‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 276 sur 422 · FAIBLESSES DU CAS DE MARILLIER · texte numérisé non relu

FAIBLESSES DU CAS DE MARILLIER

même isolement; l'apparition est muette, la voix est seule et celui qui parle ne se montre pas. L’hallucination multisensorielle est exceptionnelle, et je n’en connais pas où se réalise mieux que chez Marillier le parfait concours de tous les sens à la construction d’un être absent.

Le récit de Marillier laisse pourtant insatisfait. J’ai eu à citer des cas d’audition colorée, d’opsiphonie complexe, où les observateurs ont pu donner de leurs visions des dessins et des pastels. M..., qui a observé à loisir, et avec quatre de ses sens, une femme de sa connaissance, ne nous dit rien d'elle. — Il l’a attendue, il l’a entendue venir, il l’a regardée se mouvoir et agir devant lui, elle lui a masqué des objets, elle n’a pas suivi ou fui son regard; elle est restée immobile dans un fauteuil où il a pu l’examiner, 1l a entendu et écouté sa voix en regardant remuer ses lèvres, il a pressé sa main, sa présence l’a assisté dans un travail intellectuel difficile, ses yeux la retrouvaient quand ils quittaient leur besogne pour elle ; et il ne nous donne aucun détail sur cette femme.

11 veut nous convaincre. Il prend la plume pour décrire des hallucinations indiscernables des objets bien que la critique et l’attention les plus lucides et les plus appliquées luttent avec elles; et il ne nous dit rien de plus que ceci J'ai vu, entendu, respiré et touché cette femme. Et un peu plus loin, à propos d’une crise d’anxiété, d’un sentiment de constriction laryngée et d’un loup pendu à sa gorge, il insiste bien sur le progrès de la sensation viscérale au symbolisme imaginatif, et du symbolisme à la perception tactile et visuelle ; 11 écarte de la main ce loup qui le gêne; mais, là encore, on regrette la présence d’une immense lacune. De ce loup, on ne nous dit rien, rien de visuel, rien même de tactile, Quand un chasseur nous dit : « J’ai vu un lièvre », nous le dispensons parfois d’en dire plus long : un mot suffit. Mais, à l’halluciné, nous demandons infiniment plus. Sa gorge, sa main, sa vue ont perçu quelque chose qu’il appelle un loup, il nous doit des précisions. « Un loup » en est une, mais Marillier devait descendre de la Forme qu’un mot spécifique résume aux sensations tactiles et visuelles qu'on peut y dissocier: sinon, nous pouvons

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