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PRÉCAUTIONS CONTRE LA SUGGESTION

bâillants, musette et canne torse à terre, sous le regard de deux agents; au loin, un facteur arpente la route, de vastes lettres à la main ; tout au fond, sous le porche d’une église à horloge et blason, c’est la silhouette d’une femme, un panier sur la tête. Un marronnier, une pelouse, égaient la scène et ses noirs personnages.

Ces vignettes allemandes étaient bien accueillies des enfants et mes dessins français ne se prêtaient pas mieux à l’image consécutive, à la représentation, à la description orale.

Viennent enfin les dessins d’une physionomie moins conventionnelle. C’est, sur fond noir, une grande épée blanche à garde dorée qui transperce deux cafards et trois énormes rats, convulsifs et sanglants, les moustaches striant le fond de leurs quadruples traits. C’est, pour les filles, le Petit Chaperon Rouge, fort gentiment dessiné, coloré et modelé dans un médaillon rond de 6 em. C’est une série de dessins faisant histoire sans paroles. C’est enfin, je le cite pour mémoire, n'ayant pas eu à m’en servir, le schéma d’un instrument de laboratoire, ensemble incohérent et inextricable, pour l’enfant, de lignes et de couleurs.

Avec ces quelques objets, on vise à mettre en évidence tantôt d’ordinaires souvenirs, tantôt des images consécutives, tantôt et surtout des images eidétiques, des hallucinations. Je ne reviens pas sur la technique de Jaensch, sur les dessins et les façons de les regarder qui favorisent tour à tour l’image consécutive, l’hallucination et la représentation, sur la lutte contre la suggestion, sur les raisons de croire que l’eidétique « voit », a une hallucination et ne se borne pas à se représenter un objet, sur les moyens d'établir qu’on a bien affaire à des images eidétiques et non pas à de simples représentations, que le sujet, menteur, confus ou suggestionné, présenterait comme des visions. Du reste, soit dit en passant, la lutte contre la suggestion ne doit pas viser des hallucinations suggérées mais Le « je vois » du sujet qui ne voit rien. Suggérée ou non, une hallucination est toujours une hallucination, pourvu qu’elle soit bien une sensation sans objet. Le difficile est de savoir si le suggestionné qui dit « je vois », et qui à la

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conduite de la vision, voit effectivement. On a, avec la même conviction, soutenu « oui » et « non », sans résultat décisif.

Jaensch conseille de commencer par révéler à l’enfant ses images consécutives et, pour cela, de lui faire fixer, pendant quinze à vingt secondes, le centre du carré de papier rouge. Après ce travail, quand l'enfant, après l'enlèvement du carré rouge, aura vu surgir, sur l'écran gris, un beau carré vert, il saura parfaitement ce que c’est que « voir » un objet qui n’est plus là, il sera aussi renseigné qu'on peut l’être sur la différence entre « je vois » et « J'imagine ».

Malgré les avantages de cette entrée en jeu qui montre tout de suite à l’enfant de quoi il s’agit et permet d’aller vite, j'ai préféré commencer par solliciter l’image eidétique ; j'ai fait examiner librement, sans fixation, pendant dix à vingt secondes, un objet assez complexe, réservant pour plus tard la surprise des images consécutives. Procéder ainsi, éviter la trop rapide rencontre de l’image consécutive, donner d’emblée à l'enfant la chance de découvrir les images eidétiques, lui montrer un dessin amusant et lui demander ensuite, devant l’écran vide et gris, « vois-tu quelque chose ? », c’est, me semble-t-il, chez ce sujet neuf, favoriser les réponses positives. On aura toujours le temps de soumettre le jeune chercheur à la critique et à la discipline un peu ankylosante des métesthèmes. Sans doute, dira-t-on, mais ne faut-il pas combattre au plus tôt toute menace de confusion entre « je vois » et « j'imagine ? » Ne faut-il pas donner immédiatement à l’enfant le moyen de défense qu’est la connaissance de l’image consécutive ? Ne faut-il pas redouter avant tout la suggestion ? — Certes, mais il est peut-être bon de chercher d’abord à obtenir le plus grand nombre possible de « je vois », quitte à les critiquer ensuite et à séparer les mensonges, les réponses inexactes par suggestion, etc. des images eidétiques suggérées et des images eidétiques spontanées, — Il ne faut pas être paralysé par la crainte de la suggestion et l’école de Marburg a bien fait de ne pas se laisser inhiber par ce danger. C’est ainsi que M. Freiling aurait voulu me voir employer le mode de

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