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L'ŒIL CRÉE LA LUMIÈRE

idée présocratique : c’est la vue, cette activité spirituelle, qui fait la lumière et qui peuple d’objets l’espace, cette première création de l'esprit.

Dans cette perpétuelle doctrine, il y a une constatation jamais contestée ; c’est que nos sens peuvent refaire certains de leurs objets sans que les objets soient présents. Sans aller jusqu’à rappeler sous ce titre les images virtuelles, au moins est-on justifié à se transmettre depuis des siècles le fourmillement du petit doigt de qui se heurte convenablement le coude, les bourdonnements d’oreille, la lumière que crée la pression de l’œ1l, les dessins mouvants et changeants qu'aperçoivent soudain les migraineux, les flammes et les ombres de tant de maladies de l’œil, les solennelles auras sensorielles de l’épilepsie, les lueurs colorées que nous laisse, d'autant plus vives qu’il fait plus noir, la lampe qui vient de s’éteindre.

Il suffit d’avoir une fois rêvé pour être en droit au moins de se demander si notre esprit ne peut pas créer, en rêve, des perceptions aussi riches, aussi intenses et aussi savantes que celles de la veille. Il suffit d’une excitation mécanique du globe ou d’une post-image positive pour savoir, comme vous savez, en ce moment, voir ces mots, que l’œ1l, sans lumière, sans visibilité, peut créer un objet lumineux et nous le donner à contempler.

Cette croyance et cette certitude sont de tous les temps. Réduite à son minimum : la compression de l’œil fait voir de la lumière, la certitude est encore à l’abri de toute critique. Etendue aux confins où tend à nous entraîner le rêve, la croyance est allée jusqu’à inspirer des techniques et à régler des mœurs, Et si le mangeur civilisé de haschich ou de peyotl perçoit mieux que le primitif l’absence des objets oniriques, il prétend autant que lui les voir, il affirme, même ignorant de toute métaphysique, et avec l’assurance de l’expérimentateur soigneux, leur intégrale perception.

La lumière, dans cette espèce de veille qu’est le rêve, ou, quand on accomplit ses devoirs d’Indien Huichol, la lumière de cette séance de travail qu'est l'ivresse peyotlique, la lumière hallucinatoire, a toute l'intensité psychologique de la clarté du jour ou de nos lampes; une image consécutive positive le fait voir à tous. Quand elle est,

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