JE VOIS », INCONSCIENCE DE NE PAS VOIR
d’'hallucinations, et plus ils sont prêts à retomber aux habitudes et attitudes primitives. Leur négation de leur cécité, leur inconscience de leur cécité, leurs affirmations de voyants, leurs « je vois », « je vois ceci », reposent entièrement sur des inconsciences et des négations; et quand ils disent : « je vois une lanterne », c’est parce qu'ils n’ont de l’objet ni la perception ni l’image. Privés de la vision, la conscience de la non-vision leur est épargnée.
Vos prétendues visions, disent certains aux hallucinés, ne sont que des images, des idées, ou plutôt, peut-être, des mots. Eveillé et mettant en œuvre tous vos moyens, vous n'arrivez pas à retrouver les traits d’un ami, comment voulez-vous, en rêve ou après avoir bu quelque toxique, amoindri par le sommeil ou la maladie, comment pourriezvous vous donner le spectacle d’un visage ? Ramené par votre provisoire démence à quelque stade psychique inférieur, où tout ce qu’on pense est réalité, vous prenez un phosphène, une indigente image, un mot, pour l’infinie complexité d’un être de chair. Ce qu’il faut étudier, ce n’est pas l’hallucination en soi, elle n'existe pas, c’est l’halluciné, c’est la folie qui permet à des gens de prendre leurs pauvres images pour des apparitions ou des voix. L’hallucination n’est pas un phénomène à part, original, premier, c’est un délire, une erreur de jugement à propos d’une image,
L’halluciné répond : « je sais tout cela, et je vous aiderai d'enthousiasme à débarrasser l’hallucination de tout le fatras qui n’est pas elle et la compromet; mais je me crois capable, dans mes perceptions quand elles sont chargées d'illusion, dans mes hallucinations, dans mes rêveries, dans mes hypnagogies, et jusque dans mes rêves, de faire les distinctions que vous venez de faire. En croyant démembrer l’hallucination vous la purifiez, vous dégagez la vraie figure de cet être; et, halluciné, après le doute et la critique, je vous affirme ceci
» Sans illusion, sans interprétation, sans travailler sur des objets réels mal perçus et pleins des pièges de l’ambiguité, sans utiliser à mon insu des images consécutives et