L'OBJECTION AU VISIONNAIRE
ni discours, ni « attitude »; maint sujet, éveillé aussi bien qu’endormi, assiste, passivement et sans agir, à une aventure auditive ou visuelle, abandonnant son corps inerte, son ouiïe captive, ses yeux fermés, son langage intérieur inhibé aux voix et aux visions. M. Janet, malgré un effort pour séparer radicalement le rêve de l’hallucination, nous ramène donc à l’affirmation éternelle de l’halluciné : mes visions, bien avant d’être des attitudes, des comportements, des conduites et des croyances, sont des perceptions sans objet, dignes de toute l'attention du psychologue; et si M. Janet nie l’intérêt de l’hallucination, c’est peut-être qu’il la nie elle-même, en la réduisant à un comportement moteur obscurément mimétique de la perception.
Aïinsi, dès les premiers pas, nous nous heurtons sans cesse au problème actuellement le plus exigeant : l’hallucination-perception sans objet, l’hallucination comportement imitateur et mensonger de la perception.
La question s’est toujours posée, maïs ne s’est que récemment dédoublée pour prendre les deux formes suivantes.
J’ai vu le Christ, dit « une folle ». Premièrement, lui répond-on, le Christ n’a certainement pas daigné se montrer à vous, ni faire, ni permettre que se fasse une image, une « species », une figure, un corps métapsychique à sa ressemblance. Vous n’avez donc pas vu le Christ. Deuxièmement : non seulement ne s’est pas réalisée pour vous une apparition plus ou moins immédiate du Christ, mais vous avez commis la singulière erreur de prendre pour vision vos imaginations. Vous avez pensé au Christ, et, comme vous êtes folle, vous dites J'ai vu, par un gros mensonge dont vous n’êtes pas responsable et dont vous n'avez même pas conscience, Grâce à un état de dédoublement ou de dissociation intellectuelle et à un sentiment très vif d’automatisme mental, certaines de vos idées vous paraissent vous être étrangères et vous venir du dehors; ou bien vous essayez, par ces mots, j'ai vu le Christ, d'exprimer je ne sais quel ineffable état, morbide.
C’est dans son deuxième membre que l’admonestation est le plus intéressante, et c’est précisément à la deuxième condamnation, nous a-t-il semblé dans un précédent travail, que répliquent les principaux connaisseurs, les mys-