LES VISIONS : IMAGES VIRTUELLES
l’hallucination peut être un délire sans cesser d’être — ainsi l’afirment les hallucinés et nous tous quand nous rêvons —, une perception parfaitement véritable bien que sans objet justificateur.
« Supposez, continue l’halluciné professant, des hommes insensibles aux miroirs et ignorant les images virtuelles. Avouez-leur : je vois cet objet, je vous vois, je me vois là-bas, de l’autre côté de cette glace. Ces infirmes protesteront, contesteront, trouveront des paralogismes dans l’optique géométrique. De l’autre côté de la glace, insistera l’insensible au virtuel, il y a le mur, une autre pièce avec ses meubles, toutes sortes de choses incompatibles avec la perception sans objet que vous prétendez avoir. Vous croyez voir, vous ne voyez pas, vous vous comportez comme si vous voyiez, vous avez la conduite de la vision, et nous allons chercher le mécanisme psychologique de votre affirmation, cette délusion, cette sorte de mensonge. Et pourtant, l’image virtuelle est parfaitement réelle, les hommes sensibles aux miroirs ont raison ; sans illusion, sans confusion, sans défaillance intellectuelle, sans refoulement, sans projection d'images surtout, ils voient les choses, dans leur infini détail, à travers la glace; et ce serait s’il ne les voyaient pas qu’il y aurait une singularité ».
Peut-on extrapoler ? Quand sainte Thérèse dit : « j'ai vu le Christ », et Jeanne : « mon Conseil m’a ordonné... », que doit répliquer la partie de l’humanité incapable de cette espèce d'images virtuelles, et qui croit pouvoir supprimer ici sainte Catherine ? Ne sera-t-on pas contraint de conclure : « Jeanne a raison, et l’analyse psychique, même opérant à coup sûr, serait aussi vaine ici que devant les doubles des objets dans une glace. Jeanne a vu clairement et distinctement sainte Marguerite de Domrémy et sainte Catherine de Maxey. Ces saintes n'étaient point là et n’ont rien dit, pas plus que l’objet vu derrière la glace ne s’y trouve; et pourtant, sans illusion, sans que le son des cloches y soit pour rien, sans hystérie, sans complications intellectuelles et affectives d'aucune sorte, sans interprétations, elle les a vues et entendues, en toute certitude, exactitude et vérité, comme vous voyez tout dans ce miroir. comme vous voyez un cube dans douze traits de plume sur