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CERTITUDE ONIRIQUE DE LA PERCEPTION

pierre. Je m’éveille, en rêve, et je vois, toujours sur le mur mais à gauche de la porte, une cabane de pierres sèches. E& je professe : « Voilà la perception qui est devenue, dans votre rêve, transportée au-dessus de la porte, le joli kiosque de tout à

l'heure ».

Je me trouve sur une colline, au bord d’un ruisseau, sur sa

rive gauche. Il est étroit, lent, très propre, avec un fond de cailloux. Il est peuplé d'énormes mollusques, échinodermes et cœlentérés marins, beaucoup plus gros que nature, et magnifiques. J’admire notamment une astérie de près d’un mètre... Une sorte d’holothurie se fixe sur une coquille grosse comme une grosse citrouille et ne cesse de faire des culbutes, reposant sur son support tantôt par une extrémité, tantôt par l’autre, dans une incessante voltige. L’eau est très calme, très transparente, je regarde avec une extrême attention, me disant : précisons, qu’on ne vienne pas nous dire que nous avons rêvé. C’est extraordinaire ! Une pareille faune dans un ruisseau du Cantal! — Au réveil, je me rappelle mon ignorance zoologique, je constate que mes mollusques tiraient uniquement leur riche gamme de colorations du vert et du jaune, et je n’y retrouve rien des planches de « La Mer », de Méheut, précédemment admirées.

On peut, pense le rêveur, prétendre que les perceptions de mes rêves n’ont pas la richesse proclamée par Schatzmann, on peut essayer de les minimiser, et soutenir que je me contente d’une vague tache de couleur pour m'écrier : la belle étoile de mer! Mais je n’en suis pas moins inattaquable quand j’affirme le caractère perceptif et sensoriel de ce que j'ai éprouvé, — C’est peut-être un très vague contour et une tache homogène que j'ai en rêve baptisés Astérie. Ai-je, éveillé, une perception plus riche lorsque, par brouillard, à distance, à demi enfouie, J'affirme avec raison la présence et, un instant, la perception parfaite d’une astérie ? Dans les deux cas, je perçois. Je ne perçois pas plus sur la plage que dans mon rêve, et je n’ai pas plus ou moins de raisons ici ou là pour prétendre à une perception satisfaisante. — Les perceptions de la veille sont sans cesse soutenues, confirmées, approuvées, justifiées, tandis que celles du rêve ne tardent pas à être démenties. Mais, démentir une perception, c’est la priver de son objet. Ce n’est pas le moins du monde lui prouver sa propre

inexistence psychologique.

Il est pourtant vrai, transige spontanément Opsiphile, que beaucoup d’accessoires et de personnages de mes rêves

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ne sont pas vus. Quand je revois les comptes rendus et les croquis de mes rêves, je relève sans cesse la mention : présent, non vu. Le ruisseau de mon rêve marin est sur une colline; mais je n’ai ni gravi ni vu cette colline. La rive gauche longe le mur d’une propriété, mais je ne vois pas ce mur. Tout est admirablement net, précis, détaillé, orienté, mais le ruisseau seul est perçu. Le reste n’est pas moins réel, présent auprès de mon corps et à ma conscience, mais n’est pas perçu, surtout le mur avec ses mille petits détails. Il en est ainsi, bien souvent, de personnages, de compagnons, d’interlocuteurs. Ils sont là, tels ou tels, à telle place, dans telle tenue, dans telle attitude, on s'adresse à eux, réels et présents; mais on ne les voit pas.

La pseudo-hallucination visuelle, l’hallucination visuelle bizarrement dénommée psychique est parfaitement discernée par le rêveur, et voilà une nouvelle raison pour lui de prétendre au dernier mot, quand il affirme, fondé sur d'innombrables observations, un examen onirique minutieux et d’opportunes distinctions, l’identité des perceptions de ses rêves avec celles de sa veille,

Ces distinctions entre images et perceptions oniriques ou, plus subtilement, entre les perceptions ou hallucinations tout court et les perceptions ou hallucinations qualifiées de « pseudo » ou de « psychiques », le rêveur est surtout prêt à les faire quand il s’agit des rêves auditifs. Les rêves sont pleins de conversations; et pourtant on à mis en vedette « le grand silence des rêves ». Nous y parlons, des gens nous y disent et apprennent une foule de choses; et le sentiment d’activité ou de passivité orale n’empêche pas le rêveur éveillé de faire aisément cette découverte psychologique : nos interlocuteurs n’ont rien dit; leurs communications verbales n’étaient pas orales; « on se réveille avec le souvenir d’une conversation; on se rappelle très bien ce qui à été dit, mais on n’en conserve aucun souvenir d’un bruit extérieur, on est même certain que ce bruit n’a pas existé ! ».

De là à faire du rêve auditif un commencement, une ébauche, un schème, une préparation d’actes phonatoires,

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