VISIONS ET COURS DE LA PENSÉE
prétend normale, il maintient sans peine l’idée claire, distincte, adéquate, intuitive, évidente, certaine, que sa vision est une perception, non véridique peut-être, mais à coup sûr véritable.
Sur les causes psychologiques actuelles des hallucinations, l’halluciné sera très net.
Que pense-t-il d’abord du rôle des perceptions, images, souvenirs, réflexions, processus verbaux, préoccupations ?
L’halluciné sait bien qu'on décrit des hallucinations volontaires, et des hallucinations par auto ou hétérosuggestion ; on lui a affirmé qu’il n’y a pas d’hallucination sans objet actuellement perçu, il n’ignore pas enfin les images eidétiques. Mais ce qui le frappe, ce qui l’irrite ou le séduit, ce qu’il est obligé de signaler d’abord, c’est l'indépendance, la liberté, le caprice de l’hallucination. Nous pouvons nous mettre dans les conditions voulues pour avoir telle perception sensible; l’hallucination, jusqu'ici, n’a pas cette complaisance pour nos artifices. Elle est ce qu’elle veut et survient où elle veut, comme elle veut, quand 1l lui plaît. Sa règle semble être de s'imposer quand on n’a que faire d’elle, et de se refuser quand on l’appelle. S'il lui arrive parfois de répondre à une image, à une préoccupation, à une suggestion, c’est parce que tel est son bon plaisir.
L’halluciné, « cannabiné », « peyotlisé » ou simplement grippé, qui assiste, gisant mais curieux et même pensif, aux jeux des automatismes qu'a déclenchés pour lui l’intoxication, est ainsi amené à croire, par moments, que sa vie mentale s’agite sur trois plans indépendants
1° Ses perceptions, images et réflexions plus ou moins volontaires, celles qui méritent l’épithète Leibnizienne de {« CONgTuæ »;
2° Des pensées et images inattendues et plus ou moins saugrenues, réalisant un petit syndrome maniaque et se déroulant, nombreuses, rapides, incohérentes, insolites, kaléidoscopiques ;
3° Les hallucinations, qui paraissent s'organiser, se matérialiser, cristalliser instantanément et à intervalles capricieux, au sein d’une poussière hallucinatoire amorphe,