VISIONS NOMMÉES, NON DÉCRITES
craindre que le symbole imaginatif n’ait pris à son service
quelques sensations ambiguës.
À propos de l’apparition de M F..., il nous parle du bruit de ses pas, du frôlement de sa jupe, de ses cheveux, de son haleine, du contact de sa main sur son épaule. Ce ne sont pas là, pas du tout, les précisions attendues. Bien des bruits divers peuvent être un bruit de pas, et bien des contacts différents peuvent être appelés frôlement des cheveux, de l’haleine, de la jupe, contact de la main sur J’épaule. Il nous faudrait les propos de cette amie, son portrait, quelques détails de témoin attentif et curieux, de dessinateur, de couturière. Ailleurs, il parle d’une jeune femme blonde, de blanc vêtue et couronnée de vert. Sur M'° F.., pas même cette bien insuffisante précision, et il a voulu décrire ses hallucinations visuelles.
Combien préférable la manière de Schatzmann, par exemple, quand il nous parle d’une face d'homme qui s'incline sur lui, du bout lumineux de la cigarette, des moustaches, du nez avec ses deux narines béantes. La « description » de Marillier, suffisante s’il s'était proposé de signaler un événement de la vie courante, est done — vu ce qu’il voulait faire — indigente. Il à nommé un être et ses actes, 1l n’a rien décrit. Je sais bien qu’on ne peut rien décrire, et je me rappelle ici un mot d’auteur : on ne décrit pas une ligne 7. On ne peut que nommer ; mais encore faut-il qu'affirmant, à des gens supposés incrédules, la perception d’une forme très complexe, on n’en fasse pas une Forme primitive simple, un élément que son nom suffit à présenter : « M®° F... ». Il faut nommer les très nombreuses parties et qualités qu’on peut découper dans cette forme, et ce travail n’est pas fait quand on a dit : elle était assise dans le fauteuil et me masquait les objets. Le loisir et la lucidité dont se vante ici l’halluciné lui permettaient un dénombrement pittoresque. La réduction de presque toute sa description aux noms de l’objet et des actes perçus permet de se demander si M... n’était pas dans un état voisin de celui d’un de mes malades, que voici :