‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 295 sur 422 · LA VISION : VRAIE PERCEPTION · texte numérisé non relu

LA VISION : VRAIE PERCEPTION

Vive et multiple, l’hallucination est-elle « congrua ? »

C’est ici que le sujet averti et normal va trouver entin le moyen de séparer l’hallucination de la perception.

Quand j'ai vu, les yeux fermés, dans le quart temporal inférieur de mon champ visuel gauche, un peloton de ficelle, pourquoi ai-je dit aussitôt : « hallucination ? » C’est un peu parce que ce peloton était une petite masse de pure lumière, toute pour la vue, sans rien de ce qui fait, pour les yeux, le palpable ; c’est surtout parce que je pouvais opposer une multitude de très fortes raisons à l’existence, à la présence et à la vue d’un peloton de ficelle à l’endroit, au moment, dans les circonstances et dans les conditions où je me trouvais. Je savais, d’une connaissance rationnelle et intuitive, immédiate et irréfutable, qu’il était impossible que cet objet fût là. J’ai vu, de mes yeux vu, ce qui s'appelle voir, un très sincère peloton de ficelle, mais ma vision n’a pas été marquée par la moindre phase de croyance, si brève fût-elle ; avant même que la chose eût paru, elle était déjà dépouillée de son air d’objet réel et qualifiée : « hallucination ». On vient de voir pourquoi.

Si donc le tissu de notre vie psychique est d'ordinaire trop serré pour que l’hallucination soit acceptée comme perception du réel, ce n’est pas qu’elle soit d’une autre essence que les perceptions communes, c’est parce qu’elle ne s'accorde pas avec elles. Perception comme les autres, il lui est interdit de prendre place parmi elles, et elle est expulsée ou, plutôt, laissée dehors, du fait de causes qui ne sont que des raisons. Perception quand même, elle est alors qualifiée de perception fausse, mais plus encore que le monde des perceptions, celui des images lui est fermé. Pour entrer dans ce dernier, elle doit, tout comme une perception vraie, cesser, s’éteindre, devenir quelque chose de passé.

Tel est l’incoercible sentiment de l’halluciné sur ses visions : un abîme, ce qu’on appelle une différence de nature, les sépare des images; un simple fossé logique, aisément comblé, les distingue de la perception; et rien n’est plus blessant, pour un halluciné, que de s’entendre dire qu'il a cru voir et n’a qu'imaginé. Fort de l’examen qu’il a fait de ses visions à l’état de veille, et de veille qu’il

Page 1