CRITIQUE DE L'HALLUCINÉ
perception de sa topographie interne et de sa structure. Plus capable enfin de cette mystérieuse Ergänzung que vous montriez déjà dans votre tache aveugle et dans votre champ conservé, vous substituez à votre hallucination objective une amplification, une hallucination subjective que vous appelez six enfants à un pupitre. Mais je vous défie de dire que vous les avez comptés et que vous avez vérifié, isolé, regardé un détail pittoresque.
Votre vision objective a été moins riche encore que n’est, chez un médiocre visuel, le souvenir de six enfants à un pupitre. Hémianopsique et agnosique, vous êtes un triste visuel et vous y voyez fort mal. Aussi votre vue et vos images vous défendent-elles fort mal contre cette absurde idée délirante : prétendre avoir eu l’hallucination de six enfants à un pupitre, alors que vous n’avez eu qu’une fort pauvre photopsie, un court chapelet de taches lumineuses devant quelque tache plus sombre vaguement tabulaire. Votre hallucination consciente est déjà un vaste délire.
Ces considérations ne convainquent d’ailleurs pas l’halluciné. Il essaiera même de retourner contre son critique les exemples de « Ergänzung » empruntés à la tache aveugle et au champ conservé de l’hémianopsie. Quand, devant le triangle privé de sa pointe, je dis voir un triangle complet, ai-je vu la pointe absente ? Ai-je seulement omis d’en voir l’absence ? Question aussi épineuse que la vieille querelle du libre arbitre, conscience positive de la liberté ou nonconscience de la détermination; et le voyant qui observe l’hémianopsique sera toujours tenté de nier un bon nombre de ses hallucinations et de lui dire : votre conscience de voir un objet n’est que la non-conscience des défauts et des trous de votre vision.
Montrez-moi, répliquera l’hémianope, que je fais subir votre Ergänzung à de quelconques phosphènes; prouvezmoi que ce complément, s’il existe, n’est pas immédiatement et loyalement hallucinatoire et sensoriel; établissez enfin votre droit de transporter à mon champ aveugle, et d'élever à je ne sais quelle puissance, les défauts que vous attribuez à mon champ conservé. Nous ne serons d’accord que sur un point : c’est que le complément à mes photopsies,