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RÉPLIQUE DE L'HALLUCINÉ

s’il existe, n’est pas imaginatif. Les six enfants que j'ai vus, je ne les ai pas imaginés. J’ai cru à la présence virtuelle de cet objet formidablement complexe et je l’ai immédiatement désigné par son nom. Je prétends, peut-être à tort, avoir eu sa vision suffisante, sinon complète. Peut-être n’ai-Je immédiatement vu que les vagues taches dont vous me parliez tout à l'heure. S'il en est ainsi, en rabattant mes prétentions, parlez de croyance à vide, de comportement, d’attitude ou de conduite, mais reconnaissez avec moi que je n’ai ni imaginé ni projeté, pas plus que je ne le fais quand je vois un ami, le reconnais, et crois voir, d’un seul coup d'œil, tous les détails de sa physionomie. Je n’ai vu ni les détails présents de ce visage, ni, dites-vous, les détails absents de mes phosphènes; je n’ai imaginé ni les uns ni les autres. Quand je prétends les voir, n’essayez pas de me montrer que je les imagine.

Entre l’hémianope, qui tient à ses visions familières, et le normal qu’elles scandalisent, le débat risque donc de se prolonger, d'autant que l’hémianopsique est en état de se défendre contre l’accusation de démence impliquée dans la désorientation, la cécité psychique et les tendances qu’il présente ou qu’on lui prête, Hémianopsie, cécité psychique, désorientation et hallucinations paraissent en effet susceptibles de variations indépendantes.

Depuis que les expérimentateurs font et que les cliniciens observent ces deux sortes de sujets : l’aveugle ou l’hémianopsique par lésion de l’œil, du nerf optique, de la bandelette, par lésion infra ou sous-corticale, et l’aveugle ou l’héminanopsique par lésion de la calcarine, on tente d’établir que le premier seul est capable d’être seulement aveugle ou hémianope. La cécité psychique, la désorientation, l’oubli, la démence partielle seraient les tristes et inévitables privilèges de l’hémianopsie et de la cécité corticales. Mais rien n’est moins certain : il y a des cécités psychiques à peu près sans hémianopsie # et des hémianopsies corticales à peu près sans cécité psychique.

Il y a des hallucinations dans les hémianopsies gauches 54, du cerveau droit. Y a-t-on vu les troubles psychiques d’ordi-

33. W. u. $., 1. c., 422-426. Th. de Crouigneau, Paris, 1884. — 34. Peterson, N. Y. Med. J. 1891 (31 janvier)

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naires spéciaux à l’hémianopsie droite, du cerveau gauche, du cerveau gnosique et praxique ? L’impossibilité d’une hémianopsie ou d’une cécité corticale aussi respectueuse de l’intelligence qu’une simple occlusion des yeux, l’impossibilité d’une hémianopsie et d’une cécité corticale pures n’est pas établie. Leur prétention à l’existence n’est pas découragée par les hémianopsies et cécités de guerre avec blessure du lobe occipital et, si elles existent, il reste à décrire leurs hallucinations, et à les comparer avec celles des hémianopsies et cécités sous-corticales comme avec celles des hémianopsies démentielles.

Puisqu’on n’est pas en état de nier les hallucinations des hémianopsies corticales pures, sans cécité psychique, sans désorientation, sans perturbations de la mémoire visuelle, et, ajoute le sujet, sans défaillance de l’attitude critique, il peut soutenir, sans réplique irrésistible, que ses visions de visages grimaçants ou souriants et de scènes aussi complexes qu’on voudra sont des perceptions visuelles pures, aussi peu surchargées de pensée que la contemplation passive ou la photographie visuelle d'un visage ou d’un paysage réel.

Le critique au contraire appuie sur les troubles mentaux de l’hémianopsique. Il lui accorde des hallucinations élémentaires et pures, en fait des photopsies, des sensations originales, spéciales à l'excitation directe ou à la maladie des centres visuels, déclare le sujet incapable de les percevoir et de les juger correctement, et le réduit à y reconnaître des objets familiers, ordinaires ou baroques, à banaliser et à compliquer, à objectiver dans tous les sens du mot ces surprenants phosphènes. Le critique maintient ici sa distinction entre

1° Des hallucinations immédiates, primitives, élémentaires, ou objectives, simples ou peut-être complexes, mais toujours qualitativement distinctes de l’image de n'importe quel objet, telles qu’on les observe parfois chez les migraineux et dans les grandes synopsies.

2 Des hallucinations secondaires, subjectives, construites à partir des objets virtuels précédents, reconnues comme images d'objets familiers, même quand elles sont le

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plus étranges, perçues toujours comme hallucinations et, quoique « conscientes », constituant déjà un délire,

3° Ces mêmes hallucinaticns secondaires, quand elles sont prises pour des objets réels, et rejoignent le délire hallucinatoire classique.

Avec ses complexes témoignages à l'éternel procès de l’hallucination, l’'hémianopsique semble bien avoir apporté une précision neurologique : on croyait déjà savoir qu’on peut être halluciné après extirpation des globes oculaires, comme on peut avoir des hallucinations manuelles après amputation du bras; nous savons maintenant qu’on peut avoir des hallucinations visuelles après destruction de la calcarine.

On ne peut même pas afhirmer cela.

D'abord, nos hémianopsiques hallucinés n’ont perdu qu'une calcarine sur deux, il leur en reste une, et les deux rétines corticales sont unies par une double voie commissurale. Mais cela n’est rien à côté de la principale difculté : fixer le degré de l’hémianopsie, mesurer la profondeur des lésions corticales.

L'hémianopsique halluciné est-il absolument hémianopsique et son hémi-rétine corticale est-elle tout à fait détruite ?

On a vivement soutenu que non ®. Le champ « aveugle » serait loin de l’être, la destruction totale de l'écorce calcarinienne serait une rareté, les hallucinations s'observeraient surtout au début de la maladie, quand la calcarine est plus «irritée » que détruite, les hallucinations enfin représenteraient une activité résiduelle et dégénérée de la calcarine.

Et ce n’est pas tout. L’hémianopsie la plus légère, l’hémiachromatopsie la plus discrète peut s'accompagner d’une désorientation formidable, de gros troubles psychiques faits à souhait pour l'illusion et l’hallucination.

Il y a enfin, à côté des cécités psychiques sans hémianopsie %, des hallucinations hémiopiques également sans hémianopsie; et c’est peut-être le cas de beaucoup d’hallu-

35, Bard. — 36. W. u. S., L. c., 422-496, Piéron, Cerveau et Pensée, 200. Th. de Crouigneau, Paris, 1884.

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cinations périphériques, latérales, qui refusent de s'installer au centre du champ visuel et que l’œil poursuit en vain. Wilbrand et Saenger en citent plusieurs cas, dont un par hémorragie de la calcarine gauche *,

Il y a même une autre complication : la demi-hallucination hémianopsique, où l’hémianope ne voit que la moitié des personnages de sa vision #, Il s’agit probablement, on l’a évidemment noté, du réveil hallucinatoire de souvenirs hémianopsiques ; mais il serait intéressant de savoir si ce bizarre halluciné qui, dans ses rêves et sa veille, voit les objets coupés par moitié, en voit la même moitié dans l’'hallucination et dans la perception. Il a une hémianopsie droite, 1l ne voit que la moitié gauche des personnes, et, naturellement, il la voit dans son champ visuel gauche. Le voici halluciné, des visions apparaissent dans la moitié droite de son champ visuel, ne lui montrent-elles toujours que leur moitié gauche ? A-t-1l au contraire la satisfaction, en rêve, de voir des objets la moitié que n’obtient pas la perception de sa veille ?

A ces hallucinations calcariniennes avec lésions légères de la calcarine, on a naturellement répliqué : il y a des hémianopsiques absolus %, et ces hémianopsiques peuvent être hallucinés:; ou, en admettant qu'hémianopsie absolue ne soit pas synonyme de destruction complète de la calcarine, il y a des hallucinations hémiopiques avec destruction totale du centre visuel 4°.

On voit comment se présente actuellement la question des hallucinations hémianopsiques corticales.

Quels sont les caractères des hallucinations par lésion limitée à la calcarine : photopsie, hallucinations élémentaires, complexes, stéréotypées, variables et diverses, dimidiées, latérales ? Ces hallucinations sont-elles spéciales au début de la maladie ou à une phase « d’irritation » ? S’observent-elles au contraire de façon plus ou moins durable, après la « consolidation » d’une lésion définitive ? Ces hallucinations exigent-elles la conservation d’un reste

37... u. S., L. C., 379. — 38. Ibid, 319, cas de Henschen, Dufour. — 39. Gonin, Annales d’Oculistique, 1911, 1; Piéron, C. R. S. Biologie, 1916, 1055, etc. — 40. Henschen, in W. u. $S., VIII, 378.

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