LE CAS DE MARILLIER
Toutes les fois qu'on touche à l’hallucination, avec l’apparent dessein de l’amoindrir, on est certain de provoquer une vive réaction. — Dans une communication à la re Médico-Psychologique !, le présentateur ayant dit : « La perception sans objet se réduit souvent à un ete quantitativement insignifiant », une discussion eut lieu. Chaslin, Arnauld, Mignard déclarèrent que les hallucinations proprement dites « sont rares, très rares », et les ordinaires déclarations des prétendus hallucinés « très suspectes ». Mais M. Colin s’éleva contre ce jugement, soutenant que ce sont les vrais hallucinés qui sont très nombreux, et faisant espérer qu'il en présenterait. Il ne donna pas à la Société Médico-Psychologique l’occasion de moderniser la pompeuse et vaine discussion de 1855-1856. Il publia pourtant dans les Annales Médico-Psychologiques ?, avec M. Mourgue, un article consacré à l’illustration et défense de l’hallucination. A côté d'observations de cas typiques, les auteurs utilisaient des cas historiques, dont l’un paraît passer, peut-être à tort, pour un modèle d'hallucinations.
C’est le cas de Marillier ?.
L’halluciné travaille. Il traduit les Perses, et son travail est productif. Il est neuf heures du soir. Il entend ouvrir la porte de l’antichambre... On vient; elle vient, c’est Mie F... Elle traverse une chambre. Il entend son pas, sa jupe, sa voix; il sent son haleine sur sa joue, le frôlement de ses cheveux, sa main sur son épaule; il reconnaît son parfum. Elle parle, il voit remuer ses lèvres; il presse sa main; elle s’assied dans le fauteuil, sa personne masque des objets. Elle reste un moment. Elle le laisse travailler. Il se remet à ses Perses et, de temps en temps, lève les yeux, la regarde. Il ne saisit pas l'instant de sa disparition. Elle revient ainsi plusieurs fois par semaine pendant un mois et demi (1881). A cette époque, M... souffrait, dit-il, de déceptions de toutes sortes, de soucis de famille et d'argent, de douleurs cardiaques.
Quelques années auparavant (1877), pendant trois semaines, chaque fois qu’il entrait dans un certain bois, il voyait une jeune femme blonde, couronnée de vert et vêtue de blanc, marcher devant lui. Elle se retournait de temps en temps, lui
1. Sur les exagérations des hallucirés, le 26 avril 1920. — 9. 1920, 442. — 3. Marillier, « Etude sur quelques cas d’hallucinations observées sur moimême ». Revue Philosophique, 1886, I, 205.