L'IHALLUCINATION DÉGAGÉE, NON DÉMEMBRÉE
cinés, les impulsions phoniques, compagnes trop fidèles de nos hallucinations auditives verbales. Nous montrerons que si cette activité phonatoire peut simuler l’hallucination, et se prétendre parfois telle, les plus belles hallucinations verbales sont précisément indépendantes de toute phonation du sujet; les mouvements de sa langue, de son larynx et de son diaphragme sont ici contingents.
« Qu'on cesse enfin de nous harceler avec la vieille théorie des réducteurs sous sa forme savante, non plus restreinte, comme avec Taine, mais généralisée. Par fléchissement et appauvrissement de l’intelligence, de ses raisons, des images et des perceptions, les images restantes seraient prises pour des perceptions et réalisées comme telles. Nous vous laissons volontiers appliquer cette thèse aux faux hallucinés, dont nous avons tout intérêt à nous désolidariser ; mais nous n’acceptons qu'une théorie des réducteurs naïve, l’appauvrissement dont vous parlez permettant aux images restantes de se transformer en perceptions véritables ®. Les réducteurs, c’est-à-dire toute la vie psychique, les raisons, les perceptions, les images, peuvent sans doute, en s’effaçant, permettre au sujet de retourner à quelque stade « asséritif » et de réaliser à tort et à travers, comme l’aveugle dément, d'autant plus qu’il perçoit et imagine moins. Mais nous prétendons que le plus singulier effet de l’appauvrissement dont vous nous inculpez est de libérer quelque chose comme les engrammes inconscients, sous leur forme originelle de perceptions et dans tout leur luxe de détails. Nous prétendons surtout que la défaillance de la raison et la raréfaction des perceptions et images ne sont pas nécessaires à cette libération, que l’hallucination peut s'épanouir dans toute sa force chez le sujet normal et dans un état psycho-physiologique quelconque.
« Quant à votre : l'hallucination est un délire, ce n’est pas, à l'actif des psychiatres une grande découverte, puisque, depuis des siècles, des psychologues du normal ont enseigné que la perception est toute chargée d'interprétation, de raisonnements inconscients, de mémoire. Si la perception est un tissu de pensées sans rien perdre de son originalité,
29. Un état faible, non repris par les courants associatifs devient un état fort. James, Principes, II, 124-195.