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LE CAS DE NAVILLE

les grands artistes, serait si voisine de l’hallucination; je veux parler de M. Horace Vernet. Notre collègue M. Maury Ja interrogé sous ce rapport et il résulte de ses réponses, que les images nettes des objets que reproduit la mémoire ne sauraient être rapprochées des sensations véritables, et, par conséquent, des hallucinations 5 ». Brière de Boismont répliqua, Baillarger dupliqua, et chacun resta sur ses positions.

Pourtant, à moins de reprocher à la plupart des sujets observés et à la plupart des auto-observateurs d’être des cas de pithiatisme, de pathomimie, d’opsomimie en l’espèce, ou de mythomanie, on est obligé de retenir un bon nombre de faits. Marillier, comme le fameux libraire Nicolaï, comme le non moins fameux syndic Lullin, comme Burdach, Müller et leurs sujets, a eu la très certaine préoccupation de ne décrire que des perceptions sans objet et non des images plus ou moins vives; et le même souci, pas plus affiché mais tout aussi net, est évident dans l’observation de Naville 6.

À quatre-vingt-douze ans, dans un travail enviable, il décrit les hallucinations qu’il vient d’avoir et dont voici deux types. Devant une haie de houx, des personnes, assises dans l’herbe; des jeunes filles et quelques messieurs... Son attention est attirée par l’apparition à la fenêtre d’un militaire à grosses épaulettes…

Trois fois dans une même journée, il voit des cortèges. Un cortège, par exemple, de longues voitures pleines de gens. Les voitures réelles les traversent. Au-dessus, s'élèvent des jets de fumée blanche. Il veut les rejoindre, mais, à deux cents pas, tout disparaît.

Il y a une différence considérable entre les visions de Naville et celles de Marillier. Les groupes et les cortèges de Naville, ses tableaux visuels sont peut-être plus complexes, mais il leur manque une qualité rarissime, magnifiquement épanouie dans les apparitions de Marillier. L’hallucination visuelle est presque toujours un bloc de lumière, parfois mobile et mouvant, mais silencieux et intangible; et l’hallucination auditive pratique aussi le

5. A. M. P., 1856, 131. — 6. Archives de Psychologie, 8, 1909.

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