LUMIÈRES OBJECTIVE ET SUBJECTIVE
comme on dit, « une lumière de rêve », une lueur étrange, fantastique, elle ne l’est pas autrement que les projections magiques dont joue le moindre machiniste, et il serait vain de chercher une différence psychologique entre le prosaïsme d’une quinze bougies ou la quasi-irréalité d’un halo, et l’éclairage, sincère, naïf, morbide ou satanique, de nos rêves normaux ou de nos intoxications, Si mal intentionné qu'on soit à l'égard de l’hallucination, si ardemment qu’on veuille sauvegarder la véracité de la perception et sa spécificité psychologique, on ne trouvera pas un rêveur, ou un halluciné, pour avouer qu'il ne voit pas ses visions, et que la lueur répandue soudain, la nuit, devant ses yeux fermés, n’est qu'une lumière imaginée en même temps qu'imaginaire, Je vois cette flamme, répondra-t-il toujours ; vous l’éteignez et je ne peux plus que l’imaginer, et mon retour à l'instant où elle nous éclairait n’est que pensée. Mais que je rêve, et je la reverrai tout en la sachant évanouie, telle qu'elle était avant que vous la souffliez, absolument différente de l’image, absolument identique à la flamme de ma veille. Je l’en distinguerai peut-être, mais comme on distingue entre deux perceptions également parfaites, entre un objet et son image virtuelle par exemple.
Cette lumière du rêve et de l’hallucination, identique à la lumière du jour, qu’éclaire-t-elle ? C’est parfois du merveilleux jamais vu. Ce sont plus souvent des objets familiers. Par delà les monstres de l'Orient, qui furent peut-être d’abord rêvés, mais qui ont leurs modèles trop réels, plus loin que les féeries des tapis persans, des arabesques, des illuminations et des feux d’artifice, le poison et le sommeil nous font tirer de nous-mêmes des fêtes de lumière, des jeux et des dessins où notre mémoire, notre connaissance et notre art paraissent n'être pour rien et qui désespèrent nos pinceaux, dit l’enthousiaste. Tartini n’a jamais retrouvé la sonate du diable et a dû se contenter de l’imiter; les belles visions synopsiques ne rappellent du connu qu’à la facon dont les nuages rappellent nos objets de fer ou de bois, et certains continus colorés de l'ivresse peyotlique resteraient infiniment au delà des métaphores qui s’épuisent à les approcher; ce sont des objets