PATHOLOGIE DES I, C
et ce cas extrême achève la gamme : tout en bas, les images inconscientes, puis les images consécutives qu'il faut vouloir, qu’il faut provoquer et chercher, enfin les images obsédantes par leur multitude et leur persistance. Connaît-on, dans la rudimentaire pathologie des postimages, une deuxième façon pour elles d’être inconscientes ? Peuvent-elles, comme les hallucinations, se faire prendre pour des objets, et fournir le contenu de certains délires ?
Tout le monde admet que des hallucinations plus ou moins compliquées peuvent avoir pour matière, substratum, plan, noyau, germe objectif, l’image consécutive méconnue d’une lumière, d’une tache de couleur, d’une vitre, du réseau d’une tenture. Mais un autre délire et une autre inconscience rendraient tout aussi intéressantes les images consécutives pour le psychiatre. Peuvent-elles, images d'objets que le sujet ne cesse pas de reconnaître en elles, peuvent-elles être prises pour des doubles de ces objets, des eidola atomistiques, et, introduites dans un délire, être correctement perçues et mal interprétées ? Je ne connais rien de tel, et l’insignifiance actuelle de la pathologie des images consécutives n’encourage guère à voir en elles des germes, des mères ou, mieux encore, des objets d’hallucinations. Elles n’interviendraient au contraire dans leur histoire que très déguisées, à titre de cause occasionnelle, d’étincelle,.
L’être affublé du nom fâcheux d'image consécutive et qu’il serait au moins plus bref d'appeler métesthésie, exesthème, etc., est déjà une perception sans objet et, en un sens trop large mais admissible, des hallucinations la plus incontestable, Sous quelques-unes de ses formes les plus développées, elle va nous donner une petite féerie de lumière,
Prenons un objet très simple, une de ces ampoules électriques qu’on appelle « argenta », rondes, blanches, opalines, et, couché, avant le sommeil, avant l’état hypnagogique, regardons-là. Il n’est pas nécessaire de se livrer à une fixation laborieuse. Dans certaines rêveries, sans le vouloir et sans le savoir, on fixe longuement des objets quelconques et on en forme des images consécutives qu’on
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méconnaît ensuite. Il suffit ici de fixer à peu près et il n’est pas du tout nécessaire d’être attentif. Après dix ou quinze secondes, on éteint, et la petite féerie commence, telle qu’on ne se lasse pas de la regarder depuis Aristote #.
La petite sphère lumineuse de la lampe me donne d’abord un disque clair, de ton très mouvant, qui, peu à peu, en cinq à dix secondes, s’affirme comme jaune, Très vite, en cinq secondes environ, un beau vert succède au jaune, persiste, très pur, pendant vingt ou trente secondes, et fait lentement place, en trente secondes à peu près de métamorphose, à un disque rose, Progressivement, en quarante, soixante secondes, le rose devient un violet de plus en plus foncé. Du bleu nuit lui succède enfin, persiste quinze secondes environ, et tout est fini.
Cette évolution, jaune, vert, rose, violet, bleu, s'enrichit parfois de deux phases nouvelles, à ses deux extrémités. Quand l’objet est très lumineux, quand j'ai fixé un reflet de soleil sur une vitre, le jaune est précédé par une phase bleue, un bleu turquoise très différent du bleu saphir ou du bleu nuit de la phase finale. Le bleu nuit enfin, est très souvent suivi d’une ultime phase verte, un vert bouteille très foncé, obscur et froid, fort éloigné du vert pré lumineux et chaud des débuts.
Le passage d’un ton à l’autre est difficile à bien percevoir. Se fait-1l de la périphérie au centre ou du milieu aux bords, par plages, au hasard, par variation diffuse ? Tous les procédés sont bons; mais voici quelques commencements de précisions. Le disque vert est toujours et très rapidement entouré d’un liséré rose, étroit mais extrêmement net, et, bientôt, au centre, apparaît une tache violacée, Tache et liséré croissent et, après une confuse phase grise, le disque rose a pris la place du disque vert. Le disque rose est d'emblée entouré d’une ligne bleue, bien délimitée, et pendant que ce liséré s’élargit et s’obscurcit, le rose passe au violet de plus en plus foncé. Puis, au bord interne du liséré bleu, généralement en haut et à gauche, s’épaissit une masse bleue qui réduit rapidement le violet à un mince croissant bientôt supprimé.
4. Cf. W. Berry, Color sequences in the After-Images of white light. Am. J. of Psy., XXXVIII, 4, 1927, 584-596.
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Au cours du passage du rose au violet, au foncé, au froid, un phénomène nouveau se montre : autour du disque et ile son liséré, le fond, jusqu'ici très obscur, s’éclaire peu à peu, en auréole blanchâtre.
Certains de mes collaborateurs ont observé des séries analogues, mais, chez d’autres, l'entraînement même n’a pas permis d’uniformiser les résultats. En voici deux exemples
Jaune d’or (cinquante secondes), rose, violet, bleu. Pas trace de vert.
Rose, vert, rose très clair, pourpre, Pas de jaune, pas de bleu.
Tout cela a été obtenu en chambre noire, les yeux ouverts ou fermés, l'intervention de la lumière modifiant profondément les résultats, mais sans jamais interrompre ou mutiler le cortège des visions. L'image rose devient verte si on allume et revient au rose si on éteint. Il est vrai qu’une image verte reste verte à la lumière, mais y paraît plus foncée et plus « intense ». En gros, la lumière pousse l’image consécutive vers les stades terminaux, le retour à l’obscurité la ramenant vers Les stades initiaux. Ce dernier changement, cette réactivation, ce réveil, la transformation même d’une image négative en image positive, cette métamorphose d’une vision est assez aisément obtenue par de brefs battements des paupières, ou en fermant quelques instants les yeux. Le fait est très net quand on a fixé, par exemple, un groupe de petites lampes électriques; des clignements suffisent pour rendre un instant à l’image, plusieurs fois, sa clarté d'image positive.
On peut, au dehors, le soir, sur les voies les plus mouvementées, se donner aisément ce petit spectacle solitaire. Isolé, adossé à un arbre, on fixe, d’assez près, un globe électrique, où — ce qui transforme les données du problème — une réclame lumineuse colorée 5, Les magnifiques séries d'images qu’on se donne au laboratoire ne s’illumineront peut-être pas; mais, les yeux fermés, le sujet voit parfois surgir, image consécutive d’un gros tube bleu, une image
5. Cf. W. J. Smith, After Images of coloured sources. Pr. of R S. of Edimburgh, XLVII, 2, 177-189.