TRAITS MÉTESTIHÉSIQUES DES AB
qualitativement différente de l’exesthésie et du souvenir. Cette spécificité nous à paru pour le moment douteuse. — Sans doute, en regardant l’objet pour en obtenir une image eidétique, s’efforce-t-on de ne pas obtenir aussi une postimage. Malheureusement l’eidétisme est très souvent étudié avec le matériel qui favorise les images consécutives et dans des conditions dont certaines leur conviennent, — Regardée par le sujet, l’image eidétique pâlit et s’efface d'ordinaire comme la post-image, ne laissant d'elle-même qu'un souvenir; elle suit le regard comme fait la postimage, elle s'incline comme elle quand on ineline la tête, varie comme elle quand tourne l’écran où on la projette, grandit enfin avec la distance, non proportionnellement, comme fait la post-image, mais à sa façon et à l’inverse de la perception. Et les inventeurs de l’eidétisme attachent une telle importance au comportement méthesthésique de leur image eidétique qu’ils raisonnent ainsi : la perception décroît quand la distance croît, l’image eidétique croît au contraire avec la distance, il en résulte un compromis ordinaire et familier, la remarquable constance des dimensions apparentes de l’objet, malgré la décroissance de son image rétinienne lorsqu'il s’éloigne ; quand l’œil se déplace, l’objet perçu paraît se déplacer en sens inverse, et l’image eidétique dans le même sens, d’où un autre compromis, la fixité de l’objet perçu ; la perception primitive et pure varie et se déplace avec l’image rétinienne, l’image eidétique subit des variations inverses de celles de la perception originelle et les neutralise, exactement comme le ferait, si elle était capable de ce rôle, la classique et certaine image consécutive.
On ne s’étonnera donc pas si des auteurs font des images eidétiques ou esthésiques un domaine commun aux images consécutives et aux représentations, des images mêlées de post-image ou inversement, si le pourcentage des Eidétiques varie de 100 à 2 %, si les images eidétiques sont parfois considérées comme des représentations ou comme des images consécutives avec la conduite de la perception.
N'ayant pu faire qu’une série d’observations avec, un moment, la collaboration d’un eidologue, et n'ayant observé que deux cents enfants, nous ne pouvons apporter
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la décision. Nous avons dû tout au moins noter que nos sujets ne nous ont pas montré ou affirmé d'images esthésiques.
Ils nous ont pourtant appris quelque chose. L'enfant de sept ans possède une admirable aptitude à distinguer, et à bien dire qu’il distingue les unes des autres ses perceptions, ses post-images et ses images. Mais assez souvent, cette science infuse commence par être voilée. L'enfant, tout le monde le sait, a soif de détails, d'objets, de personnifications, d'individus. Aussi lui arrive-t-1l parfois de dire d’abord : « je vois », pour répondre bientôt, encouragé à recommencer, à revoir, à vérifier; « je ne vois pas, Je ne voyais pas, je croyais qu’il fallait voir ; maintenant, je vois, sur le papier, mais en esprit ». Au bout du compte, ses représentations, objectivées et projetées, restent, très purement, des représentations, et ne deviennent pas du tout des hallucinations.
Au début, l'enfant est capable d'erreurs verbales monstrueuses : devant l’objet, il paraît ne pas savoir distinguer le clair du foncé, le lumineux de l’obscur; devant la représentation et la post-image, nous le voyons prendre un chemineau couché pour un singe assis, le noir pour du blanc, le blanc pour du noir, et le bleu pour du jaune. — Invité à voir, d’une attention vigilante et éveillée, encouragé à revoir, mais préservé de toute hypnoïdisation, il ne dira plus « je vois », mais « je ne vois rien, je vois une image consécutive complémentaire, je vois, c’est-à-dire je dessine des yeux sur le papier, je vois très bien, sur le papier, dans mon idée ». Il n’a eu, un instant, que la conduite de l’image esthésique et de la perception sans objet, il n’a eu que de pseudo-images eidétiques ou plutôt des pseudesthésies, plus où moins compliquées d'images consécutives.
Quel que soit le succès définitif, heureux ou malheureux, de la vaste entreprise des eidéticiens, que la perception sans objet dite image eidétique existe ou non, des sujets peuvent, sans images esthésiques, en avoir la conduite, et se laisser tromper par leurs images et post-images jusqu’à dire, mais réductiblement, « j'ai vu ».
EIDÉTISME ET COMPORTEMENT EIDÉTIQUE 253
Si le comportement eidétique peut être obtenu par l’association d'images noétiques plus ou moins vives et de post-images, il n’est pourtant pas possible de nier purement et simplement la spécificité des images eidétiques; et on est amené, à propos de l’eidétisme comme à propos des métesthésies, à associer deux affirmations. Les images consécutives ont laissé dire : à tout objet prétend s'opposer une hallucination capable, à son optimum, de le reproduire intégralement ; à toute hallucination s’oppose une attitude hallucinatoire plus ou moins aisément réductible.
La situation est la même 1c1 ; et l'immense effort de l’école de Marburg empêche de nier la possibilité d’hallucinations pures et parfaites, quasi volontaires et aussi accessibles que les sensations les plus grossières à l’expérimentation, Maïs il subsiste une incertitude assez grave pour qu’on recoure enfin au collaborateur ordinaire du psychologue curieux d’hallucinations : le malade.
Personne ne conteste que l’hallucination n’ait sa neuro- Jlogie.
Même décidé à chercher son secret dans une psychogénèse, un souvenir, une émotion, un refoulement, un intérêt, une idée fixe, l’inconscient psychologique, aucun psychiatre ne peut oser se désintéresser des conditions ou concomitants organiques de l’hallucination, quand elle veut bien en laisser voir quelqu'un : cataracte, décollement de la rétine, scotome, tumeur de l’hypophyse comprimant le chiasma ou des centres hypniques et peut-être oniriques, hémianopsie par section de la bandelette avec apparitions dans le champ aveugle, thrombose de l’artère cérébrale postérieure avec ramollissement du centre cortical dit visuel, tumeur temporale dont l’extirpation supprime le syndrome hallucinatoire.
Même intimement persuadé qu’un centre affublé du titre de perceptif ne peut être que moteur, et toute l’écorce une machine à réflexes et rien que cela, aucun psychologue ne peut affecter d'ignorer la « rétine corticale ».
Aucune révolution neurologique, aucun démembrement ou remaniement de l’aphasie aux dépens de la spécificité de ses formes et de ses centres n’a pu ruiner la réalité, l’individualité et la localisation des agnosies visuelles; et si on à peut-être eu des idées démodées sur les formes du passé dans l’écorce, personne n’a pu encore se passer d’équivalents cérébraux du souvenir, et d’un mécanisme neurologique de la mémoire.