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HALLUCINATIONS VOLONTAIRES

mander à ses hallucinations, les provoquer, les choisir, les maintenir, les examiner, les détailler, les reproduire à volonté ; il en est maître comme nous le sommes de percevoir le livre que nous avons à la main. Avec l’eidétisme nos hallucinations n’ont plus le caprice absolu des visions toxiques et des rêves.

Depuis longtemps, on cherche des hallucinations volontaires ; on cite volontiers le vieil exemple de Cardan : cum volo, video, quæ volo, oculis, non mente; on cite Gæœthe et les fleurs, les « rosetten » stylisées et géométriques dont il provoquait si aisément, sans pouvoir la diriger, la kaléidoscopie. Wundt aussi obtenait ces visions changeantes, mais, chez lui, c’étaient des visions de visages. Meyer !, abondamment cité par W. James, s'était heureusement entraîné à obtenir, par delà les représentations optiques et tactiles, toutes Les visions, toutes les sensations cutanées qu'il voulait. Dheur ? cite quelques observations personnelles ou empruntées à Moreau de Tours : un épileptique a sa première crise en regardant tourner les roues d’une voiture; depuis, chaque crise s'annonce par la vue d’une roue dentée, qui tourne de droite à gauche, et dont l’axe est occupé par toute figure qu’il plaît au sujet de voir. En fixant un objet quelconque, dit un autre, je peux le transformer en n'importe quoi, voir une maison à la place d’un arbre. Quand je veux peindre, dit enfin un sujet de Moreau de Tours, quand je suis embarrassé par un raccourci, je ferme les yeux, je vois apparaître ce que je veux voir, et je n’ai plus qu’à copier.

Cette culture de la visualisation, ce « contrôle » volontaire de la Eigenlicht {, a été naturellement appliqué, après le champ visuel vide, au champ visuel occupé par une image consécutive, et on aurait pu ainsi, quelquefois, prolonger et modifier des post-images avec des images, des After Images avec des Memory Images 5.

1. Physiologie der Nervenfaser. — 2. Les hallucinations volontaires, Paris, 189. — 3. Galton, Inquiries.….; James, Pr. of Psych., II, 66. — 4. Ladd, PSych. Rev., I, 51, 355. — 5. WaShburn, Subjective colors à. after-Images, Mind, 1899, 8, 25-34; Haines a. Williams. The relation of perceptive and revived mental material as shown by the subjective control of visual after-images, Psych. Rev., 1905, 18-40. Cf. supra, 139.

LES ANSCHAUUNGSBILDER 191

Urbantschitch enfin, dans des travaux classiques, nous donne déjà la forte impression que chaque perception d’un objet, simple ou complexe, reste en nous, photo ou phonographie latente, indépendante de l’image consécutive et du souvenir, capable de servir un jour à l’édification d’un rêve ou d’une hallucination, et susceptible, dans des cas heureux, de survivre consciemment à la présence de l’objet, de se laisser examiner à loisir, de reparaître à la conscience après un long silence, d'obéir à demi à la volonté. —— Nous avons vu un synesthésique user de ses synopsies visuelles pour surveiller son orthographe; Urbantschitch cite des cas où des nombres de six et douze chiffres, naturellement échappés à la représentation, ont été cependant enregistrés par la vue du sujet et reparaissent sous ses yeux, perception visuelle, image intuitive, Anschauungsbild. Il cite un demi-sourd chez qui des mots mal entendus reparaissent, statiques, cristallisés, gelés, pendant dix secondes, en Anschauungsbild acoustique 6,

Plus récemment, Kiesow ?, ardent apôtre de l’Eidétisme, s’efforce de le généraliser à tous les sens, et, s’il n’y parvient pas, montre au moins qu'il n’a jamais négligé, pas plus d’ailleurs qu'Urbantschitch et les autres, de distinguer, très soigneusement, les images eidétiques des représentations et des images consécutives, les A. B. des V. B. et des N. B., et aussi des phénomènes très près d’être des perceptions, les Erinnerungsbilder de Fechner, les pseudohallucinations de Baïllarger et de Kandinski. Passivité, richesse, objectivité, extériorité, rien ne leur a suffi; ils ont tous exigé de l’image eidétique, pour être une perception, qu'elle ait ce je ne sais quoi d’impensable, d’inexprimable et d’évident qui met l'infini entre la perception et ce qui n’est pas elle.

Mais c’est surtout Jaensch et ses collaborateurs qui ont tenté de faire de l'image esthésique, baptisée eidétique, une perception sans objet normale, quasi générale, aussi accessible à l’expérimentateur que l'ordinaire perception.

6. Uber optische Anschauungsbilder, 1907; U. Subjektive Hôrerscheinungen, 1908; Henning, Zeitschr. f. Psycho, 92, 1993. — 7. Krit. Bemerk. Z. Eidetik, Arch. f. d. ges. Psycho, 59, 1927, 339-460.

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De rares adultes voient leurs souvenirs visuels comme nous voyons tous un objet présent ou une image consécutive. Tandis que le vulgaire, invité à dire ce qu'il en pense, sans faire de théorie et sans réciter une leçon, estimera que voir une image visuelle n’a aucun sens ou n’a qu’un sens métaphorique, quelques-uns, plus heureux, voient leurs souvenirs et savent, en plein état normal, ce que c’est qu'une hallucination consciente.

L'école de Jaensch a systématiquement recherché ces faits, surtout chez l'enfant. Il s'agirait d’un phénomène normal, très fréquent au-dessus de quinze ans, qu'on peut aisément obtenir, observer et soumettre à l’expérimentation, et grâce auquel s'expliquent enfin bien des obscurités de l’histoire des perceptions et des images.

Les sujets qui présentent ce phénomène sont les « Eidetiker », leur aptitude est la « eidetische Anlage » (de etSo;), et, parmi les souvenirs, les « Gedächtnisbilder », 1l faut distinguer trois degrés : en bas, les images consécutives, « Nachbilder » ou N. B.; en haut, les images proprement dites, les images visuelles que le commun des adultes ne « voit » pas, les « Vorstellungsbilder » ou V. B.;

8. Principaux travaux de l’école de Marburg utilisés ci-dessous. Busse (Paula), U. d. Gedächtnisstufen u. ihre Beziehung z. Aufbau 4. Wahrnehmungswelt, Ztschr. f. Psychologie, 84, 1920, 1-66 — E. R. Jaensch. Zur Methodik experimenteller Untersuchung an optischen Anschauungsbildern, Ibid., 85, 1920, 37-82. — E.-R. Jaensch u. F. Reich, U. die Lokalisation im Sehraum, 1bid., 86, 1921, 287-267. — Gottheil (Edith), U. d. latente Sinnengedächtnis d. Jugendlichen u. seine Aufdeckunge, 1bid., 87, 1921, 73-90 — E.-R. Jaensch u. W. Jaensch, Verbreitung d. eid. Anlage, 1bid., 91-96. — À. Güsser, U. d. Gründe d. verschiedenen Verhaltens d. einzelnen Gedächtnisstufen, 1bid., 97-198. — B. Herwig, U. d. inneren Farbensinn d. Jugendlichen, Zbid., 129-210. — E.-R. Jaensch, Kontrast in optischen Auschauungsbildern, 1bid., 211-216. — B. Herwig u. E.-R. Jaensch, U. Mischung von objektiv. dargebotenen Farben mit Farben des Anschauungsbildes, /bid., 217-257. — Krellenberg, Herausdifferenzierung d. Wahrnehmungs-u. Vorstellungswelt aus der sriginären eidetischen Einheit, 1bid., 88, 1921, 8, 56-120. — E.-R. Jaensch. U. Raumverlagerung u. d. Beziehung von Raumwahrrehmung u. Handeln, 1bid., 89, 1922, 116476. — H. Freiling, E.-R. Jaensch, u. F. Reich, Das Kovariantenphänomen, mit Bezug auf d. allgemeinen Struktur u. Entwickiungsfragen d. räumlichen Wahrnehmugen, Ztschr. f. Sinnesphysiol., 55, 1923, 47-68. — H. Freiling, U. d. räumi. Wharnehmungen d. Jugendlichen in d. eidetischen Entwickelungsphasen, Ibid., 69-132. — W. Jaersch, U. psychophysiche Konstitutionstypen, Mün- Chener Medizinische Wochenschr., 1929, 96, 964-965. — W. Jaensch, U. pSychophysiche Konstitutionstypen. Monatschr. f. Kind@erheilk., novembre 1921, 1-10. — E.-R. Jaensch. Die Eidetik u. d. typologische Forschungsmethode, Ztschr. f. pädagogische Psychologie, 1925, 37-55, 903-219, 936-257.

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