. vi, 138, 1. x, 51, 52, etc. — (2) Anquetil. Boundehesch, vol. III, p. 379. — (3) Darmesteter, Hauravatat et Ameratdt, 1375, introduction. — (4) Spiegel, I. Avesta, farqard v, 144, p. 101. — (5) Spiegel, I. Avesta, fargard vin, p. 155. — De Rougemont, Cdge de bronze, p. 63. — (6) Caussin de Perceval. hist. des arab. avant l'islam, p. 13.
L'INDUSTRIE HISTORIQUE. 23
plaines de l’Italie. Ces pasteurs nu Hyksus (ÉgypLien : Ilak chef de tribu, et Schasou, bédouins momades) ravagèrent l'Égypte, détruisirent ses monuments et s’y maintinrent en vainqueurs pendant quatre ou cinq cents ans. Les conquérants se laissèrent néanmoins subjuguer par la civilisation supérieure des vaincus et leurs chefs devinrent de véi’itables Pharaons jusqu’en 1700 avant J.-C., époque à laquelle ils furent expulsés par Ahmès. C’est pendant cette période que Joseph et les hébreux vinrent habiter l’Égypte, à peu près au temps où les chananéens maritimes s’établirent sur la côte de la Méditerranée et les Khètas ou Hethèens dans la vallée de VOronte.
L’expulsion des Pasteurs fut le signal de la repi'ise de l’ancienne civilisation Égyptienne. Nous avons vu exposés à Pai'is en 1867 les admirables bijoux trouvés sur la momie de la reine Aalt-Hotep mère d 'Ahmès, bijoux qui ont 3500 ans d’existence : Un miroir de métal à manche d’ébène incrusté d’or, un poignard de bronze dont la lame est entourée d’or et le pommeau foi'mé par la réunion de quatre têtes de femme, un pectoral en forme de chapelle décoré au moyen de pieri-es serties par des cloisons d’or, de nombreux et admirables colliers, un scax-abée d’or dont les élytres sont imitées à l’aide d’un cloisonné bleu et or, etc. Il serait trop long de décrire ces merveilles qui nous donnent la plus haute idée de l’habileté des vieux bijoutiers de Thèbes.
Non-seulement l’Égypte est rentrée en possession d’elle-même et de sa civilisation industrielle, mais elle veut rayonner autour d’elle et pi'évenir par des conquêtes lointaines une nouvelle invasion de barbares. Le temps des grandes expéditions est arrivé et les règnes des Thoulhmes, des Rhamsès, des Seti nous montrent, en même temps que l’apogée de la gloire militaire égyp^enne, la (in de son isolement et, il faut le dire aussi, l’approche de sa décadence.
Ces rois ont laissé à notre admiration de nombreux monuments, pi'incipalement sur le haut Nil, Karnak, Deir-cl-Bahari, Abydos, Kournah, Ibsamboul, etc., témoignent de l’habileté des architectes et des sculpteurs égyptiens. La statue colossale d’un des pharaons de cette époque, Amenhotep III, est devenue légendaire sous le nom de statue de Memnon. Un tremblement de terre qui eut lieu aux environs du commencement de notre ère en fit tomber la partie supérieure et, depuis lors, cette statue rendit des sons mystérieux dès qu’elle était frappée par les rayons du soleil. Les nuits sont fraîches en Égypte et il est pi’obable que ce crépitement provenait de l’inégale dilatation des différentes parties du granit au moment où la chaleur du soleil élevait rapidement la température de sa partie extérieure. Ce phénomène cessa d’avoir lieu quand Septime Sévère eut fait réparer le colosse.
Empressé d’étendre la domination Égytienne et d’accroître ses ressources, Thouthmes III conquit le Yémen , entrepôt du commerce de YInde et en rapporta des bois de luxe, des aromates, des épices, des pierreries et même des arbi’es à parfum soigneusement emballés dans des paniers et destinés à être replantés à Thèbes (f). 11 en ramena aussi de nombreuses cohortes d’ouvriers, principalement des tisseurs et des cultivateurs (2).
Les peintures des hypogées de Kournah, qui remontent à la même époque, nous montrent une opération métallurgique qui paraît être la réduction d’un minerai de fer : deux outres, faisant l’offxce de soufflets doubles, alternativement soulevées par la main puis comprimées par le pied d’un ouvrier, lancent de l’air à l’aide de tuyaux de bois autour d’une masse de charbon embrasé dont le centre peint en bleu semble accuser la présence du fer; un creuset et un tas de charbon sont figurés à côté (3). Ces peintures nous font voir aussi la fabrication
(1) De Rougé, mél. d'archéol. égypt., t. I, p. 49. — (2) Chabas, antiq., hist. p. 171. (3) Cailliaud. des arts et met. chez les égypt. pl. VI, A.
2* INTRODUCTION GÉNÉRALE
de cordes au moyen de lanières de cuir tordues (I). On a trouvé dans les mêmes tombeaux un instrument à repasser le linge, en bois de tamarix, des navettes en bois et en bronze (2), des boules de verre (3), de petites fioles en porcelaine portant des caractères chinois qu’on a pu déchiffrer (4). La porcelaine de ces petites fioles, qui paraissent avoir contenu un collyre, est d’une qualité très-inférieure : c’est un article d’exportation courante et il est intéressant de voir à cette époque le commerce de la Chine envoyer ses produits à une pareille distance.
Une curieuse inscription de Karnak rend compte de la manière bizarre dont est terminée la pointe de l’obélisque de Paris : on y plaçait un pyramidion fondu avec l’or pris sur l’ennemi. Du reste Abdallalif constate que, de son temps (fin du xii° siècle) certains obélisques, par exemple ceux d ’Heliopolis portaient encore des pyramidions non pas d’or, il est vrai, mais de bronze (5). La même inscription nous apprend que sept mois avaient suffi pour extraire de la carrière, transporter et mettre en place un obélisque qui devait peser plus de 380 tonnes. Au prix de quelles souffrances ont été bâtis ces admirables palais et dressés ces gigantesques monolithes?
Un passage d’un papyrus du British muséum, œuvre d ’Ameneman, chef des scribes de Rhamsès II, nous montre du reste combien l’arbitraire et la violence pesaient sur le peuple : « Le collecteur, dit-il, arrive avec des nègres armés de branches de palmier : donne-nous de ton blé ! et il n’y a pas moyen de repousser leurs demandes, le malheureux est saisi, lié, envoyé de force travailler aux corvées des canaux ». On tenait cependant aux ouvriers et on ne leur permettait guère de quitter le royaume; dans le traité des Khètas avec Rhamses II, il est dit que tout ouvrier qui se transporterait d’un territoire à un autre pour y fixer sa demeure serait renvoyé chez son peuple, mais sans que son expatriation puisse lui être imputée à crime.
Les pharaons ne négligeaient pas les voies de communications : routes de caravanes à travers le désert, canaux dans le Delta, digues et travaux divers le long du Nil. Nous trouvons dans la XIXe dynastie la mention inattendue du creusement d’un puits artésien pour faciliter l'exploitation des mines d’or du sud de l’Égypte. Les bas-reliefs de Karnak nous font voir Heliopolis sur le bord d’un canal communiquant avec le lac Timsah, cette voie d’eau, ainsi que le conjecture M. Brugscli, ne saurait être autre chose que le canal du Nil à la mer Rouge dont parlent les auteurs classiques en en rapportant la construction à Sèsostris.
La domination Égyptienne s’étendait à cette époque sur le haut Nil, l’Abyssinie, le Soudan et la Lybie méridionale jusqu'à Cherchcll. Cependant les conquêtes africaines ne suffisaient pas à T Routines 111, en quelques années il s’empara de la Syrie, des plaines de l’Euphrate et des montagnes de l’Arménie, tandis que ses flottes, s’élançant dans la Méditerranée comme elles l’avaient fait dans la mer Rouge, lui donnaient Chypre, la Crête, les côtes de la Grèce et celles de l’Asie-Mineure ; peut-être même, franchissant le Hosphore, allaient-elles jusqu'à la Colchide où Hérodote place une colonie Égyptienne.
Nous avons vu plus haut dans quel état se trouvait l’industrie Chaldéenne aux temps de l’ancien Empire Égyptien, les trophées des victoires de Thoutmès III, nous révèlent dans les productions du travail des Rahvloniens, un progrès évident. Les métaux ouvrés, les chariots incrustés d'or, les harnachements d’airain.
(1) Cailliaud. des arts et mit. chez les égypt. pl. 18, A. — (2) Wilkiuson, man. and cust. of anc. égypt. vol. III, p. 140. — (3) Wilkinson, man. and.cust. of anc. égypt. vol. III, p. 90. — (4) Wilkinson, man. ami. cust. of une. égypt. vol. III, p. 408. — (3) Alxlallatif chap. iv, p. 181.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
rapportés de Babylone à Thèbes ne sauraient provenir d’un peuple barbare.
Après le règne de R/iamsès II, Meriamoun • commence la décadence de l’Égypte. Les deux ou trois siècles qui suivent sa mort sont marqués par le mouvement considérable qui s’opère parmi les peuples' du littoral de la Méditerranée.
Les Israélites quittent l’Égypte pour aller s’établir en Palestine. Les Philistins abandonnent la Crête pour se fixer sur les côtes du pays de Clianaan, les Sidoniens fondent leurs premières colonies sédentaires, Cadmus bâtit Thèbes de Béotie. Les Pelasges lancent leurs premiers vaisseaux sur la mer Egée, les Tyrrhéniens passent de l’Asie-Mineure en Italie, s’allient aux Sardones, aux Sicules et sc sentent de force à attaquer l’Égypte elle-même. Le premier empire Assyrien se fonde et peu de temps après Tyr succède à Sidon détruite par les Philistins, tandis que les Grecs s’emparent de Troie. Ces divers événements, accomplis dans un espace de temps relativement court, eurent sur l’industrie et sur le commerce une influence qu’on ne saurait nier et dont nous allons dire quelques mots.
Les Israélites. — Tout le monde sait dans quelles conditions les Hébreux furent amenés à quitter l’Égypte. Entrés dans ce pays peu de temps après les pasteurs qui voyaient des étrangers parlant une langue voisine de la leur d’un œil plus favorable que les Égyptiens, ils furent, après la victoire d ’Ahmès, en but à la haine et aux persécutions des « Pharaons qui n’avaient pas connu Joseph (I). »
Un des premiers soins de Mdise, après avoir quitté l’Égypte, fut de s’emparer du Sinaï dont les riches produits devaient lui être d’un grand secours. Les traditions rapportées au chapitre XIX de l’Exode montrent de quelle importance était pour les Israélites la possession de ces mines et de ces usines métallurgiques. Quand il fut question de construire le tabernacle, deux hébreux, Betlisaléée (2) et Aholiab (3) furent choisis pour en diriger les travaux. Les ouvriers ne devaient pas manquer, car l’esclavage auquel les Israélites avaient été réduits en Egypte leur avait sans doute rendu familier le maniement des outils et, d’ailleurs, nombre d’Egyptiens et d’étrangers qui les avaient accompagnés étaient là pour les aider, tandis que les fondeurs d ’ Ouaddy-Magarah et de Sarabit-el-Kadem leur fournissaient les matières premières et les assistaient dans leurs travaux. Le bois de Schittim doré (4) (singulier Schittah espèce de cèdre), les peaux de mouton teintes en rouge et en noir, les Keroubim d’or (singulier 3113 Kerub), sorte de taureaux ailés à face humaine, le chandelier d’or à sept branches repoussées au marteau (3), les voiles de «fin lin » semés de Keroubim, les lacets et les crochets d’or, les tissus de poils de chèvre, les tapisseries brodées, la tunique du grand prêtre, les trompettes d’argent battues au marteau (6), les pierres dures sur lesquelles étaient gravées les noms des douze tribus d’Israël, le pectoral, l'Ephod (iYIDN), l’arche drôn barque sacrée faite sur le modèle d’un des objets du culte égyptien (7), tout indique ici une industrie remarquable et des ouvriers habiles appartenant à un grand nombre de professions (8).
Cette industrie, toute pénétrée d’éléments égyptiens, devaient s’éteindre peu
(1) Ex. 1, 8. 3. — (2) Ex. xxxi, 2. — (3) Ex. xxxi, 6. — (4) Ex. xxv, 5. — (5) Repré* senté sur l’Arc-de-Triomphe de Titus, à Rome. — (6) Nomb. x, 3. — (7) Le couvercle de l’arche Kapporeth a été traduit à tort par les Septante tXaaT7)ptov, en latin propitiatorium, le mot vient simplement de la racine 1EO couvrir. — (8) Munk. Palestine, p. 387.
26 INTRODUCTION GENERALE
à peu à mesure que s’éloignaient les souvenirs de l’Égypte et que s’éteignait la génération qui y avait habité. Les hébreux ne furent jamais un peuple adonné aux arts, aussi, quand David, et Salomon, parvenus à l’apogée de leur puissance, voulurent construire un temple pour Jéhovah et pour eux-mêmes des demeures royales, furent-ils obligés d’avoir recours à l'habileté de leurs voisins de Phénicie. Le célèbre Hiram, le chef des ouvriers qui fabriquèrent les objets de métal destinés à l’ameublement et à l’outillage du temple de Jérusalem, était un ouvrier en cuivre, tyrien d’origine. La Palestine est du reste fort pauvre en productions minérales : Moïse avait bien annoncé que ses pierres étaient du fer et ses montagnes de l’airain (1), mais la réalité ne répondit pas à l’espoir. On parlait aussi des mines de cuivre qui se trouvaient sur le territoire A'Aser entre Sidon et le Carmel (2), mais elles ne paraissent pas avoir été exploitées et, sous ce rapport, les Israélites étaient tributaires des nations voisines, principalement des phéniciens comme nous venons de le voir.
Les métaux et beaucoup d’autres produits leur venaient aussi de l’Orient par l’intermédiaire des marchands Madianites qui faisaient le service des caravanes du golfe Persique en Égypte depuis un temps immémorial. Ces Madianites paraissent avoir été, sinon de grands industriels, au moins de grands commerçants; c’est parmi eux que Moïse s’était réfugié. Il parait y avoir beaucoup appris et on le voit, au désert, prendre conseil de son beau-père Jèthro le madianite pour organiser son peuple et distribuer les commandements (3). Un butin immense fut le résultat de la défaite que leur infligea Phinè'es fils d ’Eléazar (i) ; un grand nombre d’ornements tombèrent entre les mains des vainqueurs et, dans l’énumération des trophées, tous les métaux sans exception sont mentionnés. Lors de la bataille qui leur fut livrée un peu plus tard par Gèdcon (5), ils laissèrent entre les mains des Hébreux des bagues d’or, des boites à parfum, des habits écarlates, les colliers d’or de leurs chameaux, et cette énumération suffit pour montrer quelle était leur opulence au temps des Juges.
On peut se demander d'où venait l’étain pris sur ces caravanes : à en juger par la direction de leurs voyages, on doit croire qu'il provenait du pays de Bdmian et qu’il était destiné à approvisionner l’Égypte et la Phénicie. Il est peu probable, en effet, que ce métal ait été dirigé dans un sens opposé, car les phéniciens n’avaient alors A leur disposition que l’étain du Caucase, lequel ne pouvait prendre ce détour pour aller dans l’Orient ; l'étain d 'Espagne n’était pas encore à leur disposition, ce pays ne fut découvert que plus de deux siècles après l'époque dont nous parlons. Si cette conjecture est vraie, l’emploi du mot b’"? bedil qui désigne ce métal dans les nombres (6) et qui est généralement admis comme un dérivé du celtique feodar, peatar (7), ffeudur (cf. sanc. <TTCT( pâtira, étain), indique un remaniement du texte biblique bien postérieur à l’époque de Moïse. C'est, du reste, l’avis des plus savants hébraïsants que la coordination la plus ancienne du Penlateuque ne saurait être reportée plus loin que l'époque d ’Esdras. Pour n’effaroucher personne, nous nous référerons à cet égard . A l’opinion de saint Gèrômc (8) et à celle du célèbre théologien Reusch (9), admettent : le premier que Moïse n’est peut-être pas l’auteur du Pcntateuque, le
(1) Dent, vin, 9. — (2) Deut. xxxui, 25. — Munk Pa/est. p. 17. — (3) Ex. xvm, 19.
— (4) Nomb. xxxi, 6. — (5) Appelé aussi bi'3'P Jeroubdal , celui qui respecte Bâal,
un nom singulièrement choisi pour celui qui doit exécuter les ordres de Jéhovah! — .luges vi, 32. — (6) Nomb, xxi, 22. — (7) I’ictet les origines indo-europ. vol. 1, p. ISO.
— Lenormand les prem. civil, t. I, p. 148. — (8) Ilieron. op. t. IV, 1706. col. 134. Adversus Helvidium. — (9) Reusch, la Bible et la nature, trad. Hartel, p. 540. — Voyez aussi à ce sujet saint Augustin, de civitate Dei, lib. xv, c. 27.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
second que le texte primitif de la Bible ne nous est sans doute pas parvenu sans altérations.
Les Israélites étaient si peu habiles dans les travaux manuels que, sous le régne de Saül, ils furent obligés d’avoir recours aux Philistins pour la réparation de leurs instruments d’agriculture (1). Le travail de la filature, du tissage leur ôtait bien connu : la Bible nous donne les noms de presque toutes les parties de l’outillage du fileur et du tisserand : la chaîne 'riBf chethi, la trame âereb (2), le fuseau pelek et la quenouille Htÿ'3 Kischor (3), l’ensouple n?CD massèketh (4), la navette J"]K érég (a), le foulage et le nettoyage ;'i l'aide du iri J nether (6) et du rP"l)2 bôrilh (7) c’est-à-dire du natron (carbonate de soude impur), produit naturel, et de la soude artificiellement fabriquée à l’aide de la lixiviation des cendres des certaines plantes côtières.
Le travail du cuir est indiqué (8) ainsi que les instruments et les opérations du potier : le tour 0\J3{< âbenaim, litt. les deux pierres (9), le foulage de la terre (10), le vernis d’oxyde de plomb (U), le verre rP3ï3î Zkoukith de Tpt Zakak être pur (12).
Bien que le travail des métaux ne fût pas bien avancé, les noms techniques ne manquent pas : le creuset Malsrèph (13), le battage au marteau HHpp
miqschah (14), le fourneau TI3 Kour (15), le soufflet npp Mapouha (10), l’enclume CVS pâaç et le marteau Cf'ÎOS pattisch (17); la coupellation est décrite par Jérémie (18).
Une acception particulière montre que le bronze servait encore à fabriquer certains objets qu’on fait depuis bien longtemps en fer : on trouve dans le livre des Juges (19) l’expression les bronzes pour désigner une chaîne dans le sens où nous disons aujourd'hui les fers.
L’événement commercial le plus important de l’histoire des rois d’Israël fut l’entreprise des voyages de l’Inde sous le règne de Salomon. Avec l’aide des Tyriens il fit construire à Aziongaber une flotte qui, montée par des matelots Phéniciens, allait, non loin des bouches de YIndus. dans le pays d ’Abhîra,
1 Ophir "PDlN biblique (20) chercher l’or, les épices, les aromates et les autres productions de l’Inde. Elle en rapportait aussi des marchandises rares ou curieuses comme l'ivoire, les singes, les paons, le bois de sandal, et il est à remarquer que ces derniers sont appelés dans le texte des Rois et des Chroniques de leurs noms Malabars ou Sanscrits appropriés à la prononciation hébraïque. Exemple : l’ivoire C'pnjpf schen-habim, en sanscrit JU ibha éléphant; les singes ï]ip qop, sc. Kapi; les paons "OFi thouki, malabar togheï, littéralement queue (21), le bois de Sandal □>pi3i?X algoumim , sc. valgouka de valgou beau et cette dernière assimilation permet de corriger la leçon almougim, fautive par métathèse, inscrite au livre des Rois (22).
Les Étrusques. — Tandis que les Hébreux quittaient l’Égypte, d’autres peuples l’attaquaient, c’était principalement les habitants de la Grèce, de l’Italie
(1) I Sam. xm, 19, 20, 21. — Josephe 1. vi, c. viii. — (2) Lev. xm, 48. — (3) Prov. xxxt, 19. — (4) Jug. xvi, 13. — (S) Job, vii, 6. — (6) Jerem. ii, 22. — (7) Job ix, 80. — (8) 11 Rois, i, 8. — Lev, xm, 48, 49. — (9) Jerem. xvm, 3. — (10) Nahum, ni, 14. — Isaïe xli, 23. — (11) Prov. xxvi, 23, — (12) Job, xxvm, 16. — (13) Prov. xvii, 3. — (14) Nornb. x, 2. — (15) Dent, iv, 20. — (IG) Jerem, vi, 29. — (17) Isaïe xli, 6. — (18) Jerem, vi, 29. — (19) Juges xvi, 21. — Munck, Palestine , t>. 391. — (20) I Rois, ix, 28. — (21) h. Chron. ix, 21. — (22) I Rois, x, n.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
méridionale et de la Sicile, sous la conduite des Tyrrhcniens qui venaient de passer d’Asie en Europe quelque temps auparavant.
Les monuments Égyptiens les désignent sous le nom de Tourschas de la mer (1) et il faut rapprocher de ce nom le Ef’Ç/'Vf) Tharsis de la bible appliqué d’abord à l'Italie, puis plus tard à l’Espagne et peut-être que le sanscrit A'hrisch être audacieux (cf. Ootptrj; hardi), fournit la raison de cette dénomination. Ces Tyrrhéniens, Tourschas, Etrusques, étaient en elTct de hardis pirates et en même temps de grands industriels : l’art étrusque a laissé des traces profondes et ses produits se sont répandus sur un vaste espace. Quand ils vinrent attaquer l’Égypte, ils avaient des armes de bronze et exploitaient déjà chez eux les métaux sur une large échelle. On a retrouvé (2) dans la Campiglia des monceaux immenses de scories qui révèlent l’importance de leur métallurgie et l’étendue de leur commerce. Us exploitaient des cuivres pyriteux unis à la blende, laquelle était peut-être utilisée aussi pour la fabrication du laiton. Dans ces dernières années mêmes, on a découvert de l’étain dans les gîtes métallifères de la Toscane’: s’il est prouvé que les anciens Etrusques en ont exploité les filons, ce fait aura une grande importance historique comme tout ce qui concerne le commerce et l’industrie de ce métal dans la haute antiquité. Ce sont ces Étrusques qui plus tard exploitèrent sur une si vaste échelle l’immense amas de fer de file d’Elbe. Ils furent les instructeurs industriels des Romains si grossiers et si peu civilisés quand ils luttaient contre les peuples italiotes. Les fouilles de leurs nécropoles qui nous ont mis en possession de nombreux échantillons de l’art étrusque révèlent une industrie aussi active qu’avancée.
Le Caucase. — A une époque extrêmement reculée, les massifs qui s’étagent vers le Sud-Ouest à partir des hauts sommets du Caucase étaient occupés sur une grande largeur par une population ou par une confédératiou de peuples auxquels correspondaient les différents noms de Caspiens, Tapires (3), Saspircs, Hesperites (4), etc., les ancêtres des Ibères ou Isbcres dont une des villes principales porte encore aujourd'hui le nom d’Isbir. Les noms de ces peuples s’expliquent facilement, leur radical commun est Kaçeph, blanc : ce sont les habitants des montagnes aux cimes neigeuses, du Caucase, et la dernière syllabe de ce nom, autrefois le mont Caspius, renferme ce radical dans ses éléments essentiels. Leur renommée s’étendait sur une vaste étendue, le Jaspe , le Kesbet, le Saphir ont partout répandu le nom du peuple qui extrayait ses gemmes de son sol ou qui, par le commerce, les procurait aux autres pays.
Il est probable que les habitants de la Colchide, les Moschicns, les Tibarèniens (Tubtaï et Muskaï des monuments Assyriens, Meschek et Toubal de la Bible (5)), les Mosynœques, les Chalybs n’étaient que des subdivisions des Caspiens, Fortement établis dans les massifs montagneux compris entre le haut Euphrate, le Pont-Euxin et le Caucase, ces différentes peuplades s’étaient de bonne heure assuré la possession des gîtes minéraux qui abondaient alors dans ces contrées et qui en font encore aujourd'hui la richesse (6). Le fer et principalement l’acier des Chalybs, les laveries d’or de la Colchide, l’argent des filons plombeux, l’étain des escarpements du Caucase proprement dit, leur avaient procuré des richesses et une puissance remarquables. La renommée de leurs mines avait attiré sur leurs côtes les Phéniciens d’abord, puis les Grecs comme nous le fait voir la légende des Argonautes. Us eurent ensuite à subir la domination des
(1) De Rougé, Mim. sur les attaques. Revue archéol., t. xvi, p. 39. — (2) Simonin. An. fies mines, 1858, p. 565. — (3) Strabon, I. xi, c. xi. — (4) Xénoph. Annb. v:i, ch. vui. — (5) Gén. x. 2. — (G) Kcr Porter, Truvets in Georgia, t. u, p. 696.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
rois de Ninive qui ne parvinrent à les soumettre qu’après de longues années de lutte. Téglatliphalassar et Assournasirpal eurent en particulier à guerroyer souvent avec eux et les monuments de l’Assyrie parlent sans cesse des tributs qu'on était obligé d’aller leur arracher les armes à la main.
Les Phéniciens. — Nous avons vu que les Phéniciens s’étaient établis sur la côte orientale de la Méditerranée, à peu près à l’époque où la domination des Pasteurs s’implantait en Égypte. Le peu d’étendue et le manque de fertilité de leur territoire les engagea naturellement à diriger leur activité vers les expéditions maritimes, dont ils avaient sans doute déjà fait l’apprentissage dans leurs stations primitives des îles Bahreïn sur les bords du golfe Persique. Pirates et commerçants à la fois, ils ne tardèrent pas à établir sans conteste leur prépondérance sur les îles et sur les rivages de la mer Egée : Cypre, Rhodes, Cythère, Siphnos, les côtes de la Thrace, Thasos et ses mines d’or furent particulièrement les points où lès marins de Sidon établirent leurs comptoirs et organisèrent leurs exploitations minières.
Avant eux la navigation se faisait le long des côtes; dénués de tout moyen de direction, les matelots n’osaient lancer leurs navires vers la haute mer; sous l’influence et par l’initiative des Phéniciens, les voyages maritimes prirent un développement considérable. L’inspection du ciel étoilé leur avait révélé les lois les plus saillantes de l’astronomie usuelle et ils avaient découvert l’existence d’une étoile à peu près stationnaire pouvant être pour eux un guide assuré. Il ne s’agit pas ici de l’étoile polaire actuelle, mais de l’antépenultième de la queue du Dragon qui, à cause du mouvement lent et peu sensible des constellations, occupait à l’époque dont nous parlons une position sensiblement fixe, non loin de l’axe du monde (1).
Les Sidoniens se firent les courtiers maritimes de l’Égypte, alliés et vassaux des Pharaons qui payaient d’une protection nécessaire et efficace leurs services commerciaux. Par une faveur qui semble, au moins pendant un certain temps, avoir été exclusive, ils avaient l’autorisation de résider en Égypte et d'y faire du négoce; ils occupaient à Memphis un quartier particulier nommé Anlih-ta dont ils firent une véritable ville à côté de la cité Égyptienne. Leurs caravanes allaient chercher au Sud-Est les produits de l’Inde, au Nord ceux du Caucase; mais l’établissement de l’Empire Assyrien leur ayant fermé cette dernière route, ils durent, vers la fin du xive siècle, lancer leurs navires à travers le Bosphore et affronter les tempêtes du Pont Euxin pour aller chercher l’or, l’argent, le plomb, l’étain de la Colchide et du Caucase, en même temps que le fer et l’acier des Chalybs et des Tibaréniens.
Sidon vit son influence diminuer à mesure que l’Égypte s’affaiblissait ellemême; en 1209, elle fut surprise et détruite par les Philistins et sa puissance passa à Tyr qui exerça dès lors une suprématie incontestée sur toutes les autres villes du littoral chananèen.
Adonnés comme les Sidoniens aussi bien à la piraterie qu’au commerce, les Pélasges avaient organisé, dès le xve siècle, une marine considérable dont les continuelles attaques forcèrent bientôt les Phéniciens à abandonner le commerce du Nord pour se diriger vers l'Ouest où un opulent avenir leur était réservé. Après avoir fondé Utique sur la côte septentrionale de l’Afrique, leurs vaisseaux découvrirent bientôt les côtes de l’Espagne où ils bâtirent Gadès aujourd’hui Cadix en H50. Le nom de Tharsis appliqué, comme nous l’avons vu plus haut, à l’Italie, le fut alors à ce nouveau monde et devint, pour les
(1) Acad, des insc. 1733, p. 452.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
auteurs classiques comme pour les prophètes d’Israël, l’équivalent de ce que représente aujourd'hui pour nous l'expression les Indes, désignation comprenant tant de pays différents.
Leur premier soin fut de s’assurer de l’exploitation des mines d’argent, et la quantité de métal qu'ils en retirèrent était si considérable, qu'ils purent, nonseulement en charger leurs embarcations, mais encore en fabriquer les ancres de leurs navires. L'argent n'était cependant pas la seule marchandise que les Tyricns rapportassent de cet Eldorado , le plomb et surtout l’étain leur procurait aussi d'énormes bénéfices (I).
Le mythe des voyages de Ulellcarth (litt. le roi de la ville), l’Hercule Tyrien , représente les étapes successives de la colonisation phénicienne. Parti de Tyr, il parcourt l’Afrique du Nord, pénètre dans Vlbérie oii il s’empare des bœufs de Géryon et, après avoir parcouru la Gaule et fondé A lès la, il s’en retourne par l’Italie, la Sardaigne et la Sicile.
Les Phéniciens ne se contentèrent pas en efFet de l’Espagne, ils passèrent le détroit de Gibraltar et, remontant le long des côtes occidentales de l’Espagne et de la Gaule, ils parvinrent dans les Sorlingues { Cassitcndes ) et dans les petites lies de la côte du Cornwall dont les habitants leur livraient l’étain en échange du cuivre que les îles Britanniques ne fournissaient pas encore.
Le prophète Ezéchiel nous a laissé un tableau intéressant et fort exact du commerce de Tyr : l'Égypte lui fournissait du lin pour les voiles de ses navires (2), l’Espagne ses métaux (3), les Tibaréniens et les Moschiens des esclaves et du cuivre (4), l’Arménie des chevaux et des mulets (2), les côtes du golfe Persiquc de l’ivoire et de l’ébène (3), la Syrie des pierres fines et des broderies de lin (o), les Israélites du blé et de l'huile (6), Damas du vin, les Arabes des laines, des aromates, des pierres précieuses, de l'or (7).
Mais ce n’était pas seulement par son commerce que la Phénicie s’était attiré dans l’antiquité une renommée universelle, elle avait une industrie immense qui portait surtout sur la fabrication du bronze et des objets faits avec cet alliage; ses filatures de lin et de laine et ses teintureries de pourpre avaient acquis une immense réputation. La pourpre elle-même était une invention phénicienne, et la tradition en faisait remonter l’origine au dieu Melkarth. Les murex, qui en fournissaient la matière première, vivaient dans les eaux mêmes de la Phénicie, mais on allait aussi en chercher au loin, sur les côtes du Péloponèse et jusqu’en Sicile. Les manipulations à l aide desquelles on arrivait à la teinture la plus estimée paraissent avoir été longues et difficiles.
Les verreries de Sidon et de Sarepta n’étaient pas moins célèbres que les teintureries de Tyr et leurs produits non moins appréciés. Ceux qui sont parvenus jusqu’à nous témoignent d'une fabrication extrêmement habile. Les verriers employaient le sable du Bclus, petit ruisseau des pentes de Carmel, et le natron qu'ils faisaient venir d'Égypte.
Les vases de terre cuite, les coupes de métaux précieux, les bijoux d’or, les ivoires sculptés s’exportaient au loin et étaient fort recherchés.
Les Phéniciens furent aussi les inventeurs de l’écriture alphabétique, le mot « alphabet » lui-même est purement phénicien; il résulte de la juxtaposition des noms des deux premières lettres *]7ÏC aleph ou eleph, taureau et JVl beilh, ou bclh, maison; en grec aÀpa, Br, va, en arabe uUt, alif, b ba, etc. Ils imaginèrent de choisir parmi les signes hiéroglyphiques égyptiens, vingLdcux carac-
(1) Ezéchiel, xxvn, 12. — (2) Ezéchiel, xxvn, 13. — (3) Ezéchlel, xxvit, 14. — (4) Ezéchiel, xxvn, 15. — (5) Ezéchiel, xxvn, 18. — (6) Ezéchiel, xxvn, 17. — (7) Ezéchiel. xxvn. 21-22.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
tèrcs auxquels ils donnèrent une valeur exclusivement phonétique. Cet alphabet, qu'ils ont eux-mêmes propagés partout, est celui qui, avec des modifications successives, est aujourd'hui le fonds des écritures de presque toutes les langues.
Les richesses des Phéniciens ne pouvaient pas manquer d’attirer sur eux l’attention et l’envie des conquérants Assyriens; plusieurs d’entre eux leur firent payer d’importants tributs et, en 574, Nabuchoîlonosor s’étant emparé de Tyr après un long siège la ruina de fond en comble.
Depuis lors, elle ne fit que végéter, mais, dès 872, une flotte remplie d’émigrants, partie de Tyr sous la conduite d ’Élissar, la Didon de Virgile, vint aborder sur la côte d’Afrique, près de la ville actuelle de Tunis et y fonda une cité à laquelle fut donné le nom de kiryath-hadcschath « la ville neuve », dont les latins ont fait Carlhago. Elle hérita du commerce et de l’industrie de la métropole quand celle-ci fut ruinée; son histoire, toute politique, est trop connue pour que nous en parlions ici,
Ninive et Babylone. — Un siècle environ avant la ruine de Sidon , Rhamsès III, occupé à se défendre lui-même en Égypte contre les attaques des ennemis extérieurs, avait laissé se fonder à Ninive un puissant empire. Néanmoins les Pharaons perçurent encore longtemps un tribut sur ces pays lointains et ce fut seulement lors de l’usurpation du grand-prétre d’Ammon, Her-Hor, qu’Assourdayan, roi d’Assyrie, secoua définitivement le joug de l’Égypte. On était alors à la fin du XIIe siècle avant J.-G. Les Phéniciens venaient de fonder Gadès, et Hèli était encore grand-prêtre et suffète d’Israël.
Nous ne pouvons raconter ici les conquêtes du premier et du second empire assyrien; signalons seulement les guerres de Teglathpkalassar ( Touklal-habal- Asar ) et d ' Assour-nasir-Habal (le dieu Assur protège son fils) contre les populations industrielles du Caucase. Le même roi guerroya contre les Héthêens ou khalti et les trophées qu’il rapporta de ses campagnes, métaux, bois précieux, fins tissus, montrent combien de richesses l’industrie et le commerce avaient amassées dans la vallée de YOronte.
Une curieuse inscription de Saryukin, le roi qui construisit le palais de Khorsabad dont les sculptures ornent aujourd’hui le musée du Louvre, nous donne d’intéressants détails sur la manière dont avait été édifié ce monument : « J’ai bâti dans la ville un palais couvert en peaux de cétacés, ses boiseries sont » en santal, en ébène, en cèdre... au-dessus est une charpente de cèdre, j’ai » revêtu ses poutres de bronze, j’y ai mis un escalier en spirale... j’ai sculpté avec » art les pierres de la montagne... j’ai enjolivé les linteaux et les montants des » portes, au-dessus j’ai placé des traverses de gypse... mon palais renferme des » métaux précieux, des couleurs, du fer, le produit des mines, des étoffes teintes » avec le safran, des draps bleus et pourpres, de l’ambre gris, des peaux de » cétacés, des perles, des bois de santal et d’ébène, etc... »
Il est intéressant d’énumérer ici les tributs que Sennacherib ( Sin-akkè-Irib , Sin , le dieu de la lune, a multiplié les frères), le successeur de Saryukin, rapporta de Jérusalem : « La crainte de Ma Majesté, raconte un prisme de terre » cuite conservé au musée Britannique, terrifia cet Hizkiah ( Ézèchias ) de Juda... » Il envoya vers moi à Ninive 30 talents d’or, 400 talents d’argent, des métaux, » des perles, des selles en peau, des trônes garnis de cuir, de l’ambre, des peaux » de veaux marins, des bois de santal et d’ébène... »
A l’imitation de Salomon, Sennacherib fit construire, par des charpentiers venus de Phénicie, une flotte considérable qui parcourut le golfe Persique et lui fut d’un puisssant secours dans une guerre qu’il entreprit contre les Susiens .
Les détails de la construction du palais d’ Assour-ban-Habal montrent combien
INTRODUCTION GENERALE
l’industrie assyrienne était alors florissante : la charpente du toit était en poutres de cèdre sculptées, des colonnes de cyprès cerclées d’argent et de fer les supportaient, les portes étaient en ébène et en cyprès incrustées de fer, d’argent et d’ivoire (1).
On voit que cette industrie ne le cédait pas à celle de l’Égypte elle-même; elle était aussi florissante à Babylone, la rivale séculaire de Ninive, qui hérita de sa puissance quand cette dernière fut détruite en 606.
Les édifices de la capitale Chaldéenne, qui ont fait l’admiration des auteurs classiques, étaient aussi nombreux que magnifiques. Comme nous l’avons déjà vu, le peu de solidité des matériaux, en provoquant leur rapide destruction, les a converti en amas informes où les fouilles pratiquées de nos jours ont seules pu retrouver les vestiges de cette vieille civilisation.
Le tumulus d’ Amran est tout ce qui nous reste des célèbres jardins suspendus construits par Nabuchodonosor ( Nabou-koudour-oussour , le dieu Nebo protège ma tiare). Ce n’était pas autre chose qu'une succession de terrasses étagées les unes au-dessus des autres et plantées d’arbres amenés à grands frais.
« Nabopolassar, mon père, dit Nabuchodonosor, dans la grande inscription » du musée de Londres, avait bâti un palais de briques... il avait plongé ses fon- » dations dans une eau profonde... je suis arrivé moi-même au niveau des eaux » et j’y ai mis les bases de mon palais... je l’ai construit en bitume et en briques » et j’ai employé pour sa charpente de grosses poutres, des bois de cèdre avec » des armatures en fer, des briques vernissées, j’y ai amassé des métaux, des » pierres précieuses, des trésors immenses... »
Il avait restauré Val-Saggatou « le temple qui dresse la tête, » vieille construction kouschite : « J’ai restauré la chambre de Mèrodach ; sa coupole a la » forme d’un lys, elle resplendit comme le jour... J’ai employé, pour les boiseries » de la chambre des oracles, les plus grands des arbres que j’ai fait transporter » des sommets du Liban, j’ai recouvert d’or pur ses poutres, j’ai fait incruster de » verre et de pierres précieuses la voûte du sanctuaire : elle représente le firma- » ment et ses étoiles... j’ai élevé le sommet de briques et je l’ai revêtu extérieu- » rement d’un chapiteau de cuivre. »
Nous avons parlé plus haut de la tour de Babel, val-zidda, la tour des sept planètes : les fouilles du général Rawlinson ont permis de constater que les couleurs des sept étages étaient celles des planètes : noir (Saturne), blanc (Vénus), pourpre (Jupiter), bleu (Mercure), vermillon (Mars), -argent (lune), or (soleil). C’est l’ordre renversé des jours de la semaine.
Un grand nombre d’autres monuments avaient été bâtis ou reconstruits par le même monarque : le temple de Bilit-zapanil (el Kolaiah), le temple de Sin, le temple du « juge du monde, » le temple de « l’âme vivante, » le temple de « l’adoration éternelle. »
Mais l’heure de la décadence avait sonné et, sous le règne de Nabonahid, son fils, Bel-sar-oussour (le dieu Bel protège le roi), gouverneur de Babylone, le Balthasar de la Bible, "lXNÇf1?? Bclsatsar du livre de Daniel, fut attaqué et tué par les soldats de Cyi’us au moment de la prise de Babylone.
Ninive et Babylone furent certainement des villes industrielles, mais bien des raisons nous font croire que, comme cela eut lieu plus tard à Rome, les esclaves amenés des pays environnants y constituaient la partie la plus nombreuse et la plus importante de la population des fabriques. Néanmoins, Babylone était
(1) Smith. Zeitschrift fiir Aigypl. Spr., 1868, p. 94, 95.
L’INDUSTRIE HISTORIQUE
célèbre par ses tissus de laine, de coton et de lin, par ses tapis, les manufactures de Borsippa n’étaient pas moins renommées, les étoffes brodées, l’orfèvrerie, les objets en métal repoussé, les pierres gravées, les tei'res cuites émaillées, tribut que l’Assyrie payait à l’Égypte dès la XV111* dynastie, s’exportaient jusqu’en Élrurie.
Babylone était surtout un grand centre commercial ; Gherra, fondée par les Chaldéens au nord-ouest du golfe Persique, non loin des îles Bahreïn, ancienne résidence des Phéniciens, constituait pour les Babyloniens un entrepôt immense où arrivaient les marchandises de l’Inde et les produits de l’Arabie méridionale dont on faisait, sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, une immense consommation.
Les Grecs. — C’est à peu près au temps de YExode, à l’époque où régnait en Égypte la XIX° dynastie, qu’on peut faire remonter le moment où les premiers habitants de la Grèce commencèrent à se lancer sur la mer et à inquiéter les comptoirs établis par les Phéniciens sur les îles de la mer Égée et sur les côtes de l’Asie. La légende des Argonautes allant chei’cher l’or de la Colchide montre que les Sidoniens avaient dû se retirer dès cette époque devant ces premières manifestations d’une marine qui n'était alors qu’à l’aurore de sa puissance. C’est seulement au moment de la guerre de Troie, qui est aussi l’époque de la ruine de Bidon et de la décadence de l’Égypte, que nous commençons à avoir des renseignements positifs sur la nature de l’industrie des Hellènes. Les fouilles de M. Schleimann ont fait voir que la ville qu’Homère a rendu si célèbre avait été bâtie sur l’emplacement des ruines d’une autre ville dont l’origine et l’existence nous sont également inconnues. Les vestiges qui en ont été retrouvés révèlent un ensemble de faits permettant de rapprocher son industrie de celle des cités lacustres de la Suisse : les outils sont en pierre ou en os, quoique le cuivre, l’or et l’argent soient aussi employés, les poteries sont faites à la main et le tour n’est pas encore connu.
L’Œuvre d'Homère nous retrace le tableau de la civilisation industrielle des Grecs au XII0 siècle avant J.-C. : les métaux sont tous employés, mais quoique le fer soit connu, c’est le bronze qui constitue presque exclusivement la matière première des outils et des armes. Cependant la trempe de l’airain semble ne pas avoir été fort efficace : le javelot de Paris s'émousse sur le bouclier de Ménélas, celui d’ Agamemnon, en partie composé de lames d’argent, fait plier comme du plomb la pointe de la lance d’airain d 'Iphidamas.
Le batteur d’or Laercêc a une enclume de bronze, un marteau et une tenaille de bronze ; c’est avec ce métal que se font les hameçons des lignes à pêcher. La fabrication du bouclier d'Achille nous fournit d’intéressants détails sur l’emploi de l'or, de l’argent, de l'airain et de l’étain. L’or et l’étain sont souvent juxtaposés et, chose remarquable, l’étain, avec les épithètes de « flexible » ou de « resplendissant » remplit souvent le rôle de l’argent au point de vue de la décoration. On s’en sert aussi’ pour faire des cnémides, pour orner des chars. Le fer paraît rare, il prend les qualifications de « poli », de « resplendissant », mais surtout de « difficile à travailler ». Achille propose en prix des haches de fer et un bloc de fer brut qui semble avoir été un aérolithe. L’acier et la manière de le durcir par la trempe devaient être assez universellement connus pour que le poète s’en servit dans une comparaison : « Quand le forgeron trempe dans l’eau froide une grande hache, elle fait entendre un bruit strident, c’est ce qui donne au fer sa force. »
Le travail du charron n'a guère changé depuis : les voitures ont des essieux de fer, les roues ont un moyeu, des rayons, une jante, le siège est suspendu au moyen de courroies. Un curieux passage nous montre que le prix du bronze