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H., LÉSION, OBJET, DÉLIRE

comme si le caractère lilliputien de l’hallucination était indépendant de la distance, C’est pourtant le malade auquel Je viens de faire à l’instant allusion qui voyait une petite cage sortir par la fenêtre et, dans les airs, devenir grande comme un arc de triomphe ©.

Les observateurs notent à chaque instant que les visions d’origine oculaire suivent les mouvements des yeux ®; et ce fait, qui n’a rien de surprenant, semble établir que la vision naît du concours de l’appareil optique, de la lésion et de l’esprit, sans intervention des perceptions extérieures concomitantes. On ne peut pourtant pas assurer que les hallucinations par lésion du globe suivent nécessairement les mouvements de la tête et des yeux. Rien ne s’oppose ici à l’existence d’hallucinations à points de repère extérieurs, soit que la logique du rêve donne toute sa puissance hallucinogène au point de repère, soit que celui-ci collabore automatiquement avec les organes oculaires à poser les bases physiologiques du phantasme.

Beaucoup, la plupart des hallucinations par lésions oculaires semblent bien trouver dans l’œ1l, dans ses lésions, et dans des sensations originales, positives ou négatives, tout leur objet. Mais rien n’empêche les objets extérieurs de jouer, devant la lésion, leur rôle de condition, d'occasion, de prétexte, d’appât et de piège à hallucinations. Les coins obscurs, les points lumineux, les objets brillants pourront jouer ainsi « les utilités », et, dans un bel exemple 6, une nappe blanche bien éclairée se peuplait d’un monde lilliputien dès que la table était desservie. Ce fait illustre bien une double condition de certaines hailucinations : la présence d’une excitation extérieure, c’est-à-dire d’un objet réel, et l’absence de réducteurs, c’est-à-dire d’autres objets réels.

Les sujets qui souffrent ou, plus souvent, jouissent de ces visions, sont très souvent des vieillards, et l’on sait combien aisément ils délirent, et sous la forme hallucinatoire, après l’opération de la cataracte. Mais ni démence, ni vieillesse, ni diminution, désordre ou choc quelconque ne sont nécessaires, et nous retrouvons ici le balancement

62. Flournoy, L. €. — 63. Claude, Baruk et Verwaeck, L. c. — 64. Ibid.

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308 L'IHALLUCINÉ IRRÉDUCTIBLE

tant de fois signalé. Beaucoup de cas, beaucoup de faits réduisent la vision à un délire à propos d’une sensation originale, d’un phosphène mal perçu, incompris et non critiqué. D’autres fois, au contraire, des hallucinations complexes prétendent être aussi complexes que les objets qu’elles miment, prétendent que les innombrables détails qu’elles s’attribuent sont esthésiques et perçus, assurent que nulle combinaison affective ou intellectuelle ne vient troubler la pureté de la vision.

Ici comme partout, il faut extrapoler sans mesure et violenter les faits pour achever le démembrement de l’hallucination au profit du délire. Dans un cas de kératite avec hallucinations figurées complexes, le sujet fut présenté à la Société Médico-psychologique, y décrivit ses hallucinations comme parfaitement conscientes et parfaitement objectivées, et se soumit à l’examen des psychiatres présents. Et il s’en trouva un pour dire, sans être contredit, que le malade, très absorbé et très impressionné par ses visions, lui paraissait être moins halluciné qu'’auto-suggestionné ®. Or, à lire la discussion, et l’observation, il ne semble pas que rien de concret ait fondé cette grave critique. Si pourtant pareil soupçon frappe un visionnaire étudié avec toute la prudence qu'a engendrée une longue critique des hallucinations, on comprend la méfiance et l’incrédulité que rencontrent parfois des visions comme on n’en voit plus, celles de jadis 6, Mais, ce qu’exige l’halluciné irréductible, et il est légion, ce ne sont pas des négations générales, c’est une discussion directe des faits qu’il décrit. Or nous avons vu, voyons et verrons sans cesse qu’elle est, très souvent encore, impossible.

En résumé, de nombreuses lésions de l’œil, « irritatives » ou destructives, la suppression même de l’œil permettent, libèrent, favorisent ou causent l’hallucination visuelle. L’œil supprimé, le nerf optique supprimé, le corps genouillé lui-même supprimé, les hallucinations visuelles restent possibles ; peut-être même ces destructions les favorisent-

65. Mallet, à propos du cas de Claude, Baruk et Verwaeck, L. ©. — 66. Bouyer, Notes pour servir à l'étude des hallucinations. A. M. P. 1926, IT, 441. « Un fatras de faits soi-disant classiques ». à

H, ET CENTRES PERCEPTIF ET GNOSIQUE 309

elles. Inversement, quand le nerf optique est coupé, aucune excitation de la rétine ne détermine une perception visuelle ; quand les radiations optiques sont coupées, l’excitation de la rétine, du nerf optique, de la bandelette et, croit-on, du corps genouillé lui-même, ne permet aucune sensation visuelle, C’est donc au delà du corps genouillé qu’on peut espérer trouver les organes dont les visions ont besoin, les centres nécessaires, sinon suffisants, à l’hallucination.

D’exclusion en exclusion, on arrive ainsi à la calcarine, correctement nommée centre perceptif.

De nombreuses lésions calcariniennes causent ou permettent l’hallucination, et cette distinction étiologique, quel que soit son archaïsme, est encore inévitable.

La destruction radicale des calcarines, telle qu’on l’aurait observée dans certaines cécités corticales, permet-elle encore l’hallucination visuelle ? Nous avons vu que c’est probable mais non certain.

Au delà de la calcarine, c’est la région temporo-occipitale externe, imaginative, mnésique, gnosique, $es lésions permettent ou causent aussi des hallucinations ; maïs, ici, tout se complique. En étudiant les suites hallucinatoires des lésions de la calcarine, on ne disait pas, ou à peine « la calcarine exclue, les centres sous-jacents, le corps genouillé par exemple, peuvent déterminer des hallucinations ». Dès qu’on passe de la calcarine au pli courbe, elle prétend garder voix au chapitre. Même après les hallucinations de la cécité corticale, on ne peut pas affirmer : « la rétine corticale exclue, morte ou isolée, les hallucinations, les mêmes, sont encore possibles, des lésions irritatives de l'écorce temporo-occipitale externe les causent directement ». Quand une lésion frappe l'écorce temporo-occipitale externe on peut encore attribuer l’hallucination à la rétine corticale ou à ses restes, soit que les centres gnosiques malades « irritent » le centre perceptif ou ses débris, soit que la destruction, la mort, de l’écorce temporo-occipitale externe permette, libère l’hallucination calcarinienne.

La libération fonctionnelle ne fournit pas actuellement une pathogénie intelligible de l’hallucination. Mais on

310 H. PHOSPHÈNE ET H. DÉLIRE

peut retenir l’analogie signalée plus haut entre les faits plus ou moins classiques de libération et les visions; et cette lointaine ressemblance invite à voir dans l’hallucination une esthésie extraordinaire, désordonnée, anarchique, rebelle à toute perception correcte, et très différente, en soi, de la perception complexe et ordonnée de l’objet que l’halluciné croit voir.

Dans l’histoire des visions par lésion périphérique, calcarinienne ou temporo-occipitale externe, nous avons partout retrouvé cette notion : l’hallucination visuelle serait, en soi, une sensation optique particulière, analogue aux phosphènes mécaniques ou aux images consécutives, et elle en suivrait certaines lois physiologiques, Nous ignorons quelles formes et quels degrés de complexité elle pourrait atteindre selon le siège de l’excitation initiale, l’organe détruit et le mode d'intervention de l’écorce oceipitale. Cette sensation, simple ou complexe, serait l’hallucination primaire, objective, brute.

Dans beaucoup de cas, des troubles psychiques dont l’agnosie visuelle est le type interviennent, soit pour perturber cette sensation, soit pour empêcher le sujet de la percevoir correctement. Sur l’hallucination objective jouerait l'illusion, l’interprétation, la conduite perceptive, la croyance, la tendance à affirmer et à nommer un objet, et le malade substituerait à l’hallucination objective, réelle, qu’il est devenu incapable de percevoir telle qu’elle est, une hallucination subjective, les choses, les visages, les scènes, les personnages, décors et accessoires ordinaires des visions. Dans le donné visuel hallucinatoire, peut-être très simple, mais nouveau, extraordinaire et inconnu, le malade plus ou moins dément affirme immédiatement des choses familières : les perceptions les plus basses et les plus aisées.

Il nous a même semblé, devant les hallucinations des cécités corticales et l’anosognosie, que l'affirmation « je vois » et le comportement hallucinatoire pouvaient se réaliser dans le vide optique et visuel parfait, en l’absence de perceptions, d’hallucinations, du plus vague phosphène, et peut-être même d'images.

Réservant l’étude du sujet à vision normale et qui a des visions, les yeux ouverts ou fermés, la nuit ou le jour, sur

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