JE VOIS », SANS VISIONS NI IMAGES
Questionnée, invitée à regarder et à dire ce qu’elle voit, elle a la conduite verbale suivante : jy vois, je vois ce qu'on me montre.
Invitée à identifier elle-même ce qu’elle a devant soi, elle persiste dans sa conduite de voyant et, réussissant à trouver des mots tels que « montre », « lanterne », « monsieur à lunettes noires », « ruban jaune », elle les joint à « Je vois »; « je vois une lanterne ».
Elle peut former ces affirmations sans compléter son comportement visuel verbal par des mouvements adéquats des yeux, de la tête et des membres.
Quant au probable, le voici :
M°° F.., quand elle dit : « je vois un chapeau avec un ruban jaune », ne ment pas et ne fabule pas.
Pas tout à fait aveugle, placée dans une situation intermédiaire à la vue normale et à la cécité, dont elle peut croire que la nuit donne une idée, elle n’a cependant, étant démente, qu'une conscience extrêmement obscure de ses trois états, passé, présent et prochain. Rien ne l’empêche de prendre, sous nos excitations, l’attitude verbale la plus facile, la plus familière, la mieux préparée par le passé, la plus ancienne, l’attitude du voyant. Encore capable, lorsqu'il s’agit de vivre, de se conduire en aveugle et d'éviter ainsi les échecs, elle se laisse aller, quand il ne faut que parler, à la conduite la plus primitive, la plus agréable, la mieux servie par sa mémoire sénile. Sa démence lui permet de dire : je vois, parce qu’elle a perdu la conscience distincte de la vision et n’a pas acquis la perception, également positive, de la cécité. À « que voyez-vous », elle peut répondre : « je vois une lanterne », parce que ni la perception du vide visuel, ni une image de lanterne, avec son « intériorité », ne s'opposent à cette réponse.
Quant à croire qu’elle voit une lanterne ou qu’elle a au moins l’image très vive d’un Monsieur à lunettes noires au moment où elle dit les voir, chacun de ceux qui ont vu cette femme a spontanément fait et repoussé cette hypothèse. Tout ce que je sais des observations publiées de ces anosognosiques s'oppose à l’intervention de l’hallucination et d'images vives dans leur histoire. Plus ils sont aveugles, plus ils sont déments, moins ils ont d'images et