Ibid
AGNOSIE DES HÉMIANOPSIQUES 275
il se perd sur son image ou sur lui-même, ou (c’est déjà de la cécité psychique) sur un portrait, sur un objet, IL reconnaît un visage et ne peut en montrer l’œil droit ou, plus simplement le nez; il reconnaît des ciseaux et ne peut en montrer les anneaux. Il ne sait plus construire un triangle, 1l cherche en vain un point dont on lui indique la situation mais non la qualité, il ne peut reproduire une orientation ou une relation topographique.
Agnosique, il ne reconnaît pas les objets, ou y reconnaît autre chose qu'eux, et commet les plus extravagantes confusions. Le chandelier devient la carafe, le stylographe la bougie, et un informe gribouillage le portrait de Napoléon. Plus l’aptitude à reconstruire et à reconnaître baïsse, plus le sujet perd conscience de son agnosie, plus il identifie et nomme par à peu près,
Agnosique, et, par cette cause, prêt à des affirmations insensées quand il s’agit du champ visuel conservé, le malade ne le sera-t-il pas encore mieux quand il s'agira du champ visuel aveugle, quand y surgiront des visions ? Si des phosphènes illuminent l’ombre, le normal seul est capable d’en percevoir correctement les formes originales. L’hémianopsique, dans les phosphènes de son champ aveugle, ne saura voir que des formes familières : fleurs, oiseaux ou visages.
On n’a peut-être pas assez insisté sur cette tendance de certains agnosiques à reconnaître quand même, à avoir, si j'ose dire, l’anosognosie de leur agnosie, à identifier et à nommer ce qu'ils ne reconnaissent pas, à se contenter, pour dire « c’est un portrait », « c’est un oiseau », « c’est un tel », des éléments les plus insuffisants et des silhouettes les plus improbables. Nous avons vu et verrons l’aveugle cortical nier sa cécité et la nier à vide, sans perception secrète, sans hallucinations et peut-être sans images et sans phosphènes. Pourquoi l’hémianopsique ne pourrait-il pas prétendre, presque gratuitement, à des visions précises et compliquées ?
Cette idée : l’hallucination hémianopsique traduction verbale plus ou moins démentielle de quelconques photopsies, reçoit le renfort de deux faits moins notoires.
276 AGNOSIE ET HALLUCINATIONS
Certains hémianopsiques ?, dans le champ conservé, percoivent de façon désolante les localisations les plus simples, les orientations, les formes et souvent les couleurs; les visages leur paraissent parfois grimaçants, et on pense ici aux innombrables hallucinations et cauchemars à monstres, gnomes et magots ; ils réalisent des métamorphops'es, peutêtre provoquées, comme celles des décollements rétiniens, par des bouleversements anatomiques; ils apprécient mal les dimensions, ils voient tout près et petits des objets éloignés, et ce dernier détail rappelle, avec d’autres que nous verrons, la théorie optique des hallueinations Lalliputiennes.
Si l’hémianopsique est capable de tant de fautes dans son champ visuel conservé et devant les objets réels, où le mèneront ses troubles mentaux dans son champ aveugle et devant ses photopsies ? Tout ne s’y passerait-1l pas comme si notre halluciné y subissait d’abord l’hallucination objective, simple et élémentaire dont nous parlions tout à l’heure, sorte d’objet virtuel donné, pour y faire ensuite l’objet affirmé par l'esprit malade, avec toutes ses prétendues complexités, l’hallucination subjective ? Et celle-ci, c’est l’attitude, la croyance, l'affirmation gratuite, l’interprétation implicite gonflant monstrueusement la donnée hallucinatoire.
L’hallucination « objective », l’hallucination primitive ne serait que simple photopsie, élément, moins hallucination que sensation particulière à l’excitation pathologique des centres visuels. La rétine corticale serait incapable de construire le visage humain que l’halluciné dit voir, elle pourrait tout juste sécréter une flaque de couleur à peine capable d'évoquer un visage chez le normal. La désorientation, la cécité psychique, l'impulsion à affirmer d’autant ts qu'on y voit moins et qu’on s’en doute moins feraient e reste.
Un dernier fait, moins classique, moins certain et plus complexe, est plus instructif encore.
La vision maculaire, la vision distincte, est la vision centrale du sujet normal, L’hémianopsique, quand il la
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