‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 4 sur 422 · PERCEPTION OÙ CONDUITE · texte numérisé non relu

PERCEPTION OÙ CONDUITE

le délire onirique de toute véritable hallucination, on ne voit plus que pseudo-hallucinations, interprétations, croyance, attitude, comportement, conduite, et, par exemple, dans les hallucinations auditives des persécutés classiques, monologue du sujet lui-même.

Des gens, éveillés et s’observant, disent voir ou entendre soudain, avec toute la force et l’insondable détail de leur matière, des visages et des discours, où il n’y a que le silence, la nuit, le vide, rien. Deux opinions opposées semblent aujourd’hui également avantageuses à leur égard. On peut accepter qu’un être, absent et passé, puisse nous apparaître, dans son infinité, lors de nos rêves ou de nos fièvres, même dans nos cécités, même à l’état normal. On peut, tout au contraire, nier les innombrables visions et locutions que des milliers d’hallucinés affirment tous les jours depuis toujours, et les réduire à des illusions, délusions, croyances vides, attitudes, comportements, conduites, mensonges, verbalismes, vaine présentation des images et du discours intérieur comme perceptions et comme objets. Le choix d’une de ces opinions permettrait d'aboutir à un exposé cohérent et assez bref. Il n’en est pas ainsi lorsqu'on tente, non pas de les adopter toutes les deux, mais d'exposer, à propos d’un certain nombre de phénomènes, quelques phases de ce conflit de points de vue, et quelques-uns des faits que peut, par chance, mettre en lumière la dispute.

Je crois, dit Pascal, aux miracles dont les témoins se feraient égorger. La foi des visionnaires est de cet ordre. Plutôt que de renier leurs voix ils volent au martyre ou, tout au moins, s’éternisent dans un établissement psychothérapique; sur l’ordre de leurs voix, ils agissent, ils tuent.

Plus difficile que Pascal, on croit avoir là-dessus des finesses qui le dépasseraient. On croit savoir que l’élan du martyr ou du meurtrier a les visions pour effet et non pour cause. La foi qu’il dit tenir d’elles les engendre; sa ténacité n’est pas l’effet de la vision; c’est au contraire sa persévérance qui fait l'énergie de son « j'ai vu ». Loin de faire la conviction et la constance du sujet, la vision est

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