‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 247 sur 422 · H. RÉELLE ET H. ALLÉGUÉE · texte numérisé non relu

H. RÉELLE ET H. ALLÉGUÉE

champ homogène ou parmi les objets réels, nous devons renoncer d'avance à différencier les hallucinations de ce sujet de celles qui surviennent parce que l’appareil visuel a une maladie bien à lui; et, dans les hallucinations par lésion périphérique ou centrale de l'appareil visuel, les degrés et les formes cliniques ne sont pas assez connus pour qu'on puisse différencier les hallucinations des diverses lésions et des divers segments, et les visions des sujets qui y voient plus ou moins de celles qui illuminent un scotome, une hémianopsie ou une cécité,

C’est en grande partie cette ignorance qui a permis la tentative de démembrement de l’hallucination visuelle et sa décomposition en deux éléments : la sensation originale due à l’excitation morbide des voies optiques, l’hallucination objective, la matière sensorielle de l’hallucination ; et, greffée sur celle-ci, l’hallucination subjective, ou conduite, à contenu noétique, et non sensoriel, de la perception d’un objet absent.

Mais il a fallu reconnaître que si beaucoup de visions se prêtent à cette distinction et se laissent même réduire à un comportement hallucinatoire vide, une multitude d’hallucinés résiste obstinément à cette dépossession et prétend à la sensation, à la perception correcte, complète et pleinement sensorielle de n’importe quel objet, décor, personnage ou scène, parfaitement absent. Il y a deux façons d’avoir des songes absolus; foi pure en la présence d’une perception absente, ou perception intégrale d’un objet tout à fait absent. Même appuyée sur des faits neurologiques, la théorie qui vide l’hallucination de sa substance sensorielle ne peut vaincre, ou simplement ruiner, la foi des visionnaires,

ESTHÉSIE DU RÊVE

Déjà familiarisé avec les subtilités de l’hallucination par les éléments hallucinatoires de la perception, par l'illusion du correcteur, par les perceptions fausses greffées sur les perceptions vraies de l’amputé, de l’opsiphonie et de l'image consécutive, par l’hallucination enfin pure que serait l’image dite eidétique, admis par le neurologiste à voir et toucher les difficultés, l’halluciné averti peut se livrer avec les moindres risques d’erreur à une épreuve délicate : observer sur lui-même et ses pareils les hallucinations morbides.

On se plaît à les appeler oniriques. Aussi les cherchera-t-1l dans le rêve, maladie familière à tous, avant d'aborder les onirismes toxiques ou infectieux de la veille.

On peut parfaitement concevoir un effort pour vider le rêve des états psychiques de la veille, pour nier qu’on y perçoive, qu'on y entende ou voie, pour le ruiner comme l’hallucination. Vouloir en rêve, ce serait rêver qu’on veut, ce ne serait pas vouloir; et de même pour tous les autres actes psychologiques. En rêve, dira-t-on, on ne veut pas, on n’est pas ému, on n’est pas étonné, on n’est pas attentif, on ne regarde pas, on ne voit pas; les actes rêvés ne s’accomplissent pas, on n’en a pas la conduite, on ne les perçoit donc pas, eux et, s’ils s’en distinguent, leurs objets.

Nous verrons le rêveur vigoureusement contester tout cela, et magnifier le rêve au point de lui prêter des perceptions originales, et jusqu’à des couleurs nouvelles. Il recon-

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