‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 297 sur 422 · CAPRICE ET OCCASIONS DES VISIONS · texte numérisé non relu

CAPRICE ET OCCASIONS DES VISIONS

d’un grouillement hallucinatoire obscur et confus, où le sujet ne distingue rien, jusqu’à l'instant où, dans quelque coin, s'impose une vision.

Naturellement, ces trois plans ne s’offrent pas simultanément à la conscience claire ; ils s’illuminent tour à tour, et le sujet pourrait croire que sa vie psychique tient tout entière dans une série unique d’actes où figurent successivement une pensée « normale » et « saine », une idée plus ou moins incongrue, une hallucination ; mais il ne peut secouer le sentiment que, lorsqu'il est dans le cadre de ses plus « saines » idées, les autres sont là, toutes petites perceptions obscures, mais vivantes et grouillantes, exerçant une pression toute Bergsonienne sur la porte de la conscience, guettant la moindre « fissure » pour s’y glisser, s’efforçant d'échapper à quelque « contrôle », de profiter de quelque « libération fonctionnelle ».

Tel est, menteur ou plus ou moins expressif de quelque réalité, le sentiment qu'éprouve très vivement l’halluciné commun.

Deux fois J'ai pu, non pas discerner la « fissure » par où l’hallucination a pénétré dans la conscience, non plus que l’occasion qui l’a fait soudain se cristalliser dans le vague tourbillonnement du champ visuel, mais noter après quelle pensée ou quelle image l’hallucination surgissait.

Au cours de je ne sais quelles pensées normales, survint, me sembla-t-1l, quelque chose comme un changement de plan et je me surpris à formuler, « il va me donner du sel de Seignette », idée dont je n'ai pu alors, et depuis, trouver le prétexte. Cette formule se réalisa donc, et j'aperçus aussitôt un bassin féminin, pur comme un marbre et légèrement voilé d’un tissu à raies blanches et mauves.

Quelques minutes après, je m’appliquais à rechercher si, oui ou non, mon champ visuel, en ce moment sans hallucinations, était optiquement vide, peuplé de phosphènes indiscernables, ou grouillant d’hallucinations embryonnaires, et je penchais pour la troisième hypothèse : « elles sont là », me disais-je, « petites perceptions trop faibles et trop uniformes pour que rien s’y distingue, mais quelqu'une va tout à coup s'imposer ». Aussitôt apparut une

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