‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 248 sur 422 · CERTITUDE DU RÊVEUR RÉVEILLÉ · texte numérisé non relu

CERTITUDE DU RÊVEUR RÉVEILLÉ

naît, comme on vient de le lui dire, que les actes de son rêve, la lévitation par exemple, n’y sont pas réalisés, mais il n’en affirme pas moins les percevoir. Il est même tenté d'imaginer une opposition entre percevoir et agir, entre perception et conduite; il rêve des actes qu’il n’accomplit pas, il accomplit en dormant des actes qu’il ne rêve pas. Il affirme percevoir en rêve et il prétend que son affirmation suffit : 1l s'étonne en rêve, il est curieux, il considère, il observe, il distingue, il mesure, il compare, il remarque, il constate qu’il voit bien, qu’il voit mal, qu’il voit mieux, qu’il ne voit pas; il précise des détails, 1l palpe, soupèse, il regrette une absence, une présence, une disparition. Il se dit : « Je ne vois pas, puisque je rêve; je vois pourtant je ne rêve donc pas, je suis éveillé puisque je vois toujours et de plus en plus précisément ».

« Dans mon rêve, insiste-t-1l, quand je ne vois pas, je me le dis : cet objet, que je connais admirablement, que je pourrais dessiner, 1l est présent, mais je lui tourne le dos et je sais, et je me dis en rêve que j'en ai seulement une image très vive, pseudesthésique. Et la distinction que je fais ainsi, moi, rêveur que vous taxerez de démence, entre mes onirismes visuels hallucinatoires et pseudo-hallucinatoires, je la fais avec la même aisance entre mes onirismes auditifs. Capable de parler dans mon sommeil, sans rêver que je parle ou qu’on parle, je peux, dormeur muet, rêver que je discours, converse, écoute et entends, capter des sons d’une rigoureuse esthésie ou parfaitement silencieux. Dans le rêve comme dans la veille, je reconnais au passage, et je vérifie s’il le faut, à leurs marques et à leurs effets, le caractère esthésique, pseudesthésique, eidétique ou noétique de mes états. Quand je dis je vois, mon affirmation, auto-critiquée, vaut pour le rêve comme pour la veille. Râvée, ma perception n’a pas d'objet, mais ce démenti de l'expérience frappe le délire et non la donnée psychique, la perception ».

Oui, vous voyez, vous entendez, dit la théorie de l’origine périphérique du rêve, mais vous percevez des excitations périphériques réelles, matière, seule matière sensorielle de votre rêve ; le reste, c’est-à-dire presque toute

Page 1