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DIFFÉRENCES DE NATURE ET FORMES DE PASSAGE

partout inséparables. Il y a des degrés entre un son et une couleur, et l’obstacle d’une différence de nature entre le vert-pomme et le vert-pré. Les faibles différences de degré n’empêchent pas les différences de nature d’être infranchissables, les abîmes qualitatifs n’empêchent pas le lien des degrés, les transitions ménagées, les confusions éventuelles ; ils impliquent, loin de les exclure, la continuité, les passages, les intermédiaires.

Aussi n’aura-t-on nullement progressé vers l’identification de la sensation et de l'image quand on aura indéfiniment multiplié entre elles les transitions, les images consécutives, les Erinnerungsbilder, les souvenirs immédiats, le présent spécieux, les sensations acoluthes..…. On montrera sans peine qu’une image, comme une perception, peut être objective, extérieure, proche, lointaine, vaporeuse, aiguë, transparente, opaque, précise, complète, détaillée, stable, indépendante de la volonté, obsédante, étrangère, hostile, stetig, zwangsmässig, leibhaft, lebhaft comme un objet; on pourra soutenir, contre toute évidence, que nous ne pouvons nous représenter un objet que devant nous ou en nous retournant mentalement, une cour profonde qu’en la survolant, la surface entière d’une sphère qu’en faisant le tour, une masse volumineuse qu’en la parcourant ou la réduisant; tous ces efforts, ces vérités ou ces apparences n’arracheront pas un commencement de concession à qui prétend que sa perception et son image du rouge sont deux états premiers absolument distincts.

Sans doute, ou peut-être (c’est une croyance fort répandue), l’enfant et le primitif tendent-ils à réaliser leurs souvenirs comme nous réalisons obstinément nos sensations, transférant pathologiquement aux images ce qui nous paraît normal, obligatoire et légitime dans le domaine: des sensations; mais si, parfois et dans certains états, la perception et le souvenir de ce morceau de sucre sont tous deux ce morceau de sucre, et si le souvenir de Pierre comme la perception de Pierre devient Pierre lui-même, l'être imaginaire ainsi réalisé est pourtant tout autre que l'être perçu. Aussi loin qu’on remonte dans l’esprit du primitif et de l'enfant, en admettant qu’on y trouve un stade où l’ima-

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